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OL /o. / 



ia;\ 2 3 :'"0 



l^arbarlr Collège Vihxzx^ 

FROM THX BEqUEST OP 

MRS. ANNE E. P. SEVER, 

OF BOSTON, 

WiDow OF Col. James Warren Sevek, 

(Class of i8z7) 



r 



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JOURNAL ASIATIQUE 



NEUVIÈME SÉRIE 
TOME XIII 



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JOURNAL ASIATIQUE 

OU 

RECUEIL DE MÉMOIRES 

D'EXTRAITS ET DE NOTICES 

HELATIFS A L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES 
ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX 



PAB UU. BABBIER DE METNARD, A. BAKTH, B. BASSET 

CHAVAMMBS, CLERMORT-GARNEAO, FEBR, BAL^VT, C. DE HARLBZ , MASPERO 

OPPBBT, ROBERS DOTAL , B. 8ERABT, ETC. 

ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASL^TIQUE 



NEUVIÈME SÉRIE 
TOME XIII 



PARIS 
IMPRIMERIE NATIONALE 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

ROE BORàPAIITR , l8 



M DCCC XCTX 



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JOURNAL ASIATIQUE 

OU 

RECUEIL DE MÉMOIRES 

D'EXTRAITS ET DE NOTICES 

REL4;KKSN^ttjllfi9^|^Q^xA LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES 



LA LITTERA 



^ DES PEUPLES ORIENTAUX 



.lAY 



f 

MEYNARD, A. BARTU 
R.^ASSET, CBAVANJÏK, C|^ RM ONT-G ANNEAU , FEER , HALÉVY 

*^d^flfîlDGE W^^i^^ï^^K^» MASPERO 

^"^"^ Sl'PIUUrTÎDBENS DDVAL, E. SBNART, ETC. 

ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 



NEUVIÈME SERIE 

TOME XIII 



.V 1 — JANVIER-FEVRIER J899 



Tableau des Jours de séance pour l'année 1899. 

Les scancei ont lieu le second vendredi du mots, à k heures et demie, 
au siège de la Société, rue de Seine, u" i. 




riraim. 


■AM. 


AVRII.. 


Mil. 


JSIH. 


J0H,L.-AoCT-«tPT.OCT. 


■ OV. 


Die. 


13 


10 


10 


Vi 


12 


Séance 
I^DiraU. 


Vacances. 


10 


15 


BibUothèque. 

La Bibliothèque de la Société, rue de Seine, n'' i, esl oiverle tous les 
samedis, do a lieurcs à G heures. 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LlBRAiBE:. DE L\ SOCIÉTB ASIATIQUE, DE L'BCOLB DEi LANG0E5 ORIENTALES VIVANTES 
DE L^ÉCOLE DO LOUVRE, DE LA SOCIÉTÉ DE L'ORIENT L\TIN, ETC. 

RUE BONAPARTE, N* a8 



Digitized by LjOOQIC 



ERNEST LEROUX, EDITEUR, 

LIBRAÏKB DE L\ SOCléxK ASI.VTIQUe, DB L'ECOLE DBS LlNGOES OKIENTiLBt VIViUlTES, ETC. 
RUE BONAPARTE, ?i° ?8. 



OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 

JoDMUL ASUHQce , publié depuis 1822. 

Bnent annud. Paris : 25 fr. — Départements : 37 fr. 5o. — 
ger : 3o fr. — Un mois : 3 fir. 5o. 

COLLECTION D'OUVRAGES ORIENTAUX. 

Voyages vit:* Batoutau, texte arabe et traduction, par MM. Defrémery et 
Sanguinetti, 1873-1879 (nouveau tirage), à voL in-8* 3o fr. 

Index alphabétique pour Ibn Batoutah, 1893 (2* tirage], in-8". . . 2 fr. 

Maçoudi. Les Prairies d'or, teste arabe et traduction, par M. Barbier de 
Meynard (les trois premiers volumes en collaboration avec M. Pavet de 
Courteille), 1861-1877, 9 voL in-8'* 67 fr. 5o 

Maçoudi. Le Livre de l'avertissement et de la revisio^î, traduction par 
Ù. Carra de Vaux, i vol. in-8* 7 fr. 5o 



Cuants populaires des A.PGIIANS, recueillis, publiés et traduits par James 
Darmesieter, Précédés d'une introduction sur la langue, l'bistoire et la litté- 
rature des Afghans, 1 890 , 1 fort vol. in-8° 20 fr. 

Le Mahâvastu , texte sanscrit publié pour la première fois, avec des introduc- 
tions et un commentaire , par M. Em. Senart. 

Tome I, 1882, in-8- aS fr. 

Tome 11. 1890, in-8" 28 fr. 

Tome m, 1898, in-8^ 26 fr: 

Journal d'un voyage en Arabie (i883-i885], par Charles -Huber, 1 fort 
vol. in-8* illustré de clichés dans le texte et accompagné de planches et 
croquis 3o fr. 



Précis de jurisprudence musulmane, suivant le rite malékite, i>ar Sidi KhaliL 
In.8' C fr. 

(rÉooRAPUiE d'^bou'lféda , texte arabe, publié par Bexnaxid et de Slane, 
In-r 24 fr. 

RAdjatarànginî , ou Histoire des rois du Kacbmir, publiée en sanscrit et 
traduite en français, par M. Troyer, 3 vol. in-8' 20 fr. 



PUBLICATION ENCOURAGÉE PAR LA SOCIÉTÉ. 

Les Mémoirbs de Sb-ma Tsibn, traduits du chinois et annotés par Edouard 
Chavannes, professeur au Collège de France. 10 volumes in-iS* (en cours 
de publication). 

Tome L 1 fort volume in-8* 16 fr. 

Tome II. 1 fort vohmie in-8" 20 fr. 

Tome lu, première partie. In-8'' 10 fr. 

fc- Digitizedby VjOOQIC I 



JOURNAL ASIATIQUE. 

JANVIER-FÉVBrER 1899. 

nAbïga dhobyânî 

INÉDIT, 

O'APRBS 

LE MS. ARABB 65 DE LA COLLECTION 6GHEPBR, 
PAR 

HARTWIG DERENBg 




I 



A Toccasion du onzième Congrès des Orienta 
réuni à Paris en septembre 1897, ^^^ exposition 
temporaire de manuscrits et d'imprimés orientaux 
fut organisée à la Bibliothèque nationale et installée 
dans le vestibule de la Galerie Mazarine , sur le seuil 
de Texposition publique qu'elle contient en perma- 
nence. Charles Schefer, président du Congrès, avait 
fait éttoh de neuf d'entre ses manuscrits les plus 
précieux, arabes, persans et turcs, pour le* ôffirir à 
la curiosité et à Texamen de ses confi^res. Monatten- 
tien se fixa sur ie manuscrit 6 ^ (A. 65 de ia collée- 

■ Bibliothè(fU0 nationale. Choix de manuscrits i d^imprifuéf, de eartee 



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ER-FÉVRIER 1899. 

le diwân dun poète arabe, cher 
s honore d*en avoir été le premier 
it à Nâbiga Dhobyânî, je reviens 
iennes amours de 1868. Les hé- 
ihefer, s inspirant de son exemple 
dition , ont mis généreusement à 
lume dont on trouvera ici , comme 
oire, la description et de copieux 

chronologique, la liste des publi- 
consacrées au dîwdn de Nâbiga 
bliographie ne comprend que les 
recueil plus ou moins complet; 
Lir la mo^allaka de Nâbiga ont été 
ins cette nomenclature, qui cou- 
les travaux d'ensemble : 

Derenbourg, Le Diwân de Nâbiga 
ibc, publié pour la première fois , 
n française et précédé d'une intro- 
^ournal asiatique de 1868, t. I, 
iSg, 484-5 1 5 et 620. Nous cite- 
le tirage à part ,272 pages , Paris , 

9- 

ardt, The divans of the six ancient 
on, Trùbner, 1870. A Nâbiga se 
es r-^, MF-ivA, fv-nh', 1-18. 
ît 1 12, 

'occasion du Congrès des Orientalistes: Paris . 



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nAbiga dhobyAni inédit. 7 

3* B = Du même, Bemerkangen àber die Aechtheit 
der aiten Arabischen Gedichte . . . nebst Beitràgen zam 
richtigen Verstàndnisse Ennâbigas und 'Alqamas; 
Greifswald, Bamberg, 187a. Pour Nâbiga, voir 
p. 3o, 36-5o et 91-165. 

6« G = Cinq diwàns de poètes arabes, collection 
publiée à Timprimerie Wahbiyya au Caire en 1 sgS 
de rhégire (1876 de notre ère). Sur les a 00 pages, 
les 79 premières contiennent le Diwân de Nâbiga 
Dbobyànî , avec le Commentaire du vizir Aboû Bakr 
*Asim ibn Ayyoûb Al-Batalyoûsî , qui, en dépit du 
titre, n est pas mort en 1 96 de Thégire (809 , 8 1 o de 
noire ère), mais en radjab Sa 1 (juillet 1127*). 

5" J = Louis Cheikho, Les poètes arabes chrétiens; 
Beyrouth, 1889-1890. Le diwân de Nâbiga Dbobr 
yâni y figure, allégé de plusieurs passages, accom- 
pagné d*un commentaire développé en arabe, aux 
pages ip-v»«r. 

6" G = Baron David de Gûnzburg, Extraits du 
Diwân de Nâbiga, p. 167-252 de la publication inti- 
titulée S^^xiài\, destinée par les élèves de Victor 
(pmi) Rosen à célébrer les noces d'argent de son 
enseignement à l'Université de Saint-Pétersbourg; 

* Sur cette édition faite d'après le manuscrit de Vienne 446 
(Flûgd, Die arabischen, . . Handschrijïen , I, p. 43o], voir Socin, 
dans la ZeiUchnfl d, d. morg, Gesellschajï , XXXI (1877), p. 669- 
683. — J*ai essayé d'élucider les questions chronologiques relatives 
à Ai-Ba^lyoùsi dans la Revue ^es études juives , octobre-décembre 
i883, p. 974-979. 



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8 JANVIER-FËVAIER 1809. 

Saint-Pétersboui^, imprimerie de T Académie impé- 
riale des sciences, 1897' 

C est une même rédaction du diwân qui a été re- 
produite dans les quatre éditions citées sous les 
numéros 1,2, k et 5. Les vingt-quatre morceaux 
.,..^^^^Âo •».«•. Al Ac^.v^ji'j pji constituent Télénient 

imentaire du vizir Al-Batal- 

est muet sur les six autres 

insérées d'après D et A et qui 

3tion faite par At-Toûsî, « au 

c'est-à-dire par Aboûl-Hasan 

n Sinân At-Taiml At-Toûsî, 

de ITîégîre (854 de notre 

;hantamari (de Santa-M aria) , 

Thégire ( i o83 de notre ère), 

ntaire aux trente morceaux 

I. Une poésie supplémentaire 

ajoutée dans D d après la 

- \ 1 de cette même poésie 

ous la cote n^, parmi les 

longueur dont M. le profes- 

, Literaturgeschichte der Araber, III, 
; A, p. v; B,p. 40. 
s de D, il faut souder à la suite des 
bliés seulement dans D, puis le frag- 
vers 9, coté i dans D, rf dans A, 
rr-l^, et dans J, p. iva-^a.. Voir 
deke dans la Zetltékrift d, d. morg, 
p. 399, el plu4 loin, à propos de la 
Ter. 



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nAbiga dhobyAnî inédit. 9 

seur Ahlwardt a formé son Appendice « en puisant 
dans ses vastes leoiures. Nous leur devons aussi la 
richease incomparable des variantes coUigées^ Au 
moment de clore son enquête sur Nàbiga, cet érudit 
a encore ajouté les fragoo^nts 59-6 3 qui ont passé 
inaperçus pour l'éditeur de J. Autrement v odui-ci a 
accueilli tous les matériaux rassemblés dans A, à 
{exception de ceux que d'honorables scrupules lobli- 
geaient k baguer. 



II 



Le manuscrit du Supplément Tantawy u8, (|ui 
est devenu le manuscrit arabe 80 1 de l'Université de 
Saint-Pétersbourg, nous introduit avec G sur un ter- 
rain renouvelé pour les parties que nous connaissions , 
élargi et étendu par des accroissements considé- 
rables. L'auteur de cette rédaction, qui comprend 
56 morceaux, poésies ou fragments, n'est pas 
nommé : M. le baron David de Gûnzburg, dans un 
savant mémoire^, a essayé d'élucider et de trancher 
cette* question d'origine. Sa solution du problème 
sera signalée et examinée ultérieurement. Voyons 
d'abord ce que l'anonyme nous apprend lui-même 
sur les matériaux qu'il a mis en œuvre. Il les a 

* A ia liste d outrages consultés et cités (A, p. io3'io/() vien- 
drmeiit s ajouter maintenant entfe «utrea les 10 vdmnes du Tâdj 
al'Oroûâ, les a o du LUàn al-anb, les 4 de la KhizâiuU al'ttdab, 

* Met cher» âèvet Broydé et Sdigsohn ont déchiffiré et traduit 
pour moi le mémoire rédigé en russe. Je tiens à les en nentercier 
publiquement. 



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10 JANVIER. FEVRIER 1899. 

loignage formel , à quatre 

u il énumère dans Tordre 

*Obaida, Aboû *Amr et 

Br(i aa/ySg-aiG/SSi), il 
ir, puisque, des ili mor- 
sélection , les i o vers de 
Q YT" = \n ont seuls été 
Test- il pas de Nâbiga , mais 
dicteurs , répondant à ses 
rceaux ne se distinguent 
J) que par des remanie- 
ares omissions et des va- 
iida(i 10/728-2 lo/SaS), 
\ édition de Nâbiga*, qui 
5 sur les Banoû Gatafàn^, 
réputation a survécu, son 
ent perdue*. Aboû *Amr 
B légendaire Aboû *Amr 
iste de Técole de Koûfa 
râr Asch-Schaibânî, qui 
►21^. Il s'était beaucoup 
en opposition avec Aboû 
lui que sont rapportées 



, 228; II, p. 4oi; IV, p. 44; 
; 190, n. 5 ; 192 , n. 1 et 8 ; etc. 
iturgeschichte , III, p. 4i3. 
rabiscken Literatnr, p. io3-io4. 



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nAbiga dhobyAnî inédit. 11 

explicitement dans G les poésies ri et H, celle-ci 
où son nom va de compagnie avec celui d'Al- 
Asma^ ^ C'est là du reste une indication précieuse : 
car, grâce aux épigraphes de certaines poésies, à 
des notes dispersées çà et là , on peut constater que 
les poèmes adoptés par Al-Asma^ ne sont entrés 
dans G que sous le couvert d*Aboû \\mr; celui-ci en 
a au préalable rectifié l'ordonnance; celui-ci a fait 
son choix entre les leçons qui circulaient sur les 
lèvres des rhapsodes et dans les notations des co- 
pistes^. Je lui attribue cette rédaction de Koûfa que 
j'avais soupçonnée naguère^ comme indépendante 
de la collection telle qu'elle nous était parvenue par 
l'Espagne et par ses commentateurs de Radajoz et 
de Santa-Maria. 

Al-Asma^î, .\boû ^Obaida et Aboû *Amr étaient à 
peu près contemporains. Ibn Al-*Arâbî les suit d'assez 
près puisque, né à Koûfa en 150/767, il mourut à 
Sâmarrâ en q3i/844*. Son nom était Aboû/Abd 
.AUâh Mohammad ibn Ziyâd. Dans G il est appelé 
tantôt Ibn Al-A'râbî, tantôt Aboû 'Abd AUâh, une 
seule fois Aboû^Abd Allah Ibn Al-A'râbî». Il avait 
été le maître principal d'At-Toûsî , qui , au lieu de le 
nommer, s'en réfère à ses maîtres pour les poèmes 



^ G, p. 171, n. 2, 173, 936 et 260. 

* G, p. i83; 189, n. 1; 193, n. 1; 194 , n. 7; 318; etc. 
' D, p. 66, n. 2; cf. G, p. 333. 

* Fihrist, p. 69; Hammer, Literatwrgeschichte , Il(, p. 329, 
Brockelmann , Arabische lÂUratur, p. 116-117. 

* G,.p. 193,0. 6, 



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là JANVIER. FÉVRIKH IB90. 

Q 5-3 1 , ajoutés par lui au Dtwân * . Avec M. Ahiwardt*, 

mor- 
n Ai- 
se de 
ît un 
[Taiiî- 
idant 
audi- 
frag. 
1, ni 
)aux 
it re- 
rlbn 
.On 
LVâbi 
lenté 
à la 
[lisse- 

cita- 
rages 
irrad 
ïradj 

d^Al- 
euse- 



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nAbIOA DHOBYÀNt IMÉDIT. 15 

mmi flpM le» puiagti diégués r^ondaimt louvênt 
mieux tu texte du manuscrit Ttntawy qu'à celui 
de nos éditionf^ Or, par un beserd tingulierv eilei 
dérivent toute» d'exemplaire» mag^ébins importii» 
d*£»pagne. Le» appendice» d'Ablwardt avaient »eul» 
ju»qu'ioi ouvert une échappée »ur ^insuffisance et le» 
lacunes de notre documentation. La voici renforcée 
f»t complétée par l'édition décrite dan» G, qui s an- 
nonce négativement comme j^^^^^l^^ ^\sij « la ré- 
daction d'un autre qu Al^A»ma 1 »^, et que M. le baron 
de Gûnzburg attribue à Aboû Sa*îd Al-Qa»an ibn 
Al*0o»ain Ibn ^Obaid AUâh ibn ^Abd ar-Rabmàn 
\l.^Atkî As'Soukkarî. mort ver» a 7 6/888 ^ célèbre 
pour avoir édité les maîtres de l'ancienne poésie arabe , 
entre autres Nibiga DbobyâniV 

C'e»t là une oonjecture plausible, appuyée »ur de» 
raiscmnements sage», sur des vraisemblances bien 
observée» et que je serais heureuii de voir confirmée 
par la comparaison d'un second manuscrit portant 
un titre authentique, avec désignation explicite du 
compilateur. En elFetv le manuscrit Sobefer (S), de 
même nature que G. d'un contenu analogue, mais 
non identique, d'écriture aaiatique égdement, avec 
le nom de Nàbiga Phobyàni seul »ur le titre sans 
aucune indication d'éditeur, pourrait tout aussi légi* 
timement, mais tout ausai arbitrairement, être consi- 

' G, p, 173, 176. 189-183, 

* G, p. 170. 

' G. p, 175 et gië) Brockt3lin«|iQ , Arukùoki/ Lu§l'^^lu', p, 108. 

» FÎAmt. p. 74 et 78. 



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L ^1 ^J-I J^- 



14 JANVIER-FÉVRIER 1800. 

déré comme nous apportant le texte tel qu'il a été 
fixé par Aboû Sa*îd Âs-Soukkari. Mais ce n'est pas 
tout : sans étendre mon enquête à Tensemble de la 
littérature arabe de TOrient musulman, j'ai eu la 
curiosité de vérifier les citations de Nâbiga Dhobyâni 
dans Al-Maidâni (Freytag, Arabam Proverbia), dans 

Dictionnaire géographique 
dans ces trois ouvrages les 
5 recensions dififérentes, se 
îux qui nous ont été révé- 
en éloignant aussi sur cer- 
s ayant admis des éléments 
is pénétré dans les autres, 
tions émane sans conteste 
lucune. Toute aflirmation 
irée. Avec notre outillage 
r et S, ainsi que des livres 
;iter, c est que le Diwân de 
\s autres poètes antéisla- 
cident sous la forme où il 
t sur ce terrain nouveau 
i, continuait en Orient sa 
îloppement , se grossissant 
eaux plus ou moins pures , 
lie lettré, en quête d'anti- 
itiques, prenant son bien 
é à l'admiration, doué de 
critique, ébloui, comme 

) et de Yàkoût (j) ont été ras- 



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NABIGA DHOBYAnI inédit. 15 

par le mirage, par le nom illustre de Nâbiga Dhob- 



in 

Le manuscrits, haut de om. 1 9 , large de o m. 1 3 , 
comprend 169 feuillets, avec 17 lignes à la page. 
En dehors des feuillets 1, 129 v*, i3o r* et i56- 
1 59, qui contiennent du remplissage, il se compose 
de deux ouvrages très inégaux : i* (fol. 2 r'-i 29 r^), 
le vocabulaire arabe-persan des substantifs classés 
d'après leurs sens , par Al-Maidâni ^, comme il appert 
du titre suivant : ^^^-^t vJUJb (^L*yt i «^Ut c^U^ 

iuU; Q* (fol. i3o r^-i54 v*), le Diwdn de Nâbiga 
Dhobyâni , introduit en ces termes : iûbLJt ^t^^ I j^ 
jU;4>Jl. On lit au fol. 1 29 i^' i xJUI «x^^ iJjSi\ I? 

* M. Ablwardt supposait que noas ne possédions qu'en partie 
Tœuvre de Nâbiga DliobyAnî; voir B, p. 5o. 

^ Àl-MaidAni, Fauteur de la Collection des proverbes, est ordi- 
nairement appelé Aboû 1-Fadl, et non pas Aboû *n-Nasr. Sur son 
Tndté des noms, voir surtout J. de Goeje et Th. Houtsma, Cata- 
logua ^ I , ( 3* éd. ] , p. 60 ; Hartwig Derenbourg , Les manascrits arabes 
de tEscurial, I, p. 4ii; Rieu» Supplément, p* 58i. — La date 
habitudlement donnée du i4 ramadan 497 pour Tachèvement de 
• ce livre ■ se trouve dans S à la marge du fol. 138 v** comme 
variante, tandis que dans le texte {ibid,) on lit : tie dimanche, der- 
nier jour de rabf i** ^97 1 (1*' janvier 1 io4 de notre ère). L*auteur 
avait sans doute, à quelques mois de distance, été amené par le 
succès à publier deux éditions successives de son manuel. 

' Une autre indication, placée au-dessous et coupée par la 
reliure, se rapporte non pas à S, mais à une copie faite, d'après 
loi , ultérieurement k une date qui n*est plus reconnaissable. 



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ID JANVIER.FÉYRIER 1809. 

1^15 jJl^ Jdi^ aLj Jm t^JLiâ]!^ AJU) 

M^3 ^ajumJ^ (j^aXâ^) aJum. Ce que 
ption du foi. i55 v* : 4->UÛ! iï 

- a)^; Jl» i^X^jl^ a1*) aUI 4>w«i^ 

A^L# »y^' ^ j^ *^;' (^3^^ 

Aam^ (^^aJCâSI iUiM AJuLu* cuit 4;A&^; 

e, dans son entier, a donc été 
de J'hégire (i ao i de notre ère) , 
el d un certain Aboûl-Kftaini ibn 
»t complu à le calligraphier en 
eotement alignés sur un papier 
l'encre bien teintée et le kalani 
vocaliser avec le plus grand soin 
ble compétence. Or, Sâwa était 
^erse , entre Rayy et Hamadhàn , 
ite jusqu'à ce qu'en 6 a i/i a a à *, 

t. «r^^' « paut-étra pour vH^;^* • 
on, )UI, p. 071. Yàkoùi. Mou'iJÊm, UI. 
) 17/1 a toi m«ia le témoignage d'un cob- 
>rroë qu'lbn Al-^thir mërîte ie plot de 
fait remarquer M. Th. Nœldeke en me 
Le «Nàbigt Dhobyânî inédit • iai doit 
[gnei Goldiiber. Met deux ëmtiients cod- 
mon tniveii en pleeirdi; je leur adresse 
ements de {'éditeur et de tous iea arabi- 



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NABIGA DHOBYANÎ inédit. 17 

elle fut envahie par lesTartares. « 11 y avait à Sâwah, 
dit Yâkoût ^ la bibliothèque la plus vaste peut-être 
du monde. On ma rapporté que les Tartares l'ont 
incendiée. » C*est dans cette bibliothèque qu'Aboû 1- 
Kâsim avait sans doute trouvé le précieux manuscrit 
de Nâbiga Dhobyânî, qu'il nous a conservé grâce à 
sa copie. Vingf -trois années plus tard et cen était 
fait de ce volume si important pour notre connais- 
sance du poète et de son œuvre. 

58 poèmes ou fragments de poèmes sont donnés 
sans qu'on puisse s expliquer la pensée d'après laquelle 
ils ont été classés. Les 2 4 poèmes d'Al-Asma^ ont été 
admis, y compris D 10 et rf^ qui manquent dans G, 
à l'exclusion de D !• = A i»' qui n'est pas de Nâbiga, 
mais de Badr ibn Djazzâz. Le poème D ô = A i« est 
dédoublé (morceaux xxxix et xli), comme dans G, 
mîdgré l'unité apparente de la cote i- dans celui-ci. Les 
y poèmes ajoutés par At-Toûsî au nom de ses maîtres , 
surtout d'après Ibn Al-A'râbî , sont reproduits inté- 
gralement , ainsi que dans G. En dehors de ces 3 1 nu- 
méros , où la disposition des vers n'est pas toujours 
celle de la rédaction espagnole , où figurent des vers 
inédits, où nombre de fragments signalés dans l'Ap- 
pendice de A sont insérés à leurs places respectives^, 
leDiwdn de Nâbiga Dhobyânî comprend encore dans 



^ Yftkoût, Mou'djam, loc, cit,; cf. Barbier de Meynard, Dic- 
tionnaire de la Perse, p. 298-399. 

* Une pièce remarquable à ce triple point de vue est notre 
poésie XI = D ^, A r, G 1. Elle n'a que 1 2 vers dans D et A , 
20 dans G (p. 215-217), 29 dans S. 



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it__x :_2J;x-- 



IS JANVIER-FEVRIER 1899. 

S , comme poésie vu , 1 4 vers inconnus de G , le i a* et 
le 1 1* intervertis constituant le fragment 4 de A, les 
—«me poésie xu, 3 vers qui 

les 2 premiers sont dans A 
poésie XIII » G Ph', 4 vers 

du fragment j«p dans A; 
\^}P, les mêmes 3 vers que 

comme poésie xv, 4 vers, 
le poésie xvi « G i^, 6 vers, 

1 et 3-5 du fragment rY^ 
Kl « G r^, 4 vers identiques 
»mme poésie xxu, 4 vers 
a* correspond au vers i du 
es 3 autres étant inédits; 

l«e, 3 vers, dont le i*' est 
B poésie XXIV, les mêmes 
e poésie xxv, les 6 vers de 
;vi, 5 vers inédits inconnus 
i^iii =« G H , 9 vers, dont le 
\ A le fragment ii; comme 
) G ^* ; comme poésie xxx , 
de G; comme poésie xxxi 
• est le fragment rv de A; 
ers inédits inconnus de G ; 

M, 4 vers, dont le i*' est 
i poésie xxxvii, les 7 vers 

dans le DiwAn du poète «ntéiiU- 
ai a; voir ledition de J. Goldziher, 
mory. Gesellschaft, XLVII (iSgS), 



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NABIGA DHOBYÀnI INÉDIT. 10 

de G P-^; comme poésie xxxviii, a vers inédits in- 
conmis de G; comme poésie xuv=»G i^, 9 vers 
dont A, le 1" et 7-9 sont dans A, frngmenl Fi; 
comme poésie xlvi = G m, 5 vers, dont le 3* est 
A, firagment y^\ comme poésie xlvii, les 4 vers 
de G rv; comme poésie li, k vers, tandis que G )«•, 
qui lui correspond, n'en a peut-être que 3 ; comme 
poésie LU , les 3 vers de G Pf ; comme poésie lui , 
les lo vers de G M; comme poésie Lvn—G rc, 5 
vers dont le 1" et le a* sont A, fragment 1», tandis 
que le 4'' est A, fragment H*'; enfin comme poésie 
Lviu, un morceau de 67 vers, dont les vers 39, 4 1 » 

38, 43-46, sont les 7 vers de G h'v, les vers 1, 4, 

39, ao, ii, a4, 39 et 4i répondent à A, frag- 
ment ^, vers 1-6, 8 et 9, dont D, p. 10 et 56, 
a donné les vers 4, 39 et 4 1» le reste demeurant 
inédit. 

QaeUe est la meilleure voie pour faire connaître 
le manuscrit Schefer ? Si l'intérêt scientifique avait pu 
seul être pris en considération, j'aurais opté pour 
une publication intégrale, non seulement du texte, 
même dans ses parties les mieux connues, mais 
encore des notes mai^nales et interiinéaires, très 
édectiques et fort bien choisies, qui abondent et qui 
empiètent sans cesse sur les poèmes, dont diles 
forment un commentaire perpétuel. Je n'aurais pas 
hésité non plus à donner une traduction française, 
dans l'espoir de rétracter quelques péchés déjeunasse 
et aussi avec la confiance qu'un nouvel efiFort, loyale- 
ment et vigoureusement tenté, apporterait quelque 



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20 JANVIER. FÉVRIER 1899. 

contribution à l'intelligence de la vieille poésie arabe. 
C'est Tespace , ce n'est pas le courage , qui m'a manqué 
pour cette tentative aventureuse, et j'ai dû, par né- 
cessité, chercher un biais pour faire entrer le plus 
de matériaux possible dans le cadre le plus étroit. 
Voici à quel procédé j'ai eu recours. L'édition cou- 
«r^^f^ j,, n^...v:» A^ MAk:«,« ^g^ sans contredit celle 

X poètes; c'est elle aussi 
mferme la récolte la plus 
faite parmi les morceaux 
la littérature arabe. Si 
idiqué, mais en prenant 
'état où il avait laissé le 
cesse sous les yeux l'édi- 
;i l'on veut comprendre 
'ai instituée entre les ré- 
ceux que l'étude de S 
gloses du manuscrit, je 
fier en sauvant à peine 
le appareil, bien digne 
lint de vue du lexique et 
îs épigraphes des poésies 
\e parcelle n'en aura été 
B documents sur l'Arabie 



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nAeiga dhobyAnî inédit. 21 

poésiE I. 
(D f; A iv et App. r*; G H; J, p. lAA et v^v. G !•) 

Épigraphe (fol. 1 3o v*) : ^^^ yL^ ^ i^^U^ (^^ ôUj xt^-l^ iu^Ul JU 

[ J^] J^« (:;^ (J^lil CO^ 6^*"^ i:;^ ^:5 

35 vers. Ordre des vers comparé avec cdoi de A : S <-»* = A i-i5 , ii = 3o, 
»^ = 25, »^ = 2o, H— 19, r.-n'= 16-18, i*!- et n«=26 et 27, re-rA^ai-a^, 

^L. 5-jJI ïj,— » i jJtj-i^-^ iULK^ ouj tJiLJ ^^ yt^ Jl M 
r. et ri = a8ei 29, 

pr = 3i,rp=»33,ra = 32. 

Variantes par rapport an texte de A : vers t f^ lix ; r Ja v3'>^^^ ^i^^^ (ms. 
ùi) (4*^-»^; !• ju«i t^ U; d j;»ihi *^; V g^ J^ J4^U; A '^jo c^l (var. marg. ^^ 

(▼ar. marg. d*aprés Al-Açmal ç^^); '^ «xS'^^ *P'> ^^ «^^; ''^ y»î ^^3, >-!> 
ôi^; M ^U y* (^ôJI jl Ji/trf yj{) LfiLS'^sjJ) 4^^ Jyb Jbl ; h »^^3 ; fr f^y*! 

ii»x— », J^; »''" i^c^cj*«^î J«>^ .^u5'^^U; rt 4W»6^7Î; >^ j«^.' tf;W^ pU^; 
r^i^f^ ^j^\ ^15^5'^ ^; r. iJL; rr var.raarg. fKi^; rf S^y, l%^^\ i. 

POésiE II. 
(DiP; A V et App. iv. C 1; J, p. 1FI;G I) 

Épigraphe (fol. i3i v**) : u-uà^ ^063 iublJI vi*ï>*x^ ^ ylS'iOt ^y^. 



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32 JANVIER-FÉVHIËR 18Q0. 

AAA j-C^^ Kéài\j^. (^ AJblJI ^1^3 ^^)^^^^9 {fiji^ ^jà*^ Um^ (s)4^I (jI^ 

jJ^I LL^t U^,.)^w li^LUI cjlij ,.^»à ,.,jaJJ .&JJ3 ô^y i^J^lf 

et r = 3etii> 
= i5 et 16, ir 



marg. i^j'»^) , 

-»>; H" premier 
(jJL ^^lÎ ^lij|, 



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NABIGA DHOBYAnI inédit. 23 

POÉSIE m. 

(D H; A KA et App. àr; C Kv. j, p. id. et vm; g y) 
Épigraphe (fol. i Sa V*) : «^XjukâiJt $ù^ 4-h^ ^I^ JU <>> c^aa^ (^^jI 

i^ ^^ l ^ i ^ l^A* JS iuuUU Jti^ l^ J^ l4Â^ J^ ^t aILi^ »^ti 

(^^^LjJt jnJU <i dU& jjy v^ (j^ Mt jjtàJI ii^ J^ ^1 ^^Iû^u^ U JU^ 

{-^ (^ ^j^ 1^ îLl* ^X-î) (j^ *X-*-«» ^ ^ lai^j (ms. J^jt) »bl Is 
pLâç aJ JUa o%i^l^ (^X^ u'^ ^4^ j^«>s> ^1 li^ Jsi Ait iûbUJI ^ «y^Li 
^JLkjU JL, ^1^ ^t ^Î^aJ JUi (ms.A^i) »bt jjl ty»^ i^^^l 
Jaâ (ms. ffe^jol) ^bt J^^ ^^ ^Uj pUJb (!^ULi Jl JJà »;y (^ AjbUJt 

ouU^ JJ b^ liS^y^ dUÂL ojlS^^t^ ilLîr ^ ^«xjùo yj libt aJI eoui 
Uâaj|^ ^S^ I^JUi > p^ J! oJUkit p H^j^ (S^^ £^ «^y^'i U*^ 

ÀJuUJt (ms. aaïU) »bti AJU aJU ^jpUt <^l^ ajUI ^16 (jb^ (^ JuJi^ a>I 

' Mobtmmftd ibn Habib, élève de Koa|roab, mort à Sâmarrft en s ^5/859; voir 
Broekelmaiiii, Arainsche Uteratnr, p. 106. 



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24 JANVIERFÉVIUER 1809. 

6 vers. Oitlre des vers comparé avec celui de A : S »-l"=iA i-4, * = App. 
«>»*, V. 2, i = i6iJ., Y. 1. 



Ji»^ 



iaire ^ 



uu. 



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NABIGA DHOBYANÎ inédit. 25 

JuLî JoK^ pL&Jt Sy JSj «XÀi» ^^ yyti Uâjl Jif /»«>Li0U Ck.y:f, 1^^ 

37 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S i et >' = A i et a , 

p-(r = 3-iîi, »P=i4, <<»=i3, ii-r.=x 15-19, n-r«>=22-36, n etrv = 2o 
et 31. 

Variantes par rapport au texte de A : vers » var. marg. ôJu*3; p l^jlS'^ 
1^ ^^^ »t,x£; var. marg. ôA^J; i »;ol^; i j.UiJl ^^ (vai*. marg. ,.1^1 i^ 
et |.^4-JI ^-); »r ïl^ jO^iî (var. marg. v^^ *^); 'P **^; '*< var. marg. i 
plj^; H J5Ls (var. interiinëaires i»UâjU et b>i^4ÎJl); r. olHi^ (var. marg. 

j^^; n s^JlW; rr v^iU», tf;«xl« (var. marg. ^;^); ^^ •>^î o^fxi, UkxJLi. 
(var. marg. J^"); r«>^3U;u; n ylcl, j.14^1 i (var. marg. ^I); ï"^ ç^ yf^'^y 

POésiE VI. 

(D r;A I; C f; J, p. IPP; G r) 

Épigraphe (fol. i35 V*) : kùj^A ^^^^juaM! ci>^ ^^^ ^^^l ^*Xf JUj 

29 vers. Ordre des vers comparé avec celui deA:S'=A 1, ►' = 3, 
r=3, P-v^^.y^ A-N = 22-a4, M-ir = 8-io, 'I*=i3, »«5=ii, »'<=i4, 
'^=12, ('^ et H =15 et 16, r.-rr= 19-21, rret^'P^iy et 18, r-J-M^ 25-29. 

Variantes par rapport au texte de A : vers y var. marg. ^1)1; r Jl^itiJ (var. 
marg. J^tl»^); <» ^U? ^ti l^ ^\ il; il,; 1 4^1 *l^ ^ (var. marg. *Jos^); 
V ç^UJI j9;l ^44W (var. marg. J^^o); i ^^Ul ^^; f. var. marg. ^^ |i-4-^U: 
J3»! et aussi ^^4^; " ^ (var. marg. jJ), *r^UilI J^I ^^Ui ^JUu^ v^ o<î; 
ir t^ A*£ ^; ir* yfit? *^liafi ^^ C:>ya^\ (var. marg. ^>> ^îfjL. ^^U^ Jxîl Ulil 



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26 JANVIER.PÉVRÎER 1899. 

rr j^, uii^; rp ^^fi^; n var. marg. o^yi\ jh*^ f4*«*; ^ ^4**^ ^*^. 

POESIE VIL 
(A, App. i et J, p. >^>''» vers ir et n, le reste inédit) 

[l»A^] Épigraphe (fol. 1 36 r») : JU^ 

4JL^ ciUa^l i 4Jî^ tM L^Li^^p^jJ! ^ JJL* 4^^ ^' 
4^ fl Y ^ * {J=5^' v't^ u' (:)-H»«> ^ I <j/ï l-Jt-4 23^ iwi jLfi ^Vi ^ J« 

^«lUtàJCi^ râl^t pl^^ (j^ A^^^kyk. x-va.JCâtf» ^^iLJl JjUl I4] ^^^^l V 

y^M HLliJn ^ l^lin 0^ d)lS^ l-<^y,>i .-^ ^^!^ *^*^^:;' (Jb^ '^ 
Variantes marginales : vers \ ^t^^ d^iU^; r ciU^^t Jla jo^^ )i); v pL:î. 



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NABïGA DHOBYANÎ inédit. 27 

POESIE VIII. 
(D N;A H; Cri; J,p. HO;GPr) 

[jà]^] Épigraphe (fol. 1 36 v^) : ^JoJH ^ ^^1 ^J^ l^\ JU^ 
20 vers. Même ordre que dans A. 

Variantes par rapport au texte de A : » ê^; r f\yli; r )^l^; i ia»U5y»; 
V oUpI ; ir JI^JUl ^ Jx j^ ^3; »P *<>;i 4^1 tf JJI 3^ iU (var. marg. <s^\ 

POéSIE IX. 

Sacy, Chrestomathie arabe, 2' éd., II, p. Ipr-JM; D »; A o et App. M; C «>; 
J , p. lOA et vrr; G d ) 

Epigraphe (foi. i Sy r**) : U Xkwjb ^ ^^^ j«xUt (^^ C^H^' C*^ ^^^^ 

5o vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S '-ri = A 1-26 , rv = 32 , 
rA = 34, M = 33, r. et n = 35 et 36, rr et rr = 27 et 28, rp et re = 3o et 3i, 
•-1 = 29, rv. M — 37-39, P- et Pi«-iApp. H, w-i^ «= 42-48, lH*.4i, ^.«^g». 

Variantes par rapport au texte de A : vers 1 *i5Jli ; r (^^ i i^^ W »i**> 
(w. marg. i-flsU $ ^^ l^ oi$ et ^^Ul ix^f l^^ iJLS,; r ^^f^ill il, 

«^«3 (var. marg. ^f^); P ^^Jî "^ (jJ%^^ «iî "* '>^l^^' ^* <»^*3 'î'^ «*^'; 
1 J^ <^i^ (var. marg. J«J-^I tf3o) ; ». jccîyî Jfcji iXi\ J^^ ^^; it ^, Kt^l^; 
•!• (Jl^ v^. v>i (var. marg. ^) ; J'^ *<1.U (^U >i ^Ij; rr JU ii;;,,*^-^:^» 

' Apr^ le dernier vers, note marginale : si^^ n-<}JLa JUL^I î^ LU ^^9JJ\ j^î J^ 
i>JU^ X^ l>^^ lit ipti^ 4JU1 ^r l^a^yi Ja^ (.«Ari^ Xib «SU jJ «^ ibsH<xl^'< 
^iOS ^W^ lOl Ia4^ U»^ L|XiU) i. Les deux derniers mots, rognés par le relieur, ont 
M restitués d*aprës le 9^hàk et le JSTamotU. 



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28 JANVIER-FÉVRIER 18QQ. 

jj J^I, ^1 ^^ (var. marg. j3ill); rv ^\y , j^j ^j»^!^ ^\^ [^ jj. rr Juc 

ow^; rr J^yi (var. marg. ^^3 ^), ;^^l ^^UJ; rf l^; rc \jè ^yS Sjiy 
(var. marg. ^y^ ^ Xfiy); n jypl^; rv (^r jcç] j^ ^^^|; r^ L^I*î^; M U 
juA^ «ôl #^^ «i.-j| ^J,| (var. marg. é^ yj, U); pj 1^ Ijsj*, ,>^; pr 5|j.i; 
Prp, (var. marg. duLÎJap^); pp o^L^ ^^^l j^il/ c^/ A^^lyT o^U. liJ 

^var. TTiArcr. jdJI<jl isa^U.. \S\\- Pu Jo:^ ^vat. înt^rl. «Is^^ .)J^^; pA mmJ (^^li 



AU; ir J-JUI. 



L App. V, V. 1 

% 



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NÂBIGÂ DHOBYAn! inédit. 29 

ir et ir = A App. a , v. i et a , 

iA = a, H= 1, r.-riî = 3-8, >'*»=ii, KVet »''^ = 9 et 10, m=i2. 

Variantes par rapport au texte de A : ^ var. marg. v>^ i^; '^ ^ ''^» tf;Wi>. 
gJl; ir 145x^00, 4451*; fA Ujjé; rr v^^; rr ji-^Lu L.I6I; n« dJi Jdu i (var. 
marg. *iU6 ^Cû ^), |^-^«>t; ^^ var. marg. o*»^^ tf»^; ^** «s^-^Ji; 1^ y^i.^ marg. if)>-»; 
r^ dbl^ (var. marg. ^^^ et ^^); M J^^ ^ày&X CiUi^ JLÎ ^J,|3. 



POESIE XII. 

'A, App. IP; cf. D, p. 2 2 et 23, Moubarrad, Kâmil, p. d.v^ Kkixânat al-adab, I, p. rvA; 

J,p. ^'n) 

[ Jl?^] Épigraphe (fol. 1 /io i*) : j^ (^^ iUSô^ ^^^j ^^£1:^ 4^^ JUj 

3 ver». Ordre de» vers comparé avec celui de A : » et Ks» A, App. 'l^, v. 1 
et 2, 

* Ifs. Jl««^; correction de M. Noddeke. 



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30 JANVIER.FÉVRIER 1809. 

Variantes par rapport ou texte de A : ver» ' c^^ S<^4^\ ** cr»;^ ^W^ ><5 

POÉSIE xm. 



s-r'J^)' 






■^^^ Jl*^ 



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NÀBIGA DHOBYÀnI INÉDIT. 31 

POi$JM XVI. 

(A, App. n»; J, p. vrr; G ir) 

[>^] Épigraphe (fol. 1 4o v") : ^JSJ\ i^ (^ (^» jJ^ JU, 

6 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : 

»5^U ^^ o^^jOI J»Ij1Î «kÛlfi^ Ijo^L^ fi^St* ^1 jJJ J:»^^ » 
y£\y4 tfJ.-^L# 11*lEJ. '^Ui ^ JI3 L. * *l^iJjl >^l V!> »* 

Sr = A 1, P-i = 3-5. 

\ ariantes par rapport au texte de A : vers r '>^, ^'^^ »U< <^ ; P *j>f. ^'ii ; 

PoésiE xvu. 
(D 1; A rr et App. r^; C rP; J, p. v.p et vj-^, G M ) 

[kAM.^] Épigraphe (foi. i li i t^) i Ihj} Jln^ 

27 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S i-i^ = A 1-18, M-rr 
= ao-a3, >^= 19, 

« N. m. iUiiAA40 ^^ j-tU 4^ ^^ tf î 

' N. m. «t^(^ J^; 7^^ (^ «^"«^^ 
* N. m. 9X^ ^ ^S *\jlA^\ ^\ 



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32 JANVIER-FEVRIER 1899. 

»'« = App. I"\ 

Variantes par rapport au texte de A : vers ' <^»«^^, U-i*l !^ ^j VvVl U £j-ûJI 

\ marg. t^«>^ 



^ô^ JLj3 



i J3, S 



çpU^LiJl ç^; 



les poésies xii 



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NABIGA DHOBYANÎ inédit. 33 

i3 vers. Ordre des vers par rapport à ceux de A : S »-I"«A i-4, «> = 8, 
i = -, v_i==g.n^ ,.^6^ i, = 5^ ,r^,2, fr = App. *r. 

\ a riantes par rapport au texte de A : vers f |p^ , faute d*orthographe pour 

t/.i.; r J-J U, osijJ U3; i^^ii^L-J; V 431x5' iyj (var. marg. i)i); ^ ^i 1 î •; 
1 ^; I. I^^ il; i» p^L? jbUâj, ;>JL^;V (var. marg. ,^15' j^ il, V V^ ^); 
iMàUl p^ (var. marg. j-î*); Jr jitx , :/ . U M^. 

POÉSIE XX. 

(D jv; A n«; C rr; J. p. v.^; g àr] 

Epigraphe (fol. 1 4^ v"*) : cu-iLS^ îL^^^s^ jl ^^^ ^Lmj ^^^j ^jj^ JUj 
^1 I fl ^ t II U U JU^ l^ ^^ ^Lm (^ Js>^ J[^l^ 1$ l^iUIdi AÂ^' iubUJt iUjt 
>151 JU^ i^Uâi (j,^ <$ lil^ lit *ib ^ l^ 



-» ^ 



^. I 



5 vers. Même ordre des vers que dans A*. 

Variantes par rapport au texte de A : vers r 0^3, ày!o^ a*5y»j; r ^^ 

» N. m. au vers \ : i3;U. oj ^^y? u^ çj^ ûsjj,!^ iU^^ LÙL.5 l^^ô, »^ ^^ JiUs ^1^1 
xia. 3 

tarMuuuB a&titfiii.s. 



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34 JANVIËR-FëVRIER 1899. 

POESIE XXI. 
(A, App. ri; D, p. 23, note i; J, p. vm; G r^) 









'(SI iut dJi 

«M X ** 



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NABIGA DHOBYÂNt INÉDIT. 35 

poésœ XXIV. 

(G ri) 

Epigraphe (fol. 1 43 v^) : ^âX^^ ^U^^ ^ VH^' (:)*»- (^' p>? Jl*j 

POÉSIE XXV. 
(G rr, Al-HoutaFa, Diwân, éd. Goldziher, ilvui) 

Épigraphe (fol. 1 43 V*) : i jo-i? <^ (j. ^ jfc (j^ iUllt J^ 5;*>?l Jl* 
Jlii ^UoJI ^ J^ jl^l ôJU>i iji^ i^l^là fdM Jl» ic4^ Jk£^ <x«mI 
J^\ aJ |t4Xi ^^Xt iJ oJU^ l^^^é^ 4^U ^^ ^ ^Jsi I 
J^ cr^ iS^^ ^ Cutt^ ^3 MsL-iCj ^ ^ ^Ls4l^ Uw r- 

» Ms. ;tjLô. N. m. ï;y (^ .-JU (ms. ;lJU;) ;UU; 



3. 



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36 JANVIER-FEVRIER 18Q9. 

POÉSIE XXVI. 
(Inédite) 



^•.-^-UUL» 4X-?^-iJt ^ 3^ (^ i^j*^ fi ût^ ^* i^^^ ii OiiL ^ aI*^ 



Épigraphe (fol. i 44 r°) : |>jL©U ÀjJL ^ (<vif yj i^ ^ ^1 JUj 

Ki I 

i 

.1, 



iJJlSj 



pp. Pr, 



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nAbiga dhobyAnî inédit. 37 

Variantes par rapport au texte de A : vers » JJ-^^^ dpy-^ <^ ^y^\ ^ ^^; 
^ ^ '' • ^ * ' 

F oJLalJ, faute d orthographe pour ooU.;, J^1>1 ^j£ G^l46^^4^; à ^)^ J^Ll». 



POÉSIE XXTm. 
(A, App. " et J, p. vfj = vers r et f ; G IH) 

[y1^] Épigraphe (foL i/iS i*) : JIj, 



* «. V ^ £ -^ 



oiJ-^ ^j^*>3l ^ (£J4. l^ o<4-* ^^^^^ C^V-^-â-I 'li ^' 



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' N. m. ^^ ^^ ^;)5 *iLU ^^ y^U (^A4 Ij-tU 

yl^ f^y»^ ^^ AiSUe Ï^^LeU yUlaii J^ y;l^ ^^ J^ c:,;Ul «jUi yU. L^ U<^ 



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38 JANVIER-FÉVRIER 1800. 

POÉSIE I^XIX. 

[IxKm^] Épigraphe (fol. 1 65 r°) : U^t JU| 






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nAbiga dhobyânI inédit. 3« 

^SjJU lA^ e*^H^ ^jW (:^^ L^U;^^LHitôU.ôâj^/w »« 

POÉSIE XXXII. 
(Inédite) 

[Jjjh] Épigraphe (fol. 1 45 v») : JU, 

^?-jL-^ jLsL-i Ua-^ ^L^:> u;4J» ^ ^ J^\àS^' 

^ f ^ ^ ^ ^ * 

V^ariante marginale pour 1« vers P : lâk^^bl, recommandée par ^' 

POESIE xxxui. 
(D r.; A Id; C II»; J. p. V<f\ G »v) 

Épigraphe (fol. i46 r*) : ^^ ^^U-y (^^ Jc^ ^^^ ju^j ytTUa JUj 



F 



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40 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

1 4 vers. Ordre des vers comparé avec celui deA:S i-is^A i-6, ^«a de 7 
et b de 9, '^-^•=3 ii-i3, n-'P= i5-i8. 



Variantes par rapport au texte de A : vers » osAUI ^J^ ç^; r ^yy^yS >J, yj/' 



1^*3; r jJL^ tso»46^JU (var. marg. (»4^); 1" o«^^ (^^rf ^; ^ ^^^^i^ (^l.x^wi^ ^^^Lu' 



3. r et P 



.1 



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nAbiga dhobyAnî inédit. 41 

POÉSIE XIXVI. 
(A, App. rp et J, p. vrv « vers I; G h) 

Epigraphe (foi. 1 47 v*) : * i^yi aJUl-ï (^^-a-^ KJ^^yi \J^ i JM? 



POESIE MXVII. 

(G TA). 

[liA-»N^] Épigraphe (fol. 1A7 v*) : L^t Jlïj 



;U-Ll> !>-««u6J J^iJ^ J> C:^ &^ cM ir* <i v.XiAi Oo^ I 



-» * - 






^LâJ^I «X-A^ Lt^ jât; ^ y± (^ i^JOjÂM] ^\^ jLt Oa A^ )« 

^ JL^b Lâl^^ v^' (^«^^ c;^ J^I^T^' 1*^ y^^ S^> 'M^ T^^) <3L^:^t ^1 LxjJ 



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42 JANVIKR.FÉVRIER 180Q. 

;L-3 ^j^-^ jjJ-« jj^J; ^j^ aM ^i.-^-? 0-*r^' ^^^ "-^-^ o*^^ * 



' O /• * -> 

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&)9Ut 

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\ABIGA DHOBYANI inédit. 43 

lo rers. Ordre de» vers comparé avec celui de A : S » et ^' — A, App. f*?, 
1 et a (cf. D,p. 18 et 66). 

F ssay, «-1 = 22-36, »•= m. 

Variantes par rapport au texte de A : vers *';^7*^^ ^)^y 44*^ ^M^ i (var. 

1 var. marg. ;L02I! ; ». ;U^ I4; (^«^^i j^'Ne . 

POÉSIE XL. 
(D i; AM; C ir; J,p. lAV-Q v) 

[Ioa^] Épigraphe (foi. i48 r^) : iubLJI JUj 

1 4 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S.' - 1 = A 1 -6 , ^ - " == 1 o- 1 4 , 

Variantes pjir rapport au texte de A : vers y *s*il*, ^^1»^ %yô<*i (var. marg. 
•* y. 

AiUi; 1 (jUxm) ^^; M i^JyiM oJ; ff ^.><iid J^, c^LaJ Ju (var. marg. «a^cg^ et 

POÉSIE XLI. 
(D «» Al.;Cll| J,p. ivf; G |.) 

[>li] Épigraphe (fol. 1 ^8 v*) : j^im (^ «i^S JL* ^>î W>UH JU> 



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44 JANVIER-FEVRIER 1899. 

20 vers. Ordre des verscomparë avec celui deA: S'-" = 1-1 1, i>'-»F= i3-i5, 
idei M= 19 et 20, 1"^-*^=: 16-18, ^ = sj8. 

Variantes par rapport au texte de A : vers 1 ;L*-ôilI o^^l^l ; r ,^Ji^l , o^?^ 
^^Lx ç.^il-i^ U ;^^l (var. marg. ouuLâ]; « 1>I^ JLJi IjUI; i^Io^; v ^^. 
A JpT^I; ». ji^o.; jr ^j^l ï^U p^l^; i«>^; jv ^^^ ^5^- (var. marg. 









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nABIGA DHOBYANÎ inédit. 45 

^ y ^ X O ^ ^ ^ ^ 

^ s ^ ^ j » 

lai ;^t j^ foo^ 5>yî ^ »^i ^Lji o^: ]^ jL:^ 

Ll-làs,^ (^ o-^»^ J^^^ (H^3 (^^^ ^Uafcli^ jl ç^ OjiL Jl 
L. ijoLJLI i^>^ JLXJ ^x^l^ pLo JJi> J-îi ^Ikftli ^Lli i v^^' 

t j^ j^ ^jLs; c^ (^ (^^t j[5 p u^;î »*^' e>^ uji^ 2^ jj^ 

J ^V* i 4^;^>^ >^ ti^ 4^^' ul(>J^' ^^ ^^' J^ ^» 

i6 vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S '-'' = A i-3, 
w^^Lj 5-,^ p^ j^xb Jyu i é^ Lt *Uipi ^^ ^L4 ^U i« 

Variantes par rapport au texte de A : vers P var. marg. , texte de A avec 

<^jS); A^, ^j^; I. *^; AMI ^j^lL^ O^' 161 ; M .^.«iCûJt 1^ 1^ Oo» ^"U; 



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4fi JANVIER-FÉVRIER 1809. 

ir ^yi y oJJLyt ^ jsijIp il, ^^^\ iP J^ l'JI (var. marg. J^ osî,); jo jl 






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NABIGA DHOBYANÎ inédit. 47 

POESIE XLV. 

(D rr et rr; A r, ri et App. éf, vers i; C Mj J, p. viv et vr.; G m) 
Épigraphe (fol. 1 5 1 v*) : ^^ 3^ ^ ^>*jLjt ^^ S^ iu^UJI JUj 

1 a vers. Ordre des vers comparé avec celui de A : S » et ►* = A i et j » 
r = App. *P, V. I, 




5 vers. Même ordre des vers que dans A. 

Variantes par rapport au texte de A : vers f JU-» ^^oJlS'; à ^^J^. 



POESIE XLVI. 
(A, App. P* et J, p. vfA^: vers r; G M) 



[^^] Épigraphe (fd. 1 5a i*) : ^j»)» cyfi ^^ JU, 



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48 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

Variante marginale au vers f : o4^; au vers •" : Ct^* 



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nAbiga dhobyAnI inédit. 4^ 

POÉSIE XLIX. 

(D M; A Va; C n; J, p. V,.; G rô) 
Epigraphe (fol. i Sa r") : ^^ L*^'; J-^;' (;)-*-»- t)L-i^ ^^, J^3 

3 vers. Ordre des vers identique à celui de A. 

Variantes par rapport au texte de A : vers ' var. marg. i^S 9^^ ; r yo 

POESIE L. 
(D r\ A 1/^: c 1^; J, p. HP; G M) 

Iwk^] Épigraphe (fol. 1 5a v°) : j-»-»^l ^j ^ ^^\ ^j^ Jlï, 

5 vers. Même ordre des vers que dans A. 

V 
Variantes par rapport au texte de A : vers i ^^v^.y^ ^ ll^ ^ y ; ^ (ms. ^-^>) ^^3 

POÉSIE LI. 

(G p.) 
Epigraphe (fol. 1 Sa v*) : ^ j*>jdLl »^t Joj ^^^^k*. .Xâ^ ^ jj^ JU^ 

ini. k 



«»Maaau batimals 



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SO JANVIER-FEVRIER 1800. 



» ^ T II < : 1 I - . 






iUji u;lî ^j^ çi-»i I 

.5^ I ■! .M .^w jix >t r 



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NÀBIGA DHOBYAnI INÉDIT. 51 

Varianle marginale pour le ver» ^ : if;^ uU« tfU^ ùs^ t^^tf^. 

POESIE LIV. 

[J^] Kpigraphe (fol. i53 r°) : Là^l JUj 

9 ver». Ordre d«* vtr» compuré avêc celui de A » 8 (-F»^A i-4, «^ssô, 

1=5, v-<=7-9. 

- «^ 

VariAntes par rapport au texte de A : vei*s ^ J«>-» Hi^^; i Ç*'**^' J^W; ^ ^5 

^ ^ Ol; A li^SUJi*; 1 t^V^ (var. marg. ^yyJji et siif)li JULa i). 

POÉSIE LYf 
(D ri; A IP; C I*; J. p. H^Y; G P^) 

[kn^^] Épigraphe (fol. 1 53 v*») : J^ ^^^ g^^JI UmI JU, 

1 3 vers. Ordre daf ven comma dftos A. 

Variantes par rapport au texte de A : vers i vart marg. ^^ ^pJ^ ^. y ïXij\, 
r ij^ J^ (var. mare. ï^i-i, Uyi^ et ^^^); "^ ^)^; ^ i^ i; '^ ;>iu^; 
t. «,^1 44i j^ sjUlôl (var. marg. yU^l 04s ^ ii»ic\); tr ^^; ir J^ 

POé^IE LVI. 

(D h; A P;C P; J,p. ItfV; G rp) 

9 vers. Ordre des vers comparé avec celui deA:S» = Aj, ►' = 4, f eif 
«2 et 3, ^-v«5.y. 

4. 



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nAbiga dhobyân! inédit. 



53 















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54 JANVIER.FÉVRIER 1890. 

I^f-t^'î* ^JiJm L^j^i, ^(5* U^U (jJjU 0>^ J>f^ M 



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NABIGA DHOBYÂnI inédit. 55 

Variantes marginales . vers !• ^ o*e-$^; >^ i*^; »*^ <^ 5*; l"^ j**; ç^b 



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56 JANVIKR-FEVRIER 1899. 

LE 

TRAITÉ SUR L'ASTROLARE PLAN 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. !i7 

qu'il écrivit au prêtre et périodeute Basile de Chy- 
pres sur la quatorzième lune de Nisan de Tan 665 ^ 
Nous pouvons donc conclure de ces détails qu'il 
vivait au milieu du vu* siècle. 

Il se distingua dans les études philosophiques, 
mathématiques et ecclésiastiques, nous dit encore 
Bar Hehreus^. Nous pouvons ajouter qu'il posséda 
la langue grecque, car certains fragments philoso- 
phiques qui nous restent de lui sont des commen- 
taires sur les ouvrages d'Aristote et des explications 
des termes grecs plus difficiles à comprendre ^. M. Sa- 
chau publia des fragments des ouvrages astrono- 
miques de Sévère* : Sar la terre habitée et inhabitée; 
Sar la meswre da ciel et de la terre et la montagne qai 
est au ndliea^, etc. Je me propose de publier ici son 
Traité sur l'Astrolabe plan. 

Lb manuscrit. — Le manuscrit du traité sur l'as- 
trolabe est conservé à Berlin (collection Petermann, 

* Berlin, ms. syr., collection Petermann,n*37, foi. 98 v^'-ioS r*. 

* Loc. cit. JL^L,jLo JLok^lJ^Mo ILikiAo jiftS.»»^ om ^fj^ 

' Lettre au prêtre *Aitîlaha sur quelques termes du wtpl épftc- 
p€ias d*Aristote. Addit. mss. lyiSG et i466o. Cf. Wright, ouvrage 
cité. 

* [nedita Syriaca, in-8*. Wien, 1870, p. 117-134. 

* Les géographes arabes ont admis aussi lexistence de cette 
haute montagne située sur Téquateur et limitant au sud la terre 
habitée. Bar Hebreus, dans le Livre de l'ascension de t esprit, cite un 
ouvrage de Sévère sur Tastronomie. Cf. Bibliothèque de VÉcole des 
koBoles étades, fascicule cxxi, p. 107, ligne 1. 



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.VS JANVIKR-FÉVRIER 1899. 

n" 37)^ n est doté de lan 1267 des Grecs (956). 
Le traité sur I astrolabe va du fol. 8a v" au fol. 98 r*"; 
il est écrit d'une mauvaise écriture jacobite; un cer- 
tain nombre de lettres y sont très souvent confon- 
dues; la ponctuation y est mise au hasard; lencre a 
jauni. Gomme le texte est évidemment mauvais, on 
a pu, sans hésitation, y faire un certain nombre de 
changements; la leçon du manuscrit est alors donnée 
en note. 

L'ouvAAOB. — U comprend deux parties : i" Dé- 
finition et description de Tastrolabe plun ; a"" Règles 
pour s*en servir. Ces règles sont au nombre de vingt- 
cinq, mais il en manque deux (aoetai) dans le 
manuscrit de Berlin, car, nous dit le scribe, il 
manquait là un feuillet dans le manuscrit qu'il tran- 
scrivait^. — Dans la première partie. Sévère donne 
une définition philosophiqtie de lastrolnbe, puis in- 
dique que cet instrument comprend plusieurs ta- 
blettes rondes, planes, placées les unes au-dessus 
des autres à l'intérieur d'une plus grande qui est 
crevue et les contient; il déorit ensuite 1 araignée 
qui porte les signes du zodiaque et les principales 
étoiles fixes, puis donne quelques généralités sur les 
cercles et les coordonnées célestes qui figurent sur 
les tablettes. — Dans la seconde partie il enseigne 
À r(^soudre, à laide de Tastrolabe, les problèmes 

1 Cf. Kurêêi VeMêiehnisi det SaehaxCtehen Sammlung iyr, 

* La règle 1 3 mani{iie ëgilem«nt. 



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LE TRAÎTft Sim L'ASTROLABE PLAN. ÎSO 

suivants : i° Trouver durant le jour, l'heure solaire, 
le degré qui se lèvo, celui qui se couche, etc.; 
i"" Trouver l'heure, durant la nuit, à Taide des étoi- 
les; 3" Trouver Theure, durant la nuit, k laide de la 
lune; à"* Trouver la position du soleil; 5"* Trouver 
la position de la lune et des cinq plan/ tes; 6** Trou- 
ver la latitude de la lune; 7* Vérifier si l'astrolabe 
est bien ou mal construit; 8" Vérifier si Tindicaleur 
des degrés est bien construit; 9* Trouver dans un 
climat quelconque * les ascensions » de chaque signe 
au centre de vie et au milieu du ciel, ou «les des- 
centes • au couchant et sous la terre; 10* Trouver 
combien il y a d'ascensions depuis le commence- 
ment du Bélier jusqu'au degré qui se lève, o'est-/i- 
dire jusqu'à l'horoscope; 1 T Trouver la composition 
des heures ainsi que la longueur ou la brièveté du 
jour et de la nuit; 1 3" Trouver quelle est la plus bo- 
réale et la plus australe de deux villes considérées; 
1 i** Trouver la longitude dîme ville par rapport à 
une autre; i5° Trouver la différence des midis de 
deux villes ; 1 6** Trouver les ascensions de la sphère 
droite dont s'est occupé Ptolëmée; 17** Trouver à 
laide du soleil ou d'une étoile fixe dans quel climat 
Ton est; 18*" Trouver la latitude des sept climats; 
1 9** Trouver la longitude ou la latitude des étoiles 
files; a a" Trouver l'inclinaison des signes du zo- 
diaque sur Téquateur au nord et au sud pom* chaque 
climat, et en quel endroit se trouvent !es trois zones 
tropicales; a 3* Trouver finclinaison du soleil sur 
l'équateur (la déclinaison) au nord et au sud, dans 



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60 JANVIKR-FÉVRIER 1899. 

tout signe ou dans tout degré; ad"" Division et dis- 
tances relatives des diverses zones; a 5** Trouver dans 
tout climat les ascensions du signe qui est à Torient 
et que Ton appelle « signe de vie ». 



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LE TRAITE SDR L'ASTROLABE PLAN. 61 

a été Tun des agents de cette transmission. M. Re- 
nan a déjà signalé Sévère Sabokt comme l'un de 
ceux qui firent connaître la philosophie grecque aux 
Ârahes; le présent traité montrera quil leur fit aussi 
connaître Tastrolabe plan. 

3* Nous pourrons ensuite déterminer l'inventeur 
de cet instrument, car Sévère nous apprendra qu'il 
est antérieur à Claude Ptolémée , et nous trouverons 
alors son nom dans un passage de Vitruve que Ion 
n a pas encore pu comprendre parce que Ion attri- 
buait à lastrolabe plan une origine de beaucoup 
postérieure à Vitruve. Je développe seulement ce 
dernier point : 

Sévère Sabokt mentionne huit fois l'inventeur de 
l'astrolabe qu'il désigne (rois fois par « le philosophe 
qui a fait l'astrolabe » , et cinq fois par « ce philo- 
sophe». Il le distingue de Ptolémée ou Ptolémée 
l'Astronome qu'il cite six fois et nous apprend de 
plus qu'il lui est antérieur. Car il nous indique un 
moyen de contrôler les résultats donnés par l'astro- 
labe plan en les comparant à ceux que l'on tire de 
tables construites par Ptolémée; si l'astrolabe est 
bien construit, ces deux résultats doivent être iden- 
tiques, car, dit Sévère, les tables furent construites 



des inscriptions, i" série, t. I, p. as eti53. Cf. P. Tannery, La géo- 
métrie grecque, Paris, 1887, p. 6 et 7. Je suis heureux de confirmer 
et dévdopper ici une idée de M. P. Tannery quand il fait remonter 
Tastrolabe plan à Ptolémée. Mais nous verrons qu'il remonte encore 
{dus haut. 



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03 JANVIliR.FÉVRIEIl U09. 

par Ptolémée d'aprè$ l'astrolabe^ n Donc c^l instru- 
ment exirtait avant PtoJémée. 

J'ajoute quen un autre endroit. Sévère donnant 
le> diverse» divisions de ift t^rre^. mentionna ©elle 

de l'inventeur de 1 astrolabe avant oella de Ptûlémée 



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LE TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN. 63 

une tablette fixe oonstruite pour la latitude où Ion 
est et qui porte lliorison , les cerdes de hauteur et 
les heures (voir figure i). Sur celle-ci tourne une 
seconde tablette qui représente le eiel , les sistres et 
en partici:dier le zodiaque. Cette seconde tablette est 
percée à jour (fig. i ) pour permettre de lire sur celle 
qui est en dessous; elle ressemble ainsi ou à une toile 
d^araignée ou même à une araignée dont le corps 
serait figuré par le pivot et les membres par les lan- 
guettes divergentes, aussi cette pièce est^lle nommée 
araignée; son mouvement représente le mouvement 
d'ensemble du ciel ou mouvement diurne. 

Pour trouver Theure à Taide de Tastrolabe, il 
faut d'abord savoir dans quel degré du zodiaque est 
le ftoleU en ce jour; on fait alors une observation de 
hauteur à Taide d'une dioptre placée pour cela sur 
l'instrument. Cette observation sert à placer l'arai- 
gnée, cest-à-dira le ciel, dans sa position actuelle; il 
suflBt alors de regarder l'instrument pour y lire 
quelle heure marque le soleil (on lit de même quel 
astre est à l'horixon, est ou ouest, au méridien, etc. 
Voir fig. 3). 

Cela compris, nous trouvons que Vitruve [Arch, , 
IX , 9) énumérant les inventeurs de diverses horloges, 
dit : Arachnen Eaioxns astroloqas , nonnulli dicant Apol- 
lonium « Eudoxe fastrologue (l'astronome) ou, selon 
quelques-uns, Apollonius (a inventé) Taraignéew^ 

I Voici U eoBtexte : 

« Hemicyciium excavatum ex quadrato ad enclimaque BçrotuA 
Chaldeos dicitur invenisse, scaphen sive hamispharium Aristar- 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 05 

Mais nous savons aujourd'hui que Tastrolabe pian 
était mventé au temps de Vitruve ; nous affirmons 
donc sans crainte que ce mot araignée a la même si- 
gnification chez Vitruve et chez Sévère Sabokt; il 
s'agit dans les deux cas de lastrolabe plan qui était 
un genre d'horloge , puisqu'il donnait les heures de 
jour ou de nuit. 

Mais il y a plus : Vitruve , à la page suivante , dé- 
crit les horloges anaphoriques qui ne sont, au fond, 
que l'astrolabe « mécanisé ». Ces horloges se com- 
posent en effet de deux parties : l'une est fixe, elle 
est attachée à ime certaine latitude et porte les heures 
(c'est la tablette fixe de l'astrolabe); l'autre repré- 
sente le ciel, elle porte en particulier le soleil, figuré 
par un clou, et les signes du zodiaque (c'est l'arai- 
gnée des astrolabes). Cette dernière partie est ani- 
mée d'un mouvement de rotation uniforme qui 
reproduit le mouvement diurne; aussi nous montre- 
t-elleioujours le. ciel dans sa disposition actuelle, il 
n'est plus besoin d'ime observation de hauteur pour 
avoir cette disposition , et pour en conclure l'heure. Il 
suffit de regarder sur l'instrument dans quelle heure 
est le soleil. Ces horloges anaphoriques, dont l'élé- 
ment essentiel est un astrolabe plan , supposent bien 
que cet instrument leur est antérieur et par suite a 
été inventé (comme le dit Vitruve une page plus 
haut) par Eudoxe ou peut-être par Apollonius ^ 

* J'ajoute, comme détail , que la marche directe du soleil dans le 
zodiaque est déterminée pour chaque jour de chaque mois par une 
série de trous dans lesquels on place au jour le jour le clou qui 



laraiwaaiB aAftw»4U- 



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00 JANVIER-FÉVRIER 1809. 

On peut se demander pourquoi Ptolémée se servit 
si peu de cet instrument qu'il connaissait. La raison 

ligure le soieii. Ainsi on obtient la position vraie du soleil dans le 
sodiaque et Taugmentation ou la diminution des jours qui en dé- 
pendent. Voici le texte de Vitruve : 

Fiunt eliam alio geoere hon^ogia hybeina qu» anaphorica dicuatur 
perficiuntarque rationibus his : i* Uone disponunlor ex yirgtdis aeneis ex 
analcmmâlM deacripiiooe (selon la ktilude), ab cenlro disposiUs in 
fronte; in ea circuli tant circamdali , menstma spatia finienles. a* Poat bas 
virgulas, tympanum coUocatur, in quo descriptns et depiclui e%i mun'iui 
signifeique circulus (le sodiaque), descriptioque duodeoim cœlestium 
•ignonun fit deformaia, cujus e centro dcformatur cujuslibet signi spa- 
liuin , anum majus , altemm minus (voir fig. a ). 3* Posteriori antem parti , 
tympano modio axia vefMlilis est îdcIomis , inquc axe »nea mollis catcna 
est involuta ex qua pendet ex una parte pbellos sive tympanum quod ab 
aqua sublevatur, ex altéra œqno pondère phelli sacoma saburrale (un sac 
de sablo). tta quantum ab aqua pbellos sublevalur, tantuto sabume pon- 
dus infra deducens versât axem, axis autem tympanum; cujus lympani 
versatio, alias eHicil uti major pars circuli signiferi, alias minor in versa* 
tionibus suis temporibus designet borarum proprietates. 4" Namque in 
singulis signis, sui cujusquc mensis dierum numeri cava sunl perfecla, 
cujus bulla (le clou] que solis imaginem borologiis tenere vldetur, signt- 
ficat boramm spatia : ea translata ex tcrebratione in terebrationem mensis 
vertentis perficit cursum suum. — S* ilaquc quemadmodum sol per side- 
rum spatia vadens, dilatât contrabitque dîes et boras, sic buUa in boro- 
logiis ingrediens per puncta contra ccntri tympani versationem, quotidic 
quum transfertur, aliis temporibus per latiora , aliis per angustiora ^tia 
menstruis finitionibus imagines efficit horanim et diemm. 

n est question dans ce texte : i** de la tablette iixe propre à un 
lieu de la terre, elle porte les heures, lliorizon, le méridien et les 
cercles (hauteurs et azimuths) attachés à ce lieu; a* de la tablette 
mobile, appdée plus particulièrement c araignées; 3** du mouve- 
ment uniforme imprimé à la tablette mobile pour reproduire le 
mouvement diurne; 4** du mouvement direct ou annuel du soleil 
dans les signes du xodiaque; 5* de la concordance entre le mouve- 
ment du soleil dans le ciel au-dessus et au-dessous de Thorizon avec 
le mouvement sur l'instrument du dou qui figure le soleil. — Cette 
concordance résulte de ce que Tinstrument est à chaque instant 
rimage (la projection) exacte du ciel tel qu'on le \oit dans un lieu 



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LE TRAITÉ SLTl L'ASTROLABE PLAN. 07 

on cAt, croyons-nous» que cet instrument donnait 
des résultats trop entachés d erreur. Car Tastrolafat» 
plan ne mesure guère plus de dix centimètres de 
diamètre, par suite ; i** il a le grand désavantage in- 
hérent aux petits instruments de ne pouvoir être 
beaucoup subdivisé. Si, par exemple, une division 
vaut deux degrés, comme on ne peut pas répondre 
de plus d une demi-division , il en résulte déjà une 
incertitude de i degré dans la lecture. 2° L*astro- 
labe comprend plusieurs pièces : pivot, tablette, 
araignée, dioptre qui roulent lune sur lautre ou 
Tune dans Tautre, et le moindre jeu entre ces di- 
verses pièces suffira encore pour causer une erreur 
de plusieurs degrés. Enfin, 3" Taslrolabe ne peut 
servir que pour une seule latitude. Sous toute autre 
latitude, il donne, de par sa construction même, des 
résultats inexacts. Or on se servait du même instru- 
ment dans tout un climat, il y avait donc encore là 
une source d'erreiu*. 

On comprend dès lors que Ptolémée ait préféré 
des instruments plus commodes, j*allais dire plus 
modernes , et le retour à l'astrolabe plan fut en réalité 
un rectd et non un progrès pour Tastronomie. 

En résumé, voici quelle est, d après la présente 
publication , lliistoire de Tastrolabe plan : 

Q fut inventé par Eudoxe ou, selon quelques-uns, 
par Apollonius. Plus tard, au moyen de leau, dun 

donné t comme un plan fait par un airhitecte à une échelle connue 
est rimage exacte d*un monument. 



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Ô8 JANVIER-FEVRIER 1899. 

flotteur et dun contrepoids, on donna à Taraignée 
un mouvement uniforme de rotation reproduisant 
le mouvement diurne et Tastrolabe plan constitua 
une horloge appelée anaphoriqae et décrite chez Vi- 
truve. Puis, lastrolabe plan, à cause de ses nom- 
breuses causes d'erreur, ne fut pas employé par les 
Grecs dans leurs travaux sérieux sur l'astronomie; 
ainsi Ptolémée ne lemploya pas pour établir ou con- 
firmer les théories qu'il expose dans sa composition 
mathématiqae , ou plutôt il n'utilisa que le dos de 
l'astrolabe poiu* la mesure deshautem's^ Cependant 
cet instrument si commode fut toujours usité en 
astrologie, car Ptolémée donna les règles de la pro- 
jection stéréographique qui servent à sa construc- 
tion; il construisit des tables pour son usage, et un 
astrolabe plan , celui que décrit Sévère, fut toujours 
appelé dstrolabe de Ptolémée. 

Plus tard, on trouve chez Théon d'Alexandrie et 
Synesius des descriptions de l'astrolabe plan qui 
sont, il est vrai, incomplètes et obscures, mais 
montrent du moins que cet instrument était toujours 
connu^. Enfin, au vu* siècle, Jean Philoponus à 
Alexandrie et Sévère Sabokt en Syrie écrivirent sur 
ce sujet des traités étendus que les Arabes étudièrent, 

* Compos, math,, livre I, ch. x, éd. Halma, U I, p. 46. 

* On trouve dans plusieurs bibliothèques des traités sur l'astro- 
labe écrits en grec et attribués à Ptolémée , à Théon d'Alexandiie , 
à Ammonius, etc. On les croyait volontiers apocryphes, au temps 
où Ton était persuadé que Tastrolabe plan avait été inventé par les 
Arabes. Il serait peut-être bon aujourdliui d étudier ces mss. a\ec 
plus de soin. 



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LE TRAITÉ SOR LASTROLABE PLAN. 69 

conservèrent et transmirent aux Occidentaux ^ Ceux- 
ci reçurent donc Tastroiabe plan des Arabes et s en 
servirent jusque dans le courant du xviii* siècle^. 

n resterait à décider lequel , d*Eudoxe ou d'Apol- 
lonius , a inventé Tastrolabe. D est certain qu'Apol- 
lonius de Perge pouvait le faire; quant à Eudoxe de 
Cnide, nous savons que Cicéron l'appelle le premier 
des astronomes au jugement des plus doctes [Div., 
II, Il 2) et que Proclus, citant plusieurs mathémati- 
ciens auxquels la géométrie doit son développement , 
nomme Eudoxe comme un de ceux qui avaient en- 
core plus perfectionné toutes les parties de cette 
science*. D semble donc qu'il dut faire des décou- 
vertes importantes en astronomie et en géométrie, 
mais tous ses ouvrages sont perdus et les citations 
qui nous en restent ne permettent pas d'aflBrmer 
qu'il connaissait la projection stéréographique néces- 
saire pour construire l'astrolabe. Il serait cependant 

^ Les Arabes compliquèrent l*astrolabe en projetant sur d'autres 
plans que Téquateur, en prenant pour point de vue le pôle nord 
au lieu du pôle sud , etc. Les astrolabes arabes furent iobjet de 
nombreuses publications et descriptions. 

* En 1703, Bion faisait imprimera Paris Y Usage des astrolabes 
pour apprendre à se servir des instruments qu'il construisait Et 
leur usage devait être assez répandu puisque, quelques années aupa- 
ravant (1693), Boileau pouvait écrire d'une femme savante : 

Un astrolabe tn main , elle a , dans sa gouttière 
A snirre Jupiter passé la nuit entière. 

(Satire x.) 

' Tiré de Letronne, Sur les écrits et les travaux d^Endoxe de 
Cnide, d'après Ideler. Journal des Savants, i84o-i84i. 



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70 JANVIER-FEVRIER 1899. 

illogique de conclure de ce manque de citations 
quil ne la connaissait pas et nous laisserons la ques- 
tion pendante jusqu'à nouvelle découverte ' . 



* Si )*on établit nn jour par des documents positifs qu^Eudoxe 
et non Apollonius a inventé l'astrolabe comme rda nous paraît 
probable, on pourra alors so demander quelle part, dans cette 
découverte, ont eu les Kgxptien^, chex lesq'iels Eudoxc passa un 
certain nombre d'années. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 71 



^ I > ^^^ "^ |u^ |o&>^ t^d ooL 



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• oo? JbaA.o?o fJtCdof ^wdfete 




ijL^lto «o^^ ^ooof-i ^ * ?V e» i*^lt |9iiS.nav» jLuiftoo 

1 i4€{c{e Xj^f , oa f . — * A<r7poA(^oy; o^^^t . — ' Sx<^Aioy. 
— * ZX^f^- — * ^'1^'^} ^^- C^* Tabulas, chald. K^Sd arabe 



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72 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

^Vi > •? ooL ^-a^)o «JLKSl^ |a«<.tot ooi ^t Jbu| 

JL^^w^ JLdwàteo ^jli^^l l»>iv> •jJKwiâ ^ftb»?) oo 

Lo-^i^t JK^^^do) JL^^ ooi JLâ^^ 'oo^fo .jLû&^Lo 
^ »i »e»o (fol. 83 r') ^ "I Vou ^ lot oo) ^oio^.) 



>o| «^ai^9o) ^a:2^ou^^£D| ooi^^^âoi ^oio^^») 



* Sic, — * Sic. — * J^\»fD} ms. — * ^ o«k. ms. — * AiUk.Af ii^t 
ms. — • ôp-yavcp. 



1 



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LE TRAITÉ SUR ^ASTROLABE PLAN. 73 

JL-sL-do^t llci t ■^m ffe^ JLoo) ^oio^jLd^ Jl'^o^v» 

J ^ .1 ag» oô» ^ %a.uaAj} ^} Ji^o^v» : JLtiJd oo» 
^■>Ve»to i ^ ^cfc ^? llfi I "^ m >fc^ JLoo» ^o»o«l*Jld^ 

iLo^ttlfo 'y^â^mo^o U\_ \So\ *JL;.^jb0oJl^ |J^i«<^;;«»| 

«IKiMoS,?» iLoiâoo)} JLsM^} ^o»}o J(^^*d 

jvi.» ^ m)^ ^f JLa.^) .JL^m^ om^I bt^t ^ 'Jlooio 

^^i) o) 9^L ^ ^^} i'\^\ V» ,|».É^o J(^^*d lU^i^ 

^^ "^Q-JOjLtOl} IwDfetet OÔ» |9ta«» ^lAfiO «o^ ^ 

> 5{c; épo^pai. — » ZAmt, — ' TptmtxSs. — * S^fp». — 
» KX/p». — • TMfi9Tpia. — ' MowffixiK — • tAiy. — » ^10^^^ ms. 
— " uai^ ms. — " bv^ ms. — " Zoùètaxés, 



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Ih JANVIER-FÉVRIER 1899. 



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LE TRAITÉ SUR L ASTROLABE PLAN. 75 

jL^flf *^ u ^ àJ^ ^"^^ ^i'T^ii Iboi^i "^"^ J^ **^ 

lA^lvA^t JL&^I ^ Jb^â^NA.9 ^ei^t IK^^iou» |J^.i^ 

J^ â flot ^ >ft > m '^ Jf J(M |4a-^ (f^K H4 O .Kfl 
i ■> %!>♦ ^^ .iV ^ ^ Itoi'^^ .JLàQjL h^^^ s^^^J^ 

•^?Q:k.f yi^to |J(s.a^ouo )J^i-*iBMlSL^ ^ooM?L ^2ib^e» 



1 Lire t ««é^^I. — * Moipa. — ' «mm I^^ ms. — ^ Kiptpov. 
— » Xk. ms. — • ^f ms. — ' ïiTflWn (?). — " Lege •Mk.în* 



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76 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

I^..^ 1^1 JL^io.nN. ^OM^^ido ^OM^o9 )oô»} ^eio 

oo» luk^ ^t i') ^1 •^omVJ(s^ JLo:^! ;iâ:kj I^-m^I 
i '^ vo ,>»o»a^ii5>>^ 91 \ i^[ v>^ x>t oo» ^ jnXf 
ffoi l^io-i-dt ôf^^t ^} Jbiol .jliw») oo^ ^)*«9L 
, ^ « N ^ ^ » oï^t ^;.^JLâii. ^\o;^boJLt ^ ^oio^.| 

, JL^io fi V fOrfJ^d |«^ iLvd «^1 ooi «d| ««oioi^»! ^f 
^^.«^o» ô»^ t^^^^^ 1>«-^IU? •lAjaJLd IfoS^ ^} oS^ 
^1 *> v»lt 1^90.^10 |J^> "^ oit y» )J^.>nxiV'^i^ ^UL 
"^ "^ xmV «-«• Ito;;.^ ^9L ^^oi ^^l'ii.iOi ^oi^f 
ov^t .«ô»^ i'Iw^^do^} '«Aûu;.^oJi^o^ ^W» •«*-* 
• ii^^l l^^o^^t o| JLi^^aji.} JinXliV ^^Ir^tL ^JUl 



* àidfinpos. — * Lire: o««a*7. — * Mol inutile. — * S^po. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 77 

e) IL^K-^ (foL 84 V») |w<H-it <H^^^? JLa:^! "^^ 
j ^ n I Uij^i] JLwdfe*^? **'<M oS^t^ •x^'^l? »rïiv^^ 

Jl^Aio .b^t Jbtt^i^) La^^^h ^-*^ Jl:wiLo «omJ^? 

» Kévrpop. — « 5ic. — ' f ^ ^ .k «^ ms. — * UéXos. — 



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78 JANVIER-FÉVRIER 1800. 



\ê\ wô| ilû^ Vt l«««M x^ot^t ]Ldlxo |«.i*d| i^te 
^ ^ ■> ■! y» Ho 4-id} ^«iJflîio •L^ ^wAlbtet ^oifo 
|«N«»| JL»o4 o) I^ÉMa^ft^'^ad .^^^j^JL^^ ^^^j^JLf 

^?a..^to ^^\ AJ (foi. 85 r<^) .«yJ^J^JDW» ^^^^? 
«£»OUi£^ ^ Jbia*Â} \0^^lé^ J^mAo] .UiOM. tl^«M? 



• j©l U18. — * ôp^iiMT» — ' mt^ ms. — * 'Sufitiop, Cf. uM>» et 
zénith. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 19 



^ ^OdA^lt»! ms. — * Z«6ny. — ^ De rpoiitxét. — ^ Ift^ri'xt n ms. 
— * )^-n-V^ ms. — ' ' Sic, }ILearifiSpiv6t, — ^ oi3 ms. — ' 11a- 
pdéAAifAo^. — ' «aA«j» d^^ ou <^l w» ms. , le dernier mot est en 
roiige; lire : yfiitaM>i>Bnn« 



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80 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

• *yCL:iw^jB|^ (fol. 85 v°) )J^i#<aJi^rtV, o»Ad>£C» |i^»oJ^.m 

\ii\ ooL J(^.-«JS.^ ^^ ,Jbi Vi il^ ooL Jjo ^oS^ 
|ooi |«^ Il \<^r^o >^N*^^ oo ILo^M*^^ J^.ADo| 

^o» i v> Jbi Vi É^t ^oo»^i^»| )]^ok^.x» **'<M Jtdta^ 

• ^a-j) ^o sk ; > Jli#"%W>fi> *oôS^ |i>i f|V> ooio «^JUto) 
*|9Ofj0û^ o) «JLiàai^ ^UDi^} OOMJt **^ K-»t^ Wd 
dSJ^?JlA ^d} IJ^oowd |9Q:^a:> |'\oci'% ^ ^-«*^ o) 
U "^ il ig nni\ ^ **ô^d o) .^mw •*} ^ô%^ o) .^u^)? 
^ CH I V» ^9iVJ ViN ^x^^Jb^t ibuâ.*) .^.tejbd^t 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 81 

"^g^ •^oio^.lt ^r^w^l l^ok^eo Jldo;^ .'J^^*j:tt«L 
.m m |oo»t «1 'vt i>ftV J » i» v» ^ «M^A^fetef oôi 



^ ■* io» ^ lOiNiV j • '^ i'»o ôo |«^| **e»^ **e» 1^;^ 
(fol. 86 r*>) ^,,^S> 9>fc^ ^.^^oi 3|{ ^^oi fJ^^;;^) 

lui v»Jb^ i^>Jl gfc.»9rv "^^âe» wd .^iLtopOttL^lf **ô» 

êi-^t ^^mt » 9i fl>| ^«oi^to o!i^ jLoJLk^lLfete Je» 
)L>Ai 9iVo K.«^ Jâ^oU \^*o^ ^ooi^fo ^t Mt^^^l 



* Hf^-^ ms. — * Uul ms. — ^ Mots inutiles. — * TcropriffA^- 
pio». — » iartfitp$p6s, — • |«A«»| ms. — ' wa»«di»| ms. — * ,ma| ms. 

xm. 6 



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8S JANVIER-FÉVRIER IS1^9. 

Ifoi^J^t Look \ r ^^ *ôi.-» m.^ ôh^ \f^é>'>^\ Uom 



)LaA*;Ao JL^IâoJ^j^t Jlft^nw L^ l^im I^lu^Umo 



^ I !■ ■tfcy ^p^\ m-^ oc» iiii wf ^ 







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LE TIWITÉ sm l/A«tHOLABE PLAN. ê» 

«* 'JL^ta^ <• jLte* Mt^ V«^é^ 

}^.^V»m «If «^ .jf «** ^M^^^fek «M^ AN*.?** 

JL i#...fc (M/^et") jf <«* |««t» ^ 

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Ami 4«^«k^ f'i'-^^ '• t**'^ '^•^ «««it^ ^ 



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84 JANVIKR-FÉVRIEK 1899. 

^ >S. "^ ^.^ oo Jiioi ^ o^^t ^t oo» • |A»îoiaara^| 
^a.:i^^^imJLd JLsteoc&^Ad y^vi^î? ^oi |9?ou* yOoC^t 

od |9fa-«»o «Jiioit «^oin • ■? ^»vi>rf> ^o^ï^i^t oSLoA 
ôi hd? U -»n nVt i^oL (fol. 87 r*) ^do .^JL^^^ife^t 

^ ^ id ^ iCN N'> . JL^fl JK^^M^Lt .«d «fiooJL^fJL^I 

J^«.riM»L 4|J1^ 3| ^a^«^o •|J^uà^;^ fod Vo JImVJS. 
î\ mo Jl 91 mo^ > ff» od ^oC^ |;VA.4 JLâQA.f |<.A^fl»| 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 85 

\\ ^V t • |<.A^fl»JLd Of3 JLodfete UddO JilOOfd ^oo 

JLdiofo J^^^^â JLJ^â "^^^^o ^oft^^t l;;^^!^ "^^^^^ 
• ^fo^:^ Jii| ;.AA»t «*«| ^JLoâr» |A»9a:^)Ldf 

^1 » omv»o ^itO^ *^v» «^ >^i^,v^ odf Jbu| , |\i»Ni> 

' Lege:|àw»m. 



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^ , Mfé^l U ^^^ n èÊ ^m^t^h ^m li^0iu»?t «Mu» 
ii ^ it pf^ M»^ )t#U lf#Jb ^UOftâPO 



•j^t i*d#9 AmD4»| UdMl "^Jlt >9fftP ' ^^4lMUi9| 

ms. — * Lire "Vk-j . 



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LE TRAITÉ SOR UASTROLÂK PLAN. $7 



TRADUCTION. 



I. DESGRIPTIOBî DE UASTROLABB. 

AVEC L»AIDE DE DIEU, MAÎTRE DE L»UNIVERS, NOUS ÉCRI- 
VONS LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE. QU'EST-CE QUE 

L*ASTROLABE D'AIRAIN; DE QUOI SE COMPOSE-T-IL; 
QUELLES SONT SES DIVERSES PARTIES; X QUOI SERVENT- 
ELLES; COMMENT NOMME -T -ON LES PARTIES ET LES 
FIGURES QU'IL PORTE? 

Avant (f aborder le traité de I astrolabe et dap- 
prendre ainsi comment il faut s'en servîrpour trouver 
ITieure et les autres résultats qu'il donne , il convient 
de connaître sa composition et sa forme , c'est-à-dire 
comment et de quoi il est composé; comment sont 
disposées toutes ses parties ; comment on les appelle , 
ainsi que les figures cp'il porte; pourquoi il faut que 
des tablette»*, des cercles et des nombres différents y 
figurent, et quel est le nombre qui donne la longi- 
tude des sphères du ciel , quel est celui qui donne 
leur latitude; comment sont figurées sur lui les 
quatre directions du levant, du couchant, du nord 
et du midi; et quel est le côté élevé, c est-à-dire la 
moitié du ciel qui est au-dessus de la terre , et quel 

' Ce» tablettes, une pour chaque région, furent appelées par les 
Arabes JUftJLo. Les Grecs les appelaient Trîfftirayoï. Cf. Jean PhHo- 
ponus, loc. eiu 



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88 JANVIER-FEVRIEH 1809. 

est celui qui est au-de.ssous; avec beaucoup de choses 
analogues figurées sur lastrolabe. 

Cet art rationnel nous est enseigné par des règles, 
mais auparavant on demandera qu esl-ce que lastro- 
labe, comment et de quoi est-il composé? Je pren- 
drai en considération, ô ami de la science, toute 
demande fondée ; aussi je commencerai par traiter 
en peu de mots de la composition et de la forme de 
l'astrolabe , comuie je 1 ai dit ci-dessus, et auparavant 
encore je donnerai sa définition , puis j'expliquerai 
et commenterai le traité du mieux que je pourrai. 
De cette manière la compréhension de cette science 
sera facile et légère. 

L'astrolabe est un instrument artificiel composé , 
à l'aide duquel on détermine les étoiles, les heures, 
les levers, les zones tropicales, en un mot le double 
mouvement en longitude et en latitude de la sphère 
céleste et les changements des climats. 

On l'appelle artificiel pour le distinguer du naturel, 
composé ^omr le distinguer du simple, à l'aide duqael 
on observe les étoiles, etc., pour en distinguer les in- 
struments des autres arts, je veux dire de la géomé- 
trie, de la musique, de la. médecine et de tous les 
arts manuels. 

Sa matière est l'airain , sa l'orme est ronde et plane; 
il se compose de trois ou quatre tablettes^; si on les 

> Car il faut une tablette différente pour cliaque climat. Com- 
parer à la description des astrolabes arabes faite par Am. Sédil- 
lot. Mémoires présentés par divers savants à V Académie des inscr. et 
belles-lettres, i'* série» t. I, 1 84 4. Le traité syriaque ne renferme 



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LE TR\1TÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 89 

enlève, on les trouve toutes rondes, planes et égales 
entre elles. Elles sont placées lune sur Tautre à Tin- 
térieur dune autre qui les renferme toutes. Cette 
deniière a un rebord en. forme de gaine, grâce au- 
quel elle les renferme toutes en même temps et les 
comprend à son intérieure Au-dessus de ces tablettes, 
à l'intérieur (de la dernière) est placé ce cercle que 
Ton nomme zodiaque parce qu'il porte les ^&>^ioc, 
c est-à-dire les signes , avec leur nom et leurs degrés 
qui sont au nombre de 3o (pour chacun). L'as- 
trolabe peut être JLiA^t {SinXoSg) quand un degré 
écrit en représente deux, ou Jli9iit ^ (rpiwXofo) 
quand un degré écrit en représente trois^. Il porte le 
nom (du signe) et à lenlour les noms des étoiles 
fixes les plus brillantes et les plus connues de la 
sphère céleste; leurs noms sont écrits au-dessus 
d'elles. Et tout cet assemblage dont nous venons de 
parier, formé des signes et des étoiles fixes, fiit appelé, 
par le philosophe qui construisit l'astrolabe , àpdyvri 
c'est-à-dire «araignée», parce que les appendices 
qu'il porte le font ressembler au corps et aux pattes 



plus aucune figure; celles que Ton trouve ici sont empruntées à 
M. Sédillot et reproduisent un astrolabe arabe. La figure i repré- 
84»nte une tablette. 

* Cette tablette qui renferme les autres fut appelée par les 
Arabes mère de t astrolabe, c^^Jamw^I |*I. 

* }/L Sédillot écrit (pour les astrolabes arabes) bipartiam, tri- 
parl'.ttm, etc., loc. cU,, p. 179. Voir aussi Ebn Younis, Notices et 
extraits des mss, t. VII, p. i36. Jean Pbiloponus appelle ces astro- 
labes it^oiptmoi et Tptitotpiotot. 



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90 JAMVIER-réfRIER iSQO. 

d'une araignée ^ Elle porte aam tout autour un 
cercle rond et plan*. 

Ensuite , du mieux qu on peut , on marque 90 de- 
grés, cest-à-dire le quart de la mesure d*une <âr- 
conférence sur un quadrant, c'est-à-dire sur l'un des 
quarts de la tablette extérieure qui renferme et com- 
prend tout le reste (sur le dos de l'astrolabe). Ces 
degrés donnent la hauteur pour la demi-sphère su- 
périeure, laquelle peut aller jusqu'à 90 d^rés, au 
point situé au-dessus dû centre de la terre, c'est-à- 
dire au-dessus de la tête de chacun de nous. On di- 
vise donc cette tablette dont nous parions en quatre 
parties à l'aide de deux droites, l'une menée du 
haut en bas et l'autre de l'est à l'ouest , selon la forme 
révérée de la croix. Sur la partie supérieure de la 
demi-surface de cette tablette sont figurés ces 90 de- 
grés dont nous pariions; le commencement, c'est-à- 
dire le premier degré , est où commence la partie 
supérieure de la demi-sphère, c'est-à-dire sur l'horizon 
près de la terre, et le 90" degré est au ^qxU£» (zé- 
nith), c'est-à-dire au point du milieu du ciel. Sur 
cette tablette est fixée une |Ks1a»| ou <• règle» dont 
les bras sont aiguisés en poinle. Sur ceux-ci sont 

' Cette phrase est traduite librement. L*araignée qui porte le 
zodiaque et quelques étoiles fixes est ajourée le plus possible afin 
de laisser voir la tablette qui est en-dessous. On Tappelle quelque- 
fois le filet. La figure a (p* 99) représente Taraignée moins les 
noms des étoiles. Voir l'introduction et la note de la page 98. 

' La figure 3 représente la face de Tastrolabe. On y voit Tindi- 
catenr des degrés qui est sur Taraignée, laqudle est elle-même sur 
une tablette de région. Le bord extérieur est divisé en S60 degrés. 



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LE TBilTi^ &Uft VhSffWLkm PtAN. 91 

R%ée» deiH tablettes trè^ petites; Leur longueur comme 
leur Urgeur est k peu près d un pouce et dans cha* 
eune d elles est percé un trou. Ces deux trous sont 
exactement en face Tun de l'autre, de sorte que si 
Ton vise le soleil , la lune ou une étoile , le rayon 
passe directement à travers les deux, c'est-à-dire que 
le rayon ra passer directement de Tun à lautre. La 
longueur^ de rette règle est celle du diamètre de la 
tablette de sorte que l'une de ses extrémités est tou- 
jours sur les degrés de ce quart de cercle. Sa largeur 
est d'environ un pouce. Cette règle dont nous venons 
de parler, sur laquelle sont fixées les deux petites 
tablettes percées de deux trous l'un en face de 
l'autre est appelée dioptre par les géomètres, parce 
qu'elle nous permet de voir en ligne droite un rayon 
du soleil ou d'un autre astre. Les têtes de cette dioptre, 
qui sont, nous l'avons dit, aiguisées en pointe''^, 
sont appelées toutes deux indicatrices des degrés {m- 
dex)^, car dles nous montrent en quel degré de la 
quatrième partie, c'est-à-dire du quart du ciel se 
trouve le soleil ou un astre quelconque au moment 
où nous obsenons, quand un rayon de l'astre tra- 
verse la dioptre. 

Au centre de cette dioptre , de toutes les tablettes 
dont nous avons parlé et de l'araignée , se trouve un 

* LaIoI signi6e dans ce traité « longueur, longitude géographique, 
angle horaire i. 

* C Mt le senf propre du grec «irrpoy, bien que yoh^u» en sy- 
riaque signifie plus souvent < centre 1. Sévère l'emploie aussi dans 
le sens de ipointi : )L«I V^ baya») >oW^'Ai» «le zénith». 

' T^ pMp&ypmftévtov (Jean Phil.). 



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02 JANVIER. FÉVRIER 1899. 

trou, égal pour chacune d'elles, dans lequel on place 
un clou après avoir disposé les tablettes exactement 
l'une au-dessus de l'autre. Ce clou marque le lieu 
(la projection) du pôle Nord, c'est-à-dire l'extrémité 
nord de l'axe du monde et retient toutes les parties 
de l'astrolabe afin qu'elles ne se perdent pas. 

Sur chacune des faces des tablettes dont nous 
avons parié, un climat est désigné par son nom et 
divisé selon sa latitude et les heures de son plus 
long jour. Chaque tablette est encore divisée en 
quatre parties à l'aide de deux lignes, comme nous 
l'avons dit pour la tablette extérieure (le dos). Mais 
sur celle-ci on ne figurait (|ue les degrés d'un qua- 
drant au nombre de 90, tandis que sur les tablettes 
on figure ceux de la demi -sphère située au-dessus 
de la terre de l'horizon sud à l'horizon nord ou 180. 
Ces 1 80 degrés commencent à l'horizon 'qui sépare 
rigoureusement la moitié supérieure de la sphère de 
l'inférieure et passe par les limites de la terre (vi- 
sible). Sur cet horizon sont marqués le levant, le 
couchant, le nord et le midi ainsi que le lever et 
le coucher de tous les astres : étoiles ou planètes. Si 
l'on mesure d'une extrémité d'un diamètre à l'autre, 
dans quelque direction que ce soit , on trouve tou- 
jours 180 degrés, tandis que jusqu'au point situé au- 
dessus de la tête (zénith) on n'en trouve que yo. H 
est évident déjà que ces tablettes de l'astrolabe, rela- 
tives à un climat quelconque, porteront toujours de 
un degré à 90 degrés depuis le côté sud jusqu'au 
point [atifAilov) du milieu du ciel, c'est-à-dire au 



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LE TRAlTl' SUR L'ASTROLABE PLAN. 
Fig. 1. 



93 




Tablbtte de climat pour la latitude de 23 degrés. Elle porte « 
sur le plan du tropique d'hiver : i* /e méridien Bguré par une droite 
verticale; 3* trois cercles concentriques (le très petit cercle du 
centre marque la place du clou qui maintient tout l'astrolabe, 
c*est aussi la projection du pôle nord) le premier qui forme le bord 
de Tinstniment (on l'a figuré double) est le tropique d'hiver puis 
viennent Vi^quateur et le tropique d*été: V Ia$ cercles de hauteurs 
appdés par Sévère cercles parallèles qui commencent par entourer 
complètement le zénith puis sont arrêtés au haut de la tablette sur 
les bordu. Le plus grand de ces cercles est Y horizon: 4* Le» circles 
azimnthatut: qui se coupent tous au zénith et sont limités à l'hori- 
zon (et aa bord de la tablette); 5** les douxe heures égales numéro- 
tées de rborixon à rhorizon. La sixième heure est sur le méridien. 



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94 JANVIRR-FÉVKIÉR 1899. 

point qui esl nécessairement au-dessus de notre 
tête en quelque climat que nous soyons (zénith). 

Le philosophe a figuré la partie du midi non seu- 
lement parC€f qu au point sud commence la hauteur 
de la sphère, c'est-à-dire du monde» mais parce que 
c est de ce Côté que le cercle du zodiaqu€f passe 
au*de9«tf5( de ITiorizon et que la plupart de» étoiles 
se lèvent et »e couchent. De ce côté aussi »e trotivelil 
les trois toties tropîcde», qui font conn»i(r€f le^ di- 
verses latitudes relatives des climats, et le eerde mé- 
ridien (cercle du midi) qui lui doit son nom. Lés 
i8o degrés ott plutôt les 9 a cercles corfe^oto^ndant* 
sont appelés « parallèles » c est-à-dîre: proches Tun de 
Tau Ire , ou : qui se suivent Fun Tautre K On ïers compte 
soit à Test sort à l'ouest, mais tous retrc^nti'ent le 
cîercle des 90 d^rrs figuré par tme ligne droite qui 
e^ en vérité (fa méridienne)* Ces pafrallèlés tte 
sont pas compteur aiï lèvartl oti au couchant, cert-à 
dire stif la sphère du cielf car telle n'e?st pa»l(f pen- 
sée duphSosopfie qui a l^onstruit Tastrolâbe, mais 
bien depuis lesttd droit sur le méridierr. Le philosophe 
qui construisit lastrolabe ïe finiita, pour tout climat, 
an Iropiqiie d'hiver, comme le montre la figtife; atf^isi 
(onsflespartiffèles (de hauteur) qui précèdent ïe tro- 
pique d'hiver sont interrompu;^ de» qu'ils arrivent à 
eclte zone puisqu'il n'y ti pa* de p4ace «1 sdd {lire 
« au nord ») s«r la tablette. Il fallut donc les figurer & 

* n 8*agit ici des parallèUs à i*horizon on cercles de (iMiteur. 
Les Al'abes ont traduit ce mot par <a»IJaJJU) c'est-à-dire « selon 
M. Sédiilot, cirtnii ftrogrâtsianum (mémoire cité, p. i54)« 



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LE TRAITE 5UR L*A»TllOLAB£ PLAN. •» 

partir dellKnrÎMD e»tirer» foue^; mm iie^t évident 
que M Tovi dMenre le toleil , la lune ou f une de» étoiles 
dant le premier d^é de ce» parallèlet dont nouspar- 
loD», au dan» le &* ou dan» le lo' degré [eomnie 
noua apprendrons à le faire dan» le traité »ur Fastro- 
labe} ^ c eat-à-dire avant que raafre n atteigne le parai- 
1^ du tropique d*hiT^ qui est letrentième dan» le 
quatrième diniai^ peu importe que Tastre soft k 
rorieni ou à l*occidefit , noQ» dirons toujour» qu'il est 
^1 hauteur à ce degré au sud du tropique dliivM'^ 
parce que, comuie nous lavons dît, le» parallèle» 
servent à nierarBr la hauteur du scAeil et non sou 
ang^boraire^ 

L'angle horaire se mesure de 1 orient à f occident, 
de o à 36o% Ce» d^pré» sont gravés sur le bord de 
l'enveloppe^ c'eat-àncbre de la tablette extérie^ire qui 
renferme toute» ks» autres (do côté de f araignée, roîr 
àg. i). Ce» 3^60 degrés sont aussi divisés en quatre par- 
tie» de 90 degrés chacune; Torigine de ce» quadrants 



' €âf, po«r Sétère, fe fropv^ â^âter est à «|* de f é ywr te wf 
^cL mim, noie) et i« eoitHiïmèm àm tfÊtttième etiniai est de W* 
La différeDce, ^i donné la hauteur méridienne du tropM|iie d*hi- 
fcr, est bien de 3o degrés. 

M0C s hmC f €MrfrtùCTe» cl ^lon^rtddc*. Biais tf lÊtf 9ê^n ptfif 
ki de» eoeréem m é e » éeiiptique»^ La ialflcide «pn s*ob9erv(ft' el tfm e#l 
n^poiiée au sad droit, est ia hauteur. La longitude qui se compte 
sur le bord extérieur est certainement Tangle horaire. — On remar- 
quera cependant qu*il est toujours question de ia hauteur méri- 
dienne. On fem àmHi 4è» fse ro* cé s—^I kl krtfl«Hk éê lieu 
ëiàmwfmtm, m èUtfme iwwAfatoiaua l ia èèdimmm^ C'est ià 
flMa mÊft^ ca (fÊÊ pefaneS a ito^t^ aAMenv m^ ewnaMNtfa ipMicfMNia 
haa 



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96 JANVIKK-FEVKIER 1899. 

est sur le méridien ( sud). Ainsi toute la sphère est dou- 
blement divisée par les parallèles de hauteur et les 
angles horaires; la même division règle le mouve- 
ment de toutes les sphères et de tous les astres. Il 
fallait que ce double mouvement fût connu, car sa 
connaissance nous est utile pour beaucoup de re- 
cherches et surtout pour les variations des climats 
et la distinction des cinq zones, à savoir : les trois 
zones tropicales rt les zones arctique et antarctique. 
Le philosophe imagina de graver, pour chaque cli- 
mat, sur les tablettes dont nous avons parlé, la hau- 
teur qui va du sud au nord, puis décrire la longi- 
tude qui va de Test à Touest \ et la même sur le bord 
de la tablette extérieure comme nous Tavons dit 
plus haut^. 11 enseigna ensuite comment on peut 
connaître les deux à la fois par la rotation de Tarai- 
gnée et (dun index) qui est fixé dessus comme nous 
rapprendrons plus tard. Sur les tablettes dont nous 
avons parlé, le levant et le couchant sont encore dé- 
signés par leurs noms. Le milieu du ciel ou « le 
centre du milieu du ciel » est déterminé par la ligne 
qui va de haut en bas, coupe à angle droit tous les 
parallèles, passe au go* degré et s appelle le méridien , 
comme nous Tavons dit. 11 est évident qu'en partant 
de ce 90' degré du côté où les parallèles se coupent 
tous sur cette méridienne, nous aurons le côté sud; 

^ Ce doit être l*azimuth qui se compte sur Thorizon. 

* Sur le bord de la tablette extérieure se mesure certainement 
l'angle horaire , distinct de Tazimuth ; Sévère désigne tous les angles 
dièdres (azimutb, angle horaire et longitude) par le méiLe mot. 



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LE TRAITÉ SUR LASTROLABE PLAN. 91 

et de ce même go* degré vers la partie opposée où 
s'arrêtent les parallèles nous aurons le côté nord. La 
partie de la tablette où sont marquées les heures est 
appelée le côté de dessous la terre, et la ligne méri- 
dienne qui y passe est appelée « centre de dessous la 
terre » , ou encore « des pères » ; le levant est appelé 
« centre de vie » et le couchant « centre des noces »^ 
Les trois cercles figurés sur chaque tablette pour 
tout climat au-dessus et au-dessous de la terre sont 
appelés « tropiques »; celui qui est à Textrémîté des 
tablettes et porte constamment le commencement 
du Capricorne est appelé «tropique d'hiver». Le 
cercle moyen sur lequel se meuvent constamment les 
commencements du Bélier et de la Balance est ap- 
pelé « tropique équinoxîal » ; enfin le cercle intérieur 
sur lequel se meut toujours le commencement du 
Cancer est appelé « tropique d'été ». 

Il nous faut encore faire soigneusement remar- 
quer que tous les cercles figurés sur l'astrolabe par 
le philosophe comme ceux des zones tropicales, le 
méridien et les parallèles, tous les quatre centres et 
les huit heux que l'on distingue entre eux^, les ho- 
rizons des sept climats, Taxe (à^cjv) et ses deux pôles, 
le cercle du milieu du zodiaque, les zones arctiques 
et antarctiques situées au-dessus et au-dessous de la 

^ Cf. les quatre pivots des Arabes chez Sédillot (mémoire cité 
p. 96 et Prolégomènes des tables astronomiques d*01oug Beg, tra- 
daction, p. igS). Cf. Firmicus Mat. II, xiii et xrvcité plus loin (IX). 

' Ce sont les douze «maisons célestes». Cf. Sédillot, Prolégo- 
mènes^ loc. cit. et Firm, Mat., loc, cit, (V. infra, probl. IX.) 

XIII. 7 



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«8 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

terre, et bien d autres choses analogues doivent être 
aperçus par Tesprit, mais ne tombent pas sous les 
sens. Aussi le philosophe les figurait encore dans l'air 
sous la sphère du ciel ; il les considérait par l'esprit 
et les voyait sur la sphère qui les porte tout aussi 
bien que les planètes et led étoiles. 

Mais je crois avoir suffisamment montré, autant 
du moins quon peut le faire dans un court traité, 
ce que porte le qUart de la tablette extérieure (le 
dos), la dioptre et les parallèles qui figurent sur 
chaque tablette, la latitude et l'ascension droite de 
toute la sphère, le rtiéridien et ce qui est sous la 
terre, les zones tropicales ; j'ai enfin averti que tout 
cela ne tombe pas sous les sens, mais doit être conçu 
par l'esprit. ' 

J'ajoute quelques mots, 6 ami de l'étude, sur la 
pièce nommée « araignée »^ Comme 'nous l'avons 
dit auparavant, elle est située au-dessus de toutes 
les tablettes, c'est-à-dire au-dessus des parallèles de 
tout climat qui peut notis occuper. On peut la tour- 
ner et la faire monter peu à peu jusqu'au milieu du 

* Ce nom se trouve pour la première ibis chez Vitruve (Arch,, 
IX, 9). Cet auteur cite les inventeurs des diverses horloges et cadrant 
solaires , et ajoute : c Arachnen Eudoxus astrologus , nonnulli dicunt 
ApoUoninmi Endoxe Caêtronome, on selon quelques-uns, Apolloniai, 
(a inventé) Vcuraignée, M. Letronne écrivait à ce sujet i tM. Ideler 
conjecture, avec beaucoup â! apparence de raison, qu'il sagit d*un 
quadrant horizontal, ainsi nommé à cause des nombreuses lignes 
partant do style vertical comme centre et figurant une toile d'arai- 
gnée ■ {Journal des Savants , 1 84 o -1 84 1 ). En réalité cette conjecture 
est fausse, comme nous l'avons montré longuement dans Tintro- 
duction. 



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LE TRAITÉ SUR L'AStROLABE PLAN. 99 

ciel, puis la faire descendre vers le couchant et sous 
la terre. Sur le quart de cercle, où nous avons dit 

Fig. a. 




Aaaighke portant le xodiaqne (excentrique) divisé en degrés et 
les principales étoiles projetées ftéréographiquement sur le plan du 
tropique d'hiver. 

quil y a 90 degrés (le dos), on regarde parmi les 
dirisions (après aroir fait une observation de hau- 



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100 



JANVIER-FEVRIER 1809. 




Face di l*astrolabb portant l'oroi^e aur la tablette cTnn climat. 
Sur l'araignée est une dioptre qui permet , si Ton suspend Tinstru- 
ment de faire des observations de hauteur, La règle de la dioptre 
permet aussi de lire des angles horaires sur le bord de Tastrolabe 
divisé en 3 60 degrés. Sévère suppose qu'il y a une dioptre iden- 
tique à celle-là sur le dos de l'instrument avec une division qui va 
de o degré (sur Thorizontale) jusqu'à 90 degrés (sur la verticde). 



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LE TRAITÉ SDR L'ASTROLABE PLAN. 101 

teur), sur quel degré se trouve la tête de la dioptre 
nommée « index ». Après cela on cherche ce même 
degré dans les parallèles du climat convenable, qui 
est celui où Ton est; puis, comme nous rapprendrons 
plus tard dans le traité sur l'astrolabe , on atteint peu 
à peu ce que Ton cherche à connaître. 

Voilà une explication et une courte introduction, 
consacrée à la composition de l'astrolabe, avant d'en 
arriver au traité lui-même. Cela suffira, je l'espère. 
n est temps dès lors pour toi, ô ami de l'étude, ô 
notre fils spirituel et chéri dans le Seigneur, d'abor- 
der le traité. Nous allons l'exposer du mieux que 
nous pourrons et nous le partagerons en règles dis- 
tinctes» afin que celui qui lira ces règles, les retienne 
facilement et l'une après l'autre. Je commence donc : 

Fin de l'introduction 
au traité sur Vastrolabe, 



[La saite au prochain cahier.) 



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}(U JANVIER-FÉVRIER 180^ 



LES 

PREMIÈRES INVASIONS ARABES 
DANS L'AFRIQUE DU NORD 

(21-100 H. — 651-718 J.-C.). 

PAR 

M. CAUDEL. 



AVANT-PROPOS. 

Le sujet que nous abordons a été déjà squvent et (orte* 
ment étudié , tant par lorientalisme que par ia science occi- 
dentale, curieuse de savoir comment la puissance byzantine 
fut, en si peu de temps et si parfaitement, réduite à rien 
dans une contrée qui, durant de longs siècles, avait été le 
plus beau joyau de Tempire. 

Nous avons repris la question parce que des sources nou- 
velles, auxquelles nos prédécesseurs n'avaient pu puiser, nous 
donnaient lespoir de compléter sur quelques points les détails 
trop rares qu'ils avaient rassemblés ; et nous l'avons observée 
avec d'autant plus d'ardeur qu'il nous a paru que cette his- 
toire, interrogée d'une certaine façon, se montrerait peut- 
être moins revéche qu'on ne le pense généralement , et plus 
loquace; nous l'avons traitée en tenant très grand compte 
des auteurs arabes qui nous servaient de guides et en leur 
accordant plus de créance que ne le fait généralement l'his- 
torien d'Occident. Ce dernier accuse volontiers l'annaliste 
arabe d'insu£Bsance et d'ignorance, et le montre trop épris 
du détail puéril, trop enclin à broder, sur un thème, con- 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 103 

testable par lui-même, les variations que lui suggère vine 
trop vive imagination. Quiconque a lu dix pages d*un anna- 
liste sait ce que va|ejnt ces accusations. D'imagination , il n*en 
eut jamais, et sa seule mémoire travaille à classer, dans Tordre 
chronologique , les faits que la tradition lui transmet. Il écrit 
loin des événements qu*il relate , cela est vrai , mais le respect 
qu*il a pour le récit qu*il en fecueill^t, la sûreté de sa mé- 
moire et la facilité des confrontations avec les ouvrages simi- 
laires nous sont des sûrs garants d'une exactitude très satis- 
faisante. Aussi biei^ , pqut-on le critiquer quand Toccasiqu s*en 
présente , et nous n y manquerons pas. 

L'historien arabe donne , sur la péripde très lointaine que 
nous étudions » des détails suffisaouneut ^ombreux pour per- 
mettre d en déterminer asses exactement les principaux 
aspects, mais trop rares encore ou trop minces pour qu'il 
soit facile d'en fixer, en ne se basant que sur eux t le carac- 
tère intime et la signification profonde. U nous a paru né- 
cessaire de demander au théâtre de l'action et qux licteurs 
eux-mêmes les explications que le ni^rri^teur était empêché 
de nous fournir. 

L'ordonnai^ce du présent travail su£Bt à expliquer la mé- 
thode que nous avons adoptée. Les invasions arabes en 
Afiique ont réussi à islamiser le pays et leur grand succès 
étonne l'historien qui assista aux efforts impuissants de Car- 
thage, d^ Rome et de By^nce pour se l'assimiler. C'est 
qu'en dehors des faits mêmes, il y avait des circonstances 
qui voulaient que cela fut ainsi. Pour les déterminer, nous 
interrogeons la contrée et les hommes et leur demandons 
les raisons géographiques, ethnographiques, économiques et 
sociales qui rendirent possible l'assimilation du berber à 
l'arabe. 

Cet ouvrage n'a pas la prétention de résoudre à jamais 
une question qui, de l'avis de quelques-uns peut-être, 
restera, après lui, entière. La vérité, en histoire, ne tient 
pas dans un seul livre , et les hommes sont rares qui peuvent 
donner d'un temps la notion précise et d'une évolution la 



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104 JANVIER. FÉVRIER 1899. 

ibrmtiie exacte. Mais encore peut-on chercher la notion et 
tenter d*ébaucher la formule, en indiquant à d*autres, plus 
heureux , qui verront plus loin et trouveront plus juste , la voie 
qu'il faut suivre et la méthode qu'il convient d'employer. 

Nous avons utilisé, pour cette étude, deux sources nou- 
velles : 

1* Le Méalem el-lmânji mdrifet ehl el-Qaîroadn, de Mo- 
hammed ben £n-Nâdji, manuscrit de la Bibliothèque natio- 
nale. La longue notice que MM. Houdas et Basset consacrent 
à l'œuvre et à l'auteur dans la Mission scientifique en Tunisie 
(i88a), 1 vol. in-8*, Alger, i88d, p. 78, nous dispense de 
donner de plus amples détails. 

a*" Le Riàdh en-nofous, d'Abou Bekr abd Allah ben Mo- 
hammed ei Maleki ; manuscrit de la Bibliothèque nationale 
(ai 53 du fonds arabe) auquel Amari a consacré une notice 
dans sa Storia dei musulmani di Sicilia ( Firenze , 1 Sbà ; t. I , 
p. XLii). J'y renvoie également le lecteur. 

Le travail qui suit a été entrepris sous les auspices de la 
Commission de publication des documents archéologiques de 
l'Afrique du nord et poursuivi sous la direction de l'un de 
ses membres, M. 0. Houdas, professeur à l'École des langues 
orientales et à l'Ecole libre des sciences politiques. M. Hou- 
das n'a cessé de nous encourager dans notre entreprise. Nous 
avons constamment mis à contribution la profonde connais- 
sance qu'il a du monde arabe, sans que jamais sa bonne vo- 
lonté se soit lassée. Nous sommes profondément reconnaissant 
à la Commission et à notre excellent maitre de l'aide maté- 
rielle et morale qu'il nous ont prêtée. 

En nous accueillant au Journal asiatique, M. Barbier de 
Meynard nous donne une nouvelle marque de la bienveil- 
lance qu'il ne cessa de nous témoigner durant nos études 
à l'École des langues orientales. Nous le prions d'agréer nos 
plus vifs remerciements. 

M. Caudel. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 105 

PREMIÈRE PARTIE. 

LE PAYS ET LES HABITANTS. 
LES CONQUÉRANTS. 



I 

LE PAYS. 



I. Aspect actuel de Tancienne Byzacène et de Sbeîtla, sa capitale. 

II. Position géographique de Sbeïtla. Routes et lignes militaires. 

Les plaines de la Tunisie; voies ouvertes à Tinvasion. Impor- 
tance des points d'eau. 
m. La région montagneuse et les rivières. Direction des vallées. 
Régime des eaux; leur importance pour l'irrigation. Diffi- 
aûié d'accès du haut pays. 

IV. Le littoral, ouvert à Tinvasion, mène à la plaine, de facile 
conquête ; la montagne est malaisée à entamer. Hostilité de 
l'hahitant des plateaux pour celui des plaines et du littoral. 

I 

Le voyageur qui, venant de Qaîrouan, a dépassé 
Djilma entre en plaine. H laisse derrière lui les der- 
niers contreforts du Djebel Mr ilah et s avance dans 
la Garaat el Onkel. C est un vaste espace vaguement 
ondulé , herbeux par endroits , le plus souvent stérile , 
tacheté de touffes d'alfa qui dardent entre les pierres ; 
l*aifa est tenace, les pierres sont grosses et lourdes; 



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r06 JANVIER-FEVRIER IS99. 

la triste végétation a peine à les soulever. La piste 
moutonne sur les croupes onduleuses de la plaine , 
descend en pentes douces dans les replis du terrain 
et ramène le voyageur au sommet du monticule sui- 
vant, d*où l'horizon interrogé ne dit rien de nouveau, 
sinon que le sol est plus ingrat, Therbe plus rare, 
la rocaille plus revêche. Peu à peu la houle du sol 
s apaise et bientôt la plaine s'étale tout unie ; au loin , 
sur la gauche, dans la direction du sud, au haut 
dun dernier ressaut, s'élève un ohvier qui marque 
sur la carte de reconnaissance un point de repère et 
dont la silhouette solitaire compose tout le paysage. 
L'œil revient toujours à elle et mesure la distance, 
qui ne semble pas décroître; partout ailleurs, ii ne 
trouve que le vide et se fatigue à poursuivre les lignes 
basses du sol , qui fuient sous la lumière bleue du ciel. 
Tout à coup une masse s'élève au-dessus de l'ho- 
rizon. Par delà un vallon étroit oii coule un filet 
d'eau, des constructions couronnent un monticule. 
Cela parait vaste et la symétrie de l'ensemble étonne 
dans cette nature étiolée et rampante; la silhouette 
carrée, rigide, mathématique s'enlève sur le fond 
ardoisé de l'occident. On s'approche; les chevaux 
marchent sur un gazon épais et court qui étouflFe le 
bruit de leur pas. Dans le silence lumineux et re- 
cueilli du désert montent les mines d'un arc de 
triomphe et de trois temples. L'homme est passe par 
ici et y a laissé quelque chosf de grand. L'arc tient 
bon : les pierres du couronnement sont tombées, 
quelques autres s'inclinent et penchefit; entre les 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 107 

colonnes, des fissures baillent; ]a syipétrie verticale 
des lignes est légèrement troublée; ii semble que 
quelque géant maladroit, en le poussant du doigt, 
ait dérangé lassiette du monument; ipais la masse 
est si lourde et si bien ajustée que son poids main- 
tient les assises et que {appareil maintient le poids 
en place. Les temples sont éventrés; à travers les co- 
lonnades décimées , le regard plonge dans les sanc- 
tuaires; beaucoup de pierres sont absentes; les fron- 
tons gisent à terre; cependant quelques parties des 
entablements tiennent encore par un miracle d*équi- 
libre. Entre les quatre murs, sur le sol inégal, dans 
le fouillis des sculptures éparses, fherbe pousse 
drue; des arbrisseaux croissent dans les coins, à 
fabri du vent, et leurs i*acines vont chercher, à tra- 
vers les joints de^ fondations, Thumidité rare. Toutes 
ces pierres sont belles, les arêtes des angles sont 
restées pures, les chapiteaux d'acanthes sont à peine 
eifeuîllési , la courbe des voûtes n a pas fléchi. L'homme 
a brûlé ce qu'il a pu , vidé les niches de leurs statues , 
écorné à droite et à gauche quelques moulures , abattu 
des murs intérieurs pour fermer les issues et faire du 
temple une forteresse ^ 

On s est battu là-dedans, puis vainqueur et vaincu 
ont disparu et les bâtisses sont restées là* Les pluies 
dliiyer les ont lavées de larges ondées douces, les 

' • En ayant de Tenceinte des temples trai^forniéisçil caslrum , cin(| 
rédaiis fortifiés couvrent au S.-E. et au sud les approches de la 
plice et les délais de leui^ dispositions attestent la rapidité de leur 
eoMnicthm i (Diehl, agd)» 



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108 JANVIER. FEVRIER 1899. 

soleils d*été les ont dorées, la nature les a respectées 
et embellies : elles demeurent au milieu du désert, 
majestueuses , harmonieuses et sereines , images splen- 
dides du génie latin qui les éleva. 

A côté des ruines, un ruisseau d'eau vive court 
entre des berges vertes, et va se jeter, un peu plus 
loin, dans Toued Menasser, qui coule au fond de la 
vallée et se perd , à quelques milles de là , dans Taridité 
de la plaine. Tout près de l'eau des épis d'orge ba- 
lancent leurs têtes sous la brise; ils poussent à travers 
le caillou, car ce ne sont partout que fondations 
rasées au niveau du sol. Une ville populeuse s'élevait 
jadis ici; on peut distinguer le plan des habitations 
et mesurer leur étendue. Du portail des temples, la 
vue s'étend au loin. Vers le sud, au delà d'une plaine 
de i5 kilomètres environ, ondulent les croupes 
bleuâtres du Djebel Margueba et du Djebel Kou- 
mine; à l'ouest, les crêtes lointaines du Djebel Chambi 
annoncent le plateau montueux de Feriana; au nord , 
la masse imposante du Djebel Mr'ilah domine la 
vallée; vers l'est la plaine s'abaisse doucement vers 
la mer. Adossée au Mr'ilah, qui l'abritait des vents 
du nord, assise au bord de l'oued qui arrosait ses 
glèbes, Suffetula, la ville byzantine, se chautTait au 
soleil du midi qui mûrissait ses oUves ; aujourd'hui 
les glèbes sont sèches, les oliviers coupés, les mai- 
sons rasées, seuls trois temples restent. Su£fetula 
s'appelle Sbeïda : c'est un désert inculte où ne re- 
tentit plus que l'aboiement des chiens du douar voi- 
sin. Le spahi de l'Oudjak qui passe par là s'y aixête 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 109 

un instant pour resserrer la sangle de sa selle, abreu- 
ver son cheval et repartir bien vite. C'est là qu en 
Tan 6^7 de notre ère, 27 de Thégire, Farmée de 
*Abd allah ben Sa^ad culbuta les restes de la puis- 
sance byzantine et conquit du même coup une nou- 
vdle province au khalife et une seconde patrie à 
llslam. 

II 

Suffetula était au centre du pays^; stratégique- 
ment, elle était jetée im peu dans le sud, la partie 
méridionale du Byzacium obéissant mal au grec, 
mais elle était bien placée politiquement, entre la 
plaine et la montagne, entre le nord et le sud. 

La ligne de loued Zeroud coupe la Tunisie en 
diagonale du S.-O. au N.-E.; en arrière, elle est 
doublée par le massif montagneux de Tebessa et de 
la Zeugitane ; ce sont deux défenses, la première très 
faible, la seconde plus solide, appréciables toutes 
deux dans un pays où les lignes militaires font presque 
complètement défaut. La vallée de loued vous porte 
sans fatigue de la montagne à la plaine el de la plaine 
à la mer; son cours supérieur vous mène sans grand' 
peine à Torée de la plaine de la Medjerda. Au sud et 
à Test, l'espace est ouvert; à l'ouest, la plaine de 
Foussana vous élève dolicement jusqu'au plateau 
maurétanien. 

^ De Suffetula partent six routes aboutissant à Hadrumète, à 
Mustis, à Teveste, à Thaenaas, à Macomades et à Gellte Picentine 
[La Tunisie, I, 33a). 



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110 iANVIER-FÉVRIËR 1809. 

Qu'il aille vers le sud ou vers Test, notre voya- 
geur ne trouvera plus maintenant que surfaces planée ; 
le sol est à peine ridé d une houle légère ; très loin 
s^élèvent des hauteurs médiocres qui parfois se rap- 
prochent et barrent la route d urt renflement de ter- 
rain sans conséqueilce, que les bêtes de somme gra- 
vissent d'un pas à peine ralenti ; dans les fonds , brillent 
au soleil les sebkhas , minces couches d'eau aux bords 
indécis, que la chaleur rétracte et que les pluies 
étalent au loin. Ces étangs salés augmentent en 
nombre et en étendue à toesure qu'on s'avance vers 
le Sahara; sur le bord du désert» ils deviennent des 
lacs immenses qUi femlent la frontière : ce sont les 
chotts. Le plus vaste d*entre eux, le chott el Djerid, 
se poursuit par le chott el Fedjedj jusque dans le voi- 
sinage de la mer; il ne l'atteint pas; une grande plaine 
l'en sépare, ouverte à tout venant, traversée par ia 
route qui , de la lointaine Cyrénâlque , monte vers le 
Byzacium. Il y a là un hiatus, une porte largement 
ouverte. Le Sahel offre un accès facile à cdui qui 
vient du désert comme à celui qui l'aborde par la 
mer. 

Descendu du plateau des Matmata ou débarqué 
sur la côte, l'envahisseur trouvera sa route toute 
tracée. Le manque d'eau seul le gênera dans sa 
marche; s'il sait se réilfHridre et aller vite il pourra, 
en volant d'oglet en oglet , gagner rapidement le nord , 
les rivières permanentes et les prairies humides; 
c'est Ih qu'il trouvera le possesseur du pays et qu'il 
lui livrera bataille , parce que c'est là que se trouvent 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 111 

les points défendables, les lignes de combats, les 
terres qui mérilent quon les dispute, les accidents 
du sol qui retiennent à eux les populations, soutien- 
nent l'envahi et font obstacle à Tenvahisseur. La 
possession des plaines méridionales est de peu d'im- 
portance; les tribus et les armées glissent sur elles 
comme les gouttes d'eau sur le verre; le vaincu en 
est balayé au premier choc et le vainqueur y vague 
sans trouver de point de ralliement. Elles sont ou- 
vertes à tous les assauts, on n'y peut pas tenir; elles 
sont sèches, on y peut à peine vivre; l'activité se 
concentre autour de quelques puits ou oglets. 

On en rencontre en allant de Sfax vers l'iniérieur : 
du haut d'une des ondulations qui plissent le tapis 
herbeux, usé et jaunâtre du sol, on aperçoit au loin , 
dans un coin de la plaine, ordinairement vide, 
des êtres qui s'agitent; on reconnaît en s'approchant 
quelques hommes affairés autour des bêtes d'une 
caravane; un trou creusé en terre exhale une fraî- 
cheur humide, qui surprend et ravit après la cha- 
leur de l'étape; à côté, la glaise fouillée reçoit l'eau 
saamâtre et trouble que les honunes tirent du puits 
dans des outres ruisselantes; tout autour, la végéta- 
tion, ranimée, verdoie. Las de leur marche, les cara- 
vaniers sommeillent sur le sol, tandis que les ânes, 
écrasés sous leurs charges d'alfa, boivent, lents et 
silencieux, les naseaux perdus dans leau jaune. Les 
gardiens de l'oglet s'empressent, tirent Tune après 
l'autre les deiu outres du puits et les vident dans les 
réservoirs et, plus loin , les chameaux indifférents ru- 



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112 JANVIER-FEVRIER 1899. 

minent en balançant leur regard noir, clignotant et 
stupide aux deux extrémités de Thorizon. La fatigue 
jette son lourd silence sur tout cela ; on n entend que 
le choc argentin des gouttes d'eau qui retombent 
dans le puits, la coulée rapide des outres dans le 
réservoir et le souffle satisfait d'une bête rafraîchie. 
L'homme ne vit qu'autour de ces points d'eau; 
la caravane y passe et la tribu reste aux environs ; 
les marchés ont lieu à côté. Pour tenir la plaine il 
faut les tenir; c'est pour les conquérir qu'on se battra , 
et il faut les conquérir pour aller plus loin. 

III 

Au nord de la ligne de l'oued Zeroud, le pays 
change. Un système montagneux compliqué ferme 
la vue; on l'appelle, dans son ensemble, massif de 
la Zeugitane; détaché du plateau central numide, il 
court du S.-O. au N.-E. et, des monts de Tebessa, 
s'avance en éventail vers la mer. Les crêtes sont peu 
élevées, mais abruptes; les pluies les ravinent profon- 
dément et taillent leurs silhouettes en traits anguleux 
que nul gazon n'amollit; à mesure qu'elle descend, 
l'eau creuse davantage , entraîne tout ce qui n'est pas 
le roc et désagrège le roc lui-mrme. Au fond du 
val, dans la coupure nettement tranchée de son lit 
trop large, l'oued scintille sur le caillou, s'étale en 
nappes tranquilles sur les fonds de sable, au pied des 
lauriers roses, gazouille sur les pentes rocheuses, 
tourne brusquement derrière les éperons monta- 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 113 

gneux et glisse en s*épuisant dans la plaine , où il se 
meutr en un mince filet d'eau qui hésite, ondule et 
sévapore. Les pluies qui tombent sur la montagne 
enflent rapidement le ruisseau chétif. Aucune goutte 
n est perdue, nulle racine ne Tarrête ; les gazons rares 
la retiennent à peine un instant; elle roule très vite 
dans les fonds; chaque roc envoie son tribut, chaque 
ride du sol sa cascade et l'inondation galope dans la 
plaine en rongeant ses rives sablonneuses devenues 
trop étroites. Le passage est alors impossible, mais 
le flot court vite et le ciel a eu à peine le temps de 
bleuir que déjà Toued assagi coule, comme dcvani, 
son mince filet d'eau qui suffit à peine à mouiller les 
sabots du cheval qui passe. 

Ces oueds ne sont pas des obstacles, mais ils 
n ouvrent pas de routes; leurs vallées sont trop tour- 
mentées dans la montagne et mal orientées dans la 
plaine; elles viennent de partout et ne conduisent 
nulle part. On se ne fixe pas sur leurs rives, que 
le moindre flot éboule. Ce ne sont pas des rivières , 
mais de leau qui court, aujourd'hui abondante, 
demain tarie, ici bienfaisante, là-bas dévastatrice, 
partout et toujours capricieuse et fantasque. Ce 
pendant cette eau est précieuse; sans elle le sol se 
dessèche et la végétation s'atrophie. L'homme Ja 
retient du mieux qu'il peut par des barrages et la 
distribue dans ses glèbes par des canaux. Il regarde 
verdir ses moissons tandis que son voisin d'en bas voit 
dépérir les siennes, et c'est une perpétuelle cause 
de guerre entre l'habitant de la plaine et celui de la 
.\ni. 8 



laraiacus lATi^kAU. 



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114 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

montagne, chacun voulant sa part de ieau bienfai- 
sante qui est à cette terre désolée ce que le sang est 
à notre chair. 

Les vallées supérieures sont larges; les monta- 
gnes les entourent sans les étrangler; chacune délies 
constitue un petit monde à part. L accès en est diflfi- 
cile. Un homme en approche sans grand peine ; une 
troupe laborde malaisément si l'habitant ferme les 
passages ^ 

IV 

Le littoral est très étendu ; il regarde le septen- 
trion et lorient et appelle de tous côtés lenvahis- 
seur. Le marin, qu'il vienne d'Espagne ou de 
France, de Sicile ou d'Italie, de Grèce ou de Syrie, 
le trouve sur sa route et y pose le pied ; il s'y fixe et 
ne le quitte plus. Il faut, pour conserver la mer, 
posséder ce sol , y créer des postes qui commandent 
les deux bassins de la Méditerranée et des escales 
qui abritent les flottes de commerce et o&ent un 
point d'appui aux escadres de guerre. Les ports , peu 
nombreux, mais bien placés et suffisamment sûrs, 
sont, dans la main de celui qui les tient, une arme 
à deux tranchants ; avec eux , on domine la mer et 

' • La configuration du pays , qui place des contrées sauvages au 
milieu de contrées fertiles, le rend très difficile à garder. La na- 
ture semble s'être chargée d'entretenir la barbarie auprès de la 
civilisation en lui procurant , au milieu même des terres les plus 
riches , des asiles à peu près inabordables. G est ce qui a rendu 
la pacification de TAlgérie si difficile à nos troupes. • (Boissier, 
Afrique romaine » p. i a3. ) 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 115 

1 on peut conquérir larrière-pap. Mais celui-ci se 
défend. La montagne s*oppose et Toau se refuse; 
les vallées, péniblement atteintes, ouvrent d*autres 
vallées qui! faut encore tenir, et, tant qu'il en reste 
une, rien nest acquis. Cependant les montagnes 
fuient à l'horizon, les hauts plateaux s'étendent à 
porte de \^e, le conquérant va toujours plus loin 
chercher la frontière qui fermera son empire, et ne 
la trouve nulle part. Quand la montagne s abaisse, 
le Sahara commence, et il est plein d ennemis. Rien 
n est plus singulier que la structure de cette contrée 
qui, de toutes parts, sollicite Tinvasion puis se re- 
ferme sur elle, Tabsorbe et la dévore. 

Le littoral et la plaine sont conquis aisément; la 
montagne est difficile à occuper. Le littoral est 
ouvert à toutes les civilisations ; la montagne est 
sourde aux échos du dehors. LTiomme qui Thabite 
est jaloux des richesses qu'il voit étalées à ses pieds ; 
il les convoite et cherche à s'en emparer. Le maîlre 
du littoral se sent mal assuré dans sa possession tant 
qu'il n'a pas dompté son voisin et fait tout pour 
le soumettre. Entre eux, la lutte est perpétuelle, 
acharnée, inexpiable. 

Au vu' siècle de notre ère, le maître du pays 
plat semblait être le Byzantin. 



8. 



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116 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

II 

LES BYZANTINS. 

I. Laconquéle vandale (437-^29 J.-C). Difficulté qu'éprouvent 

les Barbares à se maintenir. G^nséric traite avec l'Empereur 
(^35). Son administration. 

II. Campagne de Bélisaire. Bataille de Decimum (533). Soumission 

et coopération des chefs berbers. Bataille de Tricamanim et 
fin de la domination vandide. 

(II. Organisation de la conquête. Mise en état de défense. L'armée 
grecque; armement et tactique. Indiscipline des soldats. 
Les lignes de forteresses. 

IV. La lutte avec les Berbers; leurs grands cbefe et leurs expéditions 
contre le Unies. — L'administration grecque. Le préfet du 
prétoire et ses bureaux. La législation et le régime fiscal. 
L'impôt est le moyen et la fin du gouvernement, mais son 
poids écrase le contribuable. L'administration devient mili- 
taire. Révolte dupatrice Grégoire. — État du pays durant les 
dernières années de la domination byzantine. 



L empereur grec possédait le pays depuis 533 de 
notre ère. Rome l'avait jadis conquis, soumis et 
presque assimilé. Au v* siècle, vers 4 a 7 ou ^29, 
les Vandales vinrent avec leurs frères les Suèves et 
les Goths, et d'autres barbares encore, et supplantè- 
rent sans grand peine TEmpire. Ils étaient aryens : 
les Donatistes avaient facilité leur marche; ils appor- 
taient le trouble et promettaient le pillage : les 
Maures, alliés peut-êlre, sûrement complices, les 
avaient aidés ou suivis pour profiter du butin ^ 

* Mercier, i44* 



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g LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 117 

A peine installés sur leur conquête, ils s y senti- 
rent mal à Taise. Pour tenir cette contrée, il faut, en 
partant de la côte, prise comme base d'opération, 
cheminer par échelons vers larrière-pays, y pousser 
des troupes et y établir des postes , comme on plante 
des pilotis dans un terrain meuble , pour jeter une 
route sur le marais. Les troupes s*épuisent et de- 
mandent des renforts; les postes réclament des gar- 
nisons, des armes et des vivres; mais la côte na rien 
de tout cela et appelle à son tour les vaisseaux et les 
hommes de la métropole, qui y envoya les premiers 
conquérants. Elle regarde avec inquiétude Tintérieur 
qu'il faut tenir en respect et, s'il se peut, soumettre, 
et avec impatience la mer qui lui apportera des 
secours. Les Vandales avaient tout à craindre de 
Fintérieur^ et rien à espérer de la mer, qui n'était 
pas à eux, mais à l'Empire. La position était inte- 
nable : ils se trouvaient entre deux feux et instinctive- 
mejit , se tombèrent vers Rome , dont la majesté ca- 
duque leur en imposait encore. En 435, Genséric 
conclut à Hippone un traité avec l'Empereur; il pro- 
mettait de payer tribut. Sept ans plus tard, il ob- 



^ ■ Dès le règne de Hunéric , les montagnards de TAurès se procla- 
maient indépendants sans que les Vandales pussent réussir à les 
faire rentrer dans le devoir; peu après, les indigènes du Hodna et 
des Ziban, les grands chefs des Maurétanies, suivaient cet exemple, 
rattachés tout au (dus au royaume vandale par un lien de vassalité. 
Bientôt enhardies par l'impunité de leur révolte, on vit les tribus 
maures descendre dans la plaine et, franchissant la ligne abandon- 
née des forteresses romaines. . ., ravager cruellement les hauts pla 
teaux de la Numidie • (Diehl, p. 1 1.) 



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118 JANVIKR.FKVR1ER;i899. 

tennit de Valenlinien la cession do la Byzacène 
jusqu'aux Syrtes et ia partie orientale de la Numîdie. 
Tranquille du côté de la mer qui , si elle ne le forti- 
fiait pas, du moins ne le menaçait plus, il se tourna 
vers Tintérieur et l'administra. Ses procédés furent 
simples; il «partagea les terres en trois lots : les 
biens meubles et immeubles des plus nobles et 
des plus riches ainsi que leurs personnes furent 
attribués à ses deux fils, Hunéric et Genson. Le 
deaxieme, se composant principalement des terres 
de la Byzacène et de la Zeiigitane, fut donné aux 
soldats en leur imposant Tobligation du service 
militaire. Enfin le troisième lot, le rebut, fut 
laissé aux colons. » (Poulie, Maarétanic, p. i 46-1 l\'j,) 
Ce partage ne satisfit personne ; les vainqueurs 
se disputèrent les biens que regi^ettait le Romain et 
que convoitait le Maure. Us s'y usèrent et furent 
incapables de défendre leur domaine contre l'Empire 
grec quand celui-ci, réveillé par Justinîen, entreprit 
de rétablir lautorité du basileus sur la terre afri- 
caine et envoya, en 533, Bélisaîie à sa conquête. 

II 

Bélisaîre, débarqué À Caput Vada (Ras Kaboudia), 
remit en peu de temps la main sur l'ancienne pos- 
session de ses maîtres. Alors conmiença l'histoire de 
l'Afrique byzantine. 11 serait audacieux de la traiter 
après un auteur qui l'a minutieusement étudiée et 
supérieurement comprise. M. Ch. Diehl, dans son 



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LES PREMIÈRES ïxNVASIONS ARABES. \U) 

remarquable ouvrage', nous dit tout ce qu'on en 
peut savoir et nous suggère tout ce qu'on en peut 
penser. Il est là dans son domaine. Nous y pénétrons 
à sa suite, en intrus, pour y demeurer témoins pos- 
sible , embrasser d'un rapide coup d œil les caractères 
de cette époque et saisir le point de départ de ce 
qui va suivre. 

La victoire semble avoir été facile; les colons ac- 
cueillirent le lieutenant du basileus en libérateur, et, 
■ à la nouvelle de la bataille de Decimum et de la 
chute de la capitale vandale, les grands chefs des 
tribus sortirent de leur neutralité. De la Byxacène, 
de la Numidie et de la lointaine Maurétanie même, 
ils envoyèrent des ambassades au général byzantin , 
chargées d'apporter leur hommage et de promettre 
leur alliance au représentant de Justinien; ils de- 
mandaient en échange une nouvelle et solennelle 
investiture de leur commandement *^. 

Le succès de la journée de Tricamarum, qui vit 
la fin de la domination barbare en Afrique, fiit dû 
en grande partie sinon à leur appui, du moins à 
leur neutralité bienveillante. 



III 

Le pays conquis, Bélisaire l'organisa. Il com- 
mença par construire des forteresses. Cela sudit à 

> L Afrique hyxmUMe, Histoire de la dnmintttiùn èjrtmktine en 
AJritfue (603-709); Parts, Leroux, 1896, 1 vd. in-8\ 
« DieW, p. a 3. 



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120 JANVIER-FEVRIER J899. 

nous montrer le caractère de la domination byzan- 
tine : celle- ci n'est qu'une occupation militaire. Mais 
la puissance vandale était abattue et rien n en sub- 
sistait^; la population du Byzaciimi et de la Pro- 
consulaire était pacifique et n aspirait qu'au repos; 
contre qui ces murailles et ces garnisons? Contre le 
Maure, allié douteux, ennemi probable. 

L'armée que Bélisaire avait amenée comptait 
environ 16,000 réguliers, 10,000 d'infanterie et 
5 ou 6,000 de cavalerie^ avec, en outre, 4oo Hé- 
rules et 600 archers huns ^, tous aguerris dans les 
luttes avec les Perses, mais indisciplinés^ et volon- 
tiers pillards^. Leur chef leur en imposait cepen- 
dant, et, tant qu'il fut là, l'ordre régna. Ses succes- 
seurs n'eurent pas la même autorité et durent souvent 
combattre de dangereuses rébellions. En 546, 
Aréobinde fut tué par le duc de Numidie , Guntarith , 
qui avait soulevé une partie de l'armée^. En 548, 
les réguliers se révoltèrent contre Jean Troglita qui 
ne put les soimiettre qu'avec l'aide de ses auxiliaires 
indigènes "'. Un jour vint où le général lui-même 
donna l'exemple aux troupes et les mena à l'assaut de 
Byzance et du pouvoir impérial. Vers 64o, le pa- 

^ Les chefs et les meilleurs soldats furent transportés en Asie. 
Voir Diehl« p. 37. 

• Diehl, p. 16. 
3 Diebl,p. 16. 

*^Diehl, p. 17, 27, 336, passim, 

• Diehl, p. 27, 29. 

• Diehl, p. 354. 
' Diehl, p. 378. 



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LES PREMIÈRES INVASIOxNS ARABES. 121 

trice Grégoire tient le pays sans se soucier du basi- 
leus et, avec ce qui lui reste de soldats, le défend 
pour son compte contre un nouvel envahisseur. 
Cette armée était en somme une force médiocre ; le 
soldat était bon , marchait droit quand un mauvais 
esprit ne lanimaitpas, et tenait bien devant lennemi 
quand un chef vigoureux maintenait la cohésion. La 
troupe était lourde, peu maniable, compassée dans 
son allure , plus apte à supporter le choc de ladver- 
saire qu'à foncer sur lui. L'infanterie marchait en 
lignes profondes, couvertes d'épais boucliers, et la 
cavalerie évoluait sur les ailes par escadrons com- 
pacts. L'ensemble donne l'impression d'une masse 
redoutable qui écrase tout ce qu'elle approche, mais 
dont on s'écarte facilement. Rien n'est plus singulier 
et plus décisif que le contraste entre la tactique du 
général et l'esprit du soldat. Cette tactique ne vaut 
que par la cohésion mathématique et l'ajustement 
précb des unités, la fermeté inébranlable du front, 
l'élan raisonné et la marche rythmée du corps de 
bataille, l'effacement de la personnalité du soldat 
dans l'ensemble. Mais le soldat est indiscipliné; il 
discute la marche et critique les ordres, combat s'il 
lui plaît et lâche pied s'il lui convient, court plus vite 
au butin qu'à l'ennemi. Si les rangs flottent, si un 
escadron s'arrête, l'ordonnance entière est rompue, 
le front oscille, les compagnies se disjoignent, les 
ailes se détachent, les hommes se débandent, et la 
machine de guerre tombe en pièces. 

C'était l'ancienne légion sans le légionnaire. On 



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\n JANVIER. PÉVJIIER 1899. 

comprend facilement que les gouverneurs de l'Afrique 
se soient peu souciés de mener souvent au combat 
une troupe aussi fragile et de confier à une force 
aussi douteuse la défense du pays. Denîère des mu- 
railles, ces hommes pouvaient faire bonne conte- 
nance. On couvrit la province de forteresses. C'était 
d'autant plus facile que les Romains avaient jadis 
élevé un prodigieux système défensif, qu'il suffit 
parfois de remettre en état , et qu'ils avaient laissé 
un peu partout de solides constructions, temples, 
cirques, théâtres ou maisons que quelques remanie- 
ments transformaient vite on donjons respectables. 
Les trois temples de Sbeïtla devinrent — M. Diehl 
nous le dit — des bastions, et de tous côtés les édi- 
fices furent mis, de même, à la hâte, en état de dé- 
fense. Les constmcleurs « ont puisé dans les ruines 
des cités qu'ils rencontraient, sans distinguer entre 
les différentes pierres qui leur tombaient sous la 
main , empruntant aux forums leurs bases honori* 
fiques avec les statues qui s'y élevaient, aux temples 
leurs architraves, leurs colonnes, leurs inscriptions 
votives, aux cimetières leurs tombes » ^ Ils ceignaient 
les villes de murailles, les reliaient par de petits postes , 
et tendaient siu* toute la frontière le réseau étroit de 
leurs places fortes. C'était le limes. 

Vers le sud , très loin en avant dans l'intérieur, 
Capsa (Gafsa) fermait la route qui, deschotts, mon- 
tait vers Suffetula , Sufes et la Proconsulaire. Sur le 

' Gagnât. Ttm^acf, cp. Diehl, p. 174. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 123 

littoral, Junca (Ounga) et Macomades Minores com- 
mandaient celle qui venait de la Cyrénaïque en sui- 
vantle bord de la mer. 

Derrière Capsa, le triangle de Thelepte (Medinet 
el Kedima), Madarsuma (Henchir-bou-Doukhan?) 
et Suffetula défendait 1 accè?j du haut pays. Le triangle 
dirigeait sa pointe (Suffetuln) vers le nord; il fallait 
sengager entre Thelepte ot Madarsuma, prêter le 
flanc gauche h l'une et le flanc droit à laulro, pour 
donner de front sur la troisième place. Au delà de 
celle-ci, Sufes (Henchir Sbiba) et Mamma (Henchir 
Kouki) en première ligne, Tuera Terebenthina (Hen- 
chir Dougga), Chusira (Kessera) et Couloulis (Hen- 
chir Djelloula ?) en seconde ligne, complètent dans 
le Byzacium la défense avancée de la Proconsu- 
laire. Celle-ci renferme de nombreuses places jetées 
au hasard dans les plaines fertiles dont elles dé- 
fendent les récoltes. Leurs noms nous importent peu ; 
elle* ne joueront aucun rôle dans ce qui va suivre. 
\ oilà pour Tintérieur. La côte a aussi ses forteresses. 
Justiuianopolis près du Ras Kh<ididjd, Sullectum 
(Salekta), Thapsus, Leptis Minor (Lemta), Hadru- 
metum (Sousse), Horrea Caelia (Hergla), Uppenna 
(Henchir Fragha), Aphrodisium (Henchir Sidi Kha- 
lifa) sont échelonnées tout le long du littoral et dé- 
fendent chacune un point de débarquement. 

Entre le chapelet des places de la côte et le poly- 

* M. Diehl place à 26 milles au sud de Gabès, à Maret, la place 
de GalHca ou Marta et signale au milieu de Tisthme une place 
forte anonyme citée par Corippus (Diehl p. 33i ). 



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124 JANVIER-FEVRIER 1899. 

gone irrégulier dessiné par les positions de Tinté- 
rienr, un espace reste vide. C est la plaine basse du 
Byzacium , qui ondule des plateaux vers la mer avec, 
au fond de ses déclivités , des étangs saumâtres comme 
le lac Kelbia, les Sebkhas Sidi el Hani, Chéri chira et 
Mecheguig. Rien na été fait pour la défendre, et 
nous avons vu qu en effet elle était peu défendable. 
L'occupant reçoit le premier choc de l'ennemi vers 
Capsa ou Junca si celui-ci vient du sud, sur la côte 
s'il vient par la mer. L'envahisseur victorieux traverse 
la plaine sur les talons des défenseurs et les pousse 
jusqu'aux plateaux. C'est là que sont accumulés les 
réduits et que se joue la partie définitive. 

Byzance ne craignait rien de la mer et se gardait 
contre le sud , d'où venait le Maure. Toutes ces dé- 
fenses étaient accumulées contre lui et le contenaient 
à peine; si parfois elles protégaient le citadin contre 
l'assaut et le pillage , elles arrêtaient rarement le flot 
des tribus qui submergeait les campagnes; les villes 
semblaient alors des îlots battus par l'inondation. 

IV 

Le patrice Solomon avait à peine organisé la con- 
quête, que la lutte commença. Elle fut presque per- 
pétuelle, épuisa les armées et ébranla les forteresses. 
Les troupes grecques tenaient bon quand la trahi- 
son ne les travaillait pas, mais leur effectif était 
souvent très bas et elles durent plus d'une fois céder 
le terrain. 



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LES PRKBIIÈRES INVASIONS ARABES. 125 

EHles avaient a£Faire à forte partie. Les indigènes 
avaient, à la faveur des troubles, rongé l'ancien 
limes romain mal, entretenu par les Vandales, et en- 
vahi les territoires qu'abandonnaient les colons. Ils 
étaient audacieux , vaguement organisés — nous le 
verrons plus tard , — mais assez, cependant , pour cul- 
buter l'ennemi débile qui s'opposait à leur marche. 
Les confédérations de tribus obéissaient à des chefs : 
Antalas dans le Byzacium, labdas dans l'Aurès , Cout- 
sina à l'est, Orthaîas dans le Hodna et, en Mauré- 
tanie Masuna et Mastigas. Tel d'entre eux pouvait 
mener au combat 3o,ooo cavaliers^, fils de ceux qui 
jadis avaient culbuté à la Trébie et à Trasimène les 
légions de Scipion et de Flaminius. Dès 545, les 
hommes d'Antalas « poussèrent, incendiant et pillant 
!out sur leur route, jusqu'à Hadrumète'^ •. — « Se ré- 
pandant partout ils firent, sans même avoir d'égards 
pour l'âge, subir aux Africains les plus indignes 
traitements. Alors la plus grande partie des cam- 
pagnes se trouva vide d'habitants; les populations 
échappées aux massacres se réfugièrent partie dans 
les villes, partie on Sicile et dans les îles; la plupart 
des personnages allèrent chercher asile à Byzance, 
et, avec une hardiesse croissante, comme personne 
ne leur faisait résistance, les Maures ravageaient et 
pillaient tout ^. » Ils poussaient des pointes jusqu'à 
Carthage. A quoi servait le limes ? « En fait , les 

> Diehl, p. 43. 

> Diehl, p. 345. 

» Procope, Bell Vand,, p. Sia; q). Diehl, p. 348. 



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126 JANVI£A.FEVRIëH 1899. 

frontières étaient insultées et forcées, le pays ravagé , 
les habitants surpris et traînés en esclavage K » Dans 
la province envahie, larmée tenait mal. En 569, 
Théodose, préfet d'Afrique, est tué par les Maures; 
en 070, Théoctistos, magister militum de la pro- 
vince d'Afrique, esl battu par les Maures et tué; 
on 67 I , Amabilis magister militant d'Afrique, est tué 
pur les Maures^. » Tandis qu'aux soirs de combat 
le général agonise au creux d'un vallon et que la 
déroute de ses troupes émeut tout le pays, « les po- 
pulations sont contraintes de veiller elles-mêmes à 
leur sécurité et de construire à leurs frais, à côté 
des places fortes impériales, des redoutes où elles 
trouveront un refuge^ ■. 

S'il en est ainsi au lendemain de la mort de Jus- 
tinien, que sera-ce plus tard? 

Le salut des Grecs était dans les dissensions de 
leui's adversaires. Les gouverneurs le contprenaient. 
A défaut d'autorité ils usaient de diplomatie, tem- 
porisaient quand ils ne pouvaient frapper et, faute 
de vigueur, traitaient. La paisible population se sou- 
ciait peu de gloire militaire et n'aspirait qu'au repos. 
La séciuîté lui suffisait; elle n'espérait pas « l'ordre 
parfait » que lui promettait l'empereur*, et se serait 
volontiers contentée d'une bonne administration. 

On lui donna un préfet du prétoire surchargé 



' Diehl.p. 334- 
» Diehl.p. 459. 
» DieU.p. 464. 
^ Cod, Jnst, 37, 1, 10; cp. Dichl« p. 97. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 127 

dattiîbutions, écrasé dlionneurs, assisté dune ar- 
mée de fonctionnaires, escorté de courtisans et de 
serviteurs. Les fonctionnaires suffisaient à peine k 
expédier les multiples affaires que suscitait ladmi- 
nistration, et cependant ils remplissaient les bureaux 
de Carthage. Les hellénistes nous ont conservé la 
liste de leurs charges ; c est un annuaire aussi peuplé 
(jue celui d un de nos ministères ^ De la capitale , ils 
se répandaient dans la province; chaque ville en 
comptait une troupe , et chaque bourgade en avait 
un. Rien ne se faisait sans eux: justice, finances, 
administration, ils connaissaient de tout. Le Gode 
justinien et les Novelles avaient pénétré en Afrique 
avec le conquérant et réglementaient à outrance; le 
colon, longtemps privé de lois, en voyait mainte- 
nant une avalanche fondre sur sa tête et sur son bien. 
Ce dernier surtout était menacé. 

Que tous nos sujets sachent que , soucieux do leurs intérêts 
et pour qulls soient à l'abri de toute injustice et qu ils vivent 
en pleine tranquillité, nous avons promulgué cette loi. Mais 
il faut que vous aussi , mes sujets , sachant quelle sollicitude 
nous avons pour vous , vous payiez atec un absolu dévoue- 
ment les impôts publics dans leur intégrité sans avoir besoin 
de la coercition administrative et que vous montriez une 
obéissance qui nous prouve par les faits toute la reconnais- 
sance que vous inspire notre extrême clémence '. 

Et fauteur auquel nous empruntons la citation 
ajoute : 

* Voir Diehi, p. 97 et p<usim. 
' iNov. 8, 10; cp. Diehl, p. 116. 



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128 JANVIERFEVRIER 1809. 

Si i^empereur recommandait si énergiquement à ses gou- 
verneurs de ménageries contribuables, c'est qu*il se réservait 
à lui-même le monopole de les exploiter '. 

Ce fut une exploitation savante, méthodique, 
inexorable. La fortune privée était traquée dans 
tous les coins, taxée sous toutes ses formes. Sur la 
propriété foncière, le tribatum ,\a coemptio , Yé'mSoXYf, 
les corvées; sur lagriculture et le commerce, des 
prélèvements divers en argent ou en nature (xojEXjsxep- 
Kiov) .ianauticatio , qui frappe la navigation et encore 
les douanes'-^. Pour percevoir les taxes il faut beau- 
coup d'agents. Des dix bureaux de scrinarii de lad- 
ministration centrale, quatre, de chacun dix em- 
ployés , expédient les affaires financières. Parmi les 
aaxiliares de la préfecture, «les plus nombreux 
étaient ceux que réclamait l'administration des fi- 
nances : il y avait soixante exceptores, greffiers et 
commis rédacteurs. employés aux écritures adminis- 
tratives, et cinquante chartalarii chargés de la tenue 
des comptes. Pour recueillir les impôts, le service 
des finances employait encore cinquante mittenda- 
rii^ ». Soit, sur un total de Sgô, 200 employés 
affectés au fisc , c est-à-dire plus de la moitié. 

Cela s'explique. 

L'impôt est le moyen et la fin de ce gouverne- 
ment, la raison d'être et le principe vital de cette 
administration. Il est nécessaire pour défendre le 

> Diebl^p. 106. 
* Diebl, p. 5oo. 
^ Diehl« p. io5. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 129 

pays, entretenir larmée et les. forteresses, payer des 
tributs déguisés aux chefs indigènes qu'on n'a pu 
vaincre , et il faut défendre le pays pour s'y mainte- 
nir et continuer à lever fimpôt. La victoire le rend 
plus lourd : l'organisation des nouvelles provinces, 
la construction d'un limes plus lointain, la solde 
de troupes plus nombreuses exigent de nouveaux 
sacrifices et ce sont toujours les mêmes qui payent. 
La paix le rend plus odieux : à mesure que le danger 
s'éloigne, l'assujetti s'explique moins la nécessité de 
la contribution; à mesure que l'ordre s'affermit, le 
percepteur complète ses rôles, perfectionne ses pro- 
cédés de taxation, saisit plus sûrement et plus com- 
plètement la richesse qui se cache. Chaque jour 
ajoute un rouage de plus à la machine fiscale et 
apporte tme peine nouvelle au sujet taillable et cor- 
véable. 

L*impôt a nécessité la création de l'édifice admi- 
nistratif qui fait si belle façade sur l'Afrique byzan- 
tine, et c'est lui qui hâte la décomposition du gou- 
vernement. 

Tenté par le gain, l'agent prévarique et réclame 
plus encore que ne demande l'Etat; il fausse la jus- 
tice pour couvrir ses malversations et énerve l'auto- 
rité qu'il détient. Le sujet, écrasé sous la charge , 
résiste, raisonne, supplie, désespère et finalement 
se croise les bras devant son champ en friche ou sa 
boutique vide , et maudit celui qui le ruine. 

Mais l'impôt survit à la décomposition adminis- 
trative qu'il a provoquée. C'est maintenant un tribut 
xni. 9 



MMUlMia >AI1U*AU«. 



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150 JANV1ER'F£VRIER 1800. 

payé à des gouverneurs insoumis, à des chefs mili- 
taires en rupture d'obéissance; il est toujours aussi 
lourd et , de plus , il devient inégal , arbitraire. Il reste 
attaché comme un mal inguérissable au flanc de la 
province et achève d'épuiser sa substance. Byzance 
est partie , mais le fatal fardeau qu elle a imposé k 
TAfrique pèse toujours sur elle. Le sujet de Grégoire 
geint d ahan sous son poids et ne songe qu'à s'y sou 
straire. 

B y réussit quelquefois à ia faveur des troubles , 
et c'est im singulier spectacle que celui de ce petit 
peuple fait de vingt nations , sans cohésion politique 
ni sentiment national , assis sur un sol fertile, entouré 
d'ennemis qu'il redoute moins que ses maîtres, la- 
borieux, patient, pacifique, qui ne peut prospérer 
qu'en dépit du gouvernement qui l'opprime , et trouve 
son bonheur dans sa faiblesse et sa sauvegarde dans 
l'insécurité. 

L'administration byzantine alla s'afTaissant et se 
désagrégeant lentement; elle avait d'abord été pu- 
rement civile; en fiait, elle prit vite la forme mili- 
taire et, cinquante ans environ après la conquête, la 
reçut définitivement. Où le préfet du prétoire avait 
échoué, on espéra voir réussir i'exarqae. L'empereur 
Maurice, peu après son avènement (en 58a), con- 
sacra la prédominance du militaire sur le civil*; 
dans les provinces, à côté des prœses, on plaça des 

' tll y a. . . loute raison déplacer entre 58 a et Sgi Tinstitution 
de la nouvelle magistrature (exarchat ) el d'en faire honneur à Tem- 
pereur Maurice.! (Diehl p. 478). 



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LES PREMIÈRE» INVASIONS ARABES. 131 

dacs; cela n'en alla pas mieux. Aussi bien, à cette 
date , iliîstoire s obscurcit et c*est à peine si , dans ce 
crépuscule, on distingue un gouvernemenl désemparé 
qui , se sentant sombrer, se retient k tout ce qui ré- 
siste. Les exarques s appuyèrent sur le clergé, qui ne 
tarda pas h les dominer; la carrière du militaire 
avait clé rx)urte t au commencement du vi' siècle, les 
évêques administraient TAfrique^ L'élément reli- 
gieux jeta dans le pays un nouveau et puissant fer- 
ment de décomposition. 

A peine maître de la province, TEmpereur avait 

violemment réagi contre les dissidents. « Tous, 

ariens, juifs, donatistes et païens furent traités 
avec la dernière rigueur ^. » Byzance répandait la 
bonne parole , et la communauté de foi aflfermissait 
les liens trop faibles qu avait noués le pouvoir civil ; 
mais bientôt les dissensions éclatèrent. Ce futlaffaire 
du Jadicatmn et la querelle des trois chapitres. La 
théologie savante, la sophistique contournée du Grec 
émurent les âmes simples et la foi naïve de nos Afri- 
cains. Le schisme fut sur le point d'éclater; la paix 
rétablie, la suspicion subsista et la dernière attache 
qui unît l'Afrique à Constantinople se délendit. Le 
pouvoir civil recouvra par instants quelque énergie ; 
il y eut des gouverneurs puissants, maïs ils le lurent 
si bien qu'ils se rendirent indépendants^. Au milieu 

' Diehl, p. 507, 5 16. 
* Dielil,p. 4o. 

' « En Afrique comme en Italie , les exarques , après s*étre élevéii 
du rang de généraux à la situation de vire-empereurs, finirent, de 



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132 JANVIER-FEVRIER 1899. 

du vu' siècle, le dernier d'entre eux, Grégoire , tenait 
le pays en dépit de TEmpereur. 

En 646 (Ibn Khaldoun place le fait en 645^) ce 
gouverneur profita de la minorité du basileus Con- 
stant II, qui n'avait que quinze ans, et prétexta de 
rattachement que ce prince marquait au mono- 
thélisme pour se proclamer empereur. « Les popula- 
tions semblent s être jetées avec empressement dans 
la révolte, et non seulement les Africains romanisés 
paraissent avoir soutenu le patrice, les tribus ber- 
bères aussi embrassèrent le parti de l'exarque, et 
c'est peut-être pour se rapprocher de ses alliés que 
Grégoire, quittant Carthage, alla fixer sa résidence 
à l'intérieur des terres, dans la grande et riche ville 
de SufiFetula ^. » 

Le choix de cetle capitale semble indiquer, en effet , 
que l'usurpateur faisait de la politique indigène. Aussi 
bien , n avait-il pas d'autre moyen de se maintenir au 
pouvoir^. La mer était pour lui menaçante comme 
jadis pour le Vandale, et il était moins fort que ce 
dernier : une flotte pouvait le surprendre dans Car- 
thage et anéantir le frêle édifice de son ambition. A 
l'intérieur des terres, il se sentait plus en sûreté; il y 
« 

vice-empereurs qu'Us étaient, par devenir des asurptteurs. • (Diehl, 
p.48i.) 

' Pralégom. J , xi\. Le fait tient probablement à ce que Tan 3 à de 
l'hégire est à cheval sur les années 6^5-646 de notre ère. 

* Diehl, p. 557. 

* C'était même le seul parti qu'il pût prendre si, comme le croit 
de Slane , Carthage et les auti*es villes de la Zeugitane étaient restées 
fidèles à l'Empire (de Slane Ibn Khaldoun, I, xix). 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 133 

avait bien les Maures, mais l'administration byzan- 
tine lui avait appris comment on transige avec eux. 
Eji faussant encore un peu plus ses ressorts fatigués , 
en accordant davantage, en renonçant, en se rape< 
tissant sous le manteau de commandement ou en en 
cédant , à la rigueur, un morceau aux chefs les plus 
exigeants, il pouvait se faire accepter et attendre der- 
rière ses murailles le jour où leurs stupides querelles 
donneraient à sa diplomatie Toccasion de s'exer- 
cer. Ces alliances des Maures avec l'étranger n é- 
taient pas rares. De tous temps ils avaient vendu 
leur épée et cherché au loin , sous les enseignes car- 
thaginoises ou romaines , le pillage que l'occupant in- 
terdisait en Afrique. Récemment encore, en 610, 
« les tribus indigènes avaient envoyé leurs contin- 
gents pour servir sur la flotte et dans l'armée ^ » d'Hé- 
raclius, révolté contre Phocas. En traitant bien les 
chefs et en les opposant les uns aux autres, Gré- 
goire pouvait défendre les derniers vestiges de civi- 
lisation grecque qui subsistaient dans le pays. 

Celui-ci, en dépit de tout, était florissant. Le per- 
cepteur le laissait respirer, les troupes étaient rares, 
le Maure était sage et la prospérité renaissait vite. 
L'administration ruinée^, la hiérarchie épiscopale 
décimée laissent les colons tranquilles. Ils ne de- 
mandent pas autre chose. Certes , c'est une prospé- 
rité bien relative et bien précaire, pâle reflet du 
merveilleux épanouissement qu'avait provoqué l'oc- 

' Diebl, p. 5ai. 

* DieU,p. 507, 5i6.. 



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134 JANV1BR*PRVRIER 1809. 

cupation romaine; mais ce serait, à notre avis, une 
grave erreur que de considérer cette splendeur 
comme la vie normale de TÂfrique, le but quelle 
pouvait sofiFrîr quatre siècles plus tard et qu'elle 
pourrait encore viser de nos jours. C'était un éclat 
passager, provoqué par le voisinage de la plus gigan- 
tesque métropole qu'empire ait jamais possédée. 
Rome était un monde au milieu d'un désert. l'Italie, 
dont elle avait épuisé le sol. Rome avait besoin de 
blé et d'huile, et les demandait à l'Afrique. Sous ce 
prodigieux appel d'air, \e foyer qu'elle avait allumé 
dans la province flambait, gagnait au large et res- 
plendissait. Supprimez l'appel d'air : le feu baisse, 
languit, rouve sous les cendres et parfois s'éteint. 

Au vil* siècle, il rougeoyait modestement. Les 
Arabes nous donnent de la splendeur du pays une 
description hyperbolique. «En a 7, nous dit Ei- 
Badji, rifriqïah était des plus florissantes, remplie 
de grandes cités el de belles contrées. . . De 
Tanger k Tripoli, on ne voyait que des arbres, des 
eaux, des fleuves, des prairies et des moissons ^ » 
Mais il ne faut pas oublier que l'Arabe sort du dé- 
sert et que, longtemps après l'exode, il garde encore 
dans l'œil le reflet des sables et des rocs du sol natal; 
le plus maigre feuillage l'étonné et le moindre gaxon 
l'enchante; il fait une rivière d'un mince filet d'eau 
courante. Les frondaisons pftles et tristes des oliviers , 
les rameaux des térébinthes, des pistachiers et des 

1 El-Badji, à. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 135 

methnan, le gaettafde^ plaines basses et le reteni des 
sables du littoral lui semblaient une vé^^étation luxu« 
riante, et la Medjerdah un fleuve imposant. Cepen- 
dant, celte fois-ci, il n'a pas exagéré; «le pays était 
boisé plus que de nos jours; de grands arbres cou- 
vraient les crêtes, et la végétation forestière était 
assez dense pour que des villes comme Laribus 
fussent presque cachées au milieu des bois. . . La 
presqu'île du cap Bon était couverte de forêts. . .; 
de même le littoral de la Proconsulaire '. » 

De cette belle contrée , le Grec n avait rien su faire. 
Son administration avait été néfaste. Ses procédés 
autoritaires, inquisiteurs et tracassiers, troublaient le 
colon et l'indisposaient. Ce n'était pas tant la faute 
des institutions que le résultat de la préoccupation 
qui, perpétuellement, tenaillait le gouverneur, absor- 
bait sa pensée et faussait son action. Le Maure était 
là qui menaçait toujours. 11 a fallu s'appuyer sur lui 
pour chasser les Vandales, lutter contre lui pour 
retrouver, ou à peu près, l'ancienne frontière de 
Kome, négocier avec lui pour la maintenir tant bien 
que mal. Finalement, les efforts de l'armée et de la 
diplomatie sont demeurés vains; vers 64o , Byzance, 
trahie par les siens, a renoncé à la hittc, et les Grecs 
qui restent se berbérisent et s'abaissent au niveau 
de leurs farouches voisins pour conserver un fan- 
tôme d'autorité. L'Empire n a pas pu s'emparer de 

» Diehl, p. 4o6. 



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136 JANVIEK-FëVRIER 1899. 

TAfrique. Le véritable maître de celle-ci , c est Tindi- 
gène, le Berber*. 

' c La restauration byzantine fut toute en façade; peu de colons 
se hasardèrent à suivre en Afirique les fonctionnaires et les soldats 
grecs. £n somme, c'est en face du peuple berbère reconstitué en 
partie comme nation , mais appauvri par les luttes incessantes de la 
période byzantine « en partie indépendant, en partie soumis à une 
poignée de fonctionnaires grecs , que vont se trouver les Arabes, i ( L<i 
Tunisie, t. F» p. ."^gi.) 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 137 

III 

LES BERBERS. 



l. Origine des Berbers. 

II. La race s*est maintenue malgré les invasions successives. 

III. Le type berber. 

IV. Le caractère berber. Jugement des anciens. Attitude des Ber- 

bers vis-à-vis de Carthage et de Rome. Les soulèvements. 

V. La vie berbère. Sédentaires et nomades. 

VI. Le.H centres de rdliement. Villes, kejs, guelaas, 

Vîî. Le gouvernement. L'aristocratie. L'autorité appartient à un 
chef unique ou à un conseil. Précarité de l'Ltat en Berbé- 
rie. Impuissance et insuffisance du chef. La loi , la religion. 
Instabilité des tribus. Ses causes. La politique des grands 
chefs. 
VIII. Tactique des armées berbères. Les marches et les batailles. 
IX. Les tribus à Tépoque de l'invasion arabe. Leur attitude vis-à- 
vis de Byzance. Pourquoi le Berber n'a pas été assimilé. 



Salluste les appelle Numides, Procope, Maures. 
Nous les nommerons Berbers , à lexemple des Arabes. 
Curieux de ramener les mots étrangers à des ra- 
cines de leur langue, ils s'ingénièrent à trouver à 
ce nom de naïves étymologies*. Nous ny voyons 
que l'altération du Barbari des Latins ^. 

Le monde civilisé les trouva en Afrique; il ne 

' Bdadori, Fotonk,^. a 29. 
' Foiinid, I, p. 39. 



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138 JANVIER-FÉVRIER 1809. 

voulut jamais les considérer comme autochtones ; 
Salluste voit en eux un mélange de Gétules et de 
Perses ^ ; les Arabes les font venir du Yemen , de la 
terre de Kana an ou de la Syrie ^. Ibn Khaldoun les 
amène d'Egypte '. La science moderne fut parfois 
tentée d'admettre de semblables hypothèses : d'Her- 
belot affirme que, bien avant la conquête, on parlait 
arabe en Afrique ^ ; Silvestre de Sacy le réfute. 
Gaussin de Perceval fait régner en Maurétanie , entre 
IkO et 60 avant J.-C.,un roi du Yemen , Afriqous 
ibn Abrahah ^ ; Fournel le rétorque ®. La science 
moderne n'est pas, sur ce point comme sur beau- 
coup d'autres, plus avancée que les annalistes de 
jadis. 

Quant aux Berbers eux-mêmes, ils n'ont pas 
d'opinion là-dessus. Certaines de leurs tribus, Zena- 
tah, Kitamah, Sanhadjah, Hoouarah, se réclamèrent 
d'une origine arabe : ambition de conquis qui veu- 
lent se mêler aux conquérants ; ceux-ci, indifférents 
ou politiques , admirent volontiers la fable. Le fait 
ne vaut que par l'affinité qu'il dénote entre les deux 
races. 

Il n'y a pas une^ mais des origines berbères, nom- 
breuses, confuses et lointaines. Le plateau septen- 
trional du continent africain appelle l'envahisseur 

' Salluste, BelL Jngurtk, , wiii. 

« Fournel, I, p. 33. 

> Ibid., p. 177. 

* BibL Orient, p. 61, c. 3. 

' Essai, t. I, c. I. 

, p. 87. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 130 

de toutes parts. Libère y pénètre par les colonnes 
d'Hercule, les flots méditerranéens y jettent chaque 
jour des Baléares, des Corses ou des Sicules, en at- 
tendant le Romain; du désert de Libye surgissent , k 
chaque saison, les Coptes et les Juifs, en attendant 
TArabe ; et la marée des Gétules monte du Sahara. 
C'est là quest le grand réservoir d'hommes ; 
cest de là que viennent les éléments neufs qui re- 
nouvellent le sang des habitants du nord, tari par 
les guerres ou usé par la vie trop facile. D'où sont 
ces gens du sud ? Peu nous importe. 11 nous suflBt 
de savoir que leur montée submerge périodiquement 
le mélange abâtardi du nord, noie Ibères, Baléares, 
Sicules, Juifs et Ntmiides dégénérés, sous une nou- 
velle vague berbère. Grâce à eux , le sang reste pur, 
1 esprit intact, et la race conserve la plus singulière 
vitalité qui se puisse voir. 

II 

U y a une race berbi^re. Des hommes d origine 
commune, de même sang, de même apparence, de 
même langue, de même caractère et de même pensée 
vivent côte à côté, obéissent aux mêmes coutumes, 
s unissent dans les mêmes pratiques. 

Malgré les mélanges, la race se maintient pure et 
demeure une. Les éléments étrangers sont vite assi- 
milés: la quasi perpétuelle infusion du sang original 
du sud rajeunit la nation et fait saillir les reliefs pro- 
fonds de sa physionomie. Aujourdliui encore, rongé 



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140 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

par la civilisation européenne, martelé sur toutes ses 
faces par nos institutions, privé de la trempe du sud, 
le métal subsiste intact comme au premier jour. 

n y a encore un type et un caractère berbers ^ 
Combien plus accusés étaient-ils jadis, aux temps 
lointains où Tlslam navait pas appesanti sa lourde 
calotte sur le cerveau nimiide , alors que l'Africain 
du nord vivait, en fait, indépendant et libre de 
pensée comme de corps sur ses plateaux et ses mon- 
tagnes. 

Chose singulière ! lantiquité méconnut Tunité de 
cette race et son existence même. Le Carthaginois 
ne s en soucia guère et le Romain n'en eut cure. Il 
ne vit qu'une tourbe de barbares, turbulents, pil- 
lards , acharnés ennemis de la paix qu'il imposait au 
monde; il les broya sous le poids de ses légions. 

C'est l'Arabe qui , le premier, soupçorma l'unité 
dans la confusion numide; pénétrant plus avant que 
ses devanciers dans la vie de ses sujets , il reconnut 
leurs affinités, discerna leur esprit, et, dans les 
Maures, découvrit le Berber^. 

III 

Il y a un type berber. A l'intérieur du limes by- 
zantin, nous rencontrons déjà dans les campagnes, 
paissant les troupeaux ou rôdant d'un pied furtif 
autour des cités, des hommes que leur allure 

^ La Tunisie, I, p. 17. 
* La Tunisie, I, p. 386. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 141 

étrange décèle : ce ne sont pas des Grecs ; ils n'en 
ont ni la physionomie éveillée et fine, ni le costume 
apprêté; ce ne sont pas des colons : ils n ont ni lat- 
titude soumise du sujet ni l'apparence pacifique du 
cultivateur. Ils restent muets et observent; leur œil 
noir fouille tous les coins, interroge toutes les phy- 
sionomies, se détourne, quand on le fixe, avec em- 
barras et dédain. S'ils se sentent épiés, ils s'en vont 
d'un pas agile, firanchissent le limes et disparaissent 
derrière la prochaine colline. 

Ce sont des Berbers; suivons-les : leur marche 
élastique et bien rythmée les porte vite au flanc 
d'une montagne, vers un amas de huttes tapies sur 
le sol; on vient à leur rencontre, un groupe se 
forme. Ce sont de beaux et grands hommes; la tête, 
massive et carrée, ouvre sur le monde de petits 
yeux noirs fendus en amande , enfoncés dans l'or- 
bite, scintillants et mobiles; les sourcils se contrac- 
tent facilement et, dans le front surbaissé, un pli têtu 
se dessine. L'entêtement s'accuse dans la mâchoire 
puissante , armée de crocs solides et couverte d'une 
barbe rude, rare et courte, dans la bouche lippue, 
largement fendue , aux commissures tombantes , 
dans le nez aquilin, aux narines avides. On devine 
derrière le front épais une pensée rare qui som- 
meille; elle éveille parfois dans les yeux un éclair de 
malice; le visage, alors, se détend, le hiatus de la 
bouche s'élargit et les lèvres difformes esquissent un 
sourire. Ces lueurs sont rares , la physionomie reste 



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142 JANVIER'FEVRIER 1899. 

le plus souvent fennée^ Get(e tête repose sur un 
corps desséché par Tardeur du soleil; des muscles 
serrés el noueux s attachent sur une charpente mas- 
sive et, sous la toile qui constitue tout le vêtement , 
jouent à Tabe, par brusques détentes; les nerfs sont 
à fleur de peau et partent avant que le cerveau n ait 
commandé : de là des mouvements exhubérants, une 
grande emphase du geste, une perpétuelle saccade 
de tout lorganisme. A pareil jeu, celui-H)i s'épuise 
vite. L'émotion passée, la machine s'arrête, le corps 
s affaisse, les membres se détendent et tout l'être se 
lige dans une immobilité muette. Gela ne marche 
(jue sur des impulsions vives et actuelles; l'effort 
est prodigieux, parfois disproportionné avec l'objet 
à atteindre : supprimez l'impulsion , le mouvement 
cesse aussitôt. L'homme manque de grâce, la femme 
na pas de beauté; ce sont des corps vigoureux, 
commandés par des volontés impérieuses et in- 
stables. 



IV 



Certes , à ne considérer que l'ifriqïah proprement 
dite , le type est déjA fort altéré au vu' siècle de 
l'ère chrétienne; le sang étranger coule en larges 
ondes dans les veines des hommes qui suivent Fa- 
raxen ou Koçeïlah : l'esprit reste le même. « Genus 

' Considérer les belles pboto^pbies de types beii>ers qui illus- 
trenl Tartide de M. le D' Bertholin dans fa Fiance en Tunisie, 
(Paris, 1887.) 



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LES PHEMlÈKfiS INVASIONS ÀftÀBËS. 143 

hominum mobile, infidum», avait dit d'eux Sal- 
iust^i; iGens indomita et in ter accolas iatrociniis 
fecunda » , répète Tacite ; Procope , cinq cents ans 
plus tard , nous dit que « chez les Maures , il n y a ni 
crainte de la divinité, ni respect des hommes. Us ne 
s inquiètent ni des serments prêtés , ni des otages 
livrés, quand bien môme ce sont les enfants ou les 
frères de leurs chefs; il ne peut y avoir de paix avec 
eux que s*ils sont tenus en respect par la crainte de 
lennemi » ^. 

Il ne peut y avoir de paix avec eux : 

La pauvreté du sol ♦ la précarité des récoltes , Tar- 
deur du sang, lappât des richesses voisines, tout 
les pousse à la guerre; ils l'engagent dun élan fu- 
rieux, la soutiennent avec la ténacité redoutable du 
soldat qui sait fuir pour revenir à la charge , abu- 
sent de la victoire comme le reître lâché au pillage', 
et subissent la défaite avec le fatalisme perfide de 
gens que l'avenir destine à l'Islam. 

Ils se sont toujours battus, ils aimeront toujours 
la guerre; aujourd'hui encore, les hommes d'ime de 
leurs plus fières tribus répètent à demi-voix leur 
dicton familier : 

Es-serdj oui' iedjâm 
oui* aïch alaf Islam. 

> Befl. J., x.c. I. 

* Bell. Vani., 443» cité par Diehl\ p. 3i i. 

* Dans la guerre de Hégulus contre ies Carthaginois, a les Nu- 
mides faisaient encore plus de ravages dans les campagnes que ies 
Romains t. (Polybe, HisL Relig,, iiv. 1, ch. xkxi, p* 3.) 



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144 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

« La selle et la bride, et la vie sur Tlslam » : les 
longues chevauchées nocturnes dans les lauriers 
roses des oueds , les attaques soudaines à la tombée 
du jour, le massacre et la razzia, les retours, triom- 
phants, alourdis de butin. 

. Mille ans avanl notre ère, ils ont eu leurs temps 
héroïques, ils ont été en Egypte et se sont installés 
dans le delta; chassés du pays, ils revinrent en Ifri- 
qïah , se battirent entre eux et , plus tard , attaquè- 
rent les colonies phéniciennes de la côte. 

Les Carthaginois , penchés sur leurs comptoirs 
qu'abritaient de solides murailles, songèrent plus h 
ti'aiter qu*à combattre et tournèrent à leur profit la 
rage de guerre de leurs incommodes voisins, en 
achetant leur sang, la seule chose qu'ils pussent 
vendre. Les plus rapprochés étaient payés pour dé- 
fendre le domaine punique contre les autres. Puis 
vinrent les Romains, qui prétendirent imposer la 
paix, non la brocanter. 

On se battit : cela dura longtemps; deux cent 
trente-deux ans^ Le pays se défendait autant que 
ses maîtres. Enfin la légion l'emporta : des routes 
éventrèrent les montagnes, des castella surgirent 
sur toutes les collines, la culture gagna rapidement 
sur la barbarie, les Nimiides se soumirent ou s'en 
allèrent. Us n'allèrent pas loin ; la Maurétanie leur 
servit de refuge, l'Aurès leur fut un solide bastion, 
et le constant afflux des Gëtules ranima leur vigueur. 

* Mercier, I , p. i oo. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 145 

La paix ne dura pas cent ans : la pacification géné- 
rale date de 43 après J.-C, en i38, à Tavènement 
d'Antonin, les Berbers se soulèvent; ils sont vaincus 
et débusqués de FAurès. Cinquante ans plus tard , 
nouvelle attaque repoussée par Perlinax. En aaa, 
la Maurétanie césarienne est en feu; en 260, Faraxen 
entraîne les Fraxiniens; vers 264, les Quinquégen- 
tiens suscitent un mouvement général; en a 70, Ara- 
dion agite la Numidie. Dès lors, les attaques ne se 
comptent plus, le limes ruiné ouvre ses brèches aux 
barbares, fesprit des légions s aigrit (on en vit s unir 
à fennemi*), les luttes religieuses s en mêlent, 
donnent aux Romains des prétextes d alliance avec 
le Numide, au Numide des prétextes de rapines chez 
le Romain. Le gouvernement résiste comme il peut; 
mais rien ny fait, ni victoires sans lendemain, ni 
soumissions cauteleuses des grands chefs, ni transport 
imposé des tribus d'un canton dans un autre ^, ni 
fixation des peuplades au sol : le flot monte et bat 
chaque jour plus fort la muraille romaine; elle était 
solide et eût résisté longtemps sans doute ; une vague 
plus dense et plus brutale la balaya d'un seul coup. 
Ce fut Tinvasion vandale. 

Vandale ou Romain, pour le Berber, c'était tout 
comme. La lutte continua entre l'homme des douars 
et l'homme des villes. L'attaque du premier fut plus 
vigoureuse ; il se renforçait sur la ligne du désert et 
brisait enfin la chaîne des castella, qu'avait tendue 

* En 37a, lors de la révolte de Firmus. 

* En a88. Maximien fait transporter une partie des tribus. 

xm. 10 



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ïàô JANVIER. FÉVRIER 1800. 

Rome; la riposte du second fut plus maladroite; il 
arriva moins vite & la parade, rompit sans cesse, 
puis traita. En 437, Tarien Genséric appela le Berber 
à Taide contre les catholiques orthodoxes; peut-être 
leur cëda-it-il la ligne frontière du sud^ L alliance 
dura peu; en 483, les indigènes se soulevaient en 
masse et se rendaient maîtres de TAurès et du Djer- 
djera. Ils en descendaient les pentes quand parut le 
Byzantin. Nous savons quels rapports entretint avec 
eux le nouveau maître de rifriqïah et les retrouvons 
au VI* siède ce qu ils étaient au i*' : « Genus hominum 
mobile , infidum ». 



Leur vie n a pas changé : tels Salluste nous les 
dépeint, tels les retrouve Procope, tels les décrit 
Ibn Khaldoun. 

« Les Numides ne se nourrissent guère que de 
lait et de la chair des animaux sauvages, sans y ajou- 
ter le sel et tous ces assaisonnements qui irritent le 
palais ^. » --* « Les Maures habitent, été comme hiver, 
dans des huttes où Ton respire à peine; ni la neige, 
ni la chaleur, ni aucune autre nécessité ne leur font 
abandonner ces misérables retraites. Us couchent par 
terre; seuls les plus riches d entre eux s*étendent 
parfois sur une peau de bote. Ils ne changent pas 



* Mercier, i, ihô, 
■ StUutte, LxniLU. 



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LES PREMIKRES INVASIONS ARABES. \M 

de vétementi leion le» «aisons; en tout t^mps iif^ no 
«ont vêtus que d'une tunique grossière at d un man- 
teau de rude étoffe. Ils n*ont ni pain, ni vin, ni 
aucune des ohoses qui rendent la vie agréable. Le 
bié, l'épeautre, lorge leur servent de nourriture ', m 
— « Ils construisent leurs demeurei soit de pierre et 
d argile, soit de roseau)^ et de bioussailles, ou bien 
encore de toiles faite» avec du crin ou du poil de 
chameau ^, » 

Qui ne reconnaît dans ces lignes le gourbi et la 
kheinmh de nos jours, rindescriptibie burnous, les 
galettes d'orge arrosées, toutes brûlantes, de larges 
lampées de lait de brebis? 

SiUuite nous les représente « tantôt sédentaires 
dans les région» montagneuses ou les plaines fertiles , 
tantôt nomades, errants sans autre demeure que la 
place où la nuit les contraignait de s arrêter j». Ibn 
Kbaldoun nous les montre « s*adonnant à la vie no* 
made et parcourant avec leurs troupeaux le» pâtu- 
rages auxquels un court voyage peut les amener. 
Lor» de la conquête musulmane, toutes les tribus 
portant le nom générique de Hoouara , . . habitaient 
la province de Tripoli et la partie du territoire de 
Barqah qui en est voisine; les uns possédaient des 
demeures fixes, les autres étaient nomades'. » 

Nomades, ils paissent leurs troupeaux, brebis, 
boeufs et chimeaux ; Therbe rase et pauvre des plaines 

* Procope, BelL Vandal, p. 435, cité par Diehl p. 809. 

* Ibn Kbaldoun, I, p. 167. 

* Um Kbaldoun, I, p. 276. 



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148 JANVIER-FEVRIER 1899. 

est vite tondue, Teau des puits avares pins vite bue 
encore, et la tribu se transporte de plaine en plaine 
et d'oglel en oglel, montant vers les pâturages du 
nord , quand le soleil s'élève sur le tropique , et redes- 
cendant au sud, quand viennent les pluies d'hiver. 
Chaque année voit le troupeau poudreux passer des 
sables du sud aux prairies septentrionales. Bientôt 
les tribus se font une accoutumance, le pas de leurs 
bêtes lassées les ramène aux mêmes lieux; ce sont 
leurs terrains de parcours. Jalousement défendus, 
ardemment convoités, ils servent souvent de champs 
de bataille. 

Sédentaires, les Berbers cultivent le sol. A nous 
autres , cela paraît tout simple : cultiver la terre , 
quoi (le plus naturel, de plus nécessaire et de plus 
facile? Nous commençons par là : nos sociétés s'in- 
crustent dans le lenoir, elles y plantent des racines 
tenaces et s'y accrochent si bien, que la terre et 
l'homme se combinent, s'amalgament, forment un 
tout qu'on ne peut dissocier. En Berbérie, il n'en 
va pas de même : la g^èbe est ingrate , et répond mal à 
l'effort du tâcheron; elle est aride et réclame une 
eau quon ne peut lui donner qu'à grand'peine et 
grande économie ; elle s'étend à perte de vue , ouverte 
à la chevauchée du pillard comme au souffle du 
siroco. 

L'un et l'autre brûlent la moisson du cultivateur 
paisible. Défoncer le sol, l'arroser, le défendre , c'est 
b*op demander à ce dernier. De guerre lasse, il se 
retire et monte sur les sommets. Ici, la terre est plus 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 149 

maigre encore, mais les sources sont proches, et 
Tennemi est loin. 

La tribu s accroche au flanc d'une montagne , met, 
à iorée du val, une garde qui la protège, au sommet 
du mont une sentinelle qui veille et remue avec 
courage la mince couche de terre que les pluies 
ont laissée sur lossature du roc. Là éclatent l'endu- 
rance et la ténacité de la race : des pierres roulées 
dans le lit du torrent font une digue qui en régularise 
le débit, des canaux ouverts le long de sou cours 
portent Teau dans les cultures; les champs s'étagent 
de colline en colhne et poussent patiemment leurs 
sillons jusqu'au sommet le plus élevé ; la terre con- 
quise pied par pied donne un peu de blé, beau- 
coup d'oi^e et de millet, des légumes dans les fonds 
bien arrosés. Tout au haut du tnont, les gourbis 
s'entassent et prospèrent. 

La société sédentaire berbère est fondée. Fait 
grave, qu'on n'a pas assez observé : dans l'Ifriqïah, 
la mise en valeur du sol marche à l'inverse de chez 
nous. Nous prenons d'abord les terres grasses des 
vallées, nous nous y établissons solidement et les 
défendons par de bonnes forteresses élevées sur les 
collines qui dominent le fleuve. L'occupation assurée, 
nous montons dans les vallons latéraux el prenons 
d'assaut, un à un, les remparts montagneux qui 
ferment la plaine. Dans celle-ci, l'air et les idées 
circulent largement, les communications faciles dé- 
veloppent le commerce, des rapports s'élabUssent 
vite avec les sociétés voisines, les grands horizons 



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150 JANVIER-FÉVRIlilR 1809. 

apprenncnl à lœil à voir 1res loin; l'esprit le suit, 
s'élargit el s'assouplit. — Le Berber se'cienlnire tient 
les sommets : d'abord il s enchâsse dans une gorge 
étroite, se dérobe derrière un paravent de mon- 
tagnes, risque à peine un regard, par delà ses postes 
avancés, dans la plaine, y drscend rarement, en 
revient vite. Par delà l'arête de rochers qui borne 
sa vue, il ne connaît plus rien et le monde finit 
oà le dernier sillon de son champ va mourir dans 
le caillou do la pente devenue trop rapide. Après , 
c'est l'ignoré, c'est-à-dire Tennenii. Chaque vallon 
couve sa tribu; chaque tribu reste à l'écart dans son 
vallon; ce sont autant de petite» sociétés primitives, 
qui 5e suffisent à elles-mêmes, s'Interrogent peu, 
pensent moins encore et s'entêtent dans le labeur 
des champs. — Ce fait, cent toute l'histoire de la 
race. 

Elle végète dans quelques coiui ignorés, cultivés 
et tranquilles, agite dans les plaines l'existence vide 
du nomade et, p.irtout, recommence chaque jour la 
vie de la veille, sans un progrès. Au fond, quel était 
son tempérament ? Sédentaire ou nomade? Kst-elle, 
comme nous le supposions fout à l'heure, montée 
des basses terres sur les plateaux, pour y vivre en 
paix, ou descendit-elle, au contraire, du mont dans 
la plaine, pour y vaguer à l'aise? Il semble que le 
Berber fut plutôt un nomade. 

Certains indices pourraient nous faire supposer le 
contraire. Rome, pendant un temps, réussit à le 
fixer au sol; mais de nouvelles invasions, venues du 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 151 

sud, Ten arrachèrent, et il ny reprit plus racine. Ou 
pourrait le comparer à sa terre natale qui, privée des 
soins de rhomme, retourne au désert. S'il revient 
à là vie nomade, c*est quelle lui convient mieux; 
toute Tantiquité nous montre en lui un vagabond 
invétéré qui ne se fixe quelque part que contraint et 
forcé. Son ambition serait de tenir la plaine et de la 
battre en tous sens; mais les tribus les plus puissantes 
parviennent seules à sy maintenir, tandis que les 
autres, refoulées sur les hauteurs, y campent vaille 
que vaille, n attendant que loccasion propice qui les 
ramènera dans les terres basses. Les plus forts sont 
en bas, les pauvres et les faibles sont en haut. Ibn 
Khaldoun, le premier, a discerné clairement cette 
situation des tribus : • Ceux d'entre les Rerbers qui 
jouissent de la puissance et qui dominent les autres 

s adonnent à la vie nomade Les Berbers de 

la classe pauvre tirent leurs subsistances du produit 
de leurs champs * » Vient Tétranger, qui s'em- 
pare des côtes et pénètre dans l'intérieur, chasse 
devant lui le nomade, le rejette à son tour dans la 
montagne, le culbute sur les édentaire qui, déjà, s y 
trouvait, rompt l'équilibre instable de la société ber^ 
hère; les peuplades tourbillonnent sur elles-mêmes, 
combattent l'ennemi ou luttent entre voisines, s'ar- 
rachent par lambeaux les terres restées libres, s'y 
assoient tant bien que mal. Suspendues aux flancs 
des monts, elles glissent fatalement dans la plaine; 

* Dm Khaldoun « I, p. 1A7. 



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152 JANV4J:R-FEVRIER 1899. 

tous leurs instincts les y poussent; la seule puissance 
de 1 occupant les en détourne; que cette puissance 
vienne à s'afifaiblir, et de nouveau le flot roulera vers 
la mer. Souvent aussi, une force invisible le pré- 
cipite; sans causes apparentes, sans raisons plau- 
sibles, les peuplades dévalent sur la pente; c'est une 
poussée venue du sud qui les meut. Une nouvelle 
onde bumaine, montée du désert, étend ses vibra- 
tions sur tout le plateà^u, et la masse entière, agitée, 
s*ébranle. Cela se reproduit périodiquement. Nous 
n'avons pas sous les yeux un peuple en enfance qui 
tâte le terrain sur lequel il s assolera définitivement, 
mais une race perpétuellement inquiète. 

L'instinct avait poussé le Berber à la vie nomade , 
la nature l'invitait à la conserver longtemps , les cir- 
constances le condamnèrent à la pratiquer toujours. 

VI 

Si errante soit-elle, vme tribu a toujours un point 
fixe autour duquel elle se meut, im centre de rallie- 
ment, forteresse et magasin à la fois. Les Berbers 
ont leurs villages et parfois même leurs villes. 

En parcourant les plaines de l'Afrique du nord, 
soit dans le bassin inférieur des oueds, soit sur les 
plateaux du centre, vous voyez parfois, en quittant 
l'étape , se détacher en vigueur, au fond de l'horizon , 
sur le ciel clair du matin, la silhouette bleuâtre 
d'un rocher de forme bizarre ; vous piquez dans cette 
direction et le voyez lentement grandir au-dessus 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 153 

du plat pays, étager de larges assises aux contours 
capricieux , que le soleil , d'heure en heure , colore de 
teintes nouvelles. Le jour s'avance; vous approchez 
encore; la marche devient plus difficile, le sol plus 
raboteux; votre monture bute, vous la surveillez et 
restez les yeux finies sur Tétroit sentier, la bride courte 
et le jarret tendu. Tout à coup le guide crie : « Halte ! » 
Les bêtes s'arrêtent , vous levez les yeux, le rocher est 
devenu ime montagne ; il ferme tout ITiorizon d un 
mur gigantesque qui plonge dans le sol , à vos pieds , et 
que la nuit qui tombe obscurcit d'une teinte sombre 
uniforme; la route semble coupée. Cependant, au- 
dessus de vos têtes, dans le calme du soir, des voix 
lointaines montent : il y a des gens là-haut. Le guide 
fait mettre pied à terre, grimpe un raidillon caillou- 
teux qui, de lacet en lacet, vous amène au sommet. 
C'est une plate-forme étroite, suspendue au-dessus 
du vide, balayée des brises légères de la mer, encom- 
brée de gourbis ou de cahutes en terre sèche. Les 
derniers rayons du jour permettent de distinguer, 
au bord de la terrasse, les assises d'une vieille mu- 
raille, l'arrachement d'une voûte, les vestiges d'une 
porte. Vous êtes sur l'emplacement dune antique 
ville berbère. Ces rochers ne sont pas rares dans le 
pays; les Arabes les appellent kefs^. On connaît le 
Kef-Teboursouk, le Kef-Dou^a, le Kef proprement 
dit. Les touristes ont tous vu, au milieu du domaine 
de TEnfida, non loin de la route de Tunis à Sousse, 

' Kàf, dans i arabe du Maghreb, désigne un rocher abrupt d'un 
accès difficile. 



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154 JANVIER-FÉVRIER 1809. 

ie kef de Takrouna. t Ces bastions naturels, abrupts 
et faciles à défendre, servent de lieu de refuge aux 
habitants qui circulent avec leurs troupeaux à travers 
le plat pays. C'est là que se dressent ces cités numides 
dont parle déjà Hérodote : on se les imagine aisé- 
ment présentant laspect peu monumental de nos 
villages indigènes, formés comme eux de gourbis 
en chaume et de masures en pisé, aux murs de 
cailloux et de boue \ » 

Les vestiges de muraille que nous y trouvons 
sont du travail romain. La légion est venue là, a 
chassé rhabitant et élevé un château qui garda 
longtemps la plaine environnante. L'indigène est re- 
venu et s'est mis en défense, derrière ce qui restait 
des créneaux, contre les collecteurs des taxes de 
Byzance et des gouverneurs arabes. 

Parfois , peut-être , ils ont construit quelque chose 
qui ressemble à la gaelaa ou au tagaeleth des 
Aoulad Daoud de nos jours ^ : un carré de muraille 
un peu pllis élevée et plus solide que celles des de- 
meures habituelles, au centre, une cour bordée de 
hangars et creusée de caveaux et de silos. C'est le 
réduit suprême au cas d'une attaque heureuse de 
IVnnomi, le magasin qui renferme toutes les res- 
sources de la tribu'. Elle pivote autour de ce point 

^ La Tunisie, t. I, p. a 97, 

' Masqueray, Note sur les Aoulad Daoud, 

* • La detiinatioii propre d'an village dei Aoulad Daoud eat reo- 
magasinement; cliacun y enferme, d*abord daos sa maison privée, 
une mince partie de ses provisions, puis, comme les voleurs sont 
toujours à craindre, il en dépose le principal dans la forteresse 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 155 

(l'attache, l'abandonne volontiers, s'en éloigne parfois 
beaucoup, y revient toujours très vite. Un coup d'au- 
dace, une belle razzia à opérer, l'honneur d'un des 
siens à venger peuvent l'mtraîner dans les plaines 
voisines; tous ses intérêts conjurt^s la rappellent au 
\îilage : il faut rentrer la récolte, protéger les vieil- 
lards et les femmes laissés là-liaut, tenir en respect 
le voisin envahissant. La Iroupe des guerriers décrit 
( onslamment de larges cercles autour de la remise, 
lisque parfois des pointes hardies, mais revient fata- 
lement au gîte. Les plus nomades sont attachés à 
un coin du sol qui les attire et les retient. 

commune Une gnelaa contient à peu près toute' la richesse 

mobilière de^ habitants, des quantités considérables de blé, d*orf^, 
de laine, de dattes pressées, de beurre, de viande séchée par la- 
nières. (Masqueray, loc, cit,) 

(La suite au prochain cahier.) 



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156 JANVIER-FEVREER 1899. 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 



SÉANCE DU 13 JANVIER 1899. 

La séance est ouverte a quatre heures et demie , sous la 
présidence de M. Barbier de Meynard. 

Etaient présents : 

MM. Maspero vice-président; Decourdemanche , Specht, 
I.-B. Chabot, Carra de Vaux, Houdas, Sonneck, S. Levi, 
Feer, Halévy, Gaudefroy de Monbine, Halphen, Clément 
Huart, Schwab, membres; 

M. Drouin, secrétaire adjoint. 

Le procès-verbal de la séance de décembre dernier est lu 
et la rédaction est adoptée. 

Au sujet de la réimpression de Sidi Khalil dont il est 
parfé au procès-verbal, M. le Président explique que cet ou- 
vrage sert depuis longtemps de règle aux tribunaux de T Al- 
gérie en matière de jurisprudence musulmane , ce qui a né- 
cessité plusieurs tirages successifs grâce aux clichés qui avaient 
été conservés du premier texte arabe imprimé par les soins 
de la Société asiatique en i855. 

Aujourd'hui la dernière édition est épuisée et les clichés 
sont hors d* usage ; on a reconnu en outre la nécessité de re- 
viser le texte , et ce travail a été entrepris avec une sûreté 
d* A-udition et un zèle qu'on ne saurait trop reconnaître , par 
un de nos confrères, M. G. Delphin, qui a eu a sa disposi- 
tion de bons manuscrits africains et a pu , en même temps , 
consulter les commentaires indigènes. Toul permet d'espérer 
mi A «a tâclie sera terminée au mois de mai prochain. M. le 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 157 

Président propose donc de voter la réimpression du Traité 
de jurisprudence musulmane de Sidi Ktialil avec les caractères 
magrébins et dans le format de la première édition. Cette 
publication n*entrainera pas une forte dépense pour la So- 
ciété et sera facilement récupérée par la vente du nouveau 
volume. Le Conseil , acceptant la proposition de M. le Pré- 
sident, vote la réimpression de ce document important à 
2,000 exemplaires et adresse à M. Delphin ses sincères remer- 
ciements. 

M. de Charencey fait hommage à la Société de deux mé- 
moires dont il est Tauteur, intitulés : 

L'historien Sahagan et les migrations mexicaines, in-4'. Alen- 
çon, 1898; 

L'origine de la légende mexicaine de Huitzilopochtli (Extr.). 
Paris, 1897. 

M. Specht communique à la Société un essai de lecture 
d*une légende scythique, jusquici non déchiffrée, qui se 
trouve sur une monnaie d'argent de Tépoque indo-sassanide. 

M. Feer communique quelques pièces d'un dossier qui se 
trouve à la Bibliothèque nationale (voir ci-après, p. 161). 

M. i*abbé J.-B. Chabot entretient ensuite la Société des 
inscriptions sinaï tiques en général ; il expose que , selon lui , 
ces inscriptions n ont en général aucun caractère religieux , 
alors même qu'elles consistent en formules qui , à leur origine , 
ont pu avoir ou ont eu réellement un sens pieux. Il pense que 
ces inscriptions ont été gravées par les gens d'une tribu na- 
batéenne qui se serait trouvée contrainte de chercher un re- 
fuge dans la péninsule à la suite d'une guerre on d'une cir- 
constance tout à fait accidentelle ; cette tribu ne serait restée 
que peu de temps dans ces parages, au cours du 11' siècle de 
noire ère. — M. Chabot appelle ensuite Tattention sur les 
inscriptions qui mentionnent des prêtres de certains dieux 
inconnus, en particulier des prêtres du dieu TA (KD jnD)' 
11 signale aussi une formule où il est question d'un dieu Boa- 
ban ou Boabak (pi3 ou 1313). — La communication de 



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158 JAMVIER-FÉVRIRR 1800. 

M. Chabot (orme ia suite de tes Not9i d'arehéoloyU 9l d'épi' 
graphie, qui sera publiée dans le Journal asiatique, 

M. Halëvy fait observer que, de la forree de certains 
noms propres des inscriptions Ubvennes, il avait tlepaislong* 
temps déjà déduit Texistence d*un dieu portant le nom de 
TA t ce qui confirme Tinterprétation de M. Chabot. 

La séance est levée k six heures. 



ANNEXE AU FAOCÈSVRRUAE.. 
(Séance da ii novembre 1898.) 

L'ancienne géograpliie delà Syrie présente encore maintes 
énigmes k l'investigation moderne. Je demande la permission 
d'appeler Tattention de la Société sur les trois points sui- 
vants ; 

I. «• Lapana. 

Dans une lettre trouvée à El-Amarna (L. 37, 1. S6-5g), 
Akizzi le gouverneur de Qa\m lait part i Aroénopbis UI ( Nam- 
nmriya), de ses craintes relativement à Tentente de certains 
gouverneurs pour soustraire à le domination égyptienne la 
province de Ubé avec sa capitale Danuis. Il écrit : « Seigneur, 
si Arwiuya de Rnfaizi et Teumatti de Lapana restent dans ii' 
pays de Ubé, et Da4a dans le pays de Amma, que mon Sei- 
gneur sache que le pays de Ui>é ne lui appartient plus] » 
PaiTni ces noms, celui do Qatna «petit», s'applique encore 
aujourd'hui à plusieurs villes syriennes, tandis que ceux de 
/In^ii:/ (« bains » yni?) et de Ubé (Siy?), semblent manquer 
dans l'onomastique actuelle. Qtumt au pays de Amma, je 
Tai iJentifié avec le district de la ville moderne de if» 'Imm 
située sur l'Oronte. Il reste la ville de Lapana assimilée d'or 
dinaire à la localité nommée en grec Ailvorie, J'incline à 
voir dans Lapana la forme primitive et indigène de Rapha- 
neia (Pa^m^ia), petite ville (weX/xvietf, btienoe de Byienee), 



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NOUVELLES ET MELANGES. 159 

également sitoée iurrOronte. La signification de ce nom de- 
nieore trèe dontenie. 



IL — non Hamâth, 

T -I 

Cette ville ûtuée sur le moyen Oronie a conservé jusqu a 
nos Joars, sous la forme légèrement modifiée de Tarabe yi^ 
Ifamàt son ancien nom biblique Hamâth npil. Pendant la 
période séleucide elle reçat ofliciellement le nom d^Epipha- 
neia (Eiri^at^aia) • apparition, célébrité •, On croit d ordi- 
naire que la désignation grecque est indépendante du nom 
ancien que , sur la foi de la forme arabe , on interprète par 
«lieu protégé, gardé, défendu». J'incline plutôt à supposer 
que les Grecs ont asses fidèlement traduit le nom ancien qui 
vient de la racine >Dn « voir » , qui est fréquemment employé 
danslaraméen syro-palestinien , voire dansle dialecte moderne 
de Malida , au nord de Damas» nç;} signifie donc littérale- 
ment f chose visible , apparence • apparition » , et probablement 
aussi I célébrité » comme le grec im^v$M* J'ai montré ailleurs 
que le talffludique H^b} r^3 «maison de 1 apparence, de 
Tédat», ou H^b} seul, que les commentateurs modernes 
identifient avec la Gaule , n est autre chose que la ville de 
Hamath-Épiphanie. 

111. ^ Ti-j^ri Hadrak. 

Le nom de la ville de l^adrak ne figure en apparence qu'une 
seule fois dans la Bible. L*auteur prophétique de Zacharie ix 
commence son discours par les mots suivants ; « ( Yabwé ) 
posera la main sur le pays de Ijladrnk et de Damas» (niD'^) 
(pour innUD) )V m:n pC^Dll pin y^îO. Dans les inscrip- 
tions assyriennes, cette ville , appelée Hatarika, est tantôt nom- 
mée avec la ville phénicienne de Arqa (p")y « Arca ») , tantôt 
avec Damas , circonstance qui semble assigner à Hadrak un 
site parmi les villes de la Phénicie septentrionale. Je crois ce- 
pendant être à même de signaler le nom de Hadrak dans un 



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160 JANVIER-FEVRIER 1899. 

autre passage biblique qui fournit le moyen d*en déteiminer 
mieux la situation. Le verset Ezéchiel, xlvii, i5, dont l'état 
de conservation laisse à désirer, a été méconnu par les com- 
mentateurs, dont quelques-uns vont même jusqu'à rejeter 
plusieurs mots comme des interpolations postérieures. Le 
prophète y trace la frontière nord de la Palestine , restaurée 
après Texii, et son tracé coïncide au fond avec celui des 
Nombres XXXIV, 7-8. Cet auteur fait tirer une ligne qui part 
de la mer jusquau mont Hor (")nn "lh) et descend de là 
en touchant la ville de Hamath pour aboutir au |K)int ex- 
trême vers l'est, foiiné par la localité nommée Çadad, et 
existant encore de nos jours. Dans le deuxième hémbticfae 
du verset d'Ëzéchiel , il faut aussi placer rOn , qui forme le 
début du verset suivant avant miS . Le reste porte dans le 
texte hébreu |Vrin Xll^ bM^n D^n |D «de la grande mer 
(vers) le chemin de Hetlon (vers l'entrée de Hamath vers 
Sadad) ». Cette description étonne d abord par l'idée bizarre 
de fixer un point géogr<iphique par un chemin , puis par l'im- 
possibilité de considérer 1"iin comme étant à l'état construit 
malgré l'article dont il est muni. Cette faute grossière dispa- 
raît quand on corrige l'absurde ^"lin « le chemin », en IplJJ 
Hadrak. L'ensemble ne laisse plus rien à désirer. Les points 
de repère delà ligne nord sont: mer Méditerranée, Hadrak, 
Hetlon, Hamath, Sadad. A la désignation antérieure de la 
partie nord-ouest par le mont Hor, Ezéchiel substitue les 
noms des localités connues de son temps, Hadrak et Hetlon. 
Et comme cette dernière existe encore aujourd'hui sous le 
nom de el-Heitel, située à deux heures du bord de la mer, il 
s'ensuit que Hadrak était encore plus près de la mer si ce 
n'est pas sur le bord même, dans la proximité du Djebel 
Arràq , qui constitue le premier pic du Liban au nord-ouest. 

J. Hal^vy. 



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NOUVELLES ET MELANGES. 161 

ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL. 
(Séance du i3 janvier 1899.) 

La Bibliothèque nationale a fait dans ces derniers temps, 
l'acquisition du dossier d'un prince indien (aujourd'hui dé- 
cédé ) dépossédé , il y a un quart de siècle , par le gouverne- 
ment anglais de l'Inde, Sucet Singh, prince de Cambâ (ou 
Campa), petit Etat situé au pied de l'Himalaya dans la partie 
N-E. du Pendjab. Parmi les nombreuses pièces en Hindi et 
Urdu qui composent ce dossier, deux principalement méritent 
l'attention. 

L'une imprimée , en sanskrit avec traduction en Hindi, fait 
connaître la situation du prétendant. 11 y est dit que son 
père Cadhat- Singh avait contracté trt-ize unions avec une 
première épouse qualifiée PaUarâni (reine au turban), une 
deuxième qualifiée Mahàrâni (grande reine) et onze autres qui 
n'étaient que de simples Ràni (reines). La Mahàrâni avait 
eu trois fils : Vajr-Singh, mort avant son père; Çri-Singh, 
Sucet-Singh; une des Rani en avait eu un, Gopâl-Singh. 
Avant de mourir, Cadliat-Singh avait sacré roi Çri-Singh et 
donné à Sucet-Singh une position qui faisait de lui Tassocié 
et le fiitur successeur du prince régnant. Quant à Gopâl-Singh 
et à la mère de Gopâl-Singh , il leur avait seulement assure 
des moyens d'existence qui les réduisaient à la condition de 
simples particuliers. 

A la mort de Çri-Singh , qui ne laissait aucun descendant 
( 1 87 1 ) , Sucet-Singh , appelé à lui succéder, trouva dans Gopâl- 
Singh un compétiteur c[ui fut soutenu par les Anglais et 
élevé au trône avec leur appui, mais bientôt (en 1878) dé- 
posé par eux pour misconduct , comme dit M. Hunter [Impé- 
rial Gazette oj'india, III, p. 34o). 

Une déclaration du pandit Nityânanda , datée du 9 Bkâ- 
dra (août-septembre) Samvat 19:18 (1872), affirme les droits 
de Sucet-Singh comme successeur de Çri-Singh. 

L'autre pièce , manuscrite et faite avec le plus grand soin 
xni. 1 1 



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161 JANVIEE-FETRIEE 1800. 

est un tableau généalogique de la famille des priaces de 
Cambâ. D remonte jusqu A Tannée 1 1 d3 de Tère Samvat 
(1087), conmience parle nom de Çrl-ràja-saila-brahmà et 
se termine par les noms des trois fds de Cadhat-Singh et 
do la Mabàràni Katoca , ainsi que du fils de ce même Cachât- 
Singh et de la ràni Dogarl. Toutefois un point m'embarrasse 
à propos de ce tableau : les noms des fus de CadhatSingh 
viennent dix-septièmes dans cette liste , dont le premier nom, 
celui de Fauteur de la race , appartient à la fin du xi* siècle 
( 1 087). Or, à compter seulement trois générations par siècle . 
les dix-sept noms ne remplissent guère plus de cinq à six 
cents ans, ce qui nous mène au milieu du xvii* siècle et non 
à la seconde moitié du xix*. Il manquerait donc six à buit 
noms (?). 

Position de la question, 

Ga^hata-Simba, roi de Campa, mon père, avait épousé 
treize femmes. C'est, dans notre pays, une règle constante 
que la première épouse du roi est appelée Pa()arà^, la 
deuxième MahàràiU, les autres sont simplement appdées 
Râçi. 

Parmi ces (treize), celle qui avait le titre de MahârÀçi, 
la deuxième épouse , eut trois fds nommés Vajra-simha , Çrl- 
siâiha, Suceta-simba. Parmi les dernières, dites Rânt, une 
seule eut un fils unique , qui s appelait Gopâla-simba. 

Vajra-simha mourut du vivant de son père. Alors le roi , 
qui avait donné à GopÀla-simha , dès sa naissance , en même 
temps qu'à sa mère , des ressources , secours et moyens de 
subsistance le réduisant à la condition d'un particulier, 
sacra Çrl-simba dans la royauté, et, après avoir mis le Jeune 
frère utérin de celui-ci, Suceta-simba, sur un pied conve- 
nable au frère utérin d'un roi , s'en alla au ciel. 

Gopâla-simha, ayant re^u ce qui lui avait été donné a sa 
naissance et faisait de lui un simple particulier, vécut ainsi. 
Çri-simha, uni a Suceta-simba, qui vivait en commun avec 
lui , exerça la royauté. 

Maintenant ÇH-siibba est mort sans laisser de fils ou de 



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NOUVKLLES ET MELANGES. 103 

petit-fils pour loi succéder. Est-ce Sucela-simha , son véritable 
continuateur, son frère utérin , qui doit avoir la royauté , ou 
Gopàla-simha, né d*ane autre mère? Voilà la question. 

(Dans ia traduction de cette pièce, les noms propres ont 
été donnés sous la fonne sanscrite. ). 

KXTRMT DU TIB1.R\U Gt^BAI.OGlQUK. 

Çri-IUj»-s«il«-br«hDià. 

1 

Mùsibrahmà. 

Bho^abrahmà. 

I 
Dronadeva. 

■| 

GaneçabrahmA. 

I. 

PratÂpasinigha. 
Vîrabhâua. 

I 

Bdtktrna. 

I ■ 
Janàrdana* 

Prthvtsi&gha. 

I 

Cbalrasiâgba. 

(Igrasimgba. 
Umedasimgha. 

RAjasirâgba. 

Jltasiâgba. 

Cacfbatatimgba* 
( Mabirini KaU>ca. ) | (Ràui Dogan. ) 

I ' ^1 

Vajr»-Simgba. im&-ÇriSiingha. Suceta-Simgba. GupÂiaSiinglia. 

(Dans ea tableau les branches collatérales ont été omises.) 



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164 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

OUVRAGES OFFERTS À LA SOGléTB. 

(Séance du i3 janvier 1899.) 

Par ilndia Office : Annaal Progress Report of the archœo- 
logical sarvey Circle, north- western Provinces and Oudh; 
Juiie 1 898. Lucknow ; in-foiio. 

— H. Sâstri et S. Chandra Gui, A descriptive Catalogue 
of sanskrit manuscripts in the Lihrary of the sanskrit Collège, 
Calcutta, 1897-1898; in-8'. 

— The Indian Antiquary, July-October 1898. Bombay; 
in-4\ 

Par la Société : Bulletin de F Académie impériale des sciences 
de Saint-Pétersbourg, octobre-décembre 1897, janvier-juin 
1898; in-4'. 

— W. Radloff*, Versuch eines Wôrterbuches der tàrk- Dialecte, 
1 G* Lieferung. Saint-Pétersbourg , 1 898 ; iii-4°. 

— W. Radloff'etMeiioranski, Les anciens monuments turcs 
à Kocho-Tsaîdam, Saint-Pétersbourg, 1897; in-4*. 

— W. P. Wasiiief, La partie chinoise de la stèle de VOrkkon, 
à Kocho-Tsaîdam et à Kara-Balgassoun, Saint-Pétersbourg, 
1897; in-4". 

— Bibliothèque de l'Ecole des hautes études. Sciences philo- 
logiques et linguistiques, cxix' fascicule. Paris, i898;in-8'. 

— Comptes rendus de la Société de géographie. Août- sep- 
tembre. Paris, 1898; in-8'. 

— Bulletin de la Société de géographie, 3' trimestre 1898. 
Parias, in-8". 

— Mémoires de la Société de linguistique de Paris. TomeX, 
6' fascicule 1898: in-8". 

— Polybiblion , parties technique et littéraire; décembre 
1898; in.8-. 

— Transactions and proceedings of the Japon Society, 
Vol. IV, 1897-1898; Part III. London; in-8'. 

— Chambre de coDunerce de Lyon , La mission lyonnaise 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 165 

d'exploration commerciale en Chine, i 896- i 897^ Lyon 1898; 
ïni\ 

— The Grûographical Journal, January 1899. Londoa; 
in.8% 

— Bollettino n' 3i2. Firenze, 1898; in-8\ 

— Actes du XV Congrès international des Orientalistes, 
Paris. II* section (Langues et archéologie de TExtréme- 
Orient). Paris, 1898; in-8*. 

Journal of the BudJhist Text Society of India, Vol. IV, 
parts m and IV; vol V, parts III and IV. 1896-1897; in-8'. 

Par les éditeurs : Al-Machriq, Kanun-el-Awali 1898. Bey- 
routh; in-8*. 

— Sanscrit critiad Journal, Novemher 1878. Woking; 
in-8'. 

— Revue critU^ue, n" 62, 53 (1898); n* 1 (1899); in-8". 

— Le Muséon , décembre 1898. Louvain ; in-8*. 

— Revue biblique, janvier 1899 ; in-8'. 

— Journal des Savants, novembre-décembre 1898; in-4*. 

Parles auteurs : Paul Vial, Les Jjobs , histoire, religion, 
mœurs, langue, écriture, Chang-hai, 1898; in-4'. 

— S. A. Smimov, Les légendes turques sur Sainte-Sophie, 
Sainl-Pétersbourg, 1898; grand in-4". 

— D. Perron, Balance de la loi musulmane, Alger, 1898; 
in-8\ 

— S. G. RyvakoflF, La musique et les chants des musulmans 
de V Oural (en russe). Saint-Pétersbourg, 1897; in-i". 

— B. Touraïef, IjCS heures de VEglise éthiopienne, Saint- 
Pétersbourg , 1 897 ; in-4". 

— G. A. Esov, Le rapport de Pierre le Grand avec le peuple 
arménien (en russe). Saint-Pétersbourg 1898; iii-4'. 

— E. Senart , Note d'épigraphie indienne ; fascicules 3 , 4 
et 5 (extrait). Paris; 1892-1899; in-8^ 

— J. Sandalgian, L'idiome des inscriptions cunéiformes 
urartiques, Rome, 1898; in-4^ 



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160 JANVIER-FÉVRIICR 1800. 

Par les auteurs : L. W. King, Ihê lêttert and inseriptUmi 
of Hammurabi, Vol. I. London, 1898; in-8*. 

— - J. Rouvier, Répartition chronologique du monnayage des 
rois phéniciens d*Arwad avant Alexandre le Grand (extrait). 
Athènes, 1898; iii-8*. 

— Ë. Vîtto, Hassan Kaeider, Ditwnario dei tripUci, tra- 
dotfo. Beirut, 1898; iii-8*. 

— Le même, Ebn Malec, l'Alfiiah, tradotta e commentata. 
Beirat, 1898; in-8'. 

— - T. Witton Davies , Mtufic , Divination and Demonology 
among the Hehrews and their neighbours, Londoi) , 1898; in-8'. 

«^ M. V. Portman, Note on ths languagês ofthe Souih 
Andaman group oftrihes. Calcutta, 1898; in-8*. 

— Dom J. Paritot, Musique orientale» Paris, 1898; in-8% 



SÉANCE DU VENDREDI 10 FEVRIER 1800. 

La séance est ouverte à 4 heures et demie , par M. Barbier 
de Meynard, président. 

Étaient présents : 

MM. Maspero, Ë. Senart, vice-présidents; Houdas, Clé- 
ment Huart, Carra de Vaux, Deconrdemanche , Weil, 
M. Schwab , P. Boyer, J. Halëvy, Foucher, Claparède , Bœll , 
M. Courant, 8. Lévi, Meillet, de Charencey, Halphen, 
L. Feer, F. Grenard, Guimet, membres; Drouin, secrétaire 
adjoint. 

Le procès-verbal de la séance de janvier demi- r est lu, la 
rédaction en est adoptée. 

EIst admis comme membre de la Société : 

M. Dussaud (René), demeurant à Paris, rue d*AnJou, 
n* 76, présenté par MM. Clermont-Ganneau et 
Houdus. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 107 

Sont offerts à la Société : 

Par M. Maurice Courant, en son nom personnel, le tirage 
à part d*un article qui a paru dans les Annales des sciences 
poUtiqaes, intitulé: Les associations en Chine; 

Au nom du collège français de Zt-ka*wel, le n** ii des 
Variétés sinologiqaes publiées par cet établissement scienti- 
fique , et qui est intitulé : Le mariage chinois au point de vue 
légal, par le P. Pierre Hoang; le n* i5 de la même collec- 
tion intitulé : Exposé, du commerce public du sel en Chine, par 
le même auteur. M. Courant fait le plus grand éloge de ces 
publications qui dénotent une vaste érudition et une activité 
scientifique très remarquables ; 

Par Tauteur, M. Paul Bœll, une brochure : Contribution à 
Vétude de la langue Lolo, pariée dans la province chinoise du 
Yun-Nan; 

ParTauteur, M. Moïse Schwab, la Meghillath Taanith « rou- 
leau du jeûne » , mémoire publié dans les Actes du Congrès 
des Orientalistes de Paris, 1891; 

Par Dom J. Parisot, le tirage à part d'un mémoire dont 
le titre est : Contribution à l'étude du dialecte néo-syriaque de 
Tour-Abdin. 

Des remerciements sont adressés aux donateurs. 

M. de Gharencey communique à la Société ses Recherches 
sur la langue Aïno, et établit quelques points de comparaison 
avec là langue malaise (voir lannexe au procès-verbal)* 

M. Drouin donne lecture d une Notice sur les titres royavx 
chez les Indo-Scythes (voir ci^après). 

M. Sylvain Lévi conununiquA quelques détails sur le voyage 
qu*il a (ait dans Tlnde en 1898 comme chargé dune mission 
scientifique par TAcadémie des inscriptions et belles-lettres; 
il insiste particulièrement sur sa visite aux ruines de Kapila- 
vastu et au Jardin de Loumbini (Népal), en compagnie du 
ly Fûhrer. 

La séance est levée à 6 heures. 



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168 JANVIER-FEVRfER 1899. 



ANNEXE AU PROCES-VERBAL. 
RECHERCHES SUR LA LANGUE AÎftO. 

Nous nous sommes efforcés dans deux précédents mémoires 
de faire ressortir la parenté de TAïno parié dansTiie de Yézo, 
les Kouriles , le sud de Tarakaï et la côte de Mantchourie , 
avec divers idiomes du nord-est de l'Asie , spécialement le 
Coréen et les dialectes jénisséiques (Kotte, Arine, Assane, 
Ostyak de Pumpokolsk). L*examen du Dictionnaire coréen 
publié à Séoul par les missionnaires catholiques, nous a dé- 
montré que le dialecte parié dans le centre de la Corée, diffère 
grandement de celui qui est en vigueur dans le sud de la 
péninsule et s'éloigne bien davantage de la langue Aïno. 
Bornons-nous à deux ou trois exemples : Toal, signifiant 
• deux » à Séoul , diffère plus de TAïno Tup, tapfqae la forme 
Tu-pa donnée par Klaproth et Balbi. De même pour Ha-na 
tun», d'après le dictionnaire de la mission. Il ressemble 
moins àTaïno Schinep, schinepf [même sens), que le Coréen 
méridional i/o-c(/a/i« ho-tschun. Une remarque identique doit 
être faite pour le nom de nombre « cinq » , c[ui est Ta-sat à 
Séoul, Tacha dans le parler du midi, et enfin Aschi, aschiki 
en Aïno. 

Maintenant un fait important à signaler, c'est l'emprunt 
fait par la langue aïno, d*un certain nombre d*éléments 
lexicographiques aux dialectes malayo-polynésiens. On pourra 
s'en faire une idée en jetant les yeux sur la liste qui suit : 

A., voudra dire aïno. — J., japonais. — M., malais. 

1® A. BoT* aller»; M. vlpi- Tikopien; Afi- 

M. Pai, m. s. Batla, Apie, etc. 

a" A. Ram6i c détruire B ; 4" A. Koian, «endroit, vil- 

Af . Mé-rambeh, lage » ; 

y A. Ay • feu » ; M. Kota • vUle, cité ». 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 169 

5* A. Te,tekémnn»; 7* A. Chambé ê^rew; 

J. Té « main ■ ; J. Sama • Seigneur ■ - For- 

M. Tatigan • main et bras » ; mosan ( dial. Sideia ) , 

Javanais, idem^ sœna «père». 

6' A. Eto, itu inex»; 8* A. iViuinn «sucer»; 
M. Idong, hidong, Milia- M. Tjdum «sucer». 

Tiom^udung, g* A. ^«(^ «donner»; 

M. Per-idah « don ». 

11 nous eût, sans doute, ëlé facile d'allonger cette liste. 
E^e nous fait voir, en tout cas , que TAïno a pris aux dialectes 
de la mer du Sud jusqu*à des termes fort usuels , tels c[ue 
ceux signifiant « feu » ou « nez ». Parfois même , le mot ainsi 
adopté n a pas fait tomber de lusage courant son synonyme 
indigène. Tel serait le cas pour Abé « feu », qui est d'oiigine 
malayo -polynésienne. On Temploie concurremment avec 
Undscbi qui avait le même sens dans Tidiome primitif des ha- 
bitants de Yézo. 

En tout cas , si le Japonais lui-même contient certains élé- 
ments océaniens, ces derniers semblent moins abondants 
chez lui qu'ils ne le sont en Aïno. 

Ceci, du reste, s explique facilement. Pendant plusieurs 
siècles, sans doute, avant rétablissement de la race japonaise 
dans le Nippon , les Aïnos ont dû se trouver en relation intime 
avec les émigrants venus du sud. C'est la conclusion à laquelle 
nous mènent les recherches faites jusqu'à ce jour sur l'ethno- 
graphie de l'Archipel japonais. Les populations semblent s'y 
être succédé dans Tordre suivant : 

1" Négritos analogues à ceux des Philippines ou des iles 
Andaman , dont M. de Quatrefages a reconnu des traces parmi 
les habitants du sud de l'Archipel japonais ; 

a"* Emigrants désignés par les ethnographes sous le nom 
de Pitt-dwellers et probablement venus du nord , c'est-à-dire 
de la péninsule du Kamtchatka. L'existence antique de ces 
habiles céramistes ne nous est révélée que par leurs poteries 
dun travail si original, et les vestiges de leurs habitations 
souterraines; 



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170 JÂNVIËH-FÉVRIER 1800. 

3* Ainoi venui de la Corée à une époque indéterminée et 
qui ont dû occuper tout le Nippon et lies adjacentes; 

d* Colons malayo-polynésiens qui s*établissent dans le sud 
du Japon vers le milieu du vir siècle avant notre ère. Ils ont 
pour chefs plus ou moins mythiques , Chin • mou-ien-wé, regardé 
comme Tauteur de la dynastie des Mikados, et le roi de la 
mer; 

5" Japonais proprement dits, lesquels , après avoir traversé 
la Corée, se répandent dans rArchipel un peu avant notre 
ère et refoulent les Aïnos vers le nord. 

Db Charbncby. 



OUVRAGES OFFERTS X LA SOCliré. 
(Séance dn g février 1899.) 

Par rindia OflBce, Sélections of the records of tke Go* 
vemment of India, Papers reialing to the Réorganisation of 
the educationai Service in India, firom 1891-1899. Calcutta, 
1898; in-folio. 

Par le gouvernement néerlandais: Tijdschrifl, DeelXL, 
Aa. 5-6. Batavia, 1898; in-8'. 

— Dagh Regisier, anno 1 670-1 67 1 . Batavia , 1 898 ; in-d**. 

— Notulen , Deel XXX VI , Afl. t. 4, 1 898 , 1 Stuk. Batavia ; 
in-8^ 

Par le Ministère de Tinstruction publique , Ecole française 
d'Athènes, Bulletin de correspondance helUniqaey novembre 
1898; în-8*. 

— Collections scientifiques de VInstitat des langues orientales 
du Ministère des affaires étrangères , publiées par ordre et aux 
frais du Département asiatique I-VIII. Saint-Pétersbourg, 
i898;in-8V 

Par la Sodété : BMbHh de Im Société de linguistique de Pa- 
ris, décembre 1898; in-8*. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 171 

Par la Société : Journal of the Peking Oriental Society, 
VoL IV. Péking, 1898; inS". 

— Actes de la Société philologique. Tome XX VII , année 
i898;in-8\ 

— Atti délia Accademia dei Lincei, Agosto-Ottobre 1898. 
Roma; in-d** 

— Rendioonti délia Àcademia dei Lincei, VoL Vil, fafc. 7- 
11. Roma, 1899; in-8*. 

— Comité de conservation des monuments de l'art arabe , fasr. 
5-5. Le Caire, 1895-1899; ui-4". 

— Bibliothèque de l'École des hautes études. R. Reuss: 
L'Alsace au xvii' siècle, II, Pari». 1898; in-8*. 

— * Analecta Bollandiana. Tome X\^II, fasc. 5* Braxelles, 
1898; in^'. 

— - The Journal ofthê Royal Asiatic Soeifty. Jannary 1899. 
London; in-8'. 

— Bevae de T Orient latin, i* année, n* 4, 1898. Paris; 

— Comptes rendus de la Sociéiè de géographie, décembre 
1898. Parié; in-8\ 

Parles éditeurs, Revue critique, i-5, Parii, 1899; in-8*. 

— Bollettino, n*' 3iS-3i4 avec Indiei. Firenze, 1899; 
iu-8*. 

— Al'Machriq, Kanûn-et-thàni , 1899. Beyrouth; *ï™"®*' 

— The American Journal of philology. October, Balti- 
more, i898;in-8'. 

^^ Revue archéologique, novembre-décembre 1898. Paris; 
in-S*. 

— Revue africaine, 4' trimestre 1898. Alger; in-8'. 

— Polybiblion, parties technique et littéraire; Janvier 
l899;in-8^ 

— American Joum^ oforchmol, Jannary-April 1898; in-8*. 

— i4/-ZAtyti. Janvier 1899. Le Caire; in-8*. 

— The Sanscrit critical Journal, Décember 1898. Wol- 
king; in-8*. 



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172 JANVIER. FÉVRIER 1899. 

Parles auteurs : Dr. G. Stonn, Regesta norvegica, Krono- 
logisk Fortegnelse over Docamenter vedkommende Norge , Nord- 
maend og den norske Kerkenprovins , I, 99i>i 268. Christiania, 
1898; in-A". 

— Fr. Kern , Innisaû Valimat von Mohammed Bey 'Os- 
man Geiâl , neuarabische Bearbeitung von Molière's Femmes 
savantes, transkribiert , ùbersetzt, eingeleitet und mit einem 
Glossar versehen. Leipzig, 1898; in-8'. 

— Charencey, L'origine de la légende d'Haitzlipochtli (ex- 
trait). Paris, 1897; in-8\ 

— Le môme, L'historien Sahagan et les migrations mexi- 
caines, Alençon, 1898. in-i", 

— Saphus Bugge , Norges Indskrifter med de aeldere Ranes 
4* Hefte Christiania , 1 898 ; in-4*. 

— M. J. de Goeje, Ar(b, Tabari continuatas. Lugduni- 
Batavorum, 1897; in-8". 

— J. Haiëvy, Revue sémitiqae , JAnyier 1899. Paris, in-8'. 

— H. Cordier, In memoriam Charles Schefer, 1820-1898, 
Paris, 1 899 ; in 8". 

— E. Gouiiian , Grammaire complète de la langue mzabite 
comparée dans ses parties essentielles aux dialectes kahile et ta- 
machek, Miliana, 1898; in-8". 

— Ch. Ciermont-Ganneau, Recueil d'archéologie orien- 
tale: tome I, 1888; tome II, 1898; tome III, iiv. i-5, 
Paris 1899; in-8". 

— E. Mittwoch, Prœlia Arabum paganoram, Berolini, 

1899; ïï^-^"- 

— OL Benoit, L'École homicide, a* édition avec Appen- 
dice, Paris; in-8''. 

— Le même, Un professeur pour 3,000 élèves. Paris ; in-8". 

— J. Knebel, Babad Pasir (texte et traduction), I Stuk. 
Batavia, 1898; in-8'. 

— F. Grenard, Mission scientifique dans la Haute- Asie 
avec Appen^ces scientifiques. T. III, Paris, 1898; in-8'. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 173 



NOTE 
SUR UNE VERSION TURQUE DU « LIVRE DE SBNDABAD >. 

Parmi les nombreuses recensions du « Livre de Sendabad » 
Roman des sept Vizirs ou Roman des sept Sages, une version' 
pei*sane anonyme en vers, datée de 776 de Thégire (A. D. 
1374-1375), a été analysée pir Falconer Forbes, sous le 
litre de Sindibad-Nameh en i84i, dans les tomes XXXV 
et XXXVI de The Asiatic Journal. 

Cette analyse, faite d'après un manuscrit de TEast-India 
Office, a été complétée par W. A. Clouston dans son ouvrage : 
The book of Sindibad or the Story of the king, his son, ihe 
damseî, and the seven vazirs. (Glascow, i884) Plusieurs 
contes ou fragments, restés inaperçus pour M. Forbes, ont 
été signalés par M. Gouston. Malgré cela un nombre im- 
portant de lacunes existent dans le manuscrit et n'ont pu 
être comblées, ^es font obstacle à une comparaison continue 
entre la version persane et les autres recensions du livre de 
Sendabad. 

Mais le rédacteur de la présente note a pu se procurer 
un manuscrit turc où est contenu un texte intégral en prose , 
parallèle à celui de la version persane. 

L*auteur, un certain Mébémet Abdoul Kérim ben Mé- 
hémet, déclare avoir écrit son œuvre — traduction du déri 
et du persan — à laquelle il donne le titre de ;l«^^l iLi^ 
« Présent aux Meilleurs » , sous le régne du sultan Soliman 
ben Sëlini. Il la dédie au Ghah-Zadé Bayézid, ûls du sultan 
Soliman. Comme le prince Bayézid, fils de Soliman I le légis- 
lateur, fut exécuté le 25 septembre i56i, d'après l'histoire 
ottomane de M. de Hammer, cela donne, pour la date de ]a 
traduction turque, une époque un peu antérieure à ce fait. 

En vue de donner une idée du contenu du manuscrit turc 
il nous semble utile de fournir la liste des récits qu'il con- 
tient. 

Pour faciliter la comparaison, nous mettrons, en regard 



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174 



JANVIER. FÉVRIER 1890. 



du numérotage ordinal des contes dans la rédaction turque , 
celui applicable au même récit : i** Dans la reccnsion grecque 
de SyrUipas, édition Boissonnade, Paris, i8a8; a* Dans le 
Roman des sept Vizirs, inséré dans Tédition arabe des Mille 
et un$ Nuits, publiée à Boidac en i3oa. 



HEaiATIDR 

turc. 



Tvac. oaBG. 



TITHJI. 



Sindabad. 


3 


Manque. 
Idem. 


Manque. 
Idem. 


— 


3 


Idem. 


Idem. 


Grand vixir. 


4 


Idem. 


Idem. 


i" viiir. 


5 


2 


3 


Idem. 


6 


Ô 


6 


Dame i. 


7 


3 


3 


3* viiir. 


8 


i6 


30* 


— 


9 


8 


9 


Dame 3. 


10 


6 


7 


y viiir. 
Idem. 


11 

13 


i3 
1 1 


Manque. 

13 


Dame 3. 


i3 


13 


Manque. 


i* vizir. 


ih 


lO 


1 1 


Idem. 


i5 


1 1 


13 


Dame h. 


i6 


7 


8 


b* vixir. 


«7 


à 


5 


Idem. 
Dame 5. 


i8 
»9 


Manque, 
id 


Manque. 
Manque, 


6* vizir. 


30 


i8 


i8 


Idem. 


31 


i4 


32 


Dame 6. 


33 


9 - 


10 


7* vizir. 


f5 


1 


1 


Idem. 
Prince. 


94 
25 


•9 

30 


Manque. 

24 


Idem. 


36 


Manque. 


Manque. 



Le Renard et le Singe. 
Le Renard , le Chameau el 

le Loup. 
Le Roi de Cachemire et le 

Cornac. 
Le Roi des Singe?». 
La Femme et le Perroquet. 
Le Soldat, ion Valet et la 

Femme. 
Le Foulon qui se noie. 
Les deux Perdrix. 
La Femme et 1*Épicier. 
Le Prince et la Goule. 
Le Chat qui tue un serpent. 
Le Mari mené chez lui. 
Le Singe et le Sanglier. 
Le Prince et le Baigneur, 
La Vieille et la Chienne. 
La Goutte de miel. 
Les Gâteaux. 
Les Bracelets enlevés. 
Le Voleur, le Singe et le 

Lion. 
Les trois Souhaits. 
Le Manteau brûlé. 
Le Prince métamorphosé. 
La trace du Lion. 
Les rases des FemoMs. 
Le venin du Serpent 
L'Enfant dans le puits. 



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NOUVELLES £T MÉLANGES. 175 

*^i^*** TUl^C. 6RBC. àlUBB. TITIUI. 

tare* 



Prince. 


a? 


ai 


36 


LËnfant de trois an». 


Idem. 


a8 


72 


«7 


La Bourse volée. 


Idem. 


29 


33 


35 


Le Marchand de sanUd. 


Idem. 


5o 


Manque. 


Manque. 


La Princesse et ses quatre 
sauveteurs. 


Idem. 


3i 


2h 


Idem. 


Le Renard qui fait le mort. 


Sindabad. 


33 


95 


Idem. 


Le Roi et le Vcdeor fils de 
vizir. 


— 


33 


Manque. 


Idem. 


La Huppe et le Dévot. 



Nota. La 3i* histoire du turc« le Renard qui fait le mort, 
manque dant Tédition des Mille et une Nuits, de Boulac, mais elle 
est la dernière du Roman det sept Vizirs, contenu dans rédition 
arabe des BiUle et une Nuits » publiée à Breslau par Habicbt. 

Dans Tëdition de Boulac, comme dans Sjyntiptis, les deux récits , 
n* i5et 13 du turc: la Vieille et la Chienne, et le Mari mené 
chex lui, sont fondus en un seul, le i3* de Boulac, le 1 1* de Syn- 
tipas. 

Yingi des récits du turc , correspondant ainsi à dix-neuf par 
suite de la réunion de deux récits en un seul , se retrouvent 
dans les recensions de Bouiac ou de Breslau et de Syntipas. 
Il y a lieu de remarquer que ces dix -neuf récits sont, en 
même temps , les seuls qui soient communs à ces deux derniers 
recueils. 

Cinq récits du turc, les ii% i3\ 19% a4^ et 3a% sont 
fournis par Syntipas et font défaut dans Tédition de Boulac. 
Comme, d'autre part, aucun récit rencontré dans Boulac 
et manquant dans Syntipas ne se trouve dans le turc, on 
peut en conclure, en ce qui concerne la classification des 
diverses versions du livre de Sendabad , que le turc appartient 
au groupe dont le type est fourni par Syntipas et non pas 
À celui représenté dans Védition de Boulac. 

Enfin le turc donne huit récits qui ne se rencontrent ni 
dans la version de Boulac, ni dans celle de Syntipas^ savoir: 



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176 JANVIER-FEVRIER 1899. 

le i", le Renard et le Singe; le a*, le Renard, le Chameau 
et le Loup; le 3*, le Roi et le Cornac; le 4% le Roi des Singes; 
le i8*, les Bracelets enlevés; le 26% TEnfant dans le puits; 
le 3o*, la Princesse et ses quatre sauveteurs; enfin le 33*, la 
Huppe et le Dévot. 

Mais si Ton rapproclie la rédaction turque de celle persane , 
analysée par Forbes et Clouston , on trouve une identité par- 
faite en ce qui concerne et les récits, et Tordre dans lecpiel 
ils se présentent; à cela près quils sont complets dans le 
turc et souvent tronqués ou manquent, par suite des lacunes 
du manuscrit, dans le persan. 

Plusieurs des principales différences sont à signaler : 

1** Dans le persan manque complètement le d* récit de la 
Dame, donné par le turc, i6* conte : la Goutte de miel; 

1* Dans le persan manquait le premier récit du 5* vizir 
que donne le turc, 17* conte : les Gâteaux. M. Clouston a 
placé là (p. 63, op. cit.) un fragment rencontré ailleurs dans 
le manuscrit. Il s'agit d*une fenunc à laquelle on coupe les 
cheveux dans une scène de débauche, elle feint de se les 
être coupés sur la nouvelle supposée de la mort de son mari. 
Peut-être ce fragment, sans relation avec aucune autre des 
recensions connues du livre de Sendabad, a-t-il été simplement 
relié par erreur dans le manuscrit de la version persane, où 
déjà des déplacements de feuillets sont constatés; 

3° Enfin les 3i', 33' et 33* récits du turc ne se retrouvent 
pas dans le persan. 

Ils comblent les lacunes signalées par M. Clouston pages 
1 10 et 1 la, op. cit. 

Le 33* récit du turc lui est absolument spécial et nous ne 
l'avons retrouvé dans aucune des recensions du livre de 
Sendabad. 

Il s*agit d*une huppe orgueilleuse, disciple d'un ascète. 
Celui-ci l'avertit de la poursuite de chasseurs: elle se vante 
de leur échapper par sa finesse , mais elle est prise au piège 
inattendu d'un enfant. Elle reconnaît ses torts et Tascëte la 
délivre. 



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NOUVELLES ET MELANGES. 177 

Comme remarque finale notons qne la 8* histoire du Wc 
et du persan: les deux Perdrix, diffère très seiisiblement des 
vivions de la fable des deux Pigeons contenues dans Bdoiac 
{20*) ei Syntipas (i6% 

J.-A. Dbcouadbmanghe. 



Le Comité de rédaction n'a-fMS vouiu vè^iser f hottpitalité à la 
notice snivante pleine d nne admiration sincère et bien légitime 
pour les travaux de Bergaigne. Mais les lecteurs du Journal asia- 
tique sauront aussi se rappder quelle part importante revient aux 
collaborateurs de notre regretté confrère notamment dans le déchif- 
firement des inscriptions khmèr et dans la création toute récente 
de la mission archéologique d*]ndo-Chine. 

B.M. 



L*CBUVA1S DWBBL BBBGAIGNB ET L*IND0-CHINE FRANÇAISE. 

La société des Rosati et le comité du monument de Vim^ 
en mémoire de Bergaigne , viennent de réunir en un fasci 
cale les discours prononcés lors de la cérémonie d'inaugura- 
tion (9 octobre 1898). 

L*QBuvre de G. Engrand reproduit les traits du savant ; la 
publication reproduit sa vie et ses travaux. 

M. Em. Senart nous a montré Thomme et son état d'âme 
si ëprise de poésie en même temps que de science. Il n*a 
fait que citer la traduction inachevée du Rig-Vëda. 

M. Michel Bréal a indiqué comment la linguistique con- 
duisit Bergaigne à Tétude du sanscrit. 

M. Bariner de Meynard a ënuméré les mérites de Tauteur 
de La religion védique et du Manael de langue sanscrite. 

M. Victor Henry a rappelé le pas décisif que Bergaigne lit 
kàrH à Thistoire des religions et surtout à celle du brahma- 
nisme et du bouddhisme. 

M. Boucher Cadart a rendu un cordial hommage au savant 
compatriote. 



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178 JANVIER-FÉVRIER 1899. 

M. Ansart, maire de Vimy, a remercié le comité et salué 
Tenfant de la localité. 

M. L. Bourgeois a loué Tindianiste et le poète, le chef 
d*école , en termes délicats et élevés. 

M. Victor Barbier rappela en ses vers les origines et les 
phases de la vie de Bergaigne. 

Enfin , M. Marc Legrand paria en poète du poète traduc- 
teur de Sacountala. 

A côté de ces brillantes allocations , j*aurais voulu voir fi- 
gurer la notice historique de M. Wallon. 

En résumant les commentaires qu'elles contiennent, le 
besoin apparaît de les compléter: i* en mettant en relief 
Tune des grandes œuvres de Bergaigne , laissée un peu trop 
dans Tombre; et, 3* en signalant une nouvelle création à 
laquelle se rattache Tœuvre de Bergaigne. En montrant la 
voie , il n*a pas été étranger à cette fondation et il lui en 
revient une part d'honneur posthume. 

I 

Cette œuvre indo-chinoise de Bergaigne c'est la publica- 
tion dans le Journal asiatique (iSS'j y t. If) de la Chronolo^ 
des rois Kiams (ou Tjams) et l'essai sur Y Histoire du royaume 
de Tsiampa, 

«Bergaigne, dit M. Senart, Ait l'interprète patient, le 
lumineux explorateur des documents épigraphiques que nous 
Itvrait le Cambodge. > 

« Il prit , dit M. Barbier de Meynard , une part active à 
l'histoire du Cambodge pendant sept siècles et au déchiffre- 
ment de la riche collection épigrajdiique dont nous sommes 
redevables à M. Aymooier. ■ M. V. Henry les rappelle d'un 
mot. 

« Le trait caractéristique de son esprit , dit M. B. de Mey- 
nard, fiit l'indépendance, l'originalité, Tinitiative hardie.» 

Ce caractère apparaît surtout dans son histoire des Tjams 
et voici comment : 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 179 

Dans son exploration , M. Aymonier n*avait pas seulement 
recueilli des inscriptions au Cambodge, il en avait rapporté 
de précieuses de l'Annam du sud, des régions qui séparent 
la Cochincliinc de ilué et surtout des deux provinces du 
Thuan Khanli où vivent les derniers Imbitants de la race 
jaune et où se dressent les ruines les plus nombreuses de 
leurs antiques monuments. 

Or ces inscriptions étaient restées indéchiffrables, on n'a- 
vait pas la clef de cette écriture; cette clef, c'est Bergaigne 
qui la découvrit et qui s'en servit pour « déchirer les enve- 
loppes et lever les voiles de Thistoire » conmie Ta dit M. L. 
Bourgeois. 

J'avais signalé, dès 1868, étant en Gochinchine, tout 
rintérèt des recherches à entreprendre sur la civilisation des 
Tjams, ce peuple qui a précédé les Annamites en Annam. 
Ces recherches , M. Aymonier les avait entreprises avec suc- 
cès de i883 à 1886. De 1886 à 1887, ce fiit Bergaigne qui 
étudia les inscriptions rapportées. Il reconnut que la langue 
et récriture de ce peuple, datant de plus de i,5oo ans, 
étaient dérivées du sanscrit et des dialectes de Tlnde du 
sud 11 en fit la transcription ; il établit que ces documents 
lapidaires dataient du m* au xv* siècle de notre ère , que les 
plus anciennes inscriptions étaient en vers sanscrits et que 
celles postérieures au ix* siècle étaient en prose. Il put ainsi 
donner les noms, les titres et la généalogie des rois, princes et 
princesses qui avaient élevé ces monuments , et il démontra 
que chez les Kiams dominait le civaisme en même temps 
que le culte de Vishnou, celui de Uma ou Parvati et celui de 
Laksmy, leurs épouses. 

Cette découverte de Bergaigne n'était pas seulement pré- 
cieuse au point de vue de la science , de la linguistique et de 
rhistoire ; mais elle avait lieu au moment où nous venions 
d*établir notre protectorat en Annam , comme nous l'avions 
établi vingt-trois ans auparavant au Cambodge. 

En outre, l'impulsion était donnée. D'autres Français 
poursuivaient les recherches commencées et retrouvaient les 



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180 JANVIËR-FÉVRI£R 189^. 

vestiges des Kiams au nord de la capitale de l'Ajinaai et 
jusque dans le Tonkin. Une mission archéologique était 
subventionnée pai* le Ministère de Tinstruction publique. 
D*auti es monuments étaient découveils et de belles inscrip- 
tions retrouvées, rapportées et déchiffrées. 

Voilà Toeuvre propre de Bergaigne relativement à Tlndo- 
Cbine française. 

fl 

En ce qui coseertie la création dont nous avons parlé, 
elle est due aux travaux de M. Aymonier, de plusieurs explo- 
rateurs aussi savants qu'artistes et aussi à leur lumineux ini- 
tiateur et interprète : Bergaigne. 

M. Doumer, Gouverneur général de Tlndo-Cbiine, vient en 
efiet de donner une large satisfaction, en janvier 1899, au 
voeu étBÎé en séance piéniëre par le Congrès des orienti^sies 
réunis en 1897 à Paris. Ce vœu résultait de ia proposition de 
MM. Aymonier, Lefëvre-Pontalis et Lemire. Le Gouverneur 
général a décidé quWe mission archéologique permanente 
serait entretenue en Indo-Chine aux frais du budget généi^aL 
Elle serait constituée et contrôlée par FAcadémie des ioscrip- 
tions et belles lettres, qui vient d'en nonuner le directeur, 

EUe se composera d'élèves envoyés sur place; ^e aura 
pour objet l'étude des monuments, des documents épigra- 
pfaiques, des langues et dialectes, des races anciennes et 
modernes de Tlndo-Chine. ËUe prc^osera les mesures de 
conservation de ces monuments et de ces ruines si curieuses. 
Ainsi la France protectrice sera fidèle à ses traditions en fa- 
veur de l'art et de la civilisation des peuples novveliement 
placés sous son égide. 

«Le nombre est bien petit, ^ dit M. Senart, de ceux qui 
se sentiront appelés à fouler les sentiers de Bergaigne , mais 
le savant ne sépare jamais l'ambition des découvertes scien- 
tifiques du dévouement le plus passionné au pays. • 

Les découvertes scientifiques de Bergaigne auront bien 



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NOUVELLES ET MÉLAltOBS. 181 

«ervi son puys, la métropole et k France <i* outre-mer, 
comme elles ouf servi la science des indianistes de tous' pays. 

«D*autres disciples, a dit M. Mickel Brësd, sont venns; 
rhorizon s*est élargi grâce aux progrès de la science et aux 
voyages lointains devenus plus faciles. De nouvelles espé- 
rances ont surgi , mais si tout ce que nous désirons et rêvons 
se réalise, une grande part devra en être reportée à Ber- 
gaigne ...» 

Ces paroles étaient prononcées le 9 octobre et Tannée 
n*était pas écoulée que le désir et le rêve se réalisaient , en 
ce qui concerne notre vaste domaine indo-chinois. 

«Ainsi le nom grandit à la mort du savant! » a chanté 
Marc Legrand. « C'est que, reprit M. L. Bourgeois , Bergaigne 
est un chef d'école. Et il est mort en montant encore vers 
les sommets î » 

Bergaigne était peu connu en France, en dehors de In 
Sorbonnc, de l'Académie, des sociétés asiaticpies; on l'igno- 
rait presque dans le Pas-de-Calais, son pays natal. Mais on le 
connaissait en ludo-Ghinc depuis 1887, et voici maintenant 
que ses trtfvaux originaux sur ce pays vont être continués sur 
place par un groupe permanent de disciples qui travaille- 
ront aussi pour la science et pour le pays. 

11 n'était donc pas hors de propos d'exposer sommaire- 
ment toutes ces considérations qu!è relèvent encore à nos 
yeux rhomme et son œuvre et qui nous ia montrent « du- 
rable ». Ettes augmentent le mérite des hommes d'initiative 
du comité, MM. Hamy, Senart, Bourgeois, Wallon , Brëal , 
B. de Meynard, Aytnonier, etc. qui ont, en élevant à Ber- 
glfîple um monument, perpétué dignement sa mémoire. 

Constatons enfin que, dans l'hommage rendu à notre grand 
indiaMster, la Belgique', la Suisse , TAUemaigne, l'Autriche , 
rilRigteterr6>, la Hollande, les État^^ms, les Indes, l'Indo- 
Chine ont pris une ptfrt effective. Aussi «Tidée rtiaitresse» 
que' M. Boucber-^daiit a dëdaré- se^ dëg«iger de cette inau- 
guratioû, c^ê^ Fani&n de tous ceux qui ont apprécié Ber- 
gidgtie €i son oBuvrev Cette œuvre a res^rré plus étroite*- 



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182 JANVIER-FEVRIER 1899. 

ment runion de l'Indo-Chine avec la mère-patrie. Nous qui 
comptons parmi les ouvriers de la première heure , nous de- 
vons grandement le répéter et nous en féliciter. 

A. Lbmire. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Recueil de consultations juridiques relatives à la 
CONDITION DES « OUAQF » , publie par les soins du Protecloral. 
Texte arabe. Tunis, 1898. 

Le traditionniste El-Bokhâri rapporte que Mahomet lui- 
même, indiqua au futur khalife Omar ben Elkhettâb, le 
moyen de consacrer à perpétuité, en faveur des pauvres, les 
revenus d*un champ de palmiers et d'en faire ainsi le pre- 
mier oaaqf institué dans le monde musulman. L'exemple 
donné par un aussi célèbre personnage ne pouvait manquer 
d'être suivi. Les fondations pieuses se multiplièrent avec 
une extrême rapidité pendant les épocpies de grande ferveur 
religieuse; aujourd'hui encore, malgré une tiédeur plus 
grande de la foi, la pratique de ces œuvres charitables est 
loin d'avoir complètement disparu. Il convient d'ailleurs 
d'ajouter que, sans les ressources que procure cette insti- 
tution, il serait impossible, dans la plupart des pays musul- 
mans, de pourvoir aux frais de la charité publique, à l'en- 
tretien des édifices du culte et au salaire de ceux qui y sont 
attachés. 

Mais, à côté de cet avantage indiscutable, les oaaqf pré- 
sentent au point de vue économique de graves inconvénients. 
Le détenteur de ces biens de mainmorte n'en a que l'usu- 
fruit; il ne peut en aucune façon disposer de la nue-pro- 
priété et n'a, par suite, aucun intérêt à ménager ou à amé- 
liorer la valeur du fonds qu'il occupe. Tous ces efforts se 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 183 

bornent donc à faire donner au bien le maximum de son 
produit, sans s*inquiëter de l'ëpuisement du sol ou de la 
raine prochaine des constructions, car, le pins souvent, peu 
lui importe la situation du dévolutaire appelé à lui succéder 
dans son exploitation. 

Il arrive ainsi qu'après un temps plus ou moins long le 
dépérissement de Timmeuble constitué en oaaqf, devient tel 
que les administrateurs n en tirent plus un revenu snflisant 
qui leur permette de se conformer aux volontés du donateur, 
ou même de faire face aux charges qui grèvent le bien. Si 
les jurisconsultes musulmans n*avaient été unanimes pour 
accorder force de loi aux stipulations verbales ou écrites 
énoncées lors de la fondation , il eût été aisé de remédier à 
cet état de choses. Malheureusement il n en est pas ainsi : 
car, en même temps qu*il était libre de fixer à son choix la 
série des dévolutaires, le fondateur se trouvait pour ainsi 
dire obligé , de par la tradition , de déclarer que son bien ne 
serait transmissible par aucune des voies légales, vente, do- 
nation ou succession. Sans doute certains docteurs admettent 
le oaa^ temporaire, mais cette doctrine a rencontré peu de 
partisans et, en fait, le oaaqf étemel est a peu près le seul 
en usage. 

Depuis longtemps, les musulmans se sont émus de cette 
extension incessante d'un régime immobilier qui tendrait à 
couvrir le territoire de terres en friches et de maisons en 
ruine. On pouvait prévoir que ces immeubles, retirés pour 
ainsi dire de la circulation, fmiraient par être, dans un 
nombre de siècles limité. Tunique forme de la propriété 
immobilière et une statistique récente nous montre qu'un 
dixième de la superficie utilisable de la Régence de Tunis est 
d ores et déjà immobilisé par des fondations pieuses. Com- 
ment, sans enfreindre le principe rigoureux de Tinaliéna- 
bilité , était-il permis d'utiliser ces vastes espaces plus ou 
moins ruinés et de leur rendre leur ancienne prospérité P 
L'embarras était grand , car oi) considérait les baux à long 
terme comme entachés d'illégalité et la location à court 



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184 JAIHTIER-FÉVRIEK 1^99. 

terme ( trois ans au maximum , la seule autorisée par Tusage) 
loi» d*étre un reniède ne faisait qu'aggraver le mal. 

Les souverains musulmans eurent alors recotirs à un 
moyen*, singidier en apparence , et cependant conforme ant 
idées que se font les musulmans de la pmsBanee légidative. 
Qiei eux, en eSet le Coran et la Sou«na sont les bases 
primordiales de la loi et revéteiit un caractère sacré ; mais 
ia formule pratique, le texte de Tarticle âm code, si je 
pun m*exprimer ainsi, a ét^ élaboré par des savants dont 
Topinion a été admise à raison de leur valeur persommtte et 



Digitized by VjOOQ If , 



■SaJl!^^ 



NOUVELLES ET MÉLANGES. IS> 

cteftt Ifi tenae ^lu , qui prévaut ; en Egypte , celai de ^t^ ; au 
Maroc, celai 4e «)^ , ou encore y^^n^^ , ce dernier mot d*ori- 
gine espagnole, plus employé en parlant qu en écrivant. S'a^t- 
il de boutiques ou de maisons , la technologie chimge : on dit 
alors qu'il y a ^JU. ou â^m^ , en Tunisie et en Egypte ; JUjU. , 
au Maroc; enfin le preaenr ^t-il juiC c*est ie mot iSy^ qu'il 
convient d'employer en Tmiifiie. QuelquesHtios de ces termes 
soBt, il est vrai, susceptibles d'un autt^ sens un peu différent « 
ainsi qu'on peut le cp^istat^ par la lecture du Rectieil dont 
nous parions. 

Le pr9Pédé d^ Venzel peut, dans la pratique, présenter 
certaines difficultés d'application , et deux autres moyens de 
remettre en valeur les biens ouaqf ont été préconisés: 
l'échange et le bail à long terme , avec renouvellement pour 
deux périodes successives. Avant de prendre une décision à 
regard de ces deux autres modes d'aliénation , dont le pre- 
mier n'est autorisé que par le rite hanéfite y le gouvernement 
du Protectorat m voulu procéder à la fiaeon des souverains 
musulmans , c esi-à-dire de demander aux uléma de décider 
la légitimité de ces nouvelles mesures. £t, pour donner pins 
de poids à cette procédure, il a tenu à ce que les opinions 
émises sur ce sujet fussent pour une large part antérieures à 
l'établissement de la France en Tunisie. On a retrouvé, en 
e£Cet, des consultations juridiques qui remontent à oae 
époque où les beys étaient dans une absolue indépendance 
et qui, par conséquent, oe peuvent être suspectées d'avoir 
éU faites pour les besoins de la cause ; on les a ensuite réunies 
en une brochure qui a été imprimée par les soins de M. Roy, 
l'éminent secrétaire général du Gouvernement tunisien. 

La lecture de eetfetoua, au nondbre de sept, est intéres^ 
saate à un double titre. D'une part on y tronve l'explication 
détaillée des termes techniques cités ci-dessus, avec les opi- 
nions diverses qni se sont produites sur la validité dies «ontrats 
qu'ils représentent; et, d'autre part, on y voit exposées très 
nettement les évefaitions snecessives que la législation nam- 
solmane pent parcourir sur un snfet donné sous la pression 



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186 JANVIER-FLVRIER 1899. 

de l'intérêt public. C'est en effet , d'abord pour l'agrandis- 
sement des mosquées que le principe de i'inaliénabilité des 
oaaqf, subit une première atteinte , puis c'est pour une voie 
publique et enfin pour une chose quelconque d'utilité géné- 
rale. Contrairement à l'opinion ordinairement reçue , la loi 
musulmane est donc perfectible dans une large mesure et 
par des moyens qui ne répugnent ni à la foi, ni à la raison; 
c'est là un fait qui mérite d'appeler l'attention de tous ceux 
qui s'occupent à un titre scientifique ou autre des choses du 

0. HOUDAS. 



interprètes chinois a\e€ la version 
Paris, E. Leroux, 1897; in-8* de 



louveau volume est le dernier 
i-King, si , depuis qu*il a paru , 
article dans le Joarnal, à pro- 
ï mystérieux, qui a pour base, 
Lagrammes attribués a Fo-hi, 
ïs horizontales, parallèles, les 
ontinues , dont chacune, a son 
leur symbolique. Après avoir 
a nature et l'interprétation de 
article du Journal asiatique 
\ publiait à Bruxelles, en 1889, 
te sur les bases établies, com- 
it aux 64 kua, et renfermant : 
un caractère chinois; a* deux 
L'autre divisé en points corres- 
igramme ; 3* de deux commen- 
)ondant à peu près au premier 
ion générale; le second entre 
s se rapportant aux traits de 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 187 

l*hexagramme. Un troisième commentaire qui ne fait guère 
qae répéter le second en insistant sur la valeur de Thexa- 
gramme considéré comme le double dun trigramme, est 
ajouté aux deux autres avec la rubrique ■ Symbolisme ». 

M. de Harlez cherchait toujours la version mandchoue 
qui devait être la pierre de touche de la justesse de sa tra- 
duction. Ayant pu se la procurer, il se mit aussitôt à Tœuvre 
et reconnut que cette version mandchoue donnait une tra- 
duction ne différant pas essentiellement de celle qu'il avait 
obtenue du texte chinois lui-même. Il a donc publié cette 
traduction parallèle à la traduction faite sur le chinois et 
renfermant, pour chacun des 64 chapitres, le premier texte 
suivi du premier commentaire intitulé twcui, d*après le chi- 
nois; le deuxième texte accompagné du deuxième commen- 
taire appelé siang, et enfin du Symbolisme. 

Pour compléter son travail, Tauteur a ijpis à la suite 
(pages 94-149) cinq commentaires qu*il avait cru pouvoir 
laisser de côté dans sa précédente publication, et sur les- 
queb il donne quelques explications (pages 94-95) : I, le 
Wen yen (explication des sentences); 11, le Hi sze (explica- 
tion des termes) relatifs lun et lautre, surtout le premier, 
aux deux premiers kua; III , le Shwo-kua (explication des huit 
trigrammes); IV, Sa-kaa-fa (ordre des hexagrammes d'après 
leur signification); V, Tsa-kua^tchuen (sens des kua mêlés, 
c est-à-dire groupés par catégories d'idées). Ces deux der- 
niers (IV et V) figuraient par extraits à la fin de la traduc- 
tion du texte chinois publié en 1889, ^^ ^^^ numéros Vf 
et VII, apparemment parce que le traducteur comptait 
comme I et II les commentaires Twan et Siang , ce qu'il ne 
fait pas dans le présent volume. 

Pour mettre le lecteur qui sait le mandchou en état de 
contrôler sa traduction , M. de Hariez termine par la repro- 
duction (en transcription) du texte mandchou (p. i5o-ai4)* 

Le lecteur qui veut se rendre compte du secoiu^ prêté à 
l'interprétation du Yi-King par la version mandchoue fera 
bien de lire le volume que nous annonçons , et qui a paru à 



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188 JANVIERrFÉVRIER 1899. 

Pans, «he& Leroux,. en 1^197, avec oduiipdraà Bmx^dleft» 
en 1889 , chez Hayo. Cette «omparaifiott ramèoera saii^ douif^ 
à coiidupe que M», de Uarlez donae^dme! manière géaé-* 
raie, le vrai sen» de ce livre mystérieux^ . ■ . 1 ^i 
L^impreftsion qui rebte deices travaux est <|ue le Yi-Hing 
doit être considéré comme un traité de morale,, préhent^ 
sous une forme biisarre et éoigmat^ue. On sen.^st aervi et 
Ton s*en sert encore comme dun livre de divinatioa; >maif 
il n*a paa été composé pofur cela « et ii*emploi superatitieut 
qu*on en fait tient à sa haute antiquité et au respect extra- 
ordinaire dont son ancienneté même le rend Tobjet. 

L. Fber. 



Le gérant, 
RUBENS DuVAL. 



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in-8* 7 fr. 5o. 



ALBEIVr KONTZ, 

DOCTEUR ES LETTRES. 

LES DRAMES DE LA JEUNESSE DE SCHILLER. 

Les Briflandi. — Fiasque. — Intrigue et Amour. — Don Carlos. 
Etode liisiariqoe et critique. Un volume m^S" i o fr. 



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182 

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JOURNAL ASIATIQUE 



OU 



.-'X^^' 



RECUEIL DE MEMOIRES 

^^T^^^BXÎTUITS ET DE NOTICES 



/Cv^ELATIFS X L'HISTÔt|lX, X LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES 



/^ 



(ET fcLAILOT'ÀR'A'nURE DES PEUPLES ORIENTAUX 

' niDIOB 

PAIX ,At^,. fi>iU)IEn DB MEYNARD, A. DARTU 

(C^ES, CLERMONT-GAmCEAU , FEER, UALÉVY 
C. DE IIARLEZ, MASPERO 
OPPBRT, RUBE.NS DCVAL, E. SENART, ETC. 

ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 



NEUVIÈME SÉRIE 

TOME XIII 



N* 2 — MARS-AVRIL 1899 



Taldeau des jours de séance pour l'année 1899. 

Lis séances ont lieu le second vendredi du mois , à k heures et demie , 
au siège 4e la Société, rue de Seine, n** i. 


jA«TirK. 


ràvaiEK. 


■ AftS. 


AfklL. 


■ AI. 


joia. 


joill.oaoAt-scft.-oct. 


■0». 


Ble. 


13 


10 


10 


14 


12 


S^ADC* 

puerai*. 


V«c«ncci. 


10 


15 


BibUothèque. 

La Bibliothèque de la Société, rue de Seine, n* i, est ouverte tous les 
samedu, de a heures à 6 heures. 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LIOnAlAE DB LA SOCIBTB ASIATIQUE, DB L'CCOI.E DES LANGUeS OflIBNTALES VIVANTES 
DB L'écOLB DO LOWAE, DE LA SOCIÉTK DE L*OBIENT LATU , ETC. 

RUE DOX APARTE, N* a8 



ERNEST LEROUX, EDITEUR, 

LIBRAIRE DE LA SOCIETË ASIATIQUE, DR L*BCOLE DBS LARGUES 0RIBRTAL18 VIVANTES, ETC.. 
RUE BONAPARTE, lC 28. 



OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASL^TIQUE. 

Journal asiatique, publié depuis 1822. 

AbonDement annuel. Paris : 2 5 fr. — Départements : 27 fr. 5o. — 
Étranger : 3o fr. — Un mois : 3 fr. 5o. 

COLLECTION D'OUVRAGES ORIENTAUX. 

Voyages dIbn Batoutah, texte arabe et traduction, par MM. Defrémery et 
Sanguinetti, 1873 -187 9 (nouveau tirage), A vol. in-8' 3o fr. 

Index alphabétique pourIbn Batoutah, 1893 (2* tirage), in-8**. . . 2 fr. 

Maçoddi. Les Prairies d'or, texte arabe et traduction, par M. Barbier de 
Mejnard (les trois premiers volumes en collaboration avec M. Pavet de 
Courteille). 1861-1877, 9 vd. in-8' 67 fr. 5o 

Maçoudi. Le Litre de l'ayertissement et de la révision, traduction par 
B. Carra de Vans, 1 vol. in-8* 7 fr. 5o 



Chants populaires des Afghans, recueillis, publiés et traduits par James 
Darmesteter. Précédés d'une introduction sur la langue, l'histoire et la litté- 
rature des A%hans, 1890, 1 fort vol. in-8*' 20 fr. 

Le Mahavastu , texte sanscrit publié^pour la première fois, avec des introduc- 
tions et un commentaire , par M. Em. Senart, 

Tome l, 1882 , in-8* 26 fr. 

Tome II, 1890, in-8' 26 fr. 

Tome m, 1898, in-8* 26 fr. 

Journal d'un voyage en Arabie (1 883 -1 885), par Charles -Huher, 1 fort 
vol. in-8* illustré de dicbés dans le texte et accompagné de planches et 
croquis 3o fr. 



Précis de jurisprudence musulmane, suivant le rite malékite, par Sidi Kkalil. 
In.8* 6 fr. 

Géographie d'Abou'lféda, texte arabe, publié par Reinaud et de Slane. 
In-A** 24 fr. 

RAdjataranoinî , ou Histoire des rois du Kachmir, publiée en sanscrit et 
traduite en français, par M. Troyer, 3 vol. in-8'' 20 fr. 



PUBLICATION ENCOURAGÉE PAU LA SOCIÉTÉ. 

Les MÉMOIRES de Sb-ma Tsien, traduits du chinois et annotés par Edouard 
Chavannes, professeur au Collège de France. 10 volumes in-iS* (en cours 
de publication). 

Tome I. 1 fort volume in-S" 1 6 fr. 

Tome II. 1 fort volume in-S* 20 fr. 

Tome, m, première partie. In-S** * 10 fr. 

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JOURNAL ASIATIQUE. 

MARS-AVRIL 1899. 

LES 

PREMIÈRES INVASIONS ARABES 
DANS L'AFRIQUE DU NORD 

(21100 H. — 651-718 J.-C. 

PAR 

M. C\LDEL. 

(suite.) 




VII 



Qui commande dans la tribu? à qui appartient 
le souverain pouvoir? Question difiBciie à résoudre. 
Les temps dont nous parions sont loin, et nont 
laissé qu'un faible écho dans Hiistoire. Le Berber 
lui-même reste muet et les étrangers qui Tont vu h 
des époques variables dans des lieux différents té- 
moignent contradictoirement. Confrontons leurs 
dépositions, elles nous apprennent à peu près ceci : 

L 'indigène des plaines voisines de la mer vivait 
sous l'autorité étrangère. Les chefs avaient fait leur 
soumission, payaient l'impôt el fournissaient des 
iiif. i3 



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igo MARS-AVRIL 1899. 

contingents. « Dans les campagnes situées en dehors 
de l'action des grandes villes, oii il y avait toujours 
des garnisons importantes, les Berbers, forts par 
leur nombre et leurs ressources, obéissaient à des 
rois, des chefs, des princes et des émirs. Ils y vi- 
vaient à labri d'insultes, loin des atteintes que la 
vengeance et la tyrannie des Romains et des Francs 
auraient pu leur faire subir ^. » 

Ces tribus ont un gouvernement : lequel ? Il se- 
rait oiseux de rechercher sa forme insaisissable et 
fuyante, d analyser ses aspects divers, de classifier 
et d'étiqueter. Notre terminologie moderne est trop 
précise, elle évoque trop d'idées, fait trop d'abstrac- 
tions et complique inutilement pour nous le pro- 
blème. Les hommes groupés en société ont besoin 
dune autorité qui les dirige, veille sur eux, protège 
les bons, châtie Jes mauvais, défende les intérêts 
supérieurs que la foule soupçonne vaguement ou mé- 
connaît, discerne pour tous la voie qu'il faut suivre, 
la fipaye et l'aplanisse. Un pouvoir supérieur détient 
cette autorité; mesurée au plus juste poids, elle reste 
sensiblement toujours la même, exerce sa perpétuelle 
et puissante influence dans un sens déterminé et 
pousse la nation tout entière vers un but précis; 
elle est mathémathique , inexorable, impérative et 
tutélaire. Le peuple, venu à pas lents du fond de 
l'histoire, l'a sentie grandir au-dessus de lui et s'af- 
confusément son sens profond et son 

I, p. 307. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 191 

rôle hautain , et voit à merveille ses instincts sourds , 
ses aspirations aveugles, ses ambitions maladroites 
prendre corps dans la politique que l'autorité su- 
prême applique. 

Ce peuple a des destins à accomplir; il est cohé 
rent, conscient et intelligent de ses devoirs; il ac- 
cepte, raffermit et encourage l'autorité qui lui 
rappelle ces devoirs et le pousse vers ces destinées. 

Rien de tout cela en terre d'Afrique. Le peuple 
berber ne se sent pas être, ne se sait pas vivre; c'est 
une poussière humaine répandue sur le sol, un peu 
plus épaisse au creux des vallées, plus clairsemée 
sur la surface lisse des plaines, et qui glisse sans 
trêve ni merci; le moindre vent la balaye, un 
autre souffle la ramène, et de cette agitation per- 
pétuelle rien ne sort. Le Berber est encore et sera 
toujours ce qu'il fut jadis , un molécule humain qui 
roule dans l'histoire sans jamais s'arrêter : tel le 
sable de son désert natal qui monte , s'accumule et 
retombe en vagues lentes et molles que rien ne fixe 
et qui ne portent rien. Cependant il y a une société; 
parlant, une autorité s'exerce. Mais la société est pri- 
mitive, instable et grossière; partant, l'autorité est 
rudimentaire, précaire et maladroite. C'est l'aristo- 
cratie qui la détient. 

Y eut-il jamais une aristocratie berbère .^Question 
longtemps controversée, encore douteuse ^ destinée 
à le rester toujours , si l'on continue à toujours dis- 

* Masqueray, Cité berbère, p. 49. 

l'i. 



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192 MARS-AVRIL 1899. 

cuter non le lait même , mais le terme qui , en Tes- 
cortant, robscurcit. Au fond, la question est fort 
simple : Entendez-vons par aristocratie une caste ou 
au moins une classe très supérieure à la masse envi- 

se sur le sol, qui lui appar- 
richesse qu'elle possède , 
et de fonctions spéciales, 
férue de son antiquité, au- 
ninant de toute la tête le 
éducation, lois, caractère 
is d aristocratie berbère. — 
ées que le terme évoque en 
L, et ny prenez que quel- 
imentaires. Vous entendrez 
ns une société en enfance, 
supérieurs par la richesse, 
militaire. Ils ont des trou- 
plus gras, de plus belles 
5 armes. D*auti'es gardent 
et surveillent la tente; ils 
'exercent au combat; vieux , 
i songent. Leur esprit est 
lus clair et plus audacieux 
is vivent dans la tribu, mais 
d'elle et , dans les cas difïi- 
îux , s'incline devant la sen- 
: le jeune guerrier au com- 
lent ou le succès militaire 
é : ils commandent et sont 
ur bien, la tribu n'est pas 



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LES PREMIKRES INVASIONS ARABES. 193 

leur sujette, la loi n'est pas leur œuvre, la coutume 
les régit comme elle régit tous les autres; mais ils 
l'appliquent, mènent la tribu et défendent le sol. — 
Si c'est cela que vous entendez par aristocratie, il y 
a une aristocratie berbère, et c'est bien elle qui gou- 
verne; mais elle n'est pas partout ni toujours la 
même, son autorité est précaire, ses capacités de 
gouvernemen sont limitées. 

Son autorité est précaire : elle est basée sur la ri- 
chesse matérielle et l'influence morale; la richesse 
pastorale est fugace, l'influence est personnelle et 
meurt avec l'homme qui l'exerça. Les circonstances 
ne se présentent pas toujours qui permettent h la 
richesse ou à l'influence d'établir leur suprématie. 
Aux temps faciles, quand l'abondance règne et quand 
l'ennemi s'éloigne, elles perdent singidièrement de 
leur valeur, et l'on pourrait, ce semble, déterminer 
une gradation de l'autorité en partant de la peuplade 
installée en plaine, combattante et assaillie, orga- 
nisée et commandée militairement , pour aller à la 
tribu retranchée dans la montagne et assurée de ses 
défenses. 

Dans la première, commande le chef unique; 
dans la seconde , l'assemblée de la peuplade entière 
délibère et décide. Dans les deux , un lien très fort 
unit les membres de la petite société en un solide 
faisceau; c'est le sentiment de la solidarité, de la 
communauté d'origine et d'intérêts; c'e^t ce que le 
Berber de nos jours appelle la horma, « l'honneur ». 
« On n'est pas noble parce qu'on descend dîrecte- 



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194 MARS. AVRIL 1899. 

ment d ancêtres qui se sont illustrés par leur vail- 
lance ou ont occupé de hauts emplois, mais parce 
qu'on a fait partie d'une tribu dont tous les mem- 
bres sont demeurés intimement unis depuis une 
haute antiquité ^ » 

Et voilà ce qui m'inciterait à dire , si je ne crai- 
gnais que l'inexorable précision du terme ne trahît 
ma pensée, que la société maure est, en principe, 
démocratique. C'est l'assemblée du peuple, la djeman 
de nos jours, qui règle les affaires communes, dis- 
cute et juge; les puissants ny tiennent pas plus de 
place que les autres , mais ils sauront vite prendre 
la direction, saisir l'autorité et la garder dès que 
la tribu descendra dans la plaine et entrera en con- 
tact avec l'ennemi. Le grand chef s'élève alors, il 
prend ses gens dans la main et » avec eux , soumet les 
voisins , leur impose le tribut et l'assistance militaire. 

Voilà un royaume fondé ; ses frontières s'étendent 
aussi loin que porte la lance du souverain. Rien autre 
que son prestige et que la terreur qu'il inspire ne les 
fixe. On s'incline devant lui, on prête hommage, on 
paye l'impôt. Mais le chef porte tout son empire au 
bout de son bras; qu'il faiblisse, vieillisse ou meure, 
tout s'évanouit. Les peuples refusent le tribut et re 
tournent à leur indépendance première. Vous voyez 
constamment s'élever des empires qui, le lendemain , 
s'en vont en fumée. Tel chef, qui, comme Antalas, 
labdas ou Carcasan, menait au combat 3o,ooo ou 

' TbikKhtldoiiii , prol. I, p. a 8a. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 195 

5 0,000 guerriers , n a pas , au soir de la défaite, trente 
hommes qui lescortent^ et ne trouvera plus désor- 
mais d'asile que dans sa tribu d origine; les autres 
lui seront indifférentes ou hostiles. Une brusque dé- 
tente nerveuse avait pu les soulever un instant; la 
soif du butin, peut-être même parfois la conscience 
obscure d'un danger national ont pu déchaîner leur 
élan : elles ont suivi celui qui parlait haut et bien. 
Elles ont obéi même à des femmes : la Kahina les 
mène au vnf siècle, comme, auxiv*, Chimcy mènera 
les Beni-Iraten^; maisTélan tombe vite, la méfiance 
s éveille, la trahison couve, la révolte éclate, le chef 
est désobéi , abandonné ou livré. Vous voyez à quel 
point son autorité est précaire ! 

Ses capacités de gouvernement sont limitées. 

Il faudrait vraiment, pour parler de ces hommes 
et de ce^ choses, un vocabulaire spécial, pétri de 
doutes , d'hésitations et de réticences. Nos mots trop 
sonores détonnent dans ce vide et y éveillent de fal- 
lacieux échos. « Gouvernement » , cela signifie pour 
nous : autorité largement et puissamment assise sur 
une terre délimitée, traditions séculaires, vues à 
longue portée, conseils tenus et résolutions mûries, 
marche patiente et irrésistible vers im but, évolution 
et progrès. Le gouvernement se trouve en présence 
de circonstances déterminées, défavorables ou pro- 

* cGiez les Numides, personne, excepté les cavaliers de sa garde, 
ne suit le roi après une déroute. Chacun se retire où il juge à pro- 
pos •. (Salluste, LIV.) 

* Ibn Khddoun, I, p. 257. 



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196 MARS. AVRIL 1809. 

pices ; à travers ces circonstances , en usant de moyens 
puissants, dès longtemps préparés, il vise un objet 
précis, permanent et lointain. 

Ici les circonstances sont implacablement hos- 
tiles, les moyens sont précaires et la faiblesse de son 
esprit ne permet pas à Thomme de déterminer un 
but. 

Et d'abord l'élément principal , l'objet même du 
gouvernement, l'État, le royaume , n'existe pas. Vous 
ne pouvez appeler de ce nom l'ensemble de tribus 
unies par l'allégeance de toutes à une , ou l'alliance 
librement consentie; c'est une masse amorphe et 
fluide, qu'aucime frontière n'arrête et ne consolide, 
qui s'étale ou se rétracte, s agglomère ou s'éparpille. 
Pas de frontière physique : par suite, pas de sécu- 
rité. 

Ce n'est ni le sentiment de la communauté d'ori- 
gine, ni l'usage d'une même langue, ni la poursuite 
d'une même ambition qui groupent les tribus; cha- 
cune d'elles a peut-être lïmpression obscure de ces 
choses, mais pour elle-même, et ne la partage pas 
avec ses voisines. Pas de frontières morales non plus : 
par suite , pas d'homogénéité ni de traditions. Celui 
qui édifie im royaume , le taille à coups de sabre en 
pleine chair et aggrège les hordes à sa façon. Ni le 
sol, ni le sentiment populaire ne lui donnent de 
points d'appui : les circonstances lui sont hostiles. 

Ses moyens ne sont pas moins précaires. Nous 
avons entrevu tout à l'heure, nous verrons bien 
mieux , par la suite , avec quelle facilité l'union se dés- 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 197 

agrège et Tarmée s'évapore. Or la confédération im- 
posée ou consentie est la seule forme de TEtat; i ar- 
mée est sa seule force. En disparaissant, elle laisse 
le chef en face du néant; il passe sa vie et use sa 
vigueur à consolider le faisceau des alliances et à 
maintenir cohérents les éléments disparates de son 
armée; chaque tribu est animée d'une force centri- 
fuge qu'il faut neutraliser, chaque escadron joue au 
corp^ d'armée et veut combattre pour son propre 
compte. Vous imaginez-vous les tours de force diplo- 
matiques qu'il faut accomplir et la prodigieuse au- 
torité qu'il faut exercer pour maintenir la confédé- 
ration imie et faire de ces bandes un outil militaire 
qui ne gauchisse pas dans la main ? 

Mais ces merveilles de diplomatie et d'autorité 
doivent cependant atteindre à un résultat , inventer 
les firontières que la nature refuse et découvrir au 
peuple les avantages de l'union permanente et de 
l'effort commun. 

La diplomatie et l'autorité s'usent à la poursuite 
de petites choses et ne portent pas leurs fruits. Cela , 
c'est la faute de l'esprit berber. 

L'esprit berber est étroit et court. Il n'embrasse 
pas beaucoup de choses à la fois et ne porte pas 
loin ; c'est un esprit myope qui ne saisit que le pre- 
mier plan des aspects, ce qui éclate aux yeux et 
s'impose, mais qui ne peut percer l'ombre des se- 
conds plans; les demi-teintes du doute, de l'inconnu 
l'inquiètent : il se cabre devant et se dérobe. 

Les conséquences possibles des faits actuels lui 



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198 MAHS-AVRIL 1899. 

échappent, toute l'intensité de son action se porte 
sur la minute présente; il n'en distrait rien pour in- 
terroger le passé ou scruter Tavenir. 

Sa réflexion est lente, sa pensée courte; les pré- 
occupations de l'heure actuelle l'encombrent et ab- 
sorbent tout son effort ; ces préoccupations sont 
simples, naïves et impérieuses. D faut vivre d'abord, 
acquérir ensuite, s'étendre aux dépens du voisin; 
manger, voler (en parlant d'un chef, on dim conqué- 
rir), voilà les deux buts à atteindre. L'imagination 
berbère s'y dépense tout entière; elle stagne au ras 
du soi, s'épuise à la recherche des petits moyens, 
des sournoiseries puériles , des ruses mesquines qui 
la hisseront péniblement sur le caillou qu'elle con- 
voite. Au delà, rien; demain sera ce qu'il pourra. 

Le souverain berber ne voit pas plus loin que ses 
sujets, il n'a pas d'idées politiques, et, si par hasard 
il s'avise d'en avoir, son peuple, stupide et méfiant, 
l'abandonne. 

Mais j'avance des affirmations gratuites. C'est 
chose délicate que mesurer le développement moral 
d'un peuple , chose plus délicate encore que scruter 
son âme. L'historien Irouve généralement dans la 
législation l'exacte mesure du développement moral; 
la religion lui donne l'empreinte fidèle de l'âme. Vé- 
rifions cette règle. Interrogeons la législation et la 
religion berbères. 

rien des législations du passé, 
nous en faire une idée suffi- 
les qanouns actuels de nos tri- 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 199 

bus du Djurdjura et de TAurès. Ds sont primitifs, 
puérils, positifs et précis ^ 

La loi salique, la loi Gombette, placées en regard, 
semblent des chefs-d œuvre de science et do pro- 
fondeur juridiques; on y démêle un certain souci 
delliarmonie, une apparence d enchaînement entre 
les articles et de classement des matières. Le Qanoun 
ne renferme que des dispositions répressives. Toutes 
les manifestations du crime sont prévues et châtiées , 
mais la notion du droit n'existe pas encore; on ne 
voit point apparaître la personnalité juridique, 
rhomme entouré de toutes les garanties que la loi 
élève autour de sa personne et de ses biens ; on voit 
à peine s estomper la notion de ses devoirs; le fait 
présent et brutal domine seul : tu as mal fait, tu 
seras puni. Pas de principe, pas de théorie géné- 
rale ; une énumération d atrocités réprimées par un 
supplice correspondant, puis la kyrielle des menus 
méfaits punis d une amende tarifée au plus juste. 

Un homme a fait un acte que la tribu juge ré- 
préhensible; l'assemblée délibère et prononce un 
arrêt; voilà un article de plus ajouté à ce singulier 
code. Constatation du fait, conscience précise de 
son caractère délictueux, fixation de la peine; trois 
opérations bien simples que toute intelligence peut 
faire: cest la notion du droit et de la justice réduite 
à ses éléments primitifs. L'esprit berber en est tou- 
jours resté là. 

* Voir les textes dans Masqueray, Cité berbère, \n fine. 



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200 MARS-AVRIL 1899. 

U s'est à peine interrogé lui-même ; il n a pas re- 
gardé le ciel. Vous ne trouverez pas de religion ber- 
bère. 

Jadis le Maure adorait des idoles; il les conserva 
longtemps. En 5^7 de notre ère, lerna, roi des 
Levathes, se fait tuer en cherchant à sauver, dans 
le flot d'une déroute, l'image du dieu GurziP. Ido- 
lâtrie n'est pas religion , adorer n'est pas croire. Édifier 
une foi religieuse, cela demande un travail psy- 
chique délicat et long, une profondeur d'observation , 
une intensité de réflexion, une finesse de sentiment 
que tous les esprits ne possèdent pas; l'homme con- 
sidère d'abord le monde extérieur, il soupçonne une 
vie et une harmonie qui l'intriguent; il se replie sur 
lui-même, entend vagir son Ame, assiste stupéfait 
à son épanouissement et voit, en soi, se poser le 
problème que, déjà, la nature lui donnait à ré- 
soudre. Devant ces deux mystères, sa pensée chan- 
celante se prosterne; elle est trop faible encore pour 
fixer froidement leur vertigineuse profondeur; toute 
sa vigueur d'observation et de réflexion est tarie et 
son âme, épuisée et ravie, évoque l'image d'un 
créateur, auquel elle fait hommage de l'harmonie du 
monde extérieur et de sa propre essence. Mais , pour 
discerner cette harmonie et distiller cette essence, 
il faut un esprit clair, sagace, puissant et vibrant; 
le bcrber n'a pas cet esprit. 11 ne regarde jamais 
derrière ses idoles. Il y tenait du reste fort peu, les 

' Diehi, 370. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 201 

abandonna pour la première religion qui s offirit et se 
fil, avec une égale désinvolture , suivant les temps et 
les circonstances, païen, juif ou chrétien. De sa 
part, c était calcul et ruse : il adoptait la religion du 
vainqueur pom' se faire bien voir et s'assurer la sécu- 
rité; il ne s y attachait pas. La foi phénicienne était 
trop lointaine, la romaine trop hautaine, la catho- 
lique trop humaine pour qu'il les pût bien saisir. 
Au fond , il restait indiflférent. Au vn* siècle , nous 
ne trouvons pas de religion berbère; chacune des 
croyances qui, tour à tour, dominèrent TAfrique, a 
laissé dans une vallée des adeptes assez tièdes. Il y 
a des tribus païennes , juives et chrétiennes. Les Le- 
vathes sont païens; les Djeraoua de TAurès, les 
Nefouça de llfriqiya, les Fendelaoua, les Mediouna, 
les Behloula, les Ghiâtha et les Fazaz du Maghreb- 
el-Aksa sont juifs ^ Cette croyance leur était venue 
des Israélites de Syrie '^. De nombreuses populations 
du Djerid, de TAurès et du Zab, les Auraba, les 
tribus des environs de Tiaret et celles qui avoisinent 
la Byzacène sont chrétiennes'; la propagande byzan- 
tine ramenait à l'orthodoxie celles qui avaient versé 
dans le donatisme. 

Le Berber est trop primitif pour concevoir une 
religion ; il accepte sans examen celles qu'on lui ap- 
porte toutes faites, en méconnaît le sens profond, les 
délicatesses et les subtibilités , les pratique avec indo- 

^ Ibn Kaidoun , I, 3o8. 
^ IbnKaidoun, I, 3o8. 
' Diehl, 527. 



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202 MARS-AVRIL 1809. 

ience. Elles ne poussent point de racines dans son 

àme et ne se concilient pas son cœur. 

Telle est la société berbère, nomade ou séden- 
belliqueuse ou pacifique, dans ses plaines ou 
es vallées. C'est un grand corps aveugle , dif- 
et maladroit , agité sans cesse de soubresauts 
sifs. Pourquoi cette agitation? Nous le- savons 
:e. La vie difficile, lappétit du bien d'autrui, 
on du voisin, la pente vers la mer, la brutale 
i de l'étranger établi sur la côte, autant de 
1 au perpétuel tourbillonnement des peuplades 
es-mémes. 

ce corps mal bâti possède une force colossale ; 
nmes sont nombreux et vaillants ^ les chefs 
eux et entreprenants ; tous sont prêts pour lac- 
tout les pousse à faction. Combinée, celle-ci 
décisive; mais elle est confuse, maladroite et, 
t, stérile. 

A tient au caractère même des hommes, nous 
; vu tout à fheure ; cela résulte plus inexora- 
nt encore de la configuration géographique 
^s et de la situation politique et économique 
îuples. Les vallées sont trop hautes, trop 
s et trop courtes. Ce ne sont pas des routes de 
erce et de civilisation qui , par leurs ramifica- 
portent au loin les richesses et les idées, mais 

bl, 537. 

printemps de 548, Coutsina amène à Jean Troglita 3o,ooo 
, labdas 13,000, Ifisdaîas 100,000 (ce dernier chiffre est 
lent exagéré). Diehl, 877. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 203 

des culs-de-sac sans issues , refuges des vaincus que 
tente toujours la plaine. Et encore n'y a-t-il de 
trous de ce genre que dans TAïu^s , le Djurdjura et 
rOuarensénis ; partout ailleurs, c est la plaine ouverte. 
Des montagnes la bordent, mais elles s'ouvrent en 
éventail , vers la mer. On peut, entre leurs rameaux, 
s'avancer et conquérir, à la condition de surveiller 
les crêtes qui abritent la marche de l'ennemi et favo- 
risent ses attaques à revers. Notez ce fait, il est pré- 
pondérant : toute la tactique berbère est basée 
dessus. Les monts, trop écartés pour arrêter la mar- 
che de l'envahisseur, sont assez élevés pour séparer 
les habitants des plaines parallèles. Ils permettent de 
faire traîner la défense sans lui assurer le succès final , 
et opposent un obstade presque insurmontable à la 
création d'un vaste et puissant Etat. D faudrait, pour 
triompher de la nature, un esprit politique que les 
chefii berbers ne possèdent pas. Ils agissent sous 
l'empire de l'émotion présente, dans un intérêt étroit 
et personnel et sont irrémédiablement jaloux les 
uns des autres. « Aucune politique suivie ne dirige 
leurs résolutions. On chercherait à tort dans leurs 
insiurections quelques traces d'un sentiment na- 
tional , quelque désir de sauvegarder l'indépendance 
de leur peuple'. » Et ce n'est point là un fait isolé, 
un état d'esprit transitoire , né des circonstances : 
c'est un vice de constitution propre à la race. Elle 
en souffire encore aujourd'hui. « En 1 879, les Aouled- 

' Diehl, 36i. 



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'>0\ MARS-AVRIL 1899. 

Daoud rebelles ont été écrasés par nos troupes sans 

que les Oulad-Abdi et les Oudjana, leurs voisins, 

aient témoigné d'autres sentiments qu une véritable 

* ' ' ' 1 chef qui veut agir court de tribu en 

ir en douar, raisonne lun, prêche 

: par menace, soit par persuasion, 

ifédération ; c est la ^eti/a des Kabyles 

mais « chaque tribu marche à son 

comme elle veut, se retire quand il 

chef est plus préoccupé de mainte- 

au mal noué de ses forces que de 

1 de campagne. 

it à la (jebila, dont les éléments sont 
ndants et distincts les uns des autres, 
des plus grands périls, cest un po- 
mpu aux intrigues locales pour la 
lacte pendant toute la durée des hos- 
me pour réprimer les défections in- 
assez riche pour payer les muni- 
leurte toujours à Tinertie. il bute 
trahison : « Il suffit de finsurrection 
r que lautre demeure neutre ou 
es services à Tempereur; souvent 
ènes provoquent ou sollicitent Tin- 
itine*. » 
agitations, pas la moindre idée poli- 

berberc, i63. 

, io5. 
., ii8. 
le rinsurrection de 53/(, p. ti4« 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 205 

tique. Le but est le pillage; le moyen, la révolte; 
l'occasion, les embarras du voisin. La date importe 
peu. L'histoire se répète avec ime désespérante mo- 
notonie. Eln 395 avant Jésus-Christ, à la nouvelle 
de la défaite des Carthaginois en Sicile, les hordes 
berbères viennent assiéger leur capitale et la mettent 
en grand péril; elles se débandent du reste sans 
avoir rien fait ^ ♦ 

En 3 1 o avant J.-C. , Agathocle , tyran de Syracuse , 
assiège Carthage ; les Maures se joignent à lui d'en- 
thousiasme'^. 

En 1 7 de notre ère , Tacfarinas entraîne les Mu- 
sulames de l'Aurès; aussitôt Mazippa, chef ^des 
Maures, l'imite; ils sont battus tous deux par M. F* 
Camillus^. 

En 5â6, Antalas soutient le duc de Numidie, 
Guntarith, révolté contre le gouverneur, Aréobinde. 

Ce ne sont là que quelques faits, choisis entre 
bien d'autres. 

La révolte a été subite, irraisonnée; tout aussi 
prompte est la soumission. Quand le trouble 
s'apaise, quand le Romain ou le Grec reprennent le 
dessus, quand les occasions de pillage font défaut 
et quand le brigandage est sûrement et sévèrement 
réprimé, les chefs viennent les uns derrière les 
autres demander l'aman (j'emploie le terme à des- 
sein, il est aussi juste pour ce temps-là que poiu- le 

' Mercier, I, 8. 

* Mercier, 1, ga. 

* Mercier, I, 10. 



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^00 MAKS-AVRIL 1809. 

nôtre; ces choses nont pas changé); ils mettent la 

paix aux enchères et cherchent à se distancer dans 

les bonnes grâces de l'étranger; s'ils sont faibles, ils 

lui demandent Tinvestiture de leur commandement; 

int encore puissants, ils exigent en outre des 

>ns et cherchent à tirer de la paix le bénéfice 

guerre ne leur a pas fourni ^ Ils ont beau- 

du condottieri : le coup d'épée facile , la con- 

e large, Tabsence de pensée supérieure, 

é au gain , la vénalité et la rapacité. Ils orga- 

une expédition comme, de nos jours, on 

5 une affaire financière, ramassent des capi- 

calculent les chances pour et contre , risquent 

iip et, à la liquidation, balancent les profits et 

rtes. Ils sont les directeurs et les bailleurs de 

de l'entreprise, fournissent les armes et les 

ions et encaissent la plus grosse part du béné- 

)e ne sont plus des hommes d'Etat , mais des 

preneurs de brigandage. Que ce soit brigandage 

lération militaire d'un ordre plus relevé, les 

iStances économiques ne servent pas mieux le 

jue les circonstances politiques. D'abord la 

de fonds est vite épuisée*. Tous ces gens sont 

es et n'apportent avec eux que leurs armes et 

montures; la fortime du général ne saurait suf- 

ia nouvelle de la bataille de Decimum , les grands chefs des 
nvoyèrent des ambassades au général byzantin, chargées 
ter leur hommage et de promettre leur alliance au repré 
de Justinien; ils demandaient en échange une nouvelle et 
le investiture de leur commandement* > (Didh» s3). 
iqueray , Cité berbère, 1 18. 



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LES PREMIERES LNVASIONS ARABES. 5K)7 

Tire à tout; de plus, son armée est menacée de la 
famine. Il faut vivre et la guerre ne nourrit pas tou- 
jours son homme, n'entretient sûrement pas sa fa- 
mille. 

Pour vivre, il faut cultiver la terre, si peu que ce 
soit, et faire une récolte quelconque qui permette 
dépasser Thiver. Pas de récolte, c'est la disette et 
la mort. De là, les deux caractères de la guerre en 
pays maure : le subit éparpillement des armées en 
rase campagne, la résistance exaspérée des derniers 
hommes dans leur dernier réduit. L'armée s'évapore 
dès qu'arrive le moment des semailles, «qu'elle 
soit vaincue ou victorieuse ^ ». Chacun court à son 
champ, le retourne et l'ensemence. On reprendra 
la campagne plus tard, s'il en est temps encore; 
mais il n'est pas de raisonnement politique ni de 
nécessité tactique qui tienne devant l'impérieux com- 
mandement de la faim. 

Mal assis sur un territoire trop ouvert, incapables 
de s'unir pour tenter une action commune, pauvres 
et mal outillés pour la guerre, les Berbers sont 
pourtant de rudes et fiers combattants : Carthagi- 
nois, Romains, Vandales et Grecs, l'apprirent à 
leurs dépens. Pour vaincre les mercenaires puni- 
ques, déconcerter les légions de Rome, tenir tête 
aux guerriers de Trasamond et rompre les cata- 
phractaires de Byzance . il ne fallait pas seulement 
être soldat, il fallait aussi savoir la guerre, combiner 



Maïquflray f Ci(^ berbère, io5, 107. 



là» 



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208 MARSAVRIL 1899. 

et appliquer une tactique. Etudions un peu celle-ci. 

Elle en vaut la peine , et seule nous expliquera plus 

tard certains faits que la politique laisse obscurs; 

elle est , de plus , un curieux et convaincant exemple 
|, de la pérennité des choses en terre d'Afrique. Vallée, 

Clauzel et Bugeaud retrouvèrent là-bas les guerriers 
;ombattus Métellus, Marins et Jean Tro- 
ppés brusquement du lointain passé, 
de rhistoire toute moderne. Ce chapitre 
rnr une étude de nos guerres de ce siècle, 
itame celle des luttes d'il y a mille ans. 
imais, nulle part ailleurs , semblable im- 

^ons ce qu'est le pays : une série de 
gées, communiquant par des pentes 
l'abrupls sentiers, suivant le niveau au- 
rient; 'autour, des montagnes peu élevées 
qu'il ne faut pas songer à franchir si on 
ît bien, qui, souvent, restent infranchis- 
li qui les connaît le mieux. Mais elles 
es, puis vont en s'évasant vers le littoral; 
un auxiliaire, non une défense. Au mi- 
nes et sur les plates-formes supérieures, 
ccessibles, donjons gigantesques d'une 
iturelle; au fond des vallées, des oued 
ji brisent l'élan des troupes et rompent 
des convois, des sebkhas tix)mpeuses, 
mmâtre donne la fièvre sans étancherla 
its rares et avares, espérés des heures 
"ouvés vides. Sur tout cela un soleil fé- 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 20U 

roce qui boit feau , grille la pierre et fait trembler 
dans rëther surchauffé, aux yeux que la soif trouble, 
des mirages décevants. Entrer est facile, avancer 
devient pénible, se maintenir est fort diflBoile. 

Le Berber est partout qui vous guette. 

Il a pour lui deux auxiliaires puissants : la soif, et 
la rapidité de ses mouvements. 

Le manque d'eau fait souffirir l'envahisseur; la 
préoccupation du breuvage lempêtre et lie tous ses 
mouvements. Il traîne derrière lui des approvision- 
nements considérables qui retardent sa marche ^ ; cette 
ressource est précaire et vite épuisée; il faut aller 
aux points deau; ceux-ci sont peu nombreux; le 
Berber les connaît bien, et, par eux, il prévoit la 
marche de l'adversaire ; dès lors , plus de surprise pos- 
sible , plus de coup de main à tenter, l'indigène sait 
toujours où vous allez, vous ne savez jamais où il est. 

A la première attaque , il s'est dérobé; la nouvelle 
de la guerre a été portée de tribu en tribu par des 
coureurs ou des signaux convenus, et le prochain 
soleil n'a plus trouvé sur l'emplacement des douars 
que quelques feux mourants , à côté des cercles de 
terre battue que recouvraient le^ tentes. La plaine est 
\ide. 

Les tribus sont passées du pied de paix au pied do 
guerre. Tout le monde est mobilisé et utilisé : les 
hommes préparent leurs armes, les femmes soignent 
les montures et les harnachements; il n'est pas jus- 

* Voir U difficulté de la marche de Marin» sur Cap»a. ^Sall. , 
BelL Jng,, xc.) 



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210 MARS-AVRIL 18Q9. 

qu*aux troupeaux qu'on n emploie ; ils feront , lors du 
combat, des retranchements vivants. Mais nous n en 
sommes pas encore là : il faut d abord lasser lennemi, 
et, pour cela, battre vivement en retraite ^ lui laisser 
ne et gagner la montagne, pour, de là-haut, 
et le surprendre. «Cependant, Jugurtba les 
(Métellus et Marius) le long des collines , épiant 
aent et le lieu propres à lattaque. Là où il ap- 
t que les Romains devaient porter leurs pas, il 
[es fourrages et empoisonnait les sources si rares 
epays; il se montrait tantôt à Métellus et tantôt 
ius , tombait sur les derniers rangs et regagnait 
it les hauteurs, puis il revenait menacer lun , 
er l'autre; enfin, ne livrant jamais de bataille, 
►sant jamais de repos , il réussissait à empêcher 
fni d'accomplir ses desseins^. » Le général n'em- 
même pas toutes ses troupes à cette guerre 
rmouches; il laisse le gros de son armée dans 
itonnements et ne met en mouvement qu'une 
élite ^, qui , non contente de troubler la marche 
tnemi pendant le jour, jette l'alarme dans son 
pendant la nuit*. Le Maure d'Afrique traite 
mi comme son demi-descendant, l'Espagnol , 
le taureau dans les corridas de maerte, La 
î légère des batteurs d'estrade a harcelé l'armée 

ia nouvelle de l'arrivée de Marius, les rois se retirèrent 
de leur côté dans des lieux très difficiles dVcès» (Sali. 

Lxxvn). 

1. , LY. 

L, iiv. 

1. . LIV. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 211 

à souhait; beaucoup d'hommes sont morts déjà, beau- 
coup d autres, dans les rangs, sont blessés; la soif 
les étrangle, les outres sont vides; sous le soleil, les 
casques brûlants couvent des idées de révolte ou 
de lutte à outrance. Le général appelle la bataille : 
Tarmée s'arrête hésitante, déconcertée, exaspérée, 
s aligne et fait tête. Alors, le Maure, mattre du 
lieu et de l'heure, descend à son tour dans la plaine, 
comme Yespada dans l'arène, et, posément , en homme 
sur de lui, offire le combat. Mais, là encore, il prend 
ses précautions , s'avance derrière un rideau vivant de 
bétes de sommes, de chameaux surtout, car il sait la 
frayeur que ces animaux inspirent aux chevaux. Au 
premier choc, l'élan de l'ennemi se brise contre cet 
obstacle; les archers abrités derrière le criblent de 
flèches et le contraignent à reculer; si la seconde 
charge n'est pas plus heureuse, si la ligne ennemie 
faiblit et ondule le Berber quitte son retranche- 
ment et attaque à visage découvert; sa longue pa*- 
tience et sa courte audace lui donnent souvent la vic^ 
toire. 

Telle est la tactique dassique. A la veille de l'in* 
vasion arabe, le Maure l'applique contre les Van- 
dales avec le même succès que contre '»es 'ennemis 
de jadis. En 5 20, Gabaonvàia tète des tribusde la 
Tripolitaine, attaqtfé la frontière méridionale de la 
Byzacène; Trasamond envoie contre lui une armée. 
Le rebelle range ses troupes en demi-cercle et cou- 
vre son centre d'une ligne de chameaux, entre les 
jambes desquels il place des archers; la. cavalerie 



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212 MARS-AVRIL 1809. 

ennemie , effrayée par 1 odeur des animaux , prend 
lafîiite , et le champ de bataille reste à Gabaon ^ Sou- 
vent aussi , le Maure attaque à la tombée du jour, 
quand le crépuscule rapide de TOrient déforme les 
objets, agrandit les ombres et peuple les fonds du 
nîi\rcaflro i\Q yisious indécises et troublantes, t Après 
îi leiurs armées , au moment où Marius part 
uartiers d*hiver, ils (Bocchus et Jugurtha) 
t lorsqu'il restait à peine une heure de 

même il assaille en pleine nuit le camp 
iii sommeille. « Lorsque Jugurtha eut tout 
lion ses vues , tout à coup , au milieu de la 
\ multitude de Numides cernent le camp 

avant tout, il fait une guerre de pillage et 
ïtion : «Jugurtha entre. . . brusquement, 
Tune troupe nombreuse, dans les États d'A- 
enlève les hommes et les troupeaux avec 
[)utin , brûle les maisons et fait ravager par 
ie presque tout le pays; puis il reprend, 
toute sa suite, le chemin de son royaume^. » 
pas une armée , c'est un essaim vorace qui 
5, dévore et gaspille en cent endroits, se 
ir darder la main qui Técarte , puis s'égaille 
iau, va, revient, s'emmêle, bourdonne, 



,1 i54 t d*après Procope, livre I, rhap. 9. 
ell., Jug., xcvn. 
ell. Jug, , xxxyni. 
W/. Jug, , K\, 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 213 

pique et use sa force en un tourbillonnement buti- 
neur qui, tout à coup, s affaisse et tombe. On né- 
crase pas plus le Berber dans une bataille rangée 
qu'on ne détruit im essaim dun revers de main, 
quelque brutal et bien assené qu*ilsoit.Ilfaut, pour le 
dompter, une guerre spéciale, faite, comme sa pro- 
pre tactique, de petits moyens, de marches rapides, 
de vastes coups de filets jetés sur toute ime région , 
de razzias et de dévastations, de défaites infligées 
coup sur coup. Tous les généraux africains le com- 
prirent , de Métellus à Lamoricière. « Métellus se dé- 
cide à éviter les engagements et les batailles rangées , 
pour adopter un nouveau plan d opérations; il se 
dirige dans les cantons les plus riches de la Numidie , 
ravage les champs, prend les châteaux et les places 
peu fortifiées ou sans garnison, les livre aux flammes, 
passe au fil de Tépée tout ce qui est en état de porter 
les armes, et abandonne aux soldats le reste de la 
population. La (erreur de ces exécutions fait qu'on 
livre aux Romains une foule d'otages , qu'on leur 
apporte des blés en abondance et tout ce dont ils 
peuvent avoir besoin'. » — « Le général de Lamori- 
cière pensait que la soumission- complète de l'Algérie 
n'était pas au-dessus de nos forces , mais que , pour 
l'accomplir, il fallait changer de fond en comble les 
vieux errements et passer résolument de la défensive 
à l'offensive; que pour cela il fallait plonger dans 
l'intérieur,. non pas au moyen de petites garnisons 

^ SaUtute,i.iT. 



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Uk MARS- AVRIL 1890. 

sans puissance et sans action , retranchées derrière 
des murailles et submergées dans le flot indigène, 
mais au moyen de fortes colonnes mobiles parcou- 
rant le pays en tous sens, vivant sur lui, nourrissant 
la guerre par la guerre et frappant sans relâche dans 

1^ ••-♦.érêts, et jusqu'à ce qu'elles demandassent 

es populations dont nous n avions pu vain- 
tilité 1 ». 

obtenir la paix de ces gens-là, il faut les 
, pour les battre, les poursuivre jusqu'au fond 
dernière retraite, tenir leurs personnes et 
ïns, les réduire à merci. Gela fait, rien n'est 
)re : il faut rester au milieu d'eux, les domi- 
des postes bien placés, les menacer d'un 
et inexorable châtiment à la première incar- 
\ terroriser et les fouailler sans cesse. Il faut 
séparer les tribus domestiquées du dedans 
plades insoumises du dehors, fixer les pre- 
lu sol , élever une chaîne de forteresses qui 
es autres à distance respectueuse. Quand 
t tout cela, si l'on reste très fort, toujours 
en éveil, on peut, mais alors seulement, se 
naître de l'Afrique. 

^zantin pouvait-il dire cela au vu* siècle ? Il 
face de lui des tribus puissantes : sur le haut 
s, les Cannes et les Silsactae; au 8.-E. de la 
e, les NafFur (probablement les Nefouça de 
Idoun^), entre Fernana et ITiala, les Frèxes; 

irail , Souvenirtj 1 , 1 1 1 . 
^Diehl. 



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LKS PREMIÈRES ÎNVASTONS ARABES. 215 

entre le littoral et les chotts , les Mecales , les Astrices , 
les Anacutasur, les Urceliani; derrière eux, dans les 
Maurétanies , les Mastnoudah , les Zenatah , les Aura- 
bah ; entre la Byzacène et Leptis Magna , les Austures 
(Houara des Arabes) et les Ilaguas (Louatha); au 
delà , les Gadabitani , et , plus loin encore, dans la Gy- 
rénaïque, les Barcéens*, tous peu ou point soumis. 

Les premières années de Toccupation avaient été 
belles. Après Decimum et la chute de la domination 
vandale, les grands chefs avaient prêté volontiers 
rhommage; • ils demandaient en échange une nou- 
velle et solennelle investiture de leur commande- 
ment^». Habileté diplomatique qui assurait le pré- 
sent sans engager lavenir; ils tâtaient le nouvel 
occupant et mesuraient sa puissance. Elle était faible. 
Dès Tannée suivante (534), ils commencèrent à sa- 
giter dans la Byzacène. Le gouverneur les tint en 
respect et les plaça sous lautorité de lun d'eux, resté 
fidèle, Antalas*(535). C'est le système du protec- 
torat : on ne réduit pas l'indigène , on le ménage ; tout 
à rheiu'e, on le craindra et on traitera avec lui. 

En 543 , les Louatha se révoltent en Tripolitaine*; 
l'année suivante, Antsdas, dont un gouverneur mala- 
droit avait supprimé la pension , les imite ^. Le pa- 
trice Solomon est battu et tué à Gillium , malgré 



' Didil, p. 3o5. 

* Diehl^p. a3. 
' Diehl, p. 71. 

* Mercier, I, 17a. 

* Diehl.p. 34a. 



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210 MARS-AVRIL 1890. 

lappui que lui donnaient le chef Coutsina et ses 
3o,ooo cavaliers*. A quelques mois de là, cest 
Jean, fils de Sisinniolus, qui est défait et tuéàTha- 
' Thacia est entre Sicca et Carthage ; Tennemi 
cœur du pays ; ce sont les tribus domestiquées 
îbranlent; le système du protectorat ne vaut 
e protégé tient hardiment tête au protec- 
)n traite avec lui; il n'est que temps : en 547, 
s était venu jusque sous les murs de Carthage-. 
8, la mort de Garcasan, chef des Louatha, 
t les affaires des Grecs; ils en profitèrent pour 
r la paix aux rebelles. Les Berbers prêtaient 
âge au basileus; leurs princes recevaient des 
îs spéciaux et le titre depatrice; ils fournissaient 
mtingents irréguliers {fœderati, gentiles) qui 
iraient avec les limitanei à la défense de la 
Te, lempereur leur payait un subside annuel, 

là tout ce qua pu obtenir le général Jean 
ta. Les vieilles troupes venues d'Orient en 546 
pu empêcher sa défaite par Garcasan à (iallic^ ; 
renir à bout du chef des Levathes et d' Antalas , 
u demander lappui de trois chefs indigènes, 
as , Goutsina et labdas , et ce sont les hommes 
; auxiliaires qui ont, un jour, rétabli Tordre 
on camp révolté. 11 faut traiter a>ec les uns 
)btenir une paix très onéreuse des autres, et 

hl,p. 343. 
■cier» 1, 174. 

hl, p. 32 1-32 3. 



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LES PHEMIERES INVASIONS AKABES. 217 

acheter le concours de tous pour défendre la fron- 
tière. 

On avait armé celle-ci à la hâte. Chaque fissure 
était fermée dune solide forteresse; les places for- 
maient deux lignes; chacune délies était reliée à sa 
voisine par une chaîne ininterrompue de petits 
postes. M. Diehl a étudié à fond loi^anisation de 
cette défense dans son savant ouvrage sur l'Afrique 
byzantine. Les cartes qu'ils a dressées nous indiquent 
les postes fortifiés; ils sont nombreux; de Sitifis à 
ITieveste, j'en compte plus de vingt, d'inégale im- 
portance, placés au milieu des plaines, à la source 
des oued ou à l'orée des vallées; quelques-uns 
sont jetés en sentinelles avancées sur le versant occi- 
dental de l'Aurès ; ce n'est là qu'une première ligne ; 
à cinquante kilomètres en arrière, s'en trouve une 
seconde tout aussi formidable. Dans le Byzacium, 
le système défensif est moins régulier : les places sont 
semées le long de la côte ou jetées au hasard dans 
l'intérieur, sur le plateau, depuis Gapsa, au sud, 
jusqu'à Ammaedera (Henchir-Haïdra) , Sufès (H. Sbi- 
ba), Mamma et Gouloulis. Notez que la plaine intermé- 
diaire est sans défense : le quadrilatère compris entre 
Suffetulaà l'ouest, Junca au sud, Justinianopolis à 
l'est et Hadrumète au nord ne renferme pas une 
forteresse. 

Ce prodigieux appareil dé défense avait été élevé 
dans les premières années de la conquête. 11 ne 
semble pas avoir été jamais d'un bien grand secours 
à l'occupant, qui n'avait pas assez d'hommes pour 



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218 MARS-AVRIL 1899. 

garnir tant de murailles et dut recourir SLUx/œderati 
indigènes pour assurer leur défense. Autant deman- 
der au loup de protéger la bergerie. Après quelques 
années de paix, une révolte éclata en 563; il fallut, 
pour la réprimer, appeler des troupes d'Orient. Deux 
ans plus tard, à llieure où mourait Justinien, nous 
voyons un gouverneur, Thomas , fortifier à la hâte 
Thubursicum-Bure, Agnia et Thignica. Jeté* les 
yeux sur la carte , voyez où sont ces places : en pleine 
Proconsulaire, à loo kilomètres et plus derrière la 
ligne de Sufès à Justinianopolis , à moins de i oo kilo- 
mètres de Garthage; elles ferment les vallées con- 
fluentes de loued R'Meul et de Toued Siliane, qui 
débouchent dans celle de la Medjerda. Que signifie 
un semblable système défensif, sinon que le Byzantin 
se gare du Berber allié comme de son frère insoumis , 
et, après s être fortifié contre lun , se bastionne main- 
tenant contre f autre ? 

Mauvaises années que celles qui s*écoulent de 
569 à 584: trois généraux sont battus et tués suc- 
cessivement, et il faut farrivée du magister mililum 
Gennadius pour rétablir Tordre ; encore n y parvient-il 
qu'en consentant des subsides; il ne soumet pas, il 
traite; et la paix doit être bien précaire, car, pour la 
mieux assurer, il inaugure en Afrique un nouveau 
système de gouvernement. Lui-même est exarque, 
gouverneur militaire et prend le pas sur le préfet du 
prétoire, le gouverneur civil; dans les provinces, des 
dacs sont placés à côté des praeses; ladministration est 



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LES PREMIKRKS JNVASIONS ARABES. 219 

militarisée, le pouvoir civil s'eflFace peu à peu, fait 
d'une importance capitale : c'est la fin de la domina- 
tion byzantine. 

Celle-ci n'a qu'une raison d'être en Afrique : as- 
surer la défense des frontières et maintenir l'ordre 
à l'intérieur, donner la sécurité au cultivateur et au 
marchand , leur rendre bonne justice , présider à l'ex- 
ploitation normale et méthodique du pays, ouvrir 
des routes et les entretenir, creuser des ports et les 
remplir de bâtiments grecs , consolider la propriété 
dans les mains de l'occupant et donner à ses produits 
des débouchés, remplir toutes les tâches délicates et 
multiples que sous-entend le mot(( administrer ». Elle 
s'y est employée avec ardeur : elle a jeté dans la By- 
zacène et la Proconsulaire une armée de fonction- 
naires (iVI. Diehl nous en donne la liste) qui ont, à 
l'envi, réglementé, régenté, jugé et ordonné; elle a 
atteint k certaines heures de bons résultats , mais les 
revers sont survenus : l'indigène soulevé a troublé cette 
belle organisation , et le scribe, pâle de frayeur, s'est 
caché derrière le soldat. Ce dernier ne connait que 
la guerre; il la fait par goût, par ambition, la pro- 
voque et la traîne en longueur avec un superbe dé- 
dain de l'intérêt immédiat de celui qu'il défend : 
battu, il se replie en maugréant sur le territoire 
qu'il devait couvrir et en traite l'habitant avec la dé- 
sinvolture qu'il apporte dans ses relations avec les 
peuples soumis; vainqueur, il se sent pousser des 
idées d'indépendance , écoute distraitement le pouvoir 
central, obéit mal ou point, tranche du petit souve 



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220 MARS-AVKIL 1899. 

rain et, un beau jour, se révolte. Cest ce qui arriva 

en Afrique. 

8 , un changement de prince à Byzance dé- 
Texarque Héraclius; il envoya contre le 
mpereur (c'était Phocas) une armée corn- 
par son fils , qui portait le même nom que 
clius , le fils , détrôna Phocas et fut proclamé 
;e (5 octobre 6io). Du même coup, le lien 
ït rompu fut renoué entre TAfrique et TEm- 
en advint-il plus tard? Les historiens éclai 
cette période, à peine perçoivent-ils dans 
lé quelques faits épars : vers 63 /i, le stra- 
re, appelé au secours de l'Egypte quen- 
nt les Arabes, refuse net de s y rendre. Au 
où rislam pénètre en Afrique, le patrice 
vient de se proclamer empereur, 
tait bienfait de la domination byzantine! Sa 
on était Tœuvre du Berber; c était lui qui 
olé les campagnes, déconcerté les gouver- 
jralysé l'administration , exaspéré les troupes 
urs chefs , suscité et soutenu leurs révoltes , 
la population paisible dans les bras des gé- 
ît chassé de la province le pouvoir civil by- 
est-à-dire Byzance tout entière, 
intenant nous allons juger sa valeur poli- 
m seul coup d œil. De cette lutte presque 
lie de cent îmnées, quel profit retire-t-il? 
Vntalasscst révolté et a soutenu Aréobinde; 
i s est révolté et a battu Jean Troglita; Gar- 
révolté et a tenu dix ans la campagne; vingt 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 221 

autres soulèvements ont bouleversé la province , le 
patrice Solomon a été battu et tué à Cillium; Jean, 
fils de Sisinniolus , a été battu et tué à Thacia ; Jean 
Troglita a été battu à Gallica; en 869, Théodore, 
préfet d'Afrique, a été battu et tué; en 870, Théoc- 
tistos, magister militam , a été battu et tué; en 871, 
Âmabilis son successeur, a été battu et tué, et cepen- 
dant les frontières grecques n ont pas reculé d'une 
ligne, les forteresses sont encore debout, les colons 
tiennent derrière leurs murailles; siByzance est par- 
tie, le Grec et, avec lui, Tesprit byzantin sont restés. 
L'empereur ne tient plus le pays, mais le Berber ne 
le possède pas non plus. 

Cent années de guerre ou de vie côte à côte avec 
rhomme le plus civilisé, le plus raffiné du monde 
antique, ne lui ont rien appris. Le Grec était débar- 
qué avec tout un cortège d'idées lumineuses et de lois 
savantes, une religion attirante, une administration 
modèle, une littérature délicate, des arts charmants, 
des mœurs faciles, tout ce qu'avait à peu près le 
Romain de jadis, avec, déplus, l'esprit aimable et 
conciliant de l'Oriental, l'ardeur de prosélytisme et 
la soif de sympathie du chrétien. Tout cela s'est im- 
planté, a vécu et prospéré sur le sol d'Afrique, h 
deux pas du Berber; il n'a rien senti, rien compris, 
n'a pas été entamé, pas même effleuré. 

Il s'est âprement défendu, hargneux, grondant et 
farouche, comme la bête sauvage qui se raidit sous 
l'élreînte qui l'écrase, et mord dès qu'elle se re- 
lâche. 11 a combattu follement, sans plan ni but, un 



10 



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MARS-AVRIL 1899. 

LIT Tindépendance, beaucoup pour le butin; 
né sans souci, sans peur et sans pensée, la 
3 de combat qu'il aime. Ses légers escadrons 
celé, exaspéré et rompu les cataphractaires 
is, pub se sont évaporés au galop fébrile de 
tits chevaux. Bs laissaient derrière eux le vide 
terre, les débris dune civilisation vieille de 
is et plus. 

mobilité, Tinstabilité, le désordre, la verve 
ise du Maure, la régidarité, lalignement mé- 
e et la précision compassée du Grec s'étaient 
chaque fois plus violemment sans jamais 
se concilier. Les hommes , les caractères , les 
ît les âmes différaient trop, 
rit grec est vaste, lumineux et précis; il ne 
as de coins sombres où le doute se gîte, doii 
et Tignorance s élancent; il est équilibré et 
perçoit vite, porte loin, conçoit droit et 
>ense sans défaillance, calcule sans hésita- 
agine avec précision et construit avec logique, 
tout harmonieux qui connaît son harmonie 
)mplaît, la veut porter partout et f imposer 
1 taille délibérément dans la masse informe 
ervations Tabstraction sobre et brillante, 
ir le monde entier le réseau régulier de son 
, échafaude avec amour les conceptions géo- 
es, élève pièce à pièce, posément et sensé- 
)n édifice de logique et jette sur lui les teintes 
; d une sensibilité exquise et raffinée, 
mnait la société que conçut cet esprit. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 225 

L'homme y est classé, enregistré, inséré, comme 
un manuscrit est catalogué dans la bibliothèque 
d'Alexandrie; son rôle est prévu et mesuré; son ac- 
tion est régularisée, suscitée ou réfrénée, ses devoirs 
sont impérieusement dictés, ses droits constatés et 
délimités; il marche dans un chemin rectiligne, 
étroit et plat. Sa vie est monotone et laborieuse : 
agriculteur, il remue un champ aux bornes précises , 
arrache à la terre une récolte soigneusement pré- 
parée, emmagasine Thuile de ses olives et le blé de 
ses moissons, engraisse des troupeaux et les accroît, 
plante des arbres et élève des maisons, se fixe en un 
coin du sol, le transforme et y enfouit tout son être, 
remplit de souvenirs et Tembellit d*espoirs. Com- 
merçant, il calcule et combine, discute et suppute, 
brasse des affaires, escompte des résultats, prévoit 
des bénéfices, guette de bonnes opérations, et, lente- 
ment amasse de Tor. Soldat, il médite ses marches, 
arrête un plan délibéré et sûr, s avance avec méthode, 
voit toujours derrière la bataille le but politique h 
atteindre, négocie autant quil combat. Magistrat, 
il scrute la confusion des causes, pénètre leur ca- 
ractère intime, ramène leurs aspects multiples à 
quelques faits simples , détermine le point de droit 
et tranche net la question litigieuse. Tous ont tou- 
jours une idée dans la tête ; une pensée supérieure 
les domine, les éclaire et les guide : accroître le pa- 
trimoine de la famille, augmenter la prospérité de 
la cité, défendre et étendre le soi de la patrie, affer- 
mir, améliorer, simplifier le gouvernement. Tous se 

i5. 



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224 MARS-AVRIL 1899. 

sentent vivre pour autre chose de meilleur, de plus 
grand , de plus stable qu*cux-mêmes : la famille, la 
cité, la patrie. Ils se savent dépositaires de destinées 
qui ne sont pas les leurs , mais qu il faut préparer, 
artisans de choses futures quils ne verront jamais, 
qu'ils soupçonnent et quils ébauchent avec 
nce. Leurs volontés se tendent dans un effort 
lun pour défendre, grandir, glorifier VÉtcU. C'est 
ntérêt, et ils y mettent leur orgueil; TÉtat les 
;e, leur assure la justice, le calme, la sécurité, 
ures fécondes du labeur et les loisirs de la ré- 
1 ; il est doux , judicieux et tutélaire ; il est , aussi , 
int et redouté; Téclat de sa majesté rejaillit sur 
ji des citoyens. Ceux-ci lui ont abandonné peu 
des prérogatives , cédé des droits , confié des at- 
ions; il les exerce au nom et pour le plus grand 
le tous; son administration est nombreuse, sa 
étence illimitée , son action permanente et ir- 
ble. L'immense mécanisme est lancé dun 
ement rythmé, placide, inexorable et muet; 
.me suit d'un œil satisfait et craintif la marche 
ne saurait plus arrêter. Une machine ne rai- 
i pas : elle assimile ce qui plie, broie ce qui ré- 

macliine byzantine, transportée en Afrique, 
1 de broyer le Berber; mais elle était vieille 
un peu déjetéc , mal équilibrée et édentée. Cefut 
ber qui la brisa. Tout le heurtait chez le Grec : 
it trop net de l'Aryen concevait trop de choses 
ui n'entrevoyail même pas; sa méfiance d'igno- 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 225 

rant et de naïf s'éveillait au contact de pensées trop 
profondes ou trop fragiles, dont le sens intime lui 
échappait. 11 ne comprenait ni la complexité de Tad- 
ministration, ni la régularité de la vie, ni la stabi- 
lité des institutions, ni le rythme méthodique de 
Tensemble. Il ne saisissait que laspect extérieur, la 
réglementation tatillonne et taquine, la discipline 
sévère; il voyait surtout s'approcher trois hommes 
qu'il honnissait : le collecteur d'impôts qui réclame 
de l'argent, le soldat qui exige qu'on lui livre les 
armes et, derrière eux, l'administrateur qui impose 
des parcours, découpe les terres, broyé la tribu et 
garrotte chaque homme sur un coin du sol , entre le 
tribunal et la prison. Pour se faire Grec, il lui fallait 
devenir un autre homme; il ne le voulait ni ne le 
pouvait; il tint tête et demeura libre, trop farouche 
pour se soumettre, Irop maladroit et trop indécis 
pour jeter l'étranger à la mer. 

Ces faits valent la peine d'être riiédités, aujour- 
d'hui plus que jamais. Nous sommes Aryens comme 
le flrec et, sur plus d'un point, Byzantins. Le Maure 
n'a pas changé. 



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ase MARS-AVRIL 1899. 

IV 
LES ARABES. 

I. Apparition de islamisme. Mohammed et les premières vic- 
toires. 

n. Les conquêtes. Invasion de la Syrie. Causes de Texpansion 
musulmane, 

m. Lb Pays. Aspect de T Arabie. Son isolement; il assure à la 
race son homogénéité. Importance de celle-ci. Pauvreté du 
pays. Instabilité de lliomme. Les routes vers lextérieur. 

IV. L^HOBffMB. Influence de la nature sur son mord. Vivacité et 

vigueur des impressions. Sens du monde extérieur. L*intel- 
ligence. Médiocre facidté d*abstraction. Défaut d'imagina- 
tion. Conception de Tart et de la poésie. 

V. L*E8PRiT. Sa structure; ses procédés de raisonnement. Forme 

du discours. Construction de la langue. 

VI. Lk CAïucràRK. Passion. Défaut de nuances. Bravoure. Cru- 

auté. Générosité. Orgueil. Instabilité. Insubordination. 
VÎI. La religion et la guerre sainte. Le Prophétisme. Moham- 
med et sa doctrine. L'enthousiasme religieux. La guerre 
sainte. Les armées et la tactique arabes. Organisation des 
conquêtes et traitement des conquis. 

VIU. La lieiSLATiON et le gouvernement. Caractère de la loi. Les 
différences essentielles d'avec la loi romaine. Caractère du 
pouvoir et sa dévolution. Les gouverneurs et Tadministra- 
Uion. Les impôts. Les révoltes. 

IX. Conclusion. Le monde gréco-latin et les Arabes au vn* siède. 

I. 

En Tan 6 1 2 de notre ère , Héraclius étant empe- 
reur de Byzance , et Chosroês , Roi des Rois, régnant 
sur riran, un chamelier arabe eut, au fond de h 



^. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 227 

solitude où il aimait à se retirer, des visions de l'au- 
delà : il entendit des voix et sentit passer en lui un 
esprit surnaturel. C'était un homme ignorant et 
simple, né dans la pauvreté et quun heureux ma- 
riage avait mis dans laisance. Chef de caravane, il 
avait visité, pour les besoins de son commerce, les 
villes de Syrie et en était revenu sans avoir, semble- 
t-il, beaucoup observé ni bien compris ce qu'on y 
voyait. Il savait à peine lire les caractères primitif 
que ses frères traçaient sur des omoplates de cba* 
meaux ou des feuilles de palmier, et les imitait mal- 
aisément; le plus clair de sa science consistait en lé- 
gendes, en traditions si vieilles que les lèvres des 
conteurs les avaient usées en même temps que leur 
ignorance les déformait, en récits véridiques peut- 
être , sûrement embellis de fiction , recueillis dans la 
demi-somnolence des veillées autour du feu mou- 
rant, sous le ciel à peine refroidi et scintillant 
d'étoiles, quand tout dormait à l'entour. Récits, tra- 
ditions, légendes avaient fermenté dans cet esprit in- 
quiet, surexcité, surchauffé comme la nature qui 
l'entourait, et un obscur travail de réflexion latente, 
ignorante d'elle-même, d'imagination maladroite et 
puérile , délia et étendit à la lumière l'âme repliée et 
sombre du chamelier. Il conçut l'unité divine, 
comprit la bonté du Créateur et reçut de lui la foi 
qu'il fallait suivre et l'ordre de la communiquer aux 
hommes; il devint prophète de Dieu. 

Mais Mohammed était faible et sa voix ne portait 
pas bien loin. Il enseigna d'abord ses proches, en 



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228 MARS-AVRIL 1899. 

reçut quelque encouragemeut , recruta dautres 
adeptes encore, en petit nombre mais fidèles, qui 
faisaient profession de se confier à Dieu et, à cause 
de cela, se nommaient MoasUmoana (Musulmans). 
La masse de la nation restait soiu^de à ses appels. 
Elle obéissait à la puissante tribu deQoraïch, mai- 
tresse de la Mekke, gardienne des lieux saints, atta- 
chée par tradition et par intérêt au culte des idoles. 
Bientôt persécuté , le prophète s'enfuit de la Mekke 
avec son fidèle Abou-Beki' et gagna Médîne; des 
Qoraïchites le suivirent dans lexil; il fit, dans son 
lieu de refuge, de nouvelles recrues et continua 
sa prédication. Les Mohadjériens (on appela ainsi 
les Mekkois qiu s étaient joints à lui) et les Ânsariens 
(ce fiit le nom qu'il donna aux habitants de Mé- 
dine qui embrassèrent la nouvelle refigion) étaient 
de purs Arabes, desprit exalté mais de sens pra- 
tique, très fervents mais très près des biens de ce 
monde, ardents à propager la foi mais soucieux aussi 
de leur fortune. Les Mekkois étaient de gros com- 
merçants dont les caravanes passaient près de Médine 
pour gagner la Syrie. En s emparant de leurs convois , 
on faisait œuvre pie et on arrondissait son bien. Les 
expéditions commencèrent aussitôt. 'Abd Allah ibn 
Djahch, à la tête de huit musulmans, s embusqua 
à Nakhla, entre la Mekke et T aiëf , et pilla une ca- 
ravane qoraïchite dont il tua le chef. C'était un bien 
petit commencement, le premier coup de sabre 
donné par le bras musulman , bras qui se reposa ra- 
rement, sabre qui retrouva difficilement le fourreau. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 229 

Peu après, le Prophète iâi-même marcha à la re- 
cherche delà grande caravane qui revenait de Syrie. 
Il avait, en tout, sous ses ordres 3i3 hommes, 
presque tous gens de pied, car la petite armée ne 
possédait que 70 chameaux et 3 chevaux. Il ne ren- 
contra pas la caravane, mais se heurta aux Qoraï- 
chites venus pour la secourir et les vainquit h Bedr. 
La lutte continua, le plus souvent heureuse, et bien- 
tôt Mohammed put rentrer à la Mekke et détruire 
les idoles qui souillaient la Ka^bah sainte. Les 
Qoraïchites subjugués embrassèrent Tlslamisme , et 
presque aussitôt celui-ci déborda de T Arabie sur les 
pays voisins. 



IL 



Ils partirent quatre -vingt ou cent mille pour 
conquérir le monde , allant droit devant eux , vers 
les villes de la Syrie, la vallée du Nil, celle de TEu- 
phrate, là où il y avait de Feau, de Tor, des pâtu- 
rages h tondre et des soldats à combattre. Tadmor, 
pleine d*e£Broi, les vit, un jour, sortir poudreux, 
hâves, altérés et terribles du désert de Djof, que 
nulle armée avant eux n avait traversé. Durant cinq 
jours de soleil torride et de mirages ils avaient mar- 
ché, sans presque faire halte, n*ayant pour boisson, 
hommes et bétes, que le lait des chamelles et l'eau 
que recelait Testomac des dromadaires égorgés. 

On les avait vus jadis, caravaniers paisibles et 
indifférents, passer par petites troupes, derrière 



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230 MARS-AVRIL 1809. 

leurs bêtes de somme, s^arrêter aux portes des villes 
et attendre patiemment un nouveau chargement 
pour regagner le sud. Ils parlaient peu et n'étaient 
point curieux;. on ne connaissait pas leur pays; on 
disait qu'ils vivaient pauvrement, sous la tente, du 
croit de leurs troupeaux. Us revenaient maintenant 
en grand nombre et grand tumulte; ils montaient 
des chameaux rapides et des chevaux bondissants 
que nulle étape n effrayait et qui, du lever au cou- 
cher du soleil, traversaient la plus vaste plaine. Us 
semblaient sortir de terre au milieu du tourbiUon 
de poussière soulevé par les sabots de leurs mon- 
tures, et, tout à coup disparaissaient au fond de 
)rizoh, comme emportés par le vent qui les avait 
enés. Us avaient des vêtements grossiers comme 
IX que revêtent les pâtres, mais leurs armes étaient 
liantes et affilées, et leurs batteurs d'estrade pous- 
ent dans la nuit chaude, pour s appeler Tun 
itre , de grands cris gutturaux , longuement espa- 
, qui faisaient frémir de crainte les Syriens der- 
re leurs murailles. Ces cris appelaient dautres 
n mes qui, le lendemain, envahissaient la plaine 
)C les rayons du soleil, et les paisibles cultiva- 
rs des bords defOronte etdu Yarmouk n avaient 
s d'espoir que dans l'armée byzantine, qui seule 
avait délivrer leurs terres de ce fléau. 
Les troupes grecques étaient solides, les soldats 
ient de beaux et fiers hommes, bien payés et 
n armés; leurs habiles stratèges avaient tenu tête 
DUS les barbares et vaincu le Roi des Rois, Ghos- 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 231 

roësie Perse. Armée et généraux, dernière sauve- 
garde de Tempire, marchèrent au-devant de Ten- 
vahisseur. Ce fut une lutte gigantesque que jamais 
rOrient ne revit. Les lignes byzantines étaient iné- 
branlables, les assauts des Arabes ne cessaient pas, 
et, quand la nuit tombait, les soldats restaient à 
leur place tout armés pour le combat du lendemain. 
Les rangs des Grecs s*éciaircissaient et les Arabes 
étaient fauchés comme moisson, mais ils revenaient 
toujours, caries femmes, devant leur camp, frap- 
paient au visage ceux qui tournaient le dos à Ten- 
nemi ; les blessés couraient à de nouvelles blessures 
et recevaient la mort avec des cris de joie et , dans les 
yeux , une extase qui faisait songer, sous leurs casques 
de fer, les soldats de TEmpereur. L acier lui-même 
s'émousse, et quand les épées byzantines ne purent 
plus trancher, après trois jours de lutte, le barbare 
inlassable brisa la ligne de bataille; Tarmée byzan- 
tine se retira aux chants de victoire des Arabes. 
Ceux-ci maix^hèrent alors contre les villes; leurs mu- 
railles élevées et bien défendues les arrêtèrent; ils 
demeurèrent à leurs pieds, flairant la proie pro- 
chaine qu'ils ne pouvaient saisir et guettant laven- 
turequi la leur livrerait : la fatigue de Tassiégé, la 
TÙse de l'assiégeant , la famine ou la trahison ouvrirent 
toutes les portes; mais les hommes du désert, dé- 
daigneux' des gens de largile, restèrent au dehors, 
sous leurs tentes , en mettant garnison dans les châ- 
teaux. 

Les populations venaient maintenant en masse 



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232 MARS-AVRIL .1899. 

implorer la paix et offrir de splendides rançons qui 

saccumulaient sous les tentes des nomades. Elles 

s approchaient avec crainte de ces hommes basanés 

et superbes qui, le combat fini, reposaient pares- 

>ement sur le sol , pensifs et préoccupés de 

ique chose d'invisible. Elles cherchaient en vain 

mi eux ceUii qui les commandait; si elles de- 

[idaient le chef, on leur montrait un homme 

1 comme les autres, et, comme les autres, 

roupi |)rès de son cheval et de sa lance fichée 

terre. Il n avait pas d'habits brodés ni darmes 

prix , et tous s approchaient de lui sans fléchir 

enou ni baisser la tête; le dernier des soldats 

pelait par son noin et celui de son père, et lui 

luit comme à un compagnon d'armes, et les 

nmes qui entendaient leur langue disaient qu'ils 

»aient jamais, en s'adressant àlui , des formules de 

)ect et des locutions adulatrices que la hiérarchie 

si bien composer, mais qu'ils le tutoyaient sim- 

nent. Tous ces guerriers semblaient très fiers. Si 

Ique Syrien plus hardi leur demandait pourquoi 

étaient sortis de leur pays et faisaient ainsi cam- 

ne, et comment ils remportaient tant et de si 

droyants succès, ils répondaient cpi'ils avaient 

I un ordre d'En Haut, que leur vrai maître était 

)ieu unique, qui leur avait envoyé un prophète et 

onné par sa bouche la conquête du monde, et 

c'était Dieu qui combattait pour eux etleurdon- 

: la victoire. Quand l'Arabe parlait de ces choses, 

œil s'allumait et l'on y voyait passer le reflet 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 233 

fauve (le ses déserts et la lueur dun feu intérieur 
qu attisait uhe grande passion. Le Grec comprenait 
alors ce que signifiait le cri Allak Akbarl « Dieu est 
le plus grand! » qu'illui entendait rugir au milieu du 
cliquetis des ép^es quand lattaque commençait, et 
qui flottaitencore, après le combat, sur les lèvres des 
mourants. Toujours curieux des choses de lau-delà, 
il interrogeait encore et apprenait que le Dieu unique 
ordonnait d'être compatissant aux faibles et bon pour 
les misérables , de faire laumône et de garder son âme 
des souillures du péché , de le prier souvent et de 
mener une vie pure pour aller au jour du jugement 
dans le Paradis qu'il réserve à ses fidèles. Prier, don- 
ner aux pauvres, jeûner au mois prescrit, faire le 
pèlerinage des lieux saints et payer la dime , il n'en 
fallait pas plus pour gagner le céleste séjour. Mais 
le plus sûr moyen d'y parvenir était de trouver la 
mort dans le combat contre les infidèles. Pour déve- 
nir musulman , il suffisait de confesser l'unité de Dieu 
et de reconnaître Mohammed pour son prophète. 
Celui qui faisait cela entrait dans les rangs des Arabes , 
était considéré par eux comme leur frère et prenait 
part au butin. Beaucoup de Syriens prononcèrent la 
formule et partirent avec l'armée. Ceux qui demeu- 
rèrent chrétiens ne furent pas maltraités. Ils payèrent 
l'impôt et restèrent libres de pratiquer leur culte , 
mais les musulmans les regardaient comme des su- 
jets et ne leur accordaient aucune considération. Les 
uns après les autres, ils confessèrent la foi |>our se 
mêler aux vainqueurs. 



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234 MARS-AVRIL 1899. 

Cependant ils avaient relevé leurs villes et obéis- 
saient à des gouverneurs cpie nommait un prince 
puissant, successeur du Prophète, qui régnait dans 
le pays des Arabes. C'était lui qui ordonnait les 
expéditions, conquérait TEgypte, menaçait TAsie 
et détruisait l'Empire perse. On apprit un 
ce souverain venait visiter Jérusalem, la 
;e, et le peuple, patriarche en tête, se porta 
contre. Il vit venir du désert un pauvre 
nonté sur un chameau et vêtu de grossiers 
ec , à la ceinture , un fouet qui pendait , et à 
e sa selle, im petit sac de dattes et une 
au. Les Arabes l'appelaient par son nom , 
Omar, et le tutoyaient comme ils faisaient 
^ chefs, mais lui témoignaient cependant 
) de déférence et lui donnaient le titre de 
c est-à-dire successeur du Prophète. Cet 
it reproche aux ofiBciers arabes des riches 
fils portaient et de leurs armes précieuses , 
lieux saints, ordonna dy construire une 
et retourna dans son pays comme il était 

luvemeurs que le Khalife nommait étaient 
mes simples, grands guerriers et piètres 
^ateurs qui n'amenaient point de scribes 
: et n'avaient pas de bureaux affairés. Ils 
; eux-mêmes la justice aux musulmans ou 
it rendre par des hommes sages et versés 
joi. Les Zimmi gardaient leurs magistrats ; 
ur demandait que le payement de l'impôt 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 235 

et 1 observation de la paix. Si quelqu'un d'eux trou- 
blait celle-ci, il était puni sévèrement, mais la loi 
nouvelle n'était pas plus arbitraire ni plus cruelle 
que ne Tétait la byzantine , et elle était plus simple 
et plus expéditive. 

Peu à peu, ceux des Arabes qui navçdent pas 
suivi leurs compagnons dans les expéditions loin- 
taines ou qui en étaient revenus quittèrent leurs 
tentes pour habiter les maisons de la ville. Ils se 
rencontrèrent tous les vendredis dans la mosquée 
avec les indigènes, chaque année plus nombreux, 
qui avaient embrassé Tlslamisme; ils épousèrent 
leurs filles et les admirent au milieu d'eux, si bien 
que cent ans plus tard il eût été difficile de distin- 
guer le descendant du vainqueur de celui du vaincu. 
Ces hommes qui étaient venus , poussés par un vent 
d'orage et semblaient devoir aussitôt repartir, avaient 
fondé ime société nouvelle, si bien assise qu'elle 
dure encore après douze siècles ; ils firent de même 
dans bien d'autres pays et ils continuent aujour- 
d'hui. Telle fiit ia conquête musulmane. 

Le récit de cette expansion rapide, irrésistible 
confond notre raison d'Occidentaux. Son premier 
succès ne nous étonne qu'à demi , accoutumés que 
nous sommes à considérer l'Orient comme une ré- 
gion vouée aux débâcles soudaines et aux brusques 
détours d'une histoire sans préparation et sans len- 
demain; mais la durée de ses conséquences, la 
continuité de ses effets nous émeuvent et nous ne 
sonunes point éloignés de voir là une grande erreur 



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236 MARS-AVRIL 1899. 

de la Providence, une défaillance de notre race, un 
Vhomme avec la destinée. Pendant 
iisulman a été, à nos yeux, le fléau 
n sacrificateur d'enfants, Tinfidèle 
a présence nos lieux saints , Thomme 
i, sans mœurs et sans conscience 
lattre à mort, massacrer sans pitié, 
rface de la terre. L'horreur et la 
> inspirait alors expliquent assez ce 
connaissons mieux maintenant son 
ligion ; il ne nous effraye plus; nous 
sagement; et cependant bien des 
ous étonnent encore, et plus dun 
ire nous parait inexplicable. U faut, 
'e tout cela, savoir quel mobile 
lies ressources il disposait, quels 
ns d'action, son caractère et son 
ision s'explique par la charge élec- 
ila dans ses membres une religion 
Dcès se conçoit si l'on considère la 
ivernement; religion et gouverne- 
t de la tournure d'esprit ot de la 
, esprit et manière de vivre décou - 
e intime de l'homme et du pays 

DUS entraine en des considérations 
)us retiendront longtemps; nous 
esprit très large qui admette qu'on 
ement qu'il pense, croire à autre 
u'il croit, aspirer à un autre but 



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LES PREMIKRES INVASIONS ARABES. 237 

qu'à celui qu'il vise; nous tenterons, par un effort 
soutenu de volonté, de nous imaginer qu'il peut 
y avoir des hommes qui, quoique d'une appa- 
rence physique semblable à la nôtre, sont d'une 
complexion mentale si différente, que les compren- 
dre soit difficile et que les juger soit pénible. Effa- 
çant douze siècles d'histoire, oubliant Charlemagne, 
Louis XrV et Napoléon , la merveilleuse expansion 
de notre nation et le prodigieux épanouissement de 
notre pensée, faisant abstraction du monde qui 
nous entoure, des traditions de famille, des préju- 
gés (le race et des préventions religieuses, voyons 
ce qu'était l'Arabe au vu'' siècle de noire ère. 



[La suite au prochain cahier.) 



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S38 MARS-AVRIL 1800. 

LE 

TRAITÉ SUR L^ASTROLABE PLAN 
DE SÉVÈRE SABOKT, 

BGRIT AU vu* 8IBGLI D*APRÈS DBS BOURGBt aHBCQVBS^ 
BT rUBUi POUR LA PRBMIBBB POIS D*APRB8 UN MB* DB BBBLIll , 

PAR 

M. F. NAU. 
(suite.) 



II 



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lX*|o Ifil^ .«OO «MNlft 


JIbSûji. ^ 




Q-^^lo • i <i^a Jbic-M 


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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 239 

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^■■Vl»i» «âf t^O» J&^t^ «JUâttA^f jOi^J >M»d W^^Nlf 

*|u-^|Mot «^ôi tl ^ iNi »t? (fol. 88 i") o^^i ^ 

«£»?Q.M J JL^ooif JLoQjtf Iwa^l ô^^t ôfi^t "«^^1 
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^ jM>o1a ms* — ' Il doit manquer ici quelques mots « par 
exemple i%*» ««pfMsy k«*^». 

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240 MARS-AVHIL 1899. 



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^ n >^JU3 oi.^ yD o^ Jl^fl JS.«M*L ^JU ^^eio 

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Jl • VI ifc ioo^^o (fol. 88 V") ^^ \i^A^ \u^A^^^ 

U ^v fl>f )J^> v»t ,tf» Ito-^f jL^«:^ JliJLdtl ^udua^oo 

' Lire |v^o«fdt . — * yoû^j^olâ m s. — ^ yo*f»old ms. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 241 

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242 MARS-AVRIL 1899. 

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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 243 

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244 MARS-AVRIL 1899. 

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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 245 

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* i(Ue iiul»t« Zf^r^ deindê fl^}, — * JL^tof ms. — * Lire 
ou 



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246 M\RS.AVRIL 1899. 

JLI^ JLâkdod JLîûflu* ^o»! «d|o Itou»} jl^o^ K*D«| 



Il .^ no n yyjdJKuà.^ Jbuuo IboA^t «â»?a^} Ai*o-»<h 
Ofd «a» O»^ i fi fXI O O0»t i w»v JLiJiû^lt ' |«^¥p|I 

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«AtO—iM} il tQ .ftÉ V»f llUA^ Lo^OAd 0»df lioâO ««CIO 

JUoo^ OM^It ^;-ào| ^L C^^y^tJLd ^d 



ift| |io».js»t U-cwl |Uii»ift ôi^p «JLSIb. ooftft )4o»Mt 



^ 5ic. — * l*l«l| ms. — ' Les mots entre crochets figtir«lit en 
marge du ms. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 247 

^A^%L JLâ^ JLaàOod a ^^o^i JUooi» K*do| «aDoB^i 



• )io»...mt JLJt^A J(^.*dp| '^Jbk*»JL^JLd}o >^Jbk*»jli|t 

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248 MARS-AVRIL 1899. 

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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 249 

^ ■<» V ^ I * '^^oo .^SÔ ^ej^ ^i>ii*^a%oo «^ooi 

U.*j^o 001 «*oiclS^ ^i»9krt>ov»p JLjL ÔÛ^ ' ^1 ii9i9l\V» 

^f 11 > I y» 001 )fiJk. loA. «oUâLI jliouL^ ^t liuiâo 
jL>^^^-^ r*f*^ «^^fLl iijLdiJldf 001 «A9a^t ii>OMV> 

O-I^t (fol. 91 r**) ,*oi 1 \ »» » «A9a^ )Q^L p| ^ÎL 

.001 Iwwi. 
yo-^fplo )»o y» «*Pi ^ .JliJL.d9)t «Ato^t U^Omv»^ 



UJLotldt ms. — * l^^f? ™s« — * henu — * ILawifv, — 



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250 MARS-AVRIL 1890. 

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Df. — * ^ m f| ms. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 251 

^1 iViÉio ^f*oio «/oJLd > ^oA^fof odt U*)t ««»7a^ 
jliJLofI ^ i ■> ^1 *! w> >^âAaf IbaJ^iX» ooi} ^^fc■^l^ 

^oot ifit^i^ ^1 >)i .L Ka.} ItikAdo •JLûoj^ Jbiw^ad 
JbuAMf Uo^ •JLiii^aA.t |o>N>|Ni> l^i^iAo^n ^e»oiop» 
a«i^ ^ PI • tfft nxi y» JH «aoL «â»9a.^} Ibuo^^ 00» 
Al lO M. %ot ' Il <ii%n ^f*«»} oomIo *09«d6âQ:^ \imùo 
lia <>M ft <*^| • •*o»oJ^»| Loâe» Iku^i*^} «Ato^t 
lom •*o»oJ^»| |>^a Jbiw^ad JLi^ttA. w»t 001 «^ JLuAaof 
««»Sa-Aot il iO li v> 4-iâJ^ ^It^'I? ^<-^I «f**») 

• |«*iL ««otoAi»! 

* Lire yufof . — * oi^aei^ ms. — ^ Ujm mt. — ^ Kii\ti»f ms« 



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252 MARS-AVRIL 1899. 

«j, > VI ft Jb^p^fo JH^f «A9aM K*^ h^^l ^JL» 

«A9a^Uj)t «A9a^ l^^i^t i^JLdtlf «A9a^t )bi>QMV>t 

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""JliJL-d^lt k£o!iQmio} )li>o>>v» l?9t *^^oi .«^VadJUjIf 

^ .o» >j^>)t ^ i »t y») Lo-iido» • liuiâo oiSd |o9if 
* , ^ I » V ^t jyiNn ooo ^fol ooif «A9adUj| 

JD |ooi «1 M ««oiP^lt oo» jl o » >» y» ^jL^oid 
^f OM^9 «*oioj^.|t ooi • iiJLd^it k£0>io^O} Li>OmV» 
oS. o ^ );.^f o>^ %û^«mt jl^o .JLâOA, b>>, ■vi'> 
;.ào )ooi • '^*^\} hi^i\^ «A9a^f Ibua^b^ JUi^^^d^ 

,Jl ^ v ,. ^ ^ JKn>N.n^ Muât? «a^oaUjI ^om^I 



^}o^ ms. — * ^kâfift ms. — ^ )L]LaM? nis. — * Le nis. ajoule ■ 
^f. — * li^îî ms. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 253 

«o?a.^t jbi >Q ■>« y» /oJLof JLâ^l ^ ^f opL «oj^^t 

^-«t oi^^o «ItoL} «A9a-AU«i|t ^liuiâo )ooi lo-Doio 

Jl ■vift H .Vi^ OMiL»9 ^1 >vi >m ^iâV^t \a*?ol %k*dci 
Uo PoiP .JLâOA. Jb^-^ "^i^ oi^^ai^ ej^ ^i>.^S.o»^op 
^JLof l^âb^l ^ îJiiJLdilt «A9a^f tiiOuV» «A^tJb^of 
li<>^ .v^ "V • ^i*v^t Poi ^}ol} OM^i ^i>vi>m ^ jooi 
^a-^fpl ooif «A9a^jli| ^Poif ^;.^| Loâoi .JLâOA. 

.^JLâûA. :b^^adp JCLt «A9adLuf| "^^ y^ ^t JL.01 
^^a.^ .^.^fpl ^^1 "» ^tr"^ ""^ao ^Poif Jbû3} 
"^g^op w— ^)li ^>J1 91 o it ' l^.) .^a^^^ Jba;s.x> 
^^g^op • JUcS^f «A9a^f Jt«.*dp) JL3;âitef «AÎodJL^liO 



* Ijiol nis. — * yo^MoJLa m». — * [ulùo ms. — * IêHaa, 
* 6'ic ms. — • Lire M . 

XTII. 17 



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S54 MARS-AVRIL 1800. 

ILI ^, I i %i i jr» «..do «JL^idèo ^^MoJU ^uv"»t ooi 
4.AJ» «/olL^t i^^lf i^Wlt «Afo^t U>Om^"» 
u^o ^a--«?of od o»ii^ J^MMi^t Uo«:^ •JiiJLaiJJ 
M 00» i^^JÊ^Jo «»jD ^ %i»9o-âet li »omV» <^oif 

^ Lo-doi «^ocit Wfio «Ifif ^«1 «â»9o:»^ 
%f 00» IviiVor» ^fol ooif «A9a^JL^iiD ^ooif 

>t ik^l ^t^t CHaitfS. ^i>vi>m j^ , ^1 >y ^v 

JU»^ i»»> il %> ^JU9o) y^V JiiJLof JJ ^ii>nfV,o»i» 
m JbHufto •llk.il Jbiw«ft»t >f^-^''^^ ^ \^?of oi^ 
ia-^ m^Vfc *» iiJLdflt ao'a-^t Ibuo^^^ «^oif 
-«oolt %i>»ft 9>1 ^1 4» iojdmf ^Uo| ^uuo «^ 

• Jbii.9| Jb^^Qd ^iA^kd} ^?ol 



.^ej^ jl^^aii. );-^lt oMiui ^ ^od «A9aA]Uj) 



»9|t j^^ol 

fiold m s. — * ùpoaxôifos. 



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LE TRAITE SUR L ASTROLABE PLAN. 155 



Jk.iUBo| .«JMJtaJM»9|t (fol. 99 v«) ^^ Jlâo^ Ji^lf 

• i-^^^i^ «Mui «*o>oAi»lt od «liibilt «AfMof )i(i>anv» 
U i t,v» 001 4^ ^t o«» • ^Ui^^t o*» i«K*3 









Àdde Wof . — ' ^iiiinii» ms. — ' bojyod ms. — ^ ^i^Mm} ms. 

17- 



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256 MARS-AVRIL 1899. 

"^^'id) Jv^\iV '^tJt^^ ^f ^\l .«apVoaUjJJ 
%^^ik.âo» ^ po^^l • JbûJSiX» '^^ftd JLIfffc.A hSfo t^ 

.;oJL— JD I *! »|t iiJLdiJt Pd «A9a^t U^o^«^:> )1) 

^9K^p • JLd;âite ^)L9pJL> ^ooidLf jLto^ CL^yc^ïJLd 

^ |J^> * I • VI > l^ojo IfiLt k^^s^ ^ ^ «jliJLdiJL^t 

^^i»n9fci ^^âfl2^ ^uv*» J^t ^ pomI •^O0» «m9a^ 
^ I ■ t v>) Lo-Doi ^AAflLit |J^JJ>I JboâP «Ôm:» ^ej^ 
|JS. > I • VI ft .«CI )9a^} JLj^^ hSl ^Poif (fol. 93 i^) 
Iq aV ^1 ^w9i V» ^ ^^MtP «pÔi JbflûO^lf Jt«.*dp) 

JL:&.t l'iliv.ifc U^lfp a^^ ILorf^ttJd ^^1 •^*o»iJ^â 



' ^>a^ ms. — * x^f^oL> nis. — ^ U^Orii^od ms. — * Lire 



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LE TRAITÉ SUR L^ASTROLABE PLAN. 257 

Jl V ji t ^ po^^l ^eoif *£olio^o Jbo-do • u^j /^f^t 
Jlv Êk ^Lttj:LÊkioo * Ôm:» ^oj^ ^i»n9fci ^^âfl2^ ^lA.'v 
^1 <iV "» F> iva U^l ^^1 • pÔi JLSb^t |j^.;peuAA«) 

^.d^oi JL2^t p| Jbûâo^lt JLîL ^i^â^ ^ ^Jt^^p 
i^ 2 Lo-do» \^>ifc»fl»iN. • yJL^»t ^oi ^ ' ^9p:^lf 
JLJ^ p) .JLjâ^ ^ Jbûâo^) w^t ^^ jLoiâop 

iLa^âoA "^^ .«.a^^Ni j^.JUj;p<i*)t JL-^ opL pc* iiJLd 
JL^ .ijt ijo^^ j^>U;SNi& w^p *Jliav^ U^lfp JbkA.f 
Jii.f>iiN, p) jâîij^ w^l J^^t U^^J ^Ldiflt ^^mJ»pi 

^jù^ llcS^^f ^ôi ^ p) • JLJl) )9a^ ^ c^M^h **ôi 
^^o»:^ ^a^9^ai^ JLSb.t y)p Jboâo^lt y) .^i^ith ^ 

p) «jlil w-^J «jLJS^t ^ »o»»^) ^pi ^îldtp'^ ^ 

' «1» ms. — * ^?«^f ms. 



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258 MARS-AVRIL 1899. 

jliâVifc ^t l^A^ •J^it^\ sISJ^ oôi) oi^^t boûii^h 

oS^f p| il) wô| JCL») |L^ 



OJLO 



1^1 Ij^o^^àûâ \i^ii JLâOjL 
]hkék^ ^1 id)p ,riViii9nniS. 

kO) JLa^lo .JLâOA, Jb^«^) «*oi 



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LE TRAITÉ SUR LASTROLABE PLAN. 259 

id) V) .^oJLd ')ud^ JLaoji. w»! »^»N% |eo» JJ lt«io 

l î'^ Il l.îfc iVif> ^ A|o II) «^à^dà:^ L«^ iLuotâ 
I • VI il ""^fwt ««ôit i^JUs) «%i viV JL^ Itoi ««oi 

> o ■»! «£»fauto ;-.^t l-a^)o >^i*v>t i^l l^^^^t 

Jbûy^JD iuJUt ool ^m «d) Itoi ^o .««oi IJ^^MidV^ 

• Ifo» ^1 fm V jL^ |L4»-m| l^iCi .mI ^ A| 4>olo 
^iN.jo o| J m >o o| JLju» o| llfUb ^tiViim w^ ^ 
1^1 |J^iiiVi^ )A.^2âte |:ii!A. h^ ^OM^I «â ^W»l 

iLi—^l It^i »îVi^ id) ooLo ••*«»«A*) )J(Ctaft Wdf 

^ Le texte renvoie à la marge où Ton a luoi». — * |r natrr 
ros. — ' HSfc^ ms. — * o«i ma. — ^ iW^ift ms. 



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260 MARS-AVRIL 1899. 

Qj^i Jbod "^f ''^^ .^o» )J^<,ffft>l w^f W«df 
»j(w La— ooi • lbi\n *l JLftU ^&M jn.>tv» (fol. gà r**) 

»J^»f ^ô» ««ei 11— «If o»l; "^ M Lou^ * \^ |J^x»«^ot 

• • • 

> m 91 V r») ^ o| • ItoiJOf «AftAAaSi&^JD| '^ |foi 

>l ot'Sft '> o| ^ JLa.iiu»t jiiVffia^ ô| • .mimÇiSof 
.^u^teo )I q m >» v» >ii>\niS. ^iA:>)t )Lu»| }Jt<L>»ao 

\f0»f ms. — * ^ ms. — ' JLtof ms. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 261 

«fl»9a^t U>ni»v» *^M*| jbuido w«df jLaL*) ^ |>»i>v> 

)J^ I n v>f Iloft.MJ A| JLoôif ^;.^) 1:^ Lodei, 

I^J^ nXl IttbA iio..iO;ft^t *«^bteh J^i^l «l^^a^i^l 
^h ^^^ • JL^ô» JbiJL JKJjl (fol. 94 v'i'^.^fJL^ ^o» 



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202 MARS-AVHIL 1800. 

M^ '04M ^ 'Jilo«.iJ9W»? jiVi^ ^^? l9iS.>^ai^ 



Udl ^<^&*^^ U^tifl»! )J^iriJo^ 



M ms. — * Lire ^. — * Lire y|Âk.. — 
iddit ito. — 7 Àdde |t«M. — * «^ mk. 



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LK TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 263 

lo no»o ><9i i> ^J>o» «â-o )J^aI^J»o «^1 «£»?aM 
I n; ^ '> A| lia VH ^ o^-do • JL»J(^»*d |YilS>n'% 



.^J^.) JbûJ^wD Jlioot ï^ h i^v*^ 



JL^ JLtt-M^I Lo^Ji^t li-^i^âoo MwJ^. .A£MLM 

|9a«M ^1 a ^ m > ^^o»o • |i^»i^•J^^ Itèdàd {«.i^Ao^^t 



f 



•»*y nu. — ^ > MéMoi. — < Iv^b.»^^? tns. — « id(/e 
, cf. IV. 



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264 MARS-AVHIL 1899. 

• JLJK^^Ad JbaJ^j» ^litv») 



u»ti U^^lf • «M«; AiaUD 



.o 



» >rsai"» iiJLDf) ^liO; ^v» .* JLaûA.t 
;.^h *«ô» ' Itoào I^J»}) JL^uj JLaûA. 



lis. 



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LE TRAITE SUR L'ASTROLABE PLAN. 265 

•^JÛ^ JL^âo^t JLd9o)o JLJ(^ ^ Wo;,^u»} 

Jofi y^.JOl ^ J 1. I Vi »l oô*«d Ô) ll| w^l jL^^i^ 
JLDfOJ ^t '•^giO . ^O^JLtOft 

^ Jb^jo 4^1 JLatei 

( foL 96 r*») 

lî^ ■Vi"» ^JLd |oom ^u^f J"!^*^ 00» JUofX • ;.*^| 



* Lire JLiL^ |. — * Lire ^. — ' Adds y^. — * Ia^oa e«i} 



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966 MARS-AVRIL 1899. 

^ 1 *^ OdO JLJ^Ad Ji^^i koHoio Jbai3f ^Lm*j 



hiAA^O 



<^| Jlvi ot )9a:>Q3f ^i^'^av» |>»i»v> ^jUfoJd oC^ 
•JL^jaoâ ««Jif y^}o$ iu\ jx^ liolf JLdfoJUf (fol. 96 v^) 






.{K^dO^^fto;;^ 



ms. — * iaa:^u» ms. — ^ Lire ^Aj'êf . 



b. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 267 

^m ^ iVii>m^ lomLf U^^l J^aDlf t^»^»^ lio^l 

^^o . W ^3^0 «iM^I, -i i..:».a-»o^, 
• «KiMÎ^fjl^df eo» U^M^f |J^.Aft»«^ |i«M? o»2k«f JbuJJe 






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268 MARS-AVRIL 1899. 

liof ^ I M N*)? lin Vi > VI ^i»i*^av>o , ^Iéi/vw 

|lo Vi » Sil ^» ViV UDfl U-^^h • ^^P? AlQJJO 
• Hoftoo ^tol **^ad (foi. 97 r") 

^i^lU»o • U ■t'^Vii«motv»t ^\a«xad )oeiL ^^ol ooif 

I^W-^ > m ») liol^ ^o-^ei ^ ^90(^1^ ^ oom|o 
Jl aVi m uVi ^Vl^ • ^^;.^| «£»?a^ Loâei ' ^^a »ihi V^ 

' )J^V Vi m ») ^^^o$} ^^o» ^ \f*^ ^h) • ^^^ 

Ito te If— ^1? ^ )^;vi m ») liolf ^(M ^9.^^ 

^i»^v») «mio^o Lodei ^àJb^o a>w^|;A^ |J^«*i4tfAA. 



^ Sic, Lii-e ^««iftfKo. — ^^ Lire ^ o| JB^^ xii:^. — ^ |À.«m^b*| 

ms. 



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LE TRAITÉ SUR L ASTROLABE PLAN. 269 

If^ ^f |Laâ*«*9o JL^^od J^i^ool Jbûo^l^ JLov^ 



I VH VO Ua-m) J^U^^ Uâ^l .t^.»^'>^ Wl OM^I 
• 00 «£»?Q..10 iL»li^! )^MiM«Jd ItOàO ^90t OM^I «^df 



Adde ^. — > |j^««AAtD ms. 

SIII. 



ia»«iHa«ja itTioi 



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270 Mi^RS-AVRlL 1899. 

Lk^V^ o»a#9 p^^a> ^mtii/^t JLm^v^ .fris ci 9» J^mO^I 

«£»9a— ^ (fol. 97 V*) «3oLo • Jl > i Vi ■! Oj'^iWV Uo^ 
«ttOQ^k^tl ^.oo) U^JUfete J^^lbu^lf jiioi ^o «âST 
\j^.»é^\ ^^Jo»o ' <^ «£»9ajto • JLâOA. l?i> ■vTv JUo^ 

J^»| i v»|^ *Uoi >inQ fi > ^uP»} ôi «aJoI ^ i*J(^ oôi 

i »> ■■■itlfco II A»l i > v>h '«»o».^^ JLftOf^o «JLâaA. 

Im^J M99M0 »fl>ao»^f»»JL^| J^Ni^aol .I^nudo^Lo 

•Â2 %»fa^ JLJ^A ciï^iO |oc* Hl 

|».A.ft «f-^l • «jÎgu^oI f iliî Mt li;..«»| * JL^oA 4doLo 

|oôi |J^>.i P^WktMfco llo iLwi^ ^^|o »fl>ao»^f»t) 
I ■«» ">v' ^ »ino Vo— ft ^ ô» «£»9Q.to o^ omJ^A 
^%> ft > gk>ti ^<^) JLi^fe^t ^t ^IHt .Ino^^ 



* ^ ms. — * «ei ms. — * «o»*» ms, — * j^^ft ms. — * Lire 
peut-être - r\ ^iri^' f^ « ^êptpàf rpamnég. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 271 

^^t U ^ il ^ •'^ Il )J(wxIL^^.j»o ^^ «£»?a^ ^ 




^ Iffirftepiy^ -tpoittxàt, le manuscrit l'écrit en deux mots, le 
second est ^#^01,^1 . — ' Dee«t ms. — ^ llui^i»! ms. — * Deest 

ms. — * Xeificpiyd^ rpoittxét ; «««aft ms. — • ^) ms. — 

' ka1p&p6iiOf, — • 4»Uii>,i» ms. — • kpxrtx6t, — " £ ms. — 
" liêtiu — '* kptcfMtmàf. 



18. 



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272 MARS-AVUIL 1899. 

• hya^} ^oioju? ^oom?L ^^«aa^ittt ^ujooiibte ^oi N fcit 
«^ Mvfc *V> ^idott ^ ^ft^^JOcÂJbte (fol. 9^ 1^) ^h oô» 

^\^ii w-Aj^o U^û^l^ U^^ S K-A^^i^ 

W^Siio^^^^ ya^i&fliv j^}i Ibu^lt «oïd; Hicajo 



.JLaoji. H. 



f^? *JU!oft 



Ik^l ^^u^^W Udei ^;^^ JCL^t «a^oaUj) ^o» 



* );i»aj m». — ' l^iamm ms. — * ^omj^ ms. — * Jjocwn /mi- 
Aeiu pour w^tUy. Le ms. porte iao^}. — ^ l»t^f^ ms. — * l^ivi ms. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 273 

• ^o^fof ooit «£»?adUj) ^«i^^l ^oC^ ^^! ^eio 

^^ i ■! > ■> ^J^9j^.^o •;.*^) ;^H^t U^^) «JLLftt 

• )ù «ttfo-ito Jboâ^t Aiid^Jl^t oôi «£»9a^t l>><i"Vfc"» 
looiL JJL»! Ho-i^t I v»i V i^JLdt) ^lâWov» ooLo 

^^::_.> ,^soo u^ ^^, -»5a.> <• IL., 



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274 MARS-AVRIL 1899. 

TRADUCTION. 



U. USAGES DE L'ASTROLABE. 

I. Trouver dorant le jour, à l'aide de l'astrolabe, 
t heure solaire; puis trouver pour cette heure le degré 
[du zodiatjue) qui se lève, celai qui se couche, celui qui 
est au milieu du ciel [au méridien) et celui qui est sons 
la terre\ 

Nous regardons d*abord (dans les tables) la posi- 
tion vraie du soleil et dans quel signe du zodiaque il 
est; puis, à l'heure que nous cherchons, nous diri- 
geons tout Tinstrument en face du soleil jusqu'à ce 
qu'un rayon pause à travers les deux ti*ous percés en 
face l'un de l'autre dans la dioptre. Il est évident 
que si nous plaçons une tête de la dioptre , nommée 
«index», sur le quadrant, c'est-à-dire sur le quart 
de cercle divisé en 90 degrés, nous verrons de 
combien de degrés l'index se déplace sur le qua- 
drant. Nous notons le nombre ainsi obtenu (c'est la 
hauteur actuelle du soleil), puis nous retournons 
l'astrolabe sur l'autre côté et faisons tourner le cercle 
du zodiaque qui est au milieu de l'araignée sur le 
climat dans lequel nous sommes et sur les inter- 
sections des parallèles, c'est-à-dire proches l'un de 
l'autre, jusqu'à ce que le degré oii se trouve le soleil 

* Ce problème est posé et résolu de manière analogue chez Ma- 
carius Hieromonachus (Rhein. Mus., t. VI, p. iSg). 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 375 

soit sur Tintersection de ces parallèles au degré même 
où nous l'avons observé , à Taide d'un rayon solaire 
traversant les deux trous de la dioptre ^ Nous regar- 
dons alors sous la terre, quel est le degré diamétra- 
lement opposé au soleil sur le zodiaque , et dans quelle 
heure se trouve ce degré parmi les heures écrites 
au-dessous. Cette heure est celle que nous cher- 
chons. Nous trouvons dès lors facilement le degré 
i de vie )», celui « des noces >», celui du milieu du ciel 
et celui de dessous la terre, car le degré et le signe 
qui se trouve sur l'horizon est de notre climat à 
l'heure observée sera dit être « à la vie », celui qui 
est diamétralement opposé sur l'horizon ouest sera 
dit « aux noces » , celui qui est à sa plus grande élé- 
vation dans ce climat , c'est-à-dire sur le méridien , est 
« au milieu du ciel » et celui qui est diamétralement 
opposé sous la terre est dit « aux pères ». 

Par exemple, supposons que, dans le quatrième 
climat, l'index de la dioptre ait été sur le 3o* degré 
et que le soleil soit dans le premier degré du Can- 
cer. Tournons l'araignée jusqu'à ce que le premier 
degré du Cancer soit sur l'horizon est, puis conti- 
nuons à tourner l'araignée vers le haut jusqu'à ce 
que le premier degré du Cancer soit sur le 3o* pa- 
rallèle de hauteur dû était l'index, puis cherchons 
le degré du zodiaque diamétralement opposé au 

' Le soleil étant ainsi f^cé dans sa position vraie, il en est de 
même de tons les astres et de tons- le» eerdes. La face de l'astrolabe 
représente donc la position ^u ciel à ce moment et, il mffit de la 
regarder pour avoir Theure , le signe qui est à l'horiton , etc. 



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â7n MARS-AVRIL ÏS99. 

Cancer, qui est le premier degré du Capricorne, Ce 
degré se trouve sous la terre dans la troisième heure. 
Telle est Theure du jour. 

Je dis que Ion trouve ensuite facilement les quatre 
centres; on les trouve en cherchant leurs places pour 
le quatrième climat. Au levant, on trouve le 5* de- 
gré du Lion; au couchant, le même degré du Ver- 
seau, au méridien, le a 4* degré du Bélier et sous la 
terre, le même degré de la Balance. Pour connaître 
les ascensions^ depuis le commencement du Bélier 
jusqu'au point qui se lève à cette heure, nous regar- 
dons où se trouve l'index de laraignée qui est le 
commencement du Capricorne , puis nous comptons 
les degrés depuis le milieu du ciel (le méridien) 
jusqu'au point où se trouve le commencement du 
Capricorne, et nous trouvons i j q degrés pour ces 
ascensions dans le quatrième climat'^. Nous trouvons 
aussi que le Lion se lève et que le Verseau se couche 

• Cf.m/ro,lX, 

* Ce chiffre (en fiombrej ronds) est exact. H faut résoudre le 
triangle suivant : 




Tare yR représente les ascensions cherchées {v. IX); la latitude 
du quatrième dimat est de 36" et Tare d'édiptique qui s*étend du 
Bélier au 5* degré du Lion est de laS*. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 277 

dans le 5* degré. Qustnd nous portons ce nombre 
sur la sphère droite, nous trouvons que le Bélier 
est au milieu du ciel dans le 2 4* degré ; il est évident 
que la Balance est sous la terre dans le même de- 
gré. Depuis la première heure jusqu'à la sixième, le 
soleil est sur les parallèles (la partie des parallèles) 
qui précèdent le milieu du jour; de la sixième jus- 
qu'à la douzième, il est sur les parallèles qui suivent 
le milieu du jour. On reconnaît la position du soleil , 
s'il est avant ou après midi, à l'aide de l'index. Si les 
degrés indiqués par l'index augmentent (pour deux 
observations successives) le soleil monte vers le mi- 
lieu du jour. Si les degrés diminuent, le soleil des- 
cend après le milieu du ciel. Il en est de même 
pour un astre quelconque. 

II. Trouver l'heure durant la nait à l'aide des 
étoiles. 

On cherche d'abord à l'aide de l'instrument en 
quel degré (de hauteur) la dioptre nous montre l'une 
des étoiles fixes désignées sur l'araignée, comme on 
l'a déjà fait pour le soleil. Puis faisons tourner l'étoile 
observée et plaçons-la sur le degré que nous avons 
trouvé à l'aide de la dioptre, regardons ensuite sous la 
terre dans quelle heure tombe le degré où se trouve 
le soleil : nous dirons que telle est l'heure nocturne 
avec ses fractions. Il est évident aussi que nous con- 
naîtrons dès lors le degré « de vie », celui du milieu 
du ciel, et ceux qui leur sont diaméti*alement op- 
posés. 



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378 MARS-AVRfL 18(»(». 

m. Trouver Vheare darant la nuit, à l'aide de la 
lune. 

Il faut d abord chercher avec soin (à l*aide des 
fables) dans quel signe et dans quel degré se trouve 
la lune. Quand nous le savons, nous cherchons, 
comme nous Tavons fait pour le soleil (par une 
observation de hauteur), en quel degré du quart de 
cercle se trouve la lune ; puis nous tournons Taraignée , 
c'est-à-dire le lieu vrai de la lune, jusqu'à ce qu'il se 
trouve dans les parallèles (de hauteur) sur le degré 
où la dioptre nous a montré que la lune se trouvait. 
Nous regardons ensuite sous la terre en quelle heure 
se trouve le degré où est alors le soleil; cela nous 
indiquera les heures déjà écoulées. Mais, de jour ou 
de nuit, il faut avant tout savoir si le soleil, la lune 
ou l'étoile considérée sont avant le méridien; on les 
cherche alors sur les parallèles qui précèdent le milieu 
du jour, ou , après le méridien , sur les parallèles qui 
suivent le milieu du jour. Il est évident qu'ici encore 
nous connaissons a les centres » dont nous avons 
parlé. 

IV. Trouver, à faide de l'astrolabe, l'iwo)(ff, c'est- 
à-dire la station du soleil. 

Pour trouver la station du soleil nous dirigeons 
l'instrument, un peu avant la sixième heure ^ de 

* Il s'agit de trouver la hauteur méridienne ou ia culmination 
du soleil , c'est-à-dire le point oii le soleil cesse de monter au-dessus 
de rborizon pour redescendre. Chez Jean Philoponus : Uih ë&îip 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 37g 

manière qu un rayon de soleil traverse les deux trous 
de la dioptre (du dos de Fastrolabe) ; puis , peu à peu , 
à mesure que le soleil monte, nous élevons aussi la 
dioptre de manière que le rayon de soleil traverse 
toujours les deux trous; quand nous voyons que le 
soleil né monte plus, mais commence k redescendre, 
nous disons que cVst le milieu du jour. Nous regar- 
dons alors sur quel degré du quadrant se trouve 
l'index de la dioptre; puis, retournant Tinstrument, 
nous faisons tourner la zone du zodiaque; et le degré 
du zodiaque, que nous voyons coïncider avec un 
certain nombre de Tintersection intérieure de ces 
parallèles, égal au degré observé à l'aide de la dioptre 
quand le rayon du soleil la traversait, nous fait 
connaître dans quel signe et dans quel degré se trouve 
le soleil pour ce jour-là. Nous dirons que le soleil 
est dans ce degré et dans le signe qui le contient. 

Mais avant tout, il faut savoir dans quelle saison 
nous sommes, afin de ne chercher que dans les trois 
signes qui correspondent à cette saison, et d'éviter 
toute erreur. 

V. TVoaver, à t aide de l'astrolabe, l'énox^f c'est-à- 
dire la station de la lune et des cinq planètes \ 

Nous prenons d abord Tune des étoiles fixes mar- 

tépûp in r&S Sp^dpov ri^p ta9 if >/ov ivox^'ép ' ép f méhp, mék i&li 
AtfSeAr x6 xo^ iMé^nP ^iiépap toCT HXl&v pufyi&lop {fyfmfia, 

* Le titre désigne, comme dans i'artide précédent, la hauteur 
méridienne « bien que ce ne soit pas spécifié en dessont. 



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280 MARS-AVRIL 1899. 

quées sur Taraignée et cherchons sur le quadrant 

(à l*aide dune observation) quel est son degré (de 

hauteur). Nous tournons l'araignée jusqu'à ce que 

rétoile arrive sur le même degré de l'intersection 

intérieure des parallèles; nous Gxons alors l'araignée 

dans cette position. Nous cherchons ensuite à l'aide 

A^ r;rk/iAv de la dioptre en quel degré (de hauteur) 

a lune , puis nous retournons l'instrument 

ns sur les parallèles le même nombre que 

inné la dioptre : le signe et le degré qui 

lent à l'intersection du parallèle égal au 

a dioptre nous donnent la position de la 

cette nuit (ou plutôt : le degré du zodiaque 

le hauteur). On opérerait comme on vient 

pour la lune , si l'on voulait trouver Vinox^^ 

\ la station des cinq planètes. 

mver les changements^ d'ascension et de 
'est-à-dire la latitude de la lane, 

t connaître les dogrés d'ascension , c'est-à- 
tude de la lune , de la manière suivante : 
•chons, comme d'habitude, l'heure noc- 
ido des étoiles fixes; puis nous cherchons 
fient, comme nous l'avons dit^, los degrés 



[>t : «les rétrogradations». Mais il ne s'agirait alors 
er le maximun et le minimum de la latitude de la 
[ue la démonstration semble donner le sens de la lati- 
oque quelconque, 
tre V, 



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LE TRAITÉ SUR L*ASTROLABE PLAN. 281 

de la lune ^ Si les deux temps sont égaux , nous dirons 
que la lune est au lieu des éclipses , c est-à-dire dans 
le (plan) diamétral du zodiaque. Si le temps donné 
par les étoiles est moindre que le temps donné par 
la lune et que celle-ci soit au méridien, nous dirons 
que la lune est au nord de Técliptique. Si le temps 
donné par les étoiles est plus grand que le temps 
donné par la lune ^ et que celle-ci ne soit pas encore 
arrivée au méridien , ce sera l'inverse : si le temps 
donné par les étoiles est moindre, nous dirons que 
ia lune est au sud de Técliplique : si le temps donné 
par les étoiles est plus grand, nous dirons que la 
lune esl au nord de Técliptique, c'est-:i-dîre au nord 
du plan qui passe au milieu de la zone du zodiaque. 

VU. Vérifier si ïastrolaie est bien ou mal coustrait. 

Supposons, par exemple, que nous sommes dans 
le quatrième climat et que le soleil est dans le pre- 
mier degré du Bélier, nous tournons alors laraignée 
de manière à amener ce premier degré du Bélier sur 
lliorizon oriental : nous regardons en même temps 
combien de degrés marque l'index qui est sur l'arai- 
gnée. Supposons qu'il soit alors au milieu du ciel. 
Tournons ensuite l'araignée (avec l'index) jusqu'à ce 
que le degré opposé à celui du soleil , qui est le premier 
degré de la Balance, arrive aussi sur l'horizon. Voyons 

* C est'à-dire le degré du zodiaque qui a même hauteur. 

* Le parallélisme semble demander ici Je membre de phrase : 
« nous dirons que la lune est au sud de Tédiptique ». 



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882 MARS-AVRIL 1809. 

le nombre des degrés d'équateur que Tindex de 
1 araignée a parcourus du milieu du ciel , depuis le 
moment où le premier degré du Bélier était placé sur 
rhorizon est jusqu'à celui où le point diamétralement 
opposé au degré du soleil y est arrivé, on en trou- 
vera ici i8a (si Tastrolabe est bien construit), et 
écrivons4es sur un oôté^ Après cela, multiplions 
par 1 2 heures le nombre des temps*'' d*une heure qui 
est écrit en face du premier degré du Bélier sur la 
troisième table pour le quatrième climat dans le 
canon donné par Ptolémée, et ajoutons le nombre 
des ascensions placé en face du degré du soleil pour 
ce ménie quatrième climat, dans la seconde table. 
Si le nombre tiré du canon est égal au nombre donné 
par l'index de l'araignée, l'astrolabe est bon; s'il y a 
une différence de deux ou trois degrés on voit par 
cette méthode que l'astrolabe est mauvais. 

Nous pouvons le savoir aussi à l'aide du canon 
fait par Ptolémée pour la sphère droite. En effet, 
la quantité dont s'est éloigné l'index de l'araignée, 
depuis le degré ou le signe du milieu du ciel , est 
égal au nombre des levers sur la sphère droite de 
ce degi'é du milieu du ciel. Nous pouvons connaître 

* n s'agit d*évfduer directement les ascensions d*un oeriâin 
nombre de signes, puis de comparer ce nombre, donné par l'astro- 
labe, à celui que donne une table construite par Ptolémée, dit 
l'aatenr, et analogue sans doute à celles que Ton trouve dans VAl- 
mageste au livre II , ch. vn. 

^ « Lai tempa d*ane heure » sont les degrés d'équateur qui corres- 
pondent à une heure, on les obtient en divisant par douie; l'arc 
d'équateur compris entre les points du lever et du coucher du sdeil. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 2W 

cela pour un signe et un degré quelconques. Et 
quand nous cherchons ainsi les levers d'un signe 
quelconque et les levers de la sphère droite, il est 
évident que si nous faisons tourner Taraignée jus- 
qu'au point diamétralement opposé à celui que nous 
cherchons, et si nous regardons en même temps de 
combien l'index de l'araignée s'éloigne du milieu 
du ciel, puis que nous comparions le canon à l'as- 
trolabe et que nous ne trouvions pas le même 
nombre, nous devrons en conclure que le canon 
ou bien Tastrolabe est mal fait, et nous contrôlerons 
les deux, car le canon de Ptolémëe est fait d'après 
l'astrolabe. 

Vni. Comment on pourra verrier si l'index est 
exact et bien construit. 

Dans tout climat, il faut d'abord savoir en quel 
degré et dans quel signe est le soleil; alors nous pla- 
çons la tablette relative au climat qui nous occupe , 
puis nous tournons l'araignée jusqu'à ce que le degré 
du signe où est le soleil soit au milieu du ciel (on 
note alors sa hauteur). Puis, vers la sixième heure, 
nous regardons le soleil à travers les deux trous de la 
dioptre jusqu'au moment où le degré indiqué par 
l'index n'augmente plus, mais commence à diminuer; 
et , si le nombre indiqué alors par l'index de la dioptre 
est le même que le nombre obtenu quand nous 
avons amené le soleil au milieu du ciel (à l'aide de 
l'araignée), nous dirons que l'index est bien fait, si- 
non , nous reconnaîtrons qu'il n'est pas exact. 



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284 MARS-AVRIL 1899. 

IX. Comment, à taiàe de tout l'astrolabe, on peat 
connaître quelles sont les ascensions de chaqae signe 
dans un climat quelconque^, soit au centre de vie, soit 
à celui da milieu du ciel, et quelles sont les « descentes^ » 
au centre « des noces • et à celui qui est sous la terre^. 

Nous regardons quels sont les degrés de vie et 



* On appelle ascensions [àwilpopai) au centre de vie (sur l*hori- 
zon est] qui correspondent à un signe, le nombre des degrés de 
i*équateur qui montent au-dessus de l'horizon pendant que ce signe 
lui-même monte tout entier au-dessus de Thorizon. (Cf. Ptolémée, 
Composition matkétnati</ue , 1. II, ch. vu, et Bar Hébréus, Cours 
ctcutronomie, LU, ch.iii, sect. i, 3, 3, 4.) Le mouvement de Tarai- 
gnée reproduit le mouvement diurne; les degrés d'équateur sont 
notés sur le bord de lastrolabe. Voir au ch. i en note , le tiiangle 
à résoudre pour trouver les ascensions. 

* xoToÇopa/, par opposition aux «ascensions» elMt^po/. 

' Voici la signification de ces quatre centres; on peut lire : i" à 
rhorizon est; a* au méridien supérieur; y à Thorizon ouest, et 
ii** au méridien inférieur. Ces quatre lieux appelés centres par 
Sévère , furent aussi appelés pivots , ce qui est la traduction du mot 
cardines ( geniturainim ] employé par Firmicus Matemus IL xJii. 

On divisa encore en trois parties chacun des intervalles , ce sont 
les douze loci de Firmicus IL xvii , ou les douze maisons de Sévère, 
car chacun de ces lieux loge un signe du zodiaque et quelque pla- 
nète. Le premier lieu (i^} ^w^^aa) commence à lliorizon est et se 
prolonge vers le méridien inférieur jusqu*au trentième degré tin 
hoc loco vita hominum et spiritus continetur F. M. IL xvn. 3 ». Le 
quatrième ]k.M J^i} ^ ou |lo»!d|f commence au méridien inférieur 
■ Quartus locus , id est imum cœlum,... ostendit nobis parentes, 
patrimonium. . . F. M. IL x?ii. 5.* Le septième pdSL»; ^ com- 
mence au méridien ouest c appellatur occasus a nobis , a gnecis vero 
dtjaic. . . Ex hoc loco qualitatem et quantitatem quaeramus luip- 
tiarum.F. M. IL xvii. 8». Le dixième JL^o^ J^^t^ commence au 
méridien supérieur « a nobis médium cœlum , a Grœcis (lecovpd- 
^fxa appellatur F. M. IL xvn. 1 1 ». 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 285 

ceux du milieu du ciel dans le climat où nous sommes , 
puis nous plaçons en conséquence Tindicateur des 
degrés de l'araignée, qui se trouve sur les degrés 
d'ascension. Après avoir mis le commencement du 
signe qui nous occupe sur Thorizon est, nous lui 
faisons décrire un parallèle et, pendant que ce signe 
s'élève, nous comptons les degrés d'ascension que 
décrit l'indicateur des degrés de l'araignée depuis 
que le commencement du signe était sur l'horizon 
jusqu'à ce que tout le signe se soit levé : le nombre 
obtenu nous donne les ascensions de ce signe pour 
ce climat. 

Supposons, par exemple, que le premier degré 
du Bélier soit sur l'horizon Est, qui est le centre de 
vie , l'index de l'araignée , qui est le commencement 
du Capricorne, se trouvera alors au milieu du ciel; 
et, quand tout le Bélier se lèvera dans le quatrième 
climat, l'index de l'araignée dont nous avons parié 
s'éloignera du milieu du ciel d'environ trente degrés; 
telles seront les ascensions du Bélier dans le qua- 
trième climat. Et si nous voulons connaître les as- 
censions du Taureau, nous compterons le chemin 
parcouru par l'index de l'araignée depuis lendroit 
où il se trouvait d'abord jusqu'au moment où tout 
le signe du Taureau a monté au-dessus de l'horizon 
est : ce sera le nombre des ascensions du Taureau. 
Nous en ferons autant pour les autres signes. 

Nous opérons encore de même sur la sphère 
droite, pour le signe et les degrés que nous voulons 
connaître. Nous plaçons alors au milieu du ciel (sur 



lnraiMrBI» Bktt 



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886 MARS AVRIL 18Q0. 

le méridien) ie commencement du signe dont nous 
cherchons les ascensions, puis nous le faisons passer 
tout entier au milieu du ciel; et la quantité dont 
Tindex de laraignée s éloigne du point où il était, 
quand nous avons placé le commencement du signe 
qui nous occupe au milieu du ciel , nous donne les 
ascensions de oe signe sur la sphère droite, c est-à- 
dire au milieu du ciel. 

Après avoir écrit quel est le nombre des ascen- 
sions au degré i de vie » et au milieu du ciel , pour 
tout signe et pour tout climat, nous devons parler 
ides descentes» à Toccident, c'est-à-dire au degré 
t des noces » et à celui du milieu de ia terre (sur la 
moitié inférieure du méridien). Plaçons le commen- 
cement du signe qui nous occupe sur Thorizon ouest, 
puis notons où se trouve Tindex et faisons tourner 
Taraignée jusqu'à ce que tout le signe descende 
(sous l*horizon); Tindex a parcouru un certain es- 
pace depuis cpie le signe a commencé à descendre 
jusqu'au moment où il a été complètement couché; 
si nous comptons alors les degrés ainsi parcourus 
par Tindex, ils nous donnent « les descentes » de ce 
signe dans le climat qui nous occupe. Nous opére- 
rons de même pour trouver « les descentes » au mi- 
lieu de la terre, c est-à-dire au centre ■ des pères », 
puis nous tournerons laraignée vers Tborizon est 
jusqu'à ce que tout le signe ait passé par le centre 
j,, "--lieu de la terre , et le nombre des degrés par- 
\ par Tindex de I araignée durant ce temps 



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LE TRAITÉ SUR L^ASTROLABE PLAN. 287 

nous donnera le nombre ■ des descentes » de ce 
signe au milieu de la terre. 

X. Trouver combien il y a d'ascensions depuis le 
commencement du Bélier jusqu'au degré {du zodiaque) 
qui se lève, c'est-à-dire jusqu'à thoroscope. 

Si nous voulons savoir combien il y a d'ascen- 
sions depuis le commencement du Bélier jusqu'à 
rhoroscope, cW-à-dire jusqu'au degré du zodiaque 
qui se lève à l'heure considérée, soit de jour soit de 
nuit, nous plaçons le degré (l'horoscope) qui nous 
occupe soit de jour, soit de nuit, sur l'horizon est; 
puis nous comptons de combien de degrés l'index, 
qui est au commencement du Capricorne, est 
éloigné du milieu du ciel : nous dirons que le nombre 
ainsi trouvé donne les ascensions depuis le commen- 
cement du Bélier jusqu'au degré qui se lève à cette 
heure. 

Nous pouvons aussi trouver les ascensions en 
prenant, dans la table de Ptolémée, le nombre écrit 
dans la seconde colonne eh face du degré qui était 
sur l'horizon est, et pour le climat qui nous occupe ^ 
Ce nombre des ascensions se trouve aussi dans la 
table poxu* la sphère droite. 

XL Comment on peut connaître, à Vaide de l'astro- 

* Dans VAlmagêste, livre II, ch. vm, on trouve les ascensions 
(les signes du zodiaque, de lo en lo degrés pour les divers cli- 
mats. 

• 9. 



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288 xMARS-AVRlL 1899. 

labcy lu composition des heures du jour ou de la nuit, 
ou la longueur et la brièveté du jour et de la nuit qui 
nous occupent ^ c'est-à-dire [la plus ou moins grande 
distance) du degré « de vie » ou du degré « des noces ». 

Nous avons donné des règles pour trouver 1rs as- 
censions; il convient maintenant de chercher les 
heures (équinoxiales) et les degrés d equateur d'une 
heure (temporaire) pour tous les climats. Pour 
trouver la longueur et les degrés dune heure d'un 
certain jour, nous plaçons le degré du (zodiaque oii 
se trouve alors le) soleil sur l'horizon est, puis nous 
notons l'endroit où se trouve l'index de l'araignée. 
Nous faisons ensuite tourner le degré du soleil au- 
dessus de la terre sur les parallèles jusqu'à ce qu'il 
arrive sur l'horizon ouest; après quoi nous comp- 
tons de combien de degrés a avancé l'index de l'arai- 
gnée pendant que le degré du soleil se déplaçait de 
l'horizon est jusqu'à l'horizon ouest. Si nous cher- 
chons lès heures (équinoxiales du jour) nous divi- 
sons ce nombre de degrés par i5, et, si nous 
cherchons les degrés d'une heure (temporaire) nous 
divisons ce mémo nombre par 12^. 



* On dislingue deux sortes d'heures : 1" les heures temporaires, 
âpas xeupixas. Il y en a toujours douze du lever au coucher du so- 
leil; elles sont donc plus ou moins longues selon la saison; s* les 
heuivs équinoxiales , celles-ci correspondent à quinze degrés dé Téqua- 
teur; elles sont donc égales entre elles , mais les jours en contiennent 
plus ou moins, selon la saison. Cf. Bar Ilébréus, Cours ctastrono- 
mie, 11, ch. v, secl. i. 

* G» passage a été altéré. On Ta restitué d'après son parallé- 



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LE TRAITÉ SUR L^ASTROLABE PLAN. 289 

Si nous cherchons à connaître tes heures et les 
dejjrés d'une heure de la nuit, nous plaçons le de- 
gré (du zodiaque) opposé (au soleil) siu^Thorizon est, 
puis nous le faisons tourner jusqu'à ce qu'il arrive 
sur lliorizon ouest. Evaluons la marche de Tindex 
de Taraignée, comme nous lavons dit; puis si nous 
voulons les heures, divisons ce nombre par i5 et 
nous aurons les heures équinoxiales de cette nuit; si 
nous cherchons les degrés dune heure, diWsons 
par 1 a, et nous aurons les degrés d'une heure pour 
le point diamétralement opposé au soleil. Si nous 
retranchons les heures du jour de celles ^e la nuit , 
le plus petit nombre du plus grand, le reste nous 
donnera l'excès de la nuit sur le jour ou du jour sur 
la nuit. 

On peut encore procéder de la manière suivante 
pour trouver avec plus de facilité le nombre des 
heiu'es et les degrés d'une heure : Quand nous au- 
rons trouvé, par la méthode indiquée ci-dessus, les 
heures et les degrés d'une heure qui correspondent 
ou bien au degré du soleil , ou bien au point diamé- 
tralement opposé, c'est-à-dire à partir du degré de 
la vie, ou bien du degré des noces*, nous retranche- 
rons de vingt- quatre les heures que nous aurons 
trouvées soit pour le jour soit pour la nuit, et le 

lisme avec le suivant. L*auteur a pu vouloir dire aussi qu*après avoir 
divisé par 1 5 , ce qui donne les heures équinoxiales du jour, s*il 
reste quelques degrés , on obtiendra les minutes équinoxiales qu il 
faut ajouter aux heures , en multipliant par i ces degrés qui restent. 
> Cela signifie que Ton évalue le temps mis par le soleil pour 
passer de rhoriion est à rhoriion ouest et vice versa. 



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290 MARS. AVRIL 1899. • 

reste nous donnera leâ heures de ]a nuit ou du jour 
pour cette journée. Quant aux degrés dune heure 
(équinoxiale), nous retrancherons de 3o * les degrés 
de rheure de jour ou de nuit que nous avons trouvée 
pour le soleil ou pour le point diamétralement op- 
pose, et le reste nous donnera les degrés d'une heure 
de nuit ou de jour. 

Xin. Comment on peut connaître , à l'aide de Vas- 
trolabe, quelle est la plus boréale et la plus australe de 
deux villes considérées. 

Quand le soleil est au premier degré du Bélier, 
nous cherchons à la sixième heure, à Taide de la 
dioptre, quelle est sa hauteur méridienne. Nous 
lisons les degrés de cette hauteur sur le quadrant 
(qui est au dos de Tastrolabe), puis nous allons dans 
lautre ville que nous voulons comparer à la pre- 
mière et à la sixième heure , quand le soleil est dans 
ce même premier degré du Bélier, nous prenons 
de la même manière sa hauteur méridienne. Si, en 
passant de la première ville à la seconde Tindicateur 
des degrés du quadrant (du dos de Tastrolabe) in- 
dique un nombre plus fort, autant il a ajouté de 
degrés, autant la seconde ville est plus australe que 

' C'est exact, car si le parallèle décrit par le soleil a n degrés 
au-dessus de llioriion , comme à ces n degrés correspondent douxe 
heures temporaires du jour, chaque heure de jour comprendra _!1 de- 
grés. Mais le même parallèle aura 3 60 — n degrés sous Thorizon 
auxquels correspondront doute heures de nuit. Chaque heure de nuit 
comprendra donc ^^^"^ degrés ou» comme le dit Sévère, 3o— JL^ 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 291 

la première; et s'il indique moins de degrés, la se- 
conde ville est d'autant plus boréale que la pre- 
mière. Il n'est pas nécessaire que le soleil toit dans 
le Bélier; il peut être dans la Balance ou dans un 
autre signe quelconque. On peut encore se servir 
des étoiles fixes, en opérant comme nous l'avons 
fait pour le soleil. Nous prenons, à Taide de la 
dioptre, la hauteur méridienne de l'étoile, et, quand 
l'index indique plus de degrés, la ville correspon- 
dante est plus méridionale; quand il indique moins 
de degrés, la ville est plus boréale. Nous trouvons 
aussi de cette manière en quel climat nous sommes. 
Nous pouvons encore, à l'aide d'une autre mé- 
thode, arriver au même résultat : Prenons un style 
de fer, ou de roseau, ou de bois, ou d'une autre 
matière quelconque, et, quand il est exactement 
six heures dans la ville où nous sommes, cherchons 
combien de pieds a l'ombre du style que nous avons 
élevé; puis nous en ferons autant dans l'autre ville, 
le même mois, le même jour, à la même heure (avec 
un style de même longueur); quand le nombre de 
pieds sera plus grand, nous dirons que la ville cor- 
respondante est plus boréale; quand ce nombre sera 
plus petit, nous dirons que la ville est plus australe , 
car l'ombre est d'autant plus grande que le soleil est 
plus éloigné de nous vers le midi, et d'autant plus 
courte qu'on est plus près de lui K 



* Cette dernière méthode est ciassiqne, mais n« aucun rapport 
avec Tastrolabe; la précédente, si Ton se sert du Mdeil, suppose un 



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292 MARS-AVRIL 1899.- 

XIV. Comment on peut connaître la longitude ctane 
ville par rapport à une autre : quelle est la plus orien- 
tale et quelle est la plus occidentale. 

On peut connaître ceci par les éclipses de lune 
ou de soleil. Nous prenons, à Taide de lastrolabe, le 
(degré du zodiaque qui est au) milieu du ciel dans 
les deux villes, au commencement, ou à la fin, ou 
durant tout le temps de Téclipse ; puis uous envoyons 
(le résultat trouvé sur) lastrolabe dune ville dans 
l'autre dont nous voulons connaître la position rela- 
tive, orientale ou occidentale. Nous avons dit plus 
haut comment on prend le degré du milieu du ciel 
dans les deux villes, puis nous comparons le degré 
de la dioptre trouvé (au même instant) dans les deux 
villes. Quand le nombre indiqué par la dioptre est 
plus grand, nous disons que la ville correspondante 
est plus orientale que Tautre pour laquelle Tindex 
indique un nombre plus petit ^ 

XV. Comment on peut trouver la d^érence des 
midis dans deux villes. 

Nous trouvons ensuite de la manière suivante la 
différence des midis dans deux villes. Nous retran- 
chons le plus petit nombre de Tindicateur des degrés 
de la dioptre du plus grand et nous divisons la diffé- 

intenalle de six mois entre les deux observations , d'après l*exposé 
qu'en donne Sévère, 

^ En effet, les degrés des signes du xodiaquc y ont en croissant 
de l'occident vers l'orient. « 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 293 

rence par i5: le nombre obtenu représente des 
heures équinoxiales, et nous dirons que la distance 
dune ville à l'autre, à Torient ou à Toccident, est 
égale au nombre de ces heures. Il sera d*abord midi 
dans la ville qui est plus orientale. 

Ainsi, quand il est trois heures à Garthage, il en 
est six à Arbelles, parce que la différence des midis 
entre Garthage et Arbelles est de trois heures et cette 
dernière ville est de trois heures plus orientale que 
la première. En effet la longitude d* Arbelles est de 
80 degrés et celle de Garthage de 35 degrés*; dès 
lors , si nous retranchons le plus petit nombre du 
plus grand, il nous reste 45 degrés qui, divisés 
par 1 5 , nous donnent trois heures équinoxiales. 

XVI. Comment on peut chercher les ascensions de 
la sphère droite dont a écrit Ptolémée. 

Nous cherchons pour chaque climat le signe et 
le degré qui nous occupent, puis nous multiplions 
le nombre des degrés d'une heure qui est écrit en 
face de ce degré par les six heures qui vont du degré 
» de vie » au milieu du ciel. Nous ajoutons ensuite 

' Ces longitudes sont comptas à partir de Tîle de Fer, et sont 
même un peu exagérées. — On comptait aussi les longitudes à 
partir du continent qui était à 10 degrés à l*est de 111e de Fer (cf. 
Bar Hebréus, Cours d'astronomie » II, chap. 1; sect. 1). Ceci nous 
explique comment la longitude du Caire pouvait être de 55 degrés, 
comme le soutenait M.Marcel, bien qu'elle dût être de 65 degrés, 
selon M. Sédillot (Mémoires de CAcad, des inscr., t 1, i8i4* 
p. 59). Les deux nombres sont exacts, Torigine seule d)s longi- 
tudes est di£fërente. 



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294 MARS-AVniL 1890. 

les ascensions écrites en face de ce signe sur la se 
conde table, et obtenons ainsi les ascensions sur la 
sphère droite. 

Ainsi dans le quatrième climat, en face du premier 
degré du Cancer, sont écrits les degrés d'une hnure, 
à savoir : 1 8 degrés et y minutes. Si nous les mul- 
tiplions par 6 heures, nous obtenons i o8* 4 a'; puis, 
si nous ajoutons les ascensions écrites en face, qui 
sont j2°ià^'\ nous obtenons i8o degrés^ pour la 
sphère droite, au premier degré du Cancer, dans 
notre dimat. 

Nous procéderons de même, avec la même mé> 
thode, poiu* les autres climats et pour un signe et 
un degré quelconques. 

XVII. Comment on peat connaître en qael climat on 
est, à l'aide du soleil oa de l'une des étoiles fixes. 

Nous observons le soleil ù laide de la dioptre 
jusqu'à ce qu'il ne monte plus, au moment où il 
atteint le milieu du jour. On écrit alors le degré que 
marquait à la sixième heure Tiudex de la dioptre. 
On prend alors le degré du soleil (dans les tables), 
et on l'amène au méridien en tournant laraignée 
sur le troisième climat. Si le degré du soleil coupe 
sur le méridien le cercle de hauteur correspondant 
au nombre indiqué par l'index, nous dirons que 

* On peut déduire ce nombre des chiffres donnés par Ptolëmée 
dans VAlmageste, pour le paraliHe de i'Hellespont (Ed. Halma, 
p. io6). 

« En réalité 1 8 1» 4'. 



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tï%. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABK PLAN. 295 

nous sommes dans le troisième climat, sinon i] 
faudra chercher dans le quatrième climat ou dans 
le cinquième, ou dans lun des autres jusqu'à ce 
qu'il y ail coïncidence. Quand cela arrivera, nous 
dirons que le climat correspondant est le nôtre. 

XVm. Comment on peut trouver la latitude des 
sept climats. 

La latitude commence au sud sur la sphère droite 
(l'équateur); elle est donc divisée en 90 degrés, 
c'est-à-dire la moitié des 180 degrés qui sont au- 
dessus de l'horizon du ciel. Nous tournons l'araignée 
dans chacim des climats , jusqu'à ce que le premier 
degré du Bélier soit au méridien ^ Nous lisons alors 
le degré écrit sur les parallèles du milieu du ciel (le 
degré de hauteur) qui correspond au premier du 
Bélier, puis nous le retranchons de 90 degrés et 
nous disons que le reste est la latitude du climat 
qui nous occupe à partir du sud (de l'équateur). 

XIX. Comment on peut connaître, à l'aide de l'as- 
trolabe, la longitude et la latitude des étoiles Jixes. 

* Le premier degré du Bélier étant situé sur l'équateur, sa hau- 
teur donne la colatitude de Tendroit correspondant. Il ne s'agit 
ici , on le voit , que des pays pour lesquels ont été construites les 
tablettes de l'astrolabe. Cette règle est donnée par Macarius Hiero- 
monacbus (Rhein. Mus,, p. iSg). Mais celui-ci ne suppose pas que 
le premier degré du B^ier est indiqué sur Vastrolabe. Il dit donc 
que l'on observe le soleil au moment où il est au premier degré du 
Bélier ou de la Balance et qu'on prend sa bauteur méridienne. Ici 
l'astrolabe n*est d'aucune utilité. On ne se sert que de la dioptre. 



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296 MARS-AVRIL 1899. 

Pour ccnnaitre la latitude des étoiles fixes ^ on 
fait tourner laraignée jusqu'à ce que l'étoile qui nous 
occupe arrive sur le côté sud du méridien. On re- 
garde alors de combien de degrés de latitude cette 
étoile est distante de la zone du zodiaque vers le 
nord ou vers le sud. Pour la longitude 



{// manque ici un feuillet.) 

chacune de ces étoiles fixes , et quelle est sa 

distance en latitude jusquaiix étoiles fixes , à l'aide de 
ïastrolahe. 

Pour la latitude, nous tournons l'araignée, comme 
nous l'avons dit plus haut, jusqu'à ce que l'étoile qui 
nous occupe se trouve au milieu du ciel ; puis nous 
regardons sur quels parallèles se trouvent cl la zone 
du zodiaque et l'étoile qui nous occupe. Nous pre- 
nons la distance des zones du zodiaque aux étoiles 
et obtenons ainsi celle de notre étoile à la zone du 
zodiaque, soit au sud, soit au nord. De la même 
manière, en nous servant toujours du zodiaque et 
' * ' l'étoile) sur l'horizon est, nous trouvons 
'é de la longueur de la zone et avec quel 
cUte étoile. Nous trouvons en plus par 
étoile apparaît^ à l'orient ou à l'occident 

encore que des étoiles figurées sur l'astrolalte; dles 
mbre, une trentaine au plus. Cf. Sédillot, loc, cii, , 

, rf. Bar Hebréus, TroiV (T astronomie, p. 77. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 297 

du soleil. Une étoile est visible quand elle est à 
a 5 degrés à lest ou à Touest du soleil. 

XXII. Comment, à l'aide de l'astrolabe , on peut 
connaître ^inclinaison de toat signe du zodiaque sur la 
zone de Véquateur^ au nord et au sud pour chatfue cli- 
mat, et en quel endroit se trouvent les trois zones tropi- 
cales. 

L'inclinaison des signes sur la zone de Téqùateur 
se trouve de la manière suivante : Nous prenons 
l'instrument et tournons laraignée jusqu'à ce que le 
premier degré du Bélier^ soit au point de dessous 
la terre (sur le méridien inférieur) ; nous connaissons 
alors la position de l'équateur en quelque climat que 
ce soit: il nous suflBt de regarder dans quel degré 
des parallèles se trouve le premier degré du Bélier 
et d'y faire une marque; puis nous tournons l'arai- 
gnée jusqu'à ce que le premier degré du Cancer 
vienne au méridien au milieu du ciel, et nous pre- 
nons le degré des parallèles où se trouve le premier 
degré du Cancer ainsi que le degré des parallèles 
noté précédemment ; nous retranchons le moindre 
du plus grand , et les degrés qui restent nous donnent 
l'inclinaison du Cancer siu* l'équateur du côté sud, 
c'est-à-dire la zone d'hiver. Cette même recherche 
nous donne a 4 degrés pour Tinclinaison du Cancer 



^ 11 s'agit, je crois, de la déclinaison des degrés du xodiaque, ce 
que Bar Hebréus appela U^t^ ^J' (Cours cC astronomie , p. 17*18). 
* Le premier degré du Bélier marque toujours Téquateur. 



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?98 MARS-AVRIL 1899. 

au nord, c est-à-dire de la zone d*ëté sur rëquateiu*^ 
On trouvera de la même manière ^k degrés pour 
rinclinaison du Capricorne du côté sud ou de la zone 
d'hiver sur le premier degré du Bélier ou Téquateur. 
Nous en ferons autant pour tout degré et pour tout 
signe que nous voudrons, et trouverons ainsi sou 
inclinaison sur Téquateur au nord ou au sud; on en 
ferait autant pour le soleil , comme nous allons le dire. 

XXin. Comment on peut trouver l'inclinaison da 
soleil sur Vé(]uateur au nord et au sud dans tout signe 
et dans tout degré. 

Nous tournons Taraignée jusqu'à ce que le degré 
du soleil, en quelque signe qu'il soit, arrive au mé- 
ridien, puis nous regardons quel degré des paral- 
lèles^ occupe le degré du soleil. Si ce nombre est 
moindre que celui qui correspond à Téquateur, nous 
dirons que la diflPérence indique Finolinaiion du so- 
leil sur Téquateur vers le sud, qu'il monte ou qu'il 
descende. Si ce nombre est plus grand que celui qui 



^ L'auteur prend un nombre rond pour l'obliquité de l'édip- 
tique, ou bien il emprunte ce chiflfre à un auteur extrêmement 
ancien. Car ce fut au temp d'Aristote qu'Ëudenius représenta cette 
obliquité par un c6té d'un polygone à i5 faces (Letronne, L<s 
écrits et Ut travatuo dEudoxe de Cnide, ap. Journal des Savants, 
i84o-i84i). Si Ton divise 36o par i5, on trouve qu*à un côté du 
polygone à 1 5 faces correspondaient 2 4 degrés. — H est remar- 
quable que Jean Philoponus , décrivant l'astrolabe plan d'après des 
sources analogues à celles de Sévère, prend aussi 3 4 degrés pour 
Tobliquité de Técliptique (p. i55). 

' n s'agit encore des paraUèles de hauteur. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 299 

coirespond à Téquateur, nous retrancherons Je se- 
cond du premier et dirons que le reste représente 
Imciinaison du soleil au nord de Fëquateur, qu*il 
monte ou quil descende. La soleil monte du Capri- 
corne au Cancer et descend du Cancer au Capri- 
corne. 

XXIV. De la mesure en latitude de la demi-sphère, 
cest-à-dire des 180 degrés [qui s étendent) du nord 
au sud. Division et distance relative des diverses zones, 

La latitude de la sphère se mesure du nord au 
sud de la manière suivante ^ Nous mesurons, comme 
nous Tavons dit, à Taide de l'astrolabe sur le méri- 

' En it^alité la Utitade semble rapportée, dans ce premier para^ 
graphe, au sénitb de Tobservateiir. Je vais en rendre compte sur 
la égore suivante : 




PF est Taxe du monde; EE' l'cVjuateur; ee' réciiptique; Z'Z la ver- 
ticale d'un lieu du quatrième climat; HW l'horizon du même lieu; 
AH' le cercle polaire antarctique ; is le tropique du Capricorne. 



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300 MARS-AVRIL 1899. 

dien à partir du premier degré du Cancer qui est la 
zone d'été jusqu'au 90' degré (jusqu'au zénith dans 
le quatrième climat) ; nous trouvons 1 2 degrés. Et 
de Téquateur jusqu'au même 90* degré, on trouve 
36 degrés ^ Du même 90* degré jusqu'à la zone 
d'hiver, qui est le lieu du premier degré du Capri- 
corne , on trouve 60 degrés^. Et jusqu'à là zone du sud 
appelée « antarctique » qui est constamment cachée , 
il y a 90 degrés^. Et depuis lextrémité nord de la 
zone appelée « arctique » qui est constamment visible 
jusqu'au point qui est le centre, c'est-à-dire le pôle 
nord où passe l'extrémité boréale de t'axe (du monde), 
il y a 36 degrés*. Et de ce centre (pôle nord) dont 
nous venons de parier jusqu'à l'extrémité sud (op- 
posée de la zone arctique), il y a encore 36 degrés 5. 
El de la zone constamment visible , c'est-à-dire arc- 
tique, jusqu'au milieu du ciel (zénith), il y a 18 de- 
grés^. Ces (derniers degrés additionnés) ensemble 
donnent 90 degrés, car si l'on ajoute à la double 
(largeur de la zone arctique) la distance de cette 
zone qui est constamment visible jusqu'au milieu 
du ciel (zénith), on trouve 90 degrés^, et depuis le 
milieu du ciel jusqu'à la zone australe constamment 

* Ze=i2'; puis zE = i«4- *E = 1 a"+ a4*» car on a vu que 
Sévère prend ai degrés pour l'obliquité de lecliptique. 

" Zf'' = ZE + Ef''=36''+2r. 
» zH = Ie'' + f''H = 6o•»+3o^ 

* AP = 36«. 
» PH' = 36'. 

* AZ= i8'. 

' H'P + PA + AZ = 9o-. 



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LE TRAITÉ SUR L'ASTROLABE PLAN. 301 

cachée, cest-à-dîre antarcticque, on trouve 90 de- 
grés^: donc toute la latitude donne a 80 degrés. 

n existe une autre division en cinq zones faite 
par le philosophe. La première zone appelée « arc- 
tique » est froide et inhabitable; sa latitude est de 
36 degrés du pôle nord vers le sud. La seconde est 
appelée « tropique d'été » et compte 3o degi^. La 
troisième est appelée « tropique équatorial » et compte 
liS degrés (dont a 4 degrés) au nord de Téquateur 
et les 2 II autres (au sud). La quatrième est appelée 
« tropique dliiver » et compte 3o degrés. La cin- 
quième est appelée « antarctique » et compte aussi 
36 degrés, à savoir depuis son extrémité jusqu'au 
pôle austral: en tout 180 degrés. 

11 y a encore une autre division faite par i astro- 
nome Ptolëmée. D abord la zone arctique de 36* 9'. 
En second lieu, la zone d'été de 3o degrés. En troi- 
sième lieu , la zone équatoriale qui est de a 3** 5 1 ' au ^ 
nord (de J'équateur) et autant au sud^. La quatrième 
est la zone d'hiver de 3o degrés. La cinquième est la ' 
zone antarctique de 36"" 9'. Gela fait en tout 180 de- 
grés; il est évident qu'ici encore ce philosophe nous 
apprend à mesurer la latitude depuis le pôle nord 
jusqu'au pôle sud. 

Les pôles sont des points ou des posî lions sur les- 
quels on conçoit que sont situées les deux extrémités 

» ZE + EH = 90». 

* Dans VAlmagette , 1. I , cb. \ , Ptolëmée dit que la distance des 
deux tropiques est comprise entre 47° 4o' et 4 7* 45'. Si Ton prend 
47" 42' on obtient 23° 5i' pour l'obliquité de Técliptique. 

Mil. 30 



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30S MARS-AVRIL 1899. 

de ('axe que Ton imagine mené obliquentient du haut 
en bas, c est-à-dire du nord au sud , en passant direc- 
tement au milieu du centre de la terre qui est aussi 
placé également au milieu de la sphère. 

XXV. GowanaU, en toat cUnuU^ on peat trouver les 
mscentùms da signe qui est à torient et quon appelle c le 
siynedevien.et celiesdn signe ifni est aa milieu da ciel. 

Nous prenons les ascensions du degré de vie 
comme nous Tavons déjà exposée Nous plaçons 
d*abord le degré de ce signe sur Thorizon est et le 
degré occidental sur rhorizon ouest. Nous regardons 
alors à quel degré se trouve findicateur des degrés 
de Taraignée, puis nous faisons monter tout le signe 
au-dessus de rhorizon et regardons de combien a 
avancé Findicateur des degrés. Nous regardons alors 
les degrés du mouvement de llndicateur des degrés 
deTaraignée, et ceux (qull marquait au commence- 
ment) de ce signe, nous retranchons le plus petit 
nombre du plus grand, le reste nous donne les as- 
censions de ce signe, et de la même manière son 
pouvoir sur Je nombre des années *. 

En opérant jusquau milieu du ciel, nous trou- 
vons combien un signe met d'heures pour aller au 
milieu du cîd, parce que les divers signes ne mon- 
tent pas de la même manière au-dessus de lliorizon 
est et à la position de la sphère droite. Par exemple t 

' Voir IX. 

^ Cf. Firm. Mat. 11. xxt. De diftriimtiooe lemporum. 



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LE TRAITÉ SUR L^ASTROLABE PLAN. 303 

lorsque dans le quatrième dimat, nous prenons les 
ascensions des degrés des levers, comme on la vu 
précédemment, on regarde ensuite de combien de 
degrés a avancé Tindicateur des degrés de Taraignée; 
puis on tourne laraignée jusqu'à ce que le degré de 
vie 5oit sur le méridien et on regarde de combien de 
degrés a avancé llndîcateur des degrés de l'araignée, 
on retranche les degrés de vie des degrés du milieu 
du ciel, et dans le reste on trouve les degrés d'une 
heure ^ potur le point de vie. 

Fin da traité sur Fastrolabe composé par l'abbé Mar 
Sévère de Nisibe, cest^-dire Sabokt. Priez pour celui 
qui a écrit. 

' Voir XL 



20. 



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304 MARS-AVRIL 1899. 

SPÉCIMENS 

DE 

LA LITTÉRATURE MODERNE 

DU TURKESTAN CHINOIS, 

PAR 

M. F. GRENARD. 



Au cours du voyage que j'ai accompli en Asie centrale 
sous la direction de Dutreuiide Rhins, je me suis beaucoup 
occupe de recliercher des spécimens de la littérature popu- 
laire du Turkestan chinois. Un grand nombre des chansons et 
des contes que j*ai recueillis des lèvres du peuple de Khotan ou 
de Kéria, avaient déjà été publiés par M. Radlof dans ses 
Spécimens de la littérature populaire des Tarantchi, ou par 
M. Pantoucof dans son Recueil de chansons tarantchi. La 
langue et les traditions des Tarantchi sont en effet semblables 
à celles des habitants de Kachgar ou de Khotan. C'est une 
opinion généralement admise dans le Turkestan que si ces 
derniers sont plus habiles musiciens que les Tarantchi , ceux- 
ci ont plus d'imagination , plus de goût littéraire et produisent 
un plus grand nombre de nouveautés. Quoi qu'il en soit, 
cette littérature populaire n'est pas une littérature orale; 
presque toutes les chansons de M. Pantoucof se retrouvent 
dans des livres anonymes répandus dans le Turkestan , tels 
que : Ahmed et Youçouf, et la Légende de Machrab, Les seules 
poésies que je n'ai vues écrites nulle part sont ces kouchak 



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LITTERATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 305 

ou rhapsodie^ sur les événements contemporains dont j ai 
publié quelques spécimens dans le troisième volume de mon 
ouvrage sur la : Mission scientifique de la Haute-Asie, De même , 
les contes populaires sont empruntés le plus souvent à des 
livres qui circulent dans tout le Turkestan , et qui sont en 
général traduits du Persan, tels que le Chah nâmeh. Vis- 
kander nâmeh, le 'Alî nâmeh, le Kitâb-i-létâif, le Chah touti, 
le Tchahar denîch, le Bakhtiâr nâmeh, Ferhâd ou Chîrîn, 
Hamzah, Dil Avâm. Mais ordinairement la forme est sim- 
plifiée et les ornements de rhétorique, chers aux écrivains 
persans , sont réduits au minimum dans Inadaptation turque. 
Quelques contes cependant n'ont point de modèle pei*san 
connu, et peut-être sont-ib originaux, autant du moins qu un 
conte populaire peut être original. Car les contes du Tur- 
kestan présentent les mêmes caractères de merveilleux naïf 
et de farce grossière que dans tous les pays du monde, les 
motifs en sont à peu près les mêmes , et les bonnes vieilles 
plaisanteries que nos paysans se lèguent de père en fils sont 
également familières aux paysans du Gobi. 

Aux six contes qui sont insérés dans mon ouvrage, j*en 
ajoute ici un septième plus long que les autres et offrant 
l'avantage , quelle que soit son origine , d'avoir une saveur 
locale bien marquée. 

Très répandu parmi le peuple du Turkestan chinois avec 
des variantes divei'ses , il a été rédigé sous sa forme présente 
par un moUa de Khotan qui a reproduit assez exactement le 
langage parié des personnes de cette ville qui parient bien. 
Toutefois il a laissé subsister quelques expressions persanes 
trop recherchées, qui ne sont jamais employées dans la con- 
versation ordinaire, et qui sont probablement des vestiges 
d'un original persan. 

C'est un chapitre de ce recueil célèbre en Orient sous le 
titre de ^J)lj'^ JC« , dont les indigènes disent qu'il se développe 
incessamment sans qu'on en puisse jamais voir la fin. Le 
recueil de ce nom , traduit du turc osmanli par M. Decourde- 
manche, ne contient pas de conte semblable à celui-ci. Je n'ai 



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300 MAHS AVRIL 1899. 

rien changé à Torthographe du radia khoUnais, qui diffi^re 
sur certains pointa de c^e que j*ai adoptée dans mes travaux 
précédents. La particularité la plus importante en est la sui>- 
stitution du 4> au y. 

La littérature historique a de tout temps été fort pauvre 
dans le Turkeétan chinois. Je donne ici un ^agment et le 
résumé d*un opuscule sur le fUs cadet de Ya koub Bek. C*e0t 
une contribution utile à l'histoire de TAtalyk GhAii dont nous 
Dépossédons pos encore de version complète. H en existe une 
cependant dont Je n*ai pu trouver que les premiers feuillets. 
J*ai rapporté de même des fragments d'une chronique de 
SAdik Bek. Il serait intéressant d'avoir des exemplaires en- 
tiers de Tun et l'autre ouvrage. En dehors de ce que Je viens 
de mentionner, Je ne sache pas qu'il ait été rien écrit dans 
lé Turkestan chinois sur le temps de Ya*koub Bek , si ce n'est 
les dernières pages du livre du molla Bilâl , intitulé : ;<> ^y^ 
^^^ jkLè , et une chronique de la ville de Khotan au temps 
de Habiboullah et de NiAz HAkim que Je me suis procurée 
et qui présente d'autant plus d'intérêt qu'die a été écrite à 
un point de vue local , c'est-à-dire hostile aux Andidjanais 
et à Ya'koub Bek. 

Le fragment que Je publie est extrait d'un manuscrit mis 
à ma disposition par M. Pétrovsky , consul de Russie à KAchgar. 
Ce manuscrit de 1 1 5 pages est l'œuvre d'un serviteur de 
cot^fiance de Hak Koul Bek. L'auteur, qui écrit dans le dia- 
lecte andidjanais, est un homme d'instruction et d'intelli- 
gence moyennes; son style est très simple et son orthographe 
n'est pas toujours correcte. J'ai cru devoir rectifier quelques 
erreurs d'orthographe , principalement dans les mots arabes 
et persans, et J'ai partout substitué pour le génitif la forme 
Arc* à la forme ^ que notre auteur emploie presque toujours 
conformément à l'usage de Kachgarie , usage qui a sa raison 
d'être dans la prononciation vulgaire. Au point de vue his- 
torique la relation de la mort de Ya*koub Bek, que contient 
ce petit livn^, doit être exacte, mais elle n'est pas complète 
parce que l'auteur, qui n'était pas attaché à la personne de 



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LITTERATURE MODERNE DO TURILBSTAN CfflNOIS. 307 

Fémir et qui venait seidement d'arriver a Koutcha, n^était 
pas au fait des intrigues qui se tramaient autour du Bëdaoulet. 
n parait étaUi que cdui-ci a été empoisonné par Nias Hàkim , 
gouverneur de Khotan , qui se savait gravement soupçonné 
de trahison et craignait pour sa vie. Lorsqu'il vint à Koutcha , 
mandé par Yal^oub Bek, il (ixt (art mal re^ et se résolut 
aussitôt a prévenir les mauvais desseins de l'émir. Il gagna un 
des serviteurs qui approchaient Ya*^nb de plus près et lui 
remit sa bague , dont le chaton contenait un poison mortd. 
Cet homme mêla ce poison an thé de son maître , qui mourut 
peu de temps après. On remarquera que le récit de notre 
auteur n*est nullement en contradiction avec cette version , 
généralement adoptée par les personnes les mieux informées 
du Turkestan oriental. 






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308 MARSAVRiL 1899. 

^y>' ^ ^^ ^ J^, J»\:^y^ 



On conte quun jour entre les autres il y avait 
dans la ville de Khotan un marchand qu'on appelait 
Molla Tokhtâch Bay. Il avait un fils simple desprit, 
qui grandit avec le temps et parvint à sa majorité. 
Chaque jour il allait de tous côtés cherchant une 
femme, et aucune fille ne lui convenait. Un jour 
Molla Tokhtâch Bay, sortant lui-même, vit une fille 
extrêmement jolie et intelligente. Elle agréa à Molla 
Tokhtâch qui prépara de grandes noces et la donna 
à son fik. Quelques jours après, Molla Tokhtâch 



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LITTERATURE MODERNE DU TURkESTAN CHINOIS. 309 
jf^\j^jjJb\Jt^ j^\ ^j\ù\i cA^ c^j^ ^^ ^3^* <s^ 

* L'aateur commence par une tournure persane et finit par une 
tournure turque sans s'embarrasser qu'dles se contrarient Tune 
l'autre. En turc correct on supprimerait é^*^ fy^ (^* — ' Exac- 
tement : ■ mange ton argent en le faisant marcher, c'est-à-dire tra- 
vailler ». 



Bay dit à cette fille : « Ma fille , j ai un fils qui est un 
grand sot, qui n'entend rien aux aiFaires et na pas 
de dispositions pour le commerce. Il faut que vous 
soyez femme la nuit, mais homme le jour. » Telles 
furent ses instructions. Cependant, un certain temps 
s'étant écoidé, le marchand devint malade. Un jour 
il appela son fds et lui dit : « Mon fils, je suis tombé 
malade et je suis devenu vieux; ma vie touche à son 
terme. Après moi ne restez pas sans rien faire ; faites 
marcher votre fortune. Quelque conseil que vous 



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dlO MARSAVRIL 1899. 

|JSoU ^5ai\ c-Aî«> J-^ S^j[^*J^^^ jJ^ ^^«^^«^ ^t^ 

*^*^^* C'>»<#j J»*\«>i«> ytyi» fj^^ jué^jJWU Ji 



e votre femme , suivez-le. » Peu de temps après 
fait connaître ainsi ses dernières volontés, il 
t son âme à Dieu. Ensuite le fils prit largent 
ait laissé son père et se mit A le faire rouler 
la rue en disant : « Mon père m'a dit de faire 
her ma fortune , et voilà ce qu'on appelle faire 
her. » 

1 jour que sa jambe s'était enflée, il alla atl 
d'un mur et s'assit pour se reposer. 
' deux hommes, jouant à quelque jeu de hasard , 
it assis derrière la muraille. Voyant cela , le fils 
bkhtâch Bay leur demanda : «Frère», quelle 
e est-cê là?» -— nCVst, dirent-ils, ce qu'on 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 311 



appdie faire marcher fargent; ce faisant nous obéis- 
sons aux dernières recommandations de notre père. » 
Le fils du Tokhtâch Bay se dit : «« Voilà qui est facile, 
je vais m'asseoir aussi et faire marcher mon argent ». 
Il ouvrit donc sa bourse et se mit à jouer avec les deux 
compagnons. Toutes ses pièces de monnaie passèrent 
du côté de ceut-^i. i Pourquoi , diMl , ne passent-elles 
pas de mon côté? »— « C'est que vous les avez beau- 
coup maltraitées, répliquèrent les deux hommes, 
elles se sont fichées; aussi ne se mettent-elles pas de 
votre côté. Si vous allez chercher leurs compagnes 
restées chez vous, en les voyant, elles passeront dans 
vos mains , entraînant à leur suite notre propre argent. 



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312 MARS-AVRIL 1899. 

^\j\^ i5JLj:\ Jjjij\ ^\ ^jJ^ jy^ vj1>? jW^ 



Aussitôt le fils de Tokhtàch Bay s'en alla chercher 
largent qui restait chez lui et le perdit également au 
jeu. Il ne lui resta rien et il s'en revint très marri h 
la maison. « Où avez-vous été mettre largent? », lui 
dit sa femme. Le fils de Tokhtàch Bay répondit : « Il 
y a une chose qui consiste à faire marcher largent en 
restant assis; comme je m'étais assis moi-même pour 
faire marcher mon argent, il atout passé de l'autre 
côté. » — « Imbécile! dit sa femme, c'est ce qu'on 
appelle le jeu, tu as perdu ton argent au jeu. >» Et 
elle fit grand tapage. Enfin , à bout de ressources , 
elle dit à son mari : « Maintenant tu as réduit à rien 
l'argent qui te restait de ton père. Il nous faut de 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 313 

c5***^ - ijAÇvf v^J^ OVîâi ^^A-j <iÂij^ Jyi' dwUJLî 
A*Jj) oi^^ L\j^ijJb jJo\ J^\ t?*^»^ je;jJjS^j^ 

J^-î»-*^ V'-^-^'^ ^j^j\ ôîJLÎjrf v!>^ S^-^* c^ 



quoi vivre, n est-ce pas? Eh bien! écoute-moi, je 
vais te donner un conseil, si tu le suis nous nous 
ferons des ressources de cette manière, et nous pas- 
serons notre vie heureusement. » — Quel que soit le 
conseil, dit le fils de Tokhtâch Bay, je Taccepterai. 
— « Je vais me parer et m'attifer avec soin et me 
rendre au bazar; s'il s y trouve un fils de marchand, 
je ferai la coquette devant lui pour le séduire. S'il 
me demande si j ai un mari , je lui répondrai que 
non , que mon mari est parti il y a quinze jours pour 
.\ksou. S'il me dit : Est-il possible d aller coucher 
chez vous? je lui dirai que oui, qu'il monte un bon 
cheval, revête de beaux vêtements, ceigne sa tête 



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314 MAES-AVRIL 1099. 

^^jVji Cî > i -^ 4:W»U j»jijj-> v^^:)*" 6^*^!?? 



dW turban » et qu'il se rende chez moi uùm prétexte 
qu'il vient d'Aksou avec une lettre de nioo marL 
Pui£ je me retirerai en lui moatraot le efaerniuu Quant 
à voufi, asseyez-vous sur la terrasse de la maison* 
Notre hocome venu, je mettrai en lieu sûr son cheval 
et %e^ vêtements^ et le ferai coudier. Quand je frap 
perai le foyer avec une hache, descendes du toit , 
heurtes k la porte et (aites^moî avertir paries dômes* 
tiques que le maître de la maison ^t de retour* 
Lorsque j'aurai caché l%omme quelque part, vous 
entrerez ei vous assiérez dans la dianibre. Si vous 
demandez : Qu'est cela ? je répondrai, et suivant ma 



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LITTÉKATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 315 
^ J ^ ^ u <-^j*> O^ c^ tj^îAô* J»«>)î ^'^J* W^** ^ 

^ iiiMf vU^S'» lui! 



réponse , nous jouerons quelque tour à llu>mine« qui 
s^enfîiira tout nu. Son argent, ses effets et son cheVal 
nous resteront et nous en userons pour parer i nos 
besoins. » Ces paroles agrék^eut au fils de Tokfatâeh 
Bay. 

Alors sa feoune sépara et sattifa avec soin , revêtit 
de beaux habits et se rendit au haxar. Elle se présenta 
devant le fils d*un négociant, marchanda de la soie 
brodée et, pour se montrer, découvrit son visage en 
riant avec une grâce coquette. Le cœur du fils du 
marohand s'enflamma; trani^>orté d'amour, le jeune 
homme dit : « Madame , où demeures-vous? avec-vous 



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3J6 MARS. AVRIL 1899. 

jVLm^Vj ^j^j^yA^y f^;;^ ^^j^ ^^^ vJ^ yij^ 

* S'écrit ordinairement ^l^^ou >^>^ et signifie ■ mari ■ aussi 
bien que « fiancé • , comme sponsus en latin. La prononciation kiéou 
est kazak. 



un mari?» — «Mon mari, répondit-elle, s en est 
allé à Âksou. N — «Comment vous appelez-vous, 
demanda le jeune homme ?» — « Mon nom est Kul- 
soun Khân , répliqua-t-elie , ma demeure est au Jardin 
du Nord. » — « Puis-je y aller? » — « Si vous venez, 
montez un bon cheval, revêtez de belles robes, et 
présentez-vous comme porteur d'une lettre de mon 
mari afin que personne n ait de soupçon. » Le fils de 
marchand après avoir dit la deuxième prière de i après- 
midi, enfourcha un bon cheval, revêtit de beaux 
habits, rait sur sa tête un turban de châle, et tout 
pimpant alla au rendez-vous. 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 317 
C^j-p (^U <^Jbjî \^»\5oV> ç^U*; ài-Jjùj \à^ J^ 



Aussitôt les domestiques prirent son cheval de ses 
mains et rattachèrent dans un coin. La nuit venue, 
la femme fit déshabiller le, jeune homme, mit ses 
vêtements dans un coflfre et le fit coucher. Elle frappa 
avec une bûche sur le foyer et son mari , descendant 
du toit, heurta à la porte. Son domestique annonça 
que le maître était venu. Le galant s'écria : « Cachez- 
moi d*abord et ensuite vous ouvrirez la porte. » 
Aussitôt la femme le fourra dans un sac et le déposa 
sur Tescalier. Le mari entra et sassit. Une heure 
après, comme il regardait de côté et d autre, il de- 
manda : «Quy a-t-il dans ce sac?» Sa femme lui 
répondit : « J'ai balayé la maison et j'ai mis les 



ai 

IMPftlNtRfB RATIONALI. 



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318 MAHSAVRIL 18^0. 

fJJ^ tjL; JJLJi^ ^*M^ 4ÎX>* V^^ ^^ ^5^^^^ 

«^^;pâi^jl>>L:^V> àiu^àij\ iàXiJJj\ ^r'^t^ W^ ^*J^^ 



' balayures dans ce sac. » — « D nW pas bien, dit le 
mari, que les ordures traînent dans la maison d*un 
marchand, il faut les emporter sur le toit et les jeter 
derrière la maison. » A ces mots, soulevant avec le 
sac le jeune homme, il alla le jeter du haut du toit 
par derrière. Le fils de marchand, n'osant pas rentrer 
chez lui tout nu , s*en alla demeurer au milieu des 
derviches. 

Le lendemain , la femme s'étant de nouveau parée 
et attifée, se rendit au bazar. Or il y avait un fils de 
boucher qui était fort riche. Elle se présenta devant 
lui , examina la viande et, pour se montrer, découvrit 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CfflNOIS. 310 
V-^U» ^jfrj: V^y 0^ à^ V^* v^yjî J^J^ 

4jij\ ^yu^U vj^ «^^ f^^y ^*^^ J^ {^j^ 

^ S*écrit ordimûremeni J^et le prononce ^à; o comme dans 
pocA«> mais très prdongé. 



son visage en riant aux édats et en lançant une oeii- 
iade. Le fils du boucher perdit la tète, et sur-ie^- 
diamp, il tira une moitié de mouton, lenveloppa 
dans une serviette et en chargea un homme. « Ma- 
dame, où demeurez-vous? demanda-t-il, avez- vous 
un mari? » — t Mon mari est parti pour Aksou, je 
demeure au Jardin du Nord. Vous pouvez venir 
d^;uisé en marchand, monté sur un bon cheval, 
vêtu de beaux habits, en disant que vous apportez 
d*Aksou une lettre de mon mari. » Le fils du boucher 



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320 MABS-AVRIL 1899. 

j\ <iLJ<iCL> j jj j:u> <^>Jlw aP(Jji 3ji^ (j^^*!>? 

•\-) JLc**' C;-*^wj\ ç.a^JLJI AlwU J^ijj» v»-«^ 
c ■j., ^ !» 4aXÎj\ Vj;J-^^ Oî"^^^ J^ v^-*^ v5^*^ 
A^u\ j^SO\ juj <j^-Jwy >U*^i v*-?M ij^ S-^^ï*** 

VJ^J* ûi"^:^^ ^V ^•î;j^ aiiUjl j Jj5j\ v*i^ ^Vî^i 
^ JU^signifie exactement < enterrer ». 



acheva aussitôt de vendre sa viande et femia sa bou- 
tique; puis il mit dans sa ceinture les receltes qui! 
avait en caisse, enfourcha un cheval de cinq cents 
tengas, et, tiré à quatre épingles, faisant caracoler 
son cheval, il se rendit au Jardin du Nord. La femme 
l'aida à descendre de cheval , l'introduisit dans la mai- 
son, lui offrit l'hospitalité, puis, le soir venu, lui fit 
ôter ses habits, quelle mit dans un coffre, et le fit 
coucher. «Je vais couvrir le feu, dit-elle, et je me 
couche. » Elle heurta une bûche contre le foyer, et 
son mari , descendant du toit , frappa à la poiie. Son 
domestique annonça que le maître était arrivé. Le 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 321 

^Sm^hJ^si V^XjLJ/^|o\ /^JLa^ASa) ^^\ C^w^Âa>» C^l 

J^Lj ^jj-> Vj-V? v3"^^^ ^J* <5^y V^^ 
jjù A.r^> O^y ^"î^O^jHt^ (r-^i5'=^Lj^ Oi"^ jj"^ 
jjUî* a.i->.\ JA^ c->Uai v*tï*-ï>* ^^J^y J^y^J^ 



fils du boucher s*écria : «Madame, cachez-moi 
d'abord, vous ouvrirez ensuite.» Aussitôt elle en- 
traîna le fils du boucher dans foyvd/i, elle fattacha 
par la cuisse gauche à une des colonnes. « Restez ainsi 
à quatre pattes, dit-elle ; lorsque j aurai endormi mon 
mari, je viendrai vous voir et je rendrai votre cœur 
content. » Axes mots elle ouvrit la porte, son mari 
entra et, s'étant assis, demanda à sa femme : t Qu y 
a-t-il là dans fayvân ?» Sa femme lui répondit : a C est 
le veau qua mis bas notre vache. » — 1« Nous allons 
opérer ce veau, dit le mari, et en faire un bœuf; jr 



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312 MARS- AVRIL 1800. 

jM J^\ aJj} ç\aiy ^5aLî jVj} £jj, jAnîj jtôj\ 

OOJ J-fii^ jii «^^-^i^ <^l-** JU U)jJ^ J9^ èà^M 



ferai de l'agriculture. » Il sortit donc avec un rasoir 

afin de châtrer le taureau. Le fils du boucher voyant 

ce qui le menaçait, réunit ses forces, rompit ses 

liens et s'enfuit. Il alla demeiu*er également parmi 

les derviches. Il y reconnut le fils du marchand qui 

le reconnut lui-même, tous deux se rapprochèrent, 

s'informèrent de leurs afifeires et se racontèrent l'un 

à l'autre ce qui leur était advenu. < Puisqu'il en est 

ainsi, dirent-ils, nous allons nous joindre ensemble, 

us procurer une chemise et porter plainte au 

izi de la ville eh déclarant que nous avions vendu 

s marchandises à cette femme, et qu'étant allés 

3lamer l'argent, elle nous a battus et nous â 

raehé nosvêteméhts et nos chevaux. LekflsipunirA 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURRESTAN CHINOIS. 3S3 
^J2 c^ oi^ S^-*JLÎJfi? V^^ J^* ù^ 

f^ V>* V^ J^3 O^J jUj JÇjCLt Jc^ ^\i 

-JpV ^^\y ^^^\j^ ^^^ ^^jf ç>îjfl} ^^ 



1 En Kachgtne, lUk cheikh ool-idâm n*ést qu*iitt {M$tU officier 
de police* 



cette femme et nous fera rendre nos habits et nos 
moutures.» 

Cette résolution prise, ils allèrent présenter leur 
pliante au kâzi qui fit appeler un cheikh oul^islâm et 
lui donna Tordre d*amener sur-le-champ (la personne 
accusée). Le cheikh oul-islftm partit et au moment 
où il communiquait Tordre du juge, la femme lui 
dit : < Je mliabillais justement et j*étais prête à me 
rendre moi-même auprès du kàzi. » Et, sa toilette 
faite, elle alla, suivie du cheikh oul-islftm, sê pré 
sentêrau k&û, le salua et se tint debout devftnt lui. 
Le juge lui demanda : ■ Où sont les téteitients et 



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324 MARS. AVRIL 1890. 

<5JL.»\ c^^J^jliLj «ji- c>*A>-i JJjjî V*^);^ AP^\i 

jj v^jVjL^ 'w o^y jpiy c^^ jKS\ c^wl; J^^i 
a>jupK CM/ ^<NÎ>vi (^iJui cJaIO ap4jv^ \ly^ lAô^^ 
fj\ ^^^fjùuyykf (^j^àMjj\ CAju>Ayv>* %> <-;|y%> èj^ 

* Terme de politesse dont on se sert très couramment quand on 
8*adresse à un supérieur. 



les chevaux de ces hommes ?» — « Monsieur 
le juge, répondit la femme, ces gens me calom- 
nient. Mon mari était parti pour Aksou; ces gens, 
me voyant seule, sont venus chez moi, mais j'ai 
refusé leurs propositions et Je les ai chassés de la 
maison. G est pour cela qu'ils me calomnient. » Ce 
disant, elle se découvrit le visage en regardant le 
kâzi et en riant avec coquetterie. Le kâzi , transporté 
d amour, déclara que les deux inculpés étaient vrai- 
ment des calomniateurs et les jeta à la porte. Il fit 
entrer la femme dans la* chambre des hôtes et, lors- 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 325 



qu'il en eut fini avec ses procès, il alla la voir : «Ma- 
dame, demanda-t-il, si je vais chez vous, me don- 
nerez-vous Thospitalité? — « Je ne jette pas les yeux 
sur un étranger, monsieur! dit-elle; si vous venez, 
comme mon mari n est pas à la maison , vous pourrez 
peut-être vous présenter sous la figure d'un marchand 
en inventant une histoire quelconque. » — «C'est 
bien n, dit le kâzi; et, après avoir reconduit la femme 
et terminé ses affaires, à fheure de la prière du soir, 
il se déguisa en marchand, rapetissa son turban, mit 
cent tengas dans son bissac de cheval , et s'en alla au 
Jardin du I^ord. L'ayant vu venir de loin, la femme 
alla à sa rencontre, l'aida à descendre de cheval, 



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3!26 MAH9*AVRIL 1«99. 

c>nJLw ààijjkmà Ojjij*^)^ ^4^ jJ^ ^j||yiA> jjT 

^■*^j* ^j? jyj^ v^-* J^^- ^rj(Ob^ ^^*^ f^ 

j\ C T,^,i,^ jjU j»j\jj* u>j^y jié^ jV) jéjj\ 
-jU^ j«u\ ^^U ,^ jJui jf^ oo,> jÂ^^ i^j^ 

iSM^ dr^ "^^ ^v/V j*>^ vjj>*^j*y. J^ J? 
J^j^ j^3 vr-y v^^ ^y'j? ^j» ù^j* cf*^ 

J^\ eU^J d^l; jjiJU\ JJby v'H^ ^^^»^^ Jt5^ 



rintroduiêit dani la maison et Itd donna lliospltaittA. 
Une heure aprèê, elle le fit coucher et quitter Mft 
habits qu^eUe enferma dans un coffire. « Je couvre le 
feu, dit-elle, et je me couche. » Elle frappa sur le 
foyer avec une bûche. Le inari descendit dti toit et 
heurta à la porte. Un domestique, entrant, annonça 
que le mattre était arrivé. «Madame, dit le kâisi, 
cachess-moi d*abord , ensuite vous ouvrirez la porte k 
votre mari. » La femme avait trouvé pour le kkti un 
berceau qu^elle avait placé (dans la chambre). Aussi- 
tôt elle empaqueta le kftxi dans le berceau, puis elle 
ouvrit la porte à son mari. Celui-ci entra, s'assit et 
demanda A qui était f enfant qui était dans le berceau. 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 317 

j^a-|^\ Jl^- j* jA^ Jt)^U J^V vt*> ô>^^ 

vi^ j^^y v^r^ vif ^ s^jV ^^^ ^^ vyy 



La femme dit : « Le soir avant de partir pour Akiou, 
n ai'tu pas couché ave6 moi. Votià deux mois que 
j'ai accouché. » — « Dieu soit béni I • s'écria le mari 
qui su^le*K)hamp se leva et s'approcha de son enfant 
afin de l'embrasser. En l'embrassant, la moustache 
du kâsi le piqua à la lèvre ainsi qu*une lancette et 
lui ôta une pinte de sang. Aussitôt il alla prendre 
des pinces en disant : < La moustache et la barbe de 
mon enfant ont déjà poussé « il faut les arracher 
(prendre et jeter), car demain si les gens du quartier 
viennent nous voir ils diront que l'enfant est plus 
baii>u que le père, et ils nous en feront hontOi ■ A 
ces mots il arracha barbe et moustaches, et rendit 



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3S8 MARS-AVRIL 1899. 

iJL> (^JlL-J <Uvjrj^\i cJ^^ J^J)^. J^ S^-^J^ 

' Orthographe ordinaire : 9^^ kerka. 



le kâzi glabre. « Cette nuit, dit-ii encore, je me cou- 
cherai en tenant mon enfant dans mes bras. » U se 
mit à défaire les liens qui maintenaient le kâzi dans 
le berceau, et il vit que les deux jambes du juge 
dépassaient. « N'est-ce pas une honte , dit-il , que les 
jambes d un enfant ne tiennent pas exactement dans 
un berceau et quelles soient trop longues? Je vais 
les couper aux genoux et je les ferai égales à la lon- 
gueur du berceau. » Il sortit donc avec une hachette, 
plaça les deux genoux du kâzi sur le seuil de la porte 
et se mit à aiguiser la hache sur ime pierre. Le kâzi , 
voyant la situation où il se trouvait, pensa qu il avait 
déjà perdu sa barbe, ses moustaches, ses vêtements, 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 329 



son cheval et sa dignité de kâzi et que maintenant, 
si on lui coupait les jambes, il perdrait beaucoup 
de sang et mourrait. Aussitôt, il prit le berceau à 
ses hanches et s'enfuit en courant. Le fils de Tokhtâch 
Bay rappela en disant : « Mon enfant, pardon ! arrête- 
toi ! » L'autre ne voulut rien entendre et courait tou- 
jours. Il alla dans un coin se débarrasser du berceau 
et, s enveloppant les hanches avec les couvertures, 
il alla coucher dans la maison des derviches. Quel- 
ques jours après, ne pouvant, par honte et par res- 
pect humain, rentrer chez lui, il se retira dans les 
bois. Cependant Kulsoun Khân et son mari vendirent 
cheval, vêtements, objets divers, et se procurèrent 
ainsi de quoi vivre le reste de leurs jours. 



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330 MARS-AVRIL 1899. 



La ruse des feinipes est un arbre à cent racines et 
met le ciel même en sond. 

Voilà ce qu on rs^porte. Fait dans le mois de 
Ghaoual 1 3 1 1 . 



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C^Ui) 



LITTÉRATURE MODERWE DU TURKESTAN CHINOIS. 331 

jjjIAj t-j^^ oUa> ^ô-lj'*? i/^^S^J^J^ X*fjy^ 

^ Bek Ratcka, nom donné aux fils d^émirt. H 8*agit ici du 
deniième fils de Yalioab Bek , Hak Koul Bek qui venait de se rendre 
âaprèa da son p^ aprit la prise de Davantobt» par les CIûimûs. 
Davantchin est à mi-diemin entre Ouroumtchi et Tourftn. 



Vàcn DE LA MORT DE YA*KOUB BEK. 

Bek Batcha m ordonna de m*asseoir à Tentrée de 
la 3alle de réception. Ayant quitté le prinoe , je m asais 
à la place qu*il m avait désignée. Les gens du Bédaou- 
let allaient et venaient de côté et d autre. Quand 
je demandais à Tun d'eux où était son maître, il 
me répondait qu'il était malade et couché. La nuit 
venue, le jeune prince se rendit à la prière au lieu 
de son père et sWit à la place réservée à celui-ci. 
Après la prière khoptan, un certain kérim Akhoun, 



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332 MARS-AVRIL 1899. 

^jlJo j,;,â,>* (J^y^j^ à^ <^ "'^W' <^^^^^t^^}^ s'^^ 

o\ jlJ\. c^wJl vj-^y je^y vi^ J^^ Jï^ J^ ^ 



attaché à la trésorerie, sortit de Tappartement du 
Bédaoulet. Je le pris par le bras et lui demandai 
dune manière insinuante où était le Bédaoulet. Il 
me répondit qu'il était couché dans son appartement. 
Je ne me contentai pas de cette réponse, et j'insistai 
pour savoir la vérité. Alors il me dit que le Béda- 
oulet avait trépassé. « De quelle façon ?» lui deman- 
dai-je. t Hier, répliqua-t-il , après avoir envoyé Ahrâr 
Khân Toura auprès de Bek Koul Bek, il se rendit à 
la prière pichin et, en revenant, il se mit à table. Le 
repas fini, les domestiques sortirent et le Bédaoulet 



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UTTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 333 
f^^yJUL ^^^iÇj ubw }c^ Ju^j^ ilkv»» ^JL>\ j^jjvi 

^ ^>> JL^\ dx^j^^j^ jy^ ;5^\ cjjjijï 1 v^V Jy 

> Les domestiques observent Tattitude traditionnelle de Tinférieur 
vis-à-vis du supérieur, qui consiste à se tenir debout, la tête un 
peu inclinée, le corps légèn^ment pencbé en avant, les mains croisées 
sur le ventre à la nianière d'un prisonnier qui a les menottes aux 
poignets et la cbaine au cou. 

resta seul. Ensuite il fit mander Mohammed ^Alî, 
préposé aux magasins, et prit le thé avec lui, tandis 
que quarante ou cinquante domestiques se tenaient 
debout, les mains croisées sur le ventre. Il appela 
l'un d'entre eux, un homme de Kourla, l'attira à 
lui et lui dit quelques mots à l'oreille. Le domestique 
caressa son menton et sa barbe de ses deux mains en 
disant : Allah akbar ! et il sortit. 

Au bout de deux ou trois heures le même domes- 
tique revint et rendit compte au Bédaoulet de la com- 
mission qu'il avait accomplie. «Que dis-tu? s'écria 



15 



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k 



334 MAHS-ÀVRIL 1899. 

jlCLi^v > ->U j:o\ AL:;/li ^lij\ ^^y^ jU^ ^o) 

jU-». ^, : \ . < ^j^ eUi\ Jji jUjy jJU ^Ji^ 
jj) Vp>î ^ c?iW (iî^J^ <5^^ *^-^J^ Jj^-^J^ 



le Bêdàoulef, qu est-ce que tu viens de faire?» Le 
domestique, n ayant pas compris ies paroles que lui 
avait adressées son maître, avait fait autre chose que 
ce qui hii avait été commandé. « Fils de prostituée , 
dit le Bédaoulet, quand je t'ordonne de faire une 
chose tu en fais une autre ! — Battez-moi ce coquin 1 » 
Les domestiques présents s'approchèrent et battirent 
le malheureux au point qu'il resta. comme mort. 
L'extrême irritation ressentie par le Bédaoulet lui 
échaufia le sang. En ce moment Mîrza Kémâl entra. 
A sa vue la colère du Bédaoulet éclata. « Qudle af- 
faire t'amène?» dit-il à Mirza Kémâl. «Seigneur, 



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[ 



LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 835 
Jy>. cLljJL» AJL^i A<î^* ^ »\^ iLa vlLuju j^ ^sj 

c^wJLJ C4^JL>> àjfi^ ^^^ Vj)y~)^ C^Ji>- Ajcâ^*vxlw 



répondit celui-ci, je vous apporte la copie que j*ai 
fait &ire de la lettre au Sultan. » — « Misérable ! 
perfide! tu es avec moi depuis le temps où j*étais 
gouverneur à» Aoulia Ata, comment ne connais-tu 
pas mon caractère? Quand deux hommes ont été en- 
semble pendant deux ou trois mois, cela su£fit pour 
qu'ils se connaissent Tun lautre , et toi qui me suis 
depuis vingt-cinq ou trente ans, comment ne me 
connais-tu pas ?» Et il ajouta : « Quel ordre t'avais-je 
donné? et qu as-tu fait?» Mlrza Kémfll répondit : 
« Je vous apporte la copie que j*ai fait faire de la lettre 



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336 MARS-AVRIL 1899. 

j-UL^jj V» jV-j Jâ^ »juij J%w «juu j-»\ju*1j\ o%i^i 



au Sultan. » — « Coquin , suîs-je d'humeur à écouter 
cette lecture? ne vois-tu pasquen ce moment je n'ai 
pas lesprit libre? Apporte-moi ta lettre quand je 
serai dans de meilleures dispositions, alors tu me la 
liras , je retrancherai ce qu il y aura de trop , et j'ajou- 
terai ce qui manquera. » A ces mots sa colère écla- 
tant, il s'écria : « Qu'on batte ce fils de garce! » Les 
valets, s'approchant, le battirent. LeBédaoulet, im- 
puissant à maîtriser son irritation , saisit Mirza Kémâl 
au collet, et le frappa au point de le faire tomber 
sans connaissance; puis il le traîna par sa fourrure 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 337 
<^^jkj\ 3^-M i/^*^, '^^^y^ Ji^^^^^^^V^ ^^^^t^^^^>'^ 
jlC\ jL«,\\-u> â]jJ ^j^àiS J^J^ ^JL^ Aàllr Jjj^ 

sjo-j^ i^^j^ ^gùjù^ AP<Uij>- j^^ ^ o^A-ïâj^ ^j^y 

n^jl jl.Pj)^j\ C;.*Aai^\ j;^\ ^jO) ^ùjji c^^Jlp c^\ 



* L'aateur écrit v^^t^- — ' Itken^ihU ou tikendjibU, mé- 
lange de jns de raisin et de sncre qne l*on boit additionné d'eau. 



jusqu'à la chambre du trésor, et de nouveau le frappa 
et le fit tomber. Ne se possédant plus, il prit un sabre 
à la ceinture dun huissier et en porta un coup à 
Mirza Kémâl. Comme il avait frappé avec le dos de 
la lame, Mirza Kémâl tomba évanoui, mais sans 
blessure. Le Bédaoulet, altéré, entra dans la chambre 
de son trésor privé et dit : « De leau tout de suite! » 
Kal Heït, le trésorier, lui apporta une tasse de siken- 
djébil. Le Bédaoulet but, puis se lava les mains sons 
quitter la place où il s'était assis. Agité et les yeux 
égarés, il n adressa la parole à personne. Alors une 



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338 MARSAVRIL 1899. 

c.>-^J-^j\>> J^ J^j/^ ^jfci^ J^jM- ^r^ 



cLl^ ^^jO) J<£^ js£, jj\j ^jO) ^5^ V^y ^ 
jj,>\ju>. ^e^î*'^ i^j^ dja^ j)l àjS^ àjfi ,^aJ^ ^j-^aP 



■ On appdle chim les larges pantalons de cnir brodé dans les- 
quds on renferme les vêtements de dessous (les vêtements de ville 
comme nous dirions). D*usage très rare en Kachgarie, ces panta- 
lons sont très employés par les Kyrghyz. — 'Le nom ordinaire de 
cette prière est ^1!^ jL^, se dit quelque temps avant le coucher du 
soleil entre la prière ptchtn et la prière du soir. 



servante du nom de Bakhti Khan , sortant des appar- 
tements intérieurs, se trouva face à face avec le 
Bédaoulet. Celui-ci Fappela d'un signe en lui mon- 
trant son pantalon de cheval. Bakhti Khân, s appro- 
chant, lui retira ce pantalon, lui dénoua sa ceinture 
et lui mit un coussin sous la tête. Le Bédaoulet se 
coucha, et Bakhti Khân, prenant un pan de la che- 
mise de son maître, se mit à l'éventer. 

Cependant il était l'heure de la deuxième prière de 
l'après-midi ; tous les grands étaient réunis à la mos- 
quée, n'attendant que l'arrivée du Bédaoulet. Tous 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 339 

jyJi)^^fd^ 0^ pii^ jiJ\ ^ j^ cî'^jî^ j^ 

(i-î;^^ cT^^ JjW ^J^^f^^^^ 3^ji^ J^. Ijj^ 
jj^ V^ (5UU>.y jj^ <y^AU c^Uli J^jy dLuî^AxLo) 



ignoraient Tétat où se trouvait celui-ci « sauf Mouhi 
ed-din Makhzoum et Mohammed KérimdeKâchgar, 
qui étaient au courant de la situation. Mouhi ed^lin 
était chef du secrétariat, et Mohammed Kérim pre* 
mier chambellan. Après s'être consultés, ils firent 
savoir aux autres que le Bédaoulet, saignant du net 
sans interruption , restait couché , et ils leur ôonseil^ 
lèrent de lire la prière sans Tattendre. Les grands, 
après avoir pris connaissance de ce message, lirent 
la prière. Il en fat de même pour les deux prières 
du soir. Alors les deux fonctionnaires susdits firent 



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340 MARS-AVRIL 1899. 

v^k^-w JJtJL>\ (^U^ j\j\ ^J-^ cr t?tï**^ ^J* ^)9 

j\^^î-jw ^ ^Lî 1 U^ ^Oi^ vàyj\ ^jO) ^aL$^ 

^ Littéralement ■ autrement ». 



venir Haçan Djân Bay. Celui-ci , voyant dans quel 
élat se trouvait le Bédaouiet, s approcha de iui et lui 
passa la main sur le visage en disant : Seigneur! H 
rappela ainsi trois ou quatre fois sans que le Béda- 
ouiet soufflât mot. Alors il renvoya dans les apparte- 
ments intérieurs la servante qui était près de son 
maître. Puis les trois hommes tinrent conseil : 
« L'état du Bédaouiet a empiré; que ferons-nous?» 
Haçan Djân Bay envoya im domestique chercher 
Timâm Sâlih Kâry. « Récite les prières pour le Béda- 
ouiet » dit-il à Timâm lorsqu'il fut venu. Sâlih Kâry^ 
stupéfait, récita les prières sans pouvoir proférer un 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 341 
jLj jrt^jO) jiL) iû^\ ^JJ^ j>aJ\ ^ \^\ c^^ 



son. Quatre heures se passèrent ainsi. Le souffle du 
Bédaoulets aflaiblissait de minute en minute. Aucune 
amélioration ne se produisit. Les personnes pré- 
sentes se consultèrent et décidèrent d'informer égale- 
ment Niâz Hâkim Bek qui, comme chef de Tarmée, 
devait donner son avis. Mouhi ed-dîn dit alors : « Ce 
matin le Bédaouiet s'est fâché contre Niâz Hâkim : 
« Tu es aussi vendu aux Chinois , lui a-t-ii dit , tu en- 
tretiens une correspondance avec eux. » Or, si un 
domestique va lui dire que le Bédaouiet le mande. 



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342 MARS. AVRIL 1899. 

j*.>\jLjP c-^JlijVJ» ^JJmM ^^^^ ^UvjU fcj^ <^.>joLil>- 

^5^\ {Ji\j nJuSij j\sClL<^^ iU- j[JL>\ isJLuA^Aîlniry 

c^«- ô g ' ^j-^ c/^^'î;j^ ji*^^-^^^*^ J^»*^^ t?»*^*^ 

1 jiiliép r=B ji31â. (^t^. Cette dernière expression est {dus 
usudle. 



la peur Itd brisera le cœur. Il faut imaginer une ruse 

pour le faire venir. » Haçan Djân Bay répondit : 

a Jetais chez lui (tout à l'heure) dans son salon et il 

était déjà informé de ce qui se passait. » Alors il or- 

Ar^r^n^ à Kal Heït d'aller dire à Niâz Hâkim de venir. 

[eït se rendit auprès de Niâz Hâkim et lui dit 

i Bédaoulet le faisait appeler. Le cœur comme 

par la peur, Niâz Hâkim se leva à la hâte, cei- 

a ceinture et partit. En route il demanda à 

ieït : « Le Bédaoulet est-il toujours en colère? 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 343 

...w^ ^4i ^j^ f^j^ /^4 c^ jr v>. 

^uJj) Cmv\j <A;^mv dijuJUM jJi ^ iS*^ ^^ J^ j^ 



Pourquoi me fait-il appeler à pareille heure P » Kal 
Heït répondit : « Comment serait -il en colère contre 
vous? il est lui-même couché et près de mourir. » 
— « Si tu dis vrai, dit Niâz Hâkim, je te donnerai 
cent pièces d or », et, reprenant courage, il se rendit 
au palais. Il y vit Haçan Djân Bay qui lui raconta 
en détail ce qui s'était passé. Voyant dans quel état 
se trouvait le Bédaotdet, il se mît à verser quelques 
larmes. Puis on ouvrit Tavis d'aller prier Hak Koul 
Bek de venir. Tous se rangèrent à cette idée sauf 
Nîâz Hftkim, qui dit : • Si nous faisons venir Hak 



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344 MARS-AVRIL 1899. 

Jucî^ \A^ J" ^^ ^5^U\jj\ dlo i(k jL) j!i^.>^\ 

jWj tÇ;^ lUj ^jkJ^^J^Ju^j ^jj^ jiJi j^ 

Koul Bek, il est à craindre que si le Bédaoulet se 
rétablit au matin, il ne nous fasse tous mettre à 
mort. » Tout le monde en tomba d accord. Il y avait 
une heure ou deux quils étaient assis lorsque le 
Bédaoulet poussa le dernier soupir et rendit son âme 
à Dieu. « Nous sommes à Dieu et nous retournerons 
à lui. » Alors Haçan Djân Bay, Mouhi ed-dîn M akh- 
zoum , Mohammed Kérîm , Sâlih Kâry et Niâz Hàkim 
Bek pleurèrent abondamment. 



Voici en abrégé ce que le même auteur rapporte dans la 
suite de sou récit : 

Un peu avant de mourir, le Bédaoulet avait fait 
écrire à son fds aîné Bek Koul Bek, qui résidait à 



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LITTÉRATURE MODERNE DU TURKESTAN CHINOIS. 345 

K.âchgar, de lui envoyer de l'artillerie. Cette lettre 
ne fut prête quaprès sa mort. Hak Koul Bek 
ordonna néanmoins de lexpédier. Bek Roui Bek, 
ignorant ce qui s'était passé , obéit et fit partir les 
canons demandés; mais le gouverneur de Koutcha, 
qui avait appris la mort de Ya^koub Bek, arrêta le 
convoi et le renvoya à Kâchgar. Cependant Hak 
Koul Bek avait été nommé pâdchâh à Kourla et avait 
distribué aux officiers présents des robes d'honneur 
et divers cadeaux. Mais deux jours après, il déclara 
qu'il allait porter lui-même le corps de son père à la 
mosquée de Hazret Apak. On le laissa partir, puis 
les principaux personnages restés à Kourla offrirent 
le titre de pâdchâh à Hâkim Khân Toura, qui ac- 
cepta. Dans ime conversation que l'auteur eut quel- 
que temps après avec lui, ce prince, à la fois hypo- 
crite et faible, lui dit en pleurant qu'il n'avait accepté 
qu'à son corps défendant , mais qu'il n'avait pu faire 
autrement, qu'au demeurant il était animé des meil- 
leurs intentions pour tout le monde, et en particu- 
lier pour les fils du Bédaoulet. Hak Koul Bek, qui 
n'était accompagné que d'une escorte très faible, fut 
attaqué en route par les Kyrghyz Kiptchak, partisans 
de Hâkim Khân, et tous ses bagages furent pillés. 
En ces fâcheuses circonstances, il s'arrêta à Aksou 
d'où il écrivit à son firère qu'on avait voulu le nommer 
pâdchâh, mais qu'il avait refusé, que, parti pour 
Kâchgar afin d'enterrer leur père à Hâzret Apâk, il 
avait été pillé et que des secours lui étaient néces- 
saires. L'auteur alla porter cette lettre à Kâchgar, où 



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346 MARS- AVRIL 1899. 

il vit Bek Koul Bek très irrité contre son frère. D 
essaya de le calmer, lui expliqua que Hal^ Koul Bek 
ne nourrissait aucune mauvaise intention, que sa 
lettre relative à l'artillerie avait été préparée sur 
Tordre de Ya^j^oub BA après la prise de Davantchîn 
par les Chinois, que si Toa avait nommé Hal^ Koul 
Bekpddchâh, ç avait été malgré lui, qu'il avait rejeté 
ce titre et qu'il venait pacifiquem^Qt enterrer son 
père. Bek Koul Bek se montra satisfait de cette ex- 
plication, fit apporter un Coran, jura qu'il était bien 
disposé à l'égard de son frèi'e et qu'il le verrait arec 
joie. L'auteur rendit ensuite visite à la mère des deux 
princes, qui lui confia une lettre pour son fils cadet. 
De retour à Âksou, il raconta à son maître son en- 
tretien avec Bek Koul Bek et lui remit la lettre de 
la princesse où étaient écrits ces mots : « Ne venez 
pas ici, car votre frère vous tuerait. » Cependant 
Hal^ Koul Bek, confiant dans le serment de son 
frère, ne sachant du reste où se réftigier, prit la 
route de Kâchgar. Le deuxième jour, comme il 
venait de passer Kara Kirtchîn, il rencontra qud- 
ques officiers et soldats qui s'approchèrent de lui et 
le saluèrent avec de grandes démonstrations de res- 
pect. A peine eut-il le dos tourné que l'un de ces 
hommes lui lança sa pique, qui l'atteignit à l'épaule 
et le fit tomber de cheval. Puis un soldat l'acheva à 
coups de fusil. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 347 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 



SÉANCE DU VENDREDI 10 MARS 1899. 

La séance est ouverte à quatre henres et demie sous la 
présidence de M. Barbier de Meynard. 

Etaient présents : 

MM. Maspero et Senart, vice-présidents; Qément Huart, 
Mondon-Vidailhet, de Charencey, R. Davai, Decourde- 
manche, P. Boyer, V. Henry, J. Haiévy, Boell, Halphen, 
Sylvain Lévi, M. Schwab, Weil, Meîllet, F. Grenard, L. Feer, 
de Bbnay, membres ; Drouin , secrétaire adjoint. 

Le procès-verbal de la séance de février est lu et adopté. 

Sont nommés membres de la Société : 

MM. Bouvat ( Lucien), élève diplômé de TÉcole des Langues 
orientales, demeurant à Paris, 208, boulevard 
Saint-Germain , présenté par MM. Barbier de Mey- 
nard et Houdas. 
Ali Kemal, secrétaire d'ambassade, demeurant à 
Paris, i5o, me d'Assas, présenté par MM. Barbier 
de Meynard et Huart. 

Sont offerts à la Société : 

Par M. Mondon-Vidailhet, chargé du cours d*abyssin à 
l'Ecole des langues orientales, la Grammaire de la langue 
abysntœ, qu'il vient de publier. Pans, E. Leroux, 1898. 

Par M. C. de Harlez, Les entretiens familiers de Confucias 
(Kong-tze fia-jo), traduits du chinois, in-8% Paris, Lou- 
vain, 1899. 



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ÎL^ 



348 MARS-AVRIL 1890. 

Par rimprimerie catholique de Beyrouth (Syrie) Arabic- 
English Dictionary^ par le P. J. G. Ha va de la Société de Jésus , 
in-8*, Beyrouth, 1899. 

Par M. E. Senart, le tirage à part de son article qui a 
paru dans le Joamal asiatique sous le titre : Le manuscrit 
Kharofthi Datreuil de Rkins, qui forme la vu* série de ses 
Études épigraphiques. 

Par M. Pognon , consul de France à Alep , les deux pre- 
miers fascicules de son Etude sur les inscriptions mandates des 
coupes de Kkouabir, Paris, 1898-1899. 

Par Lady Meux , de Theobald*s Park : un exemplaire de Uou- 
vrage intitulé : Lives of Mahâ Seyôn and Gabra Krestos , texte 
éthiopien avec traduction anglaise de M. WaUis Budge , in-4*, 
London, 1898, et la reproduction en chromolithographie 
des dessins de deux manuscrits éthiopiens du xiv* siècle. 

Des remerciements sont votés au\ donateurs. 

Le Bibliothécaire est autorisé à faire don à la bibliothèque 
de r Université de Paris (Sorboune), des ouvrages suivants 
publiés aux frais de la Société asiatique, savoir : le Maha- 
vastu, texte sanscrit, 3 vol. in-8* de M. Senart; Le Kitâb et- 
Tanbih ou el-Ischrâf de Masoudi, traduction française de 
M. Carra de Vaux , et les Chants afghans de J. Darmesteter. 

M. Grenard fait part à la Société des découvertes archéo- 
logiques qui ont été faites tout récemment dans le Turkestan 
chinois par une expédition scientifique russe. Cette mission 
envoyée en Asie par l'Académie des sciences de Pétersbourg 
et dirigée par M. Klc mentz , a trouvé dans les environs de 
Tourfôn un grand nombre de grottes occupées autrefois par 
des moines bouddhistes , et dans lesquelles on a découvert 
des fresques , des fragments de manuscrits chinois et ouïgours , 
des inscriptions ouïgoures, chinoises et indiennes; quelques- 
unes de ces inscriptions sont dans les mêmes caractères que 
celles de TOrkhon. En raison des résultats obtenus par ce 
premier voyage, l'Académie russe a décidé d'envoyer une 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 349 

noaveUe mission dans les régions qui s'étendent entre Kontcha 
et Koumool (Hami). 

M. Sylvain Lévi continue sa communication sur son voyage 
dans rinde , et spécialement dans différentes parties du Népal 
qu'il a pu parcourir avec lappui du résident anglais à Kati- 
nandu , siège de la résidence , et grâce à la faveur de ladhi- 
ràja ou souverain de cette contrée. Il présente aussi une série 
de photographies de remplacement de Kapilavastu , de diverses 
localités du Magadha rendues célèbres par la légende du 
Bouddha, et des différents types Tûrou , Nevari , Goarkas qui 
Ibi^nient le fond de la population du Népal. 

M. Grenard lit une Notice sar la famille chez les Tares- 
Kazaks et Kirghiz du Tarkestan chinois; il insiste particulière- 
ment sur les cérémonies qui accompagnent le mariage, et 
sur les Ifinciennes cro;^ances qu'elles supposent , cérémonies 
et croyances qui rappeUent celles qui existaient chez les an- 
ciens peuples aryens et chez les Sémites. 

La séance est levée à six heures et demie. 



OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETE. 
(Séance du 9 mars 1899.] 

Par ri ndia Office , Report on publications issued and régis- 
tered in thê several Provinces of British India during the year 
1897. Calcutta, 1898; in4'. 

— Bibliotheca Indica, n** gsa-gSo. Bombay, 1898; in-8". 

Par la Société, Bulletin de la Société de géographie de Paris, 
4'trim. 1898; in-8'. 

— Bulletin de V Académie des inscriptions et belles-lettres, 
nov.-déc. 1898; in-8'*. 

— Mittheilungcn der deutschen Gesellschaft fàr Natur- und 
Vôlkerkunde Ostasiens» Band vu, Theil i. Tokyo; in-8". 

— Bulletin de la Société linguistique, n* 46, déc. 1898; 
in-8'. 



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»0 MARS'AVRIL 1899. 

Pir la Sociétë, ZmUckrifi der deuUchm morgênlàndischen 
Gescllschaft , 62 B., ^ Heft. Leipzig, 1898; in-8*. 

— Bibliothèque des Ecolei finuiçaises d'Athènes et de' 
Rome, fiuc. 80 : Les arohivw de la chambre apostolique au 
JT/K siècle» par Joseph de Loye; 1^ partie : Inventaire. Paris, 
18991 in'8% 

*- Atti delk Rmle Aceademia dei lÀneei, nov. 1898. 
Romatin-d*. 

# 

Par les éditeurs» Bevuê arohéohgiqae, jaAv.-févr. 1899; 
m-8'. 

— " Revue critique» n** 6, 7, avec index, 8 et 9. Paris, 
1899; in-8'. 

— Al-Maekriq, février 1899. Beyrouth, in-8', 
'— ^{-ZAty^^ janv.«févr« 1899. Le Caire, in-8',*^ 

*— The American Journal of ihe Semitie languajes ani 
literatures, Chicago lU., January 1899; in^8*. 

— Bulletin archéologique, année 1898, 1" livraison. 
Paris, 1898; in-8'. 

— Revue de V Orient chrétien, n'* i et 2 , 1898; in-8'*. 

— Analect^ Bolkndiana» U XVII, faso. iv. Bruxelles, 
1898; in-8'. 

— Polyhihlion, parties technique et littéraire ; févr. 1899; 
in-8'. 

— Bollettino, n' 3i6. Firenw, 1899; in-8', 

— The Geographical Journal j, March. London, 1899; 
iu-8'. 

Par les auteurs : Ehnuinn, Die Sprickwërtêr uui hildlichen 
Ausdràcke der japanischen Sprache. Supplément. Tokio, 1898; 
in^', 

— P. Boell, Contribution à V étude de la langui lolo. Paris, 
1899; in-8', 

— M. Schwab, La MegmUath Taanitk (extrait). Paris, 

— Courant, Les associations en Chine. Paris, 1899; in-8** 



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i 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 351 

Par les auteura : D. J. Parisot, Contribution à Vétade du 
dialecte néo-syriaque de Tour-Ahdîn, 1899; in-8'. 

— Le P. Pierre Hoang, Exposé du commerce public du 
sel, Chang-Haï, 1899; ^'^"^'' 

— Le mariage chinois au point de vue légal. Chang*Haï, 
1898; m-8*. 

— C. de Harlez, Les entretiens familiers de Confucius. 
Paris, 1899; iIl-8^ 

— Bev. Fr. J. G. Ha va , Arabie EngKsh Dictionary, Beymt , 
l899;in-8^ 

— L. Bastian, Prières en langue ibo. Alençon, 1898; 
in-8'. 

— G. Mondon-Vidailhet, Grammaire de la langue abys- 
syne, Paris, 1898: in-8*. 

— £. Senart, Le manuscrit Kharo§thi du Dhatnmapada 
(extrait), i898;iii-8'. 



SÉANCE DU VENDREDI 14 AVRIL 1899. 

La séance est ouverte à quatre heures et demie, sous la 
présidence de M. Barbier de Meynard. 
Etaient présents : 

MM. Senart et Maspero , vice-présidents ; Oppert , de Cha- 
rencey, Schwab, CaiTa de Vaux, Decourdemanche , R. Du- 
val, Mayer-Lambert , Aymonier, V. Henry, J. Halévy, Fou- 
cher, Clément Huart, L. Feer, F. Nau, Sonneck, Bonet, 
Grenart, M. G>urant, membres; 

M. Drouin , secrétaire adjoint. 

Le procès- verbal de la séance de mars est fai et la rédaction 
en est adoptée. 

Est reçu membre de la Société : 

M. Theillet, attaché au Consulat de France à Aiep, pré- 
senté par MM. H. Derenbourg et Bartner de Meynard. 

93. 



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352 MAHS-AVRIL 1899. 

Sont oflei*ts à la Société : 

Par M. Senart, au nom de M. Barth, le Bulletin des reli- 
gions de Vlnde (Extrait de la' Revue de l'Histoire des religions ^ 
février 1899); 

Par M. Maurice Courant, deux brochures dont il est l'au- 
teur : Les études coréennes et japonaises et Système de tr/uiscrip- 
tion en lettres latines du Dictionnaire de Kang-Hi, et un article 
de M. Henri Chevalier intitulé : Cérémonial de l'aclièvemimt 
des travaux de Hoa-Syeng (Corée), Extr. du Toung-Pao, 
1898. 

Par M. de Charencey, un mémoire sur les Noms des points 
du l'Espace dans divers dialectes américains, (Extrait du Joar- 
nal de la Société des Américanistes de Paris, in-4*, 1899.). 

Des remerciements sont adressés aux donateurs. 

11 est donné lecture d'une lettre de M. le Ministra de 
l'instruction publique annonçant l'ordonnancement d^une 
somme de cinq cents francs à titre de subvention pour le 
deuxième trimestre 1899. 

M. Halévy fait deux communications à la Société : Tune 
relative à la date du Déluge qui varie dans les trois textes 
hébreu, grec et samaritain (voir ci-après, p. 555). Dans la 
;onde communication , M. Halévy traite la question rda- 
e au mariage du prophète Osée (voir ci-après, p. 356). 
M. Grenard continue sa lecture sur les mœurs et coutumes 
s Kazak et des Kirghiz. 11 montre que , malgré certaines dii- 
ences de foiines, dont quelques-unes sont importantes, la 
niile est fondée , chez ces peuples , sur les mômes principes 
e chez les anciens Jndo-européens : nécessité de pepétuer 
famille et le culte domestique, infériorité de la fille par 
)port au fils au point de vue religieux et, par suite, civil, 
'actère essentiellement religieux de la parenté : insignifiance 
la parenté par les femmes , régime du patriarcat et con ■ 
>ion de la puissance paternelle avec le sacerdoce familial, 
iponsabilité collective de la famille. 
M. E. Senart communique ensuite à la Société, une no- 



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NOUVELLES ET MELANGES. 353 

tice qui paraîtra prochainement dans le Journal asiatique y 
sur deux inscriptions de la vallée du Svât, en caractères 
kharoçthi et dont il doit les reproductions photogi*aphiques 
à une obligeante communication de M. Burgess. L'une de 
ces inscriptions porte la date de 3 1 8 ; l'autre , transcrite et 
commentée par Bûhler, n*a pas encore été publiée en fac- 
similé. La photographie de ce dernier te\te permet dldenti- 
Ber certaines lectures et de reconnaître que la donation dont 
elle perpétue le souvenir , émane d'un certain « Théodore » 
et non d'un tSthavira Nora*. M. Senart, à l'occasion de 
ces épigraphes, ajoute quelques observations sur l'ère de la- 
quelle sont datées les différentes inscriptions connues, en 
caractères kliaroçthi et sur l'époque jusqu'à laquelle se serait 
perpétué, dans l'Inde du nord-ouest, l'emploi de cet al- 
phabet. 

La séance est levée à six heures. 



ANNBXE AU PROCES-VERBAL DU l4 AVRIL 1899. 

1 
Lfi date du Déluge d'après les textes principaux. 

On sait que les trois textes, principaux de la Genèse dif- 
férent entre eux en ce qui concerne la durée de la vie des 
patriarches antédiluviens. De ce désaccord résultent trois 
dates différentes pom- l'année du Déluge après la création du 
monde. D'après le texte hébreu ou H , le cataclysme eut lieu 
l'an i656; le texte samaritain ou S le place en iSoy, et le 
texte grec dit des Septante ou G , en 3262. Tous les critiques 
sont unanimes à admettre que G offre une modification ré- 
fléchie de H, destinée a allonger l'intervalle qui sépare la 
Création de l'Exode. Au sujet de la relation entre H et S , on 
avait pendant longtemps accordé l'originalité au premier 
contre le second; mais depuis une dizaine d'années, la plu- 



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354 MAHS^AVRIL 1800. 

part det critiques retournent la proposition et voient dans H 
le résultat d^nne spéculation qui aurait déterminé les scribes 
à changer les nombres conservés intacts dans le teite sama- 
ritain. Je crois que cette thèse ne peut guère se défendre , 
aussitôt que Ton se rend un compte exact des causes réelles 
de ces différences. Le tableau suivant des dates relatives aux 
années de la mort des Patriarches, suivant les trois sources, 
suffira À éclairer cette question : 

H S G 

1. Adam meurt en 930 95o 950 

9. Seth io42 io4a ii4a 

3. Enos ii4o ii4o i34o 

4. Kénan i33S i335 i535 

5. Mahalal^l 1990 1390 1690 

6. Jared 1^22 i3o7 1993 

7. HéDoch 987 887 1 487 

8. Mathusaia 16S6 i3o7 3356 

9. Lamech i65i i3o7 3337 

Le dixième patriarche, Noé, vit 600 ans avant le Déluge, 
et 35o ans après; il fait partie en même temps de deux 
époques différentes. Tous les -textes sont d accord sur ce 
point. 

Quand on jette un coup d*œil sur les détails , on aperçoit 
aussitôt les faits suivants : 

a. Jusqu'au n* 5 , il règne un accord parfait entre H et S. 

6. L*iatervalle entre le n** 5 et le Déluge est raccourci de 
35o ans en chiffre rond par S , qui fait mourir tous les patri- 
arches dans Tannée du Déluge, tandis que, selon H, c'est 
Mathusaia seul qui meurt cette année-là. 

c. G ajoute au contraire 100 ans aux n*' a, 3, 4 1 5, 6, 
8 , c'est-à-dire un total de 600 , mais coïncide avec H dans 
les dizaines et les unités et, comme lui , laisse mourir Mathu- 
saia (le n* 8) seul dans Tannée même du Déluge, c'est-à-dire 



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NOUVELLES ET MELANGES. 355 

dans 1 espace da mois et demi qui a précédé la catastrophe , 
tandis que S entend évidemment que les patriarches Jared , 
Mathusala et Lamech ont péri dans le cataclysme comme les 
autres impies de Tépoque. 

Partant de Tidée que les derniers patriarches , sauf Hénoch , 
étaient des impies, S abrège systématiquement la somme de 
la vie de ces patriarches et établit pour les naissances un ordre 
descendant qui a égaré les critiques. La signification péjorative 
des noms propres que ces savants invoquent à Tappui de leur 
sentiment se borne à cdui de Jared , *)1^ , qui signifie bien 
• descente», mais seulement dans un sens matérid, jamais 
dans on sens moral. On ne peut rien tirer de n^l^inç dont 
le dernier élément, à cMé de • arme • , signifie aussi • envoi • 
et • champ». Lamech (*pS) enfin, n*a pas de sens connu. 
On exagère beaucoup en considérant Tenlèvemeutd^Hénoch 
comme indiquant la perversité de tous les contemporains , y 
compris le père même d'Hénoch; le passage de la Genèse, v, 
a4, ainsi que Tanalogie de lenlèvement d*Elie , montre plu- 
tôt que Dieu voulait récompenser d*une manière particidière 
la piété extraordinaire de ces personnages. D'antre part, le 
remaniement tardif de S résulte déjà du fait de son accord 
avec G pour les unités et les dizaines de la somme de la vie 
de Lamech , qui est chez lui 653 en face 4® 76/) de G et des 
chi£Rres 777 de H. Puis, p{irrini]lnMBioir*nD^T« etilinobnit*; 
jointe nnifoiTnéiDent t diacun des pàtriàiçdhes , Tante^ dit 
assez qu*il s*agit pour tous d'une mort du mfetn^ |^enre,*sa' 
voir : une mort naturelle par leffet de la viemesse; H et G 
sont donc dans la vraie tr9<lîtioh, laqneUe est final t m eat 
corroborée par leur aeoord rektîvenient aux unités et aux 
dizaines de Tannée de la mort des patriarches et à la coïnci- 
dence de la mort de Mathu^a seul pendant Tannée du 
déluge. La liste des Qainites , où figure aussi le nom de Hénoch 
(Genèse, iv, 17), prouve de plu» que les noms propres n*ont 
pas de caractère fatidique , comme on nous Taffirme si docte' 
m«nt. 



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356 MARS-AVRIL 1899. 

En résumé, Tauthenticité dé H est indubitable; les deux 
autres codificateurs ont remanié les nombres primitifs, Tun 
en ajoutant en gros les 600 ans de Noé avant le déluge, 
lautre en retranchant , pour Tamour de son système psycho- 
logique, les 35o ans de Noé après cet événement S a en 
outre emprunté à G l'augmentation de 600 ans qu'il fait 
subir au total de la vie des patriarches postdiluviens. 



II 
Le mariage d'Osée, 

Le récit relatif au mariage du prophète Osée est un des 
plus énigmatiques de la Bible. Le texte porte formellement 
les termes suivants : « Yahwé dit à Osée : Épouse une femme 
d adultère ( Q^JUT T\^H) et (tâche d'avoir) des enfants d'adul- 
tère, car le pays se prostitue en se détournant de (mot à 
mot : de derrière nriKD) Yahwé (Osée , I , a ) ». Le prophète 
épousa alors une femme nommée Gomer, fille de Diblaïm , 
qui lui enfanta deux fils et une fille auxquels Dieu lui com- 
manda de donner des noms de réprobation : le fils aine fut 
appelé Yizreel pour rappeler la punition prochaine des assassi- 
nats commis par le chef de la dynastie , Jéhu , dans la vallée de 
Yizreêl (II Rois, ix, t5-\, 8); la fille fut nommée Lo-ruhama 
« celle qui n'inspire pas la pitié ■ ; le second fils Lo-^ammi 
« celui qui n'est pas mon peuple ». Après avoir indiqué que 
cette famille symbolise les crimes d'Israël et le terrible châ- 
timent qui l'attend , Yahwé ordonna de nouveau au prophète 
de traiter avec amour cette femme adultère afin de symbo- 
liser l'amour que Y'ahwé porte à Israël malgré sa persistance 
à adorer d'autres dieux (tW.« m). Dès lors, les noms des 
enfants prennent un tour élogieux : Yizreel signifie «celui 
que Dieu ensemencera» ou «restaurera»; Lo^ahama se 
change en Hnhama « celle qui jouit de la sympathie de Dieu », 
et Lfhammî se' transforme en *Amm( « mon peuple ». 

Trois opinions différentes ont été émises sur ce mariage 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 357 

Uzarre. Les uns r^^rdèrent cette histoire comme un fait 
réel , et s'efforcèrent d'en atténuer le côté scabrei» par des 
considérations de la plus fine casuistique qu'il m'est impos- 
sible d'aborder en ce lieu. Les autres, choqués de l'immo- 
ralité des ordres divins et du rôle ridicule joué par le pro- 
phète, déclarent hautement que ce récit n'est qu'une mise en 
scène d'une fiction dramatique dépourvue de tonte réalité. 
D'autres enfin, admettent l'historicité du fond du récit, mais 
expliquent autrement la marche des événements ; cette opi- 
nion appartient aux critiques de la nouvelle école. Voici 
comment la chose se serait passée. Osée ne s'est aperçu de 
l'infidélité de son épouse qu'après la naissance de son fils aîné. 
Comme il aimait cette femme , il ferma les yeux et consentit 
à endosser successivement la paternité des deux autres enfants 
qui n*étaient pas de lui. La honte lui rendit toutefois la vie 
amère, mais un beau jour, en méditant sur son malheur con- 
jugal, il acquit la conviction que cet événement était pré- 
destiné à figurer en petit l'état général du rapport de Dieu 
avec son peuple infidèle. Cette révélation lui permit d'attri . 
huer son mariage à un ordre formel de Yahwé, d'aflBrmer 
que Dieu lui avait également ordonné d'assigner d'abord des 
noms comminatoires à ces enfants adultérins, puis à se 
reprendre à aimer sa femme plus que jamais infidèle , et à 
transformer les noms réprobateurs des enfants en noms glo- 
rieux; tout cela afin de symboliser la brouille actuelle entre 
Yahwé et Israël qui doit se terminer par une entière réconci- 
liation et une affection mutuelle. Voilà en quels beaux termes 
la vilaine chose est mise. Les partisans ,do cette solution 
doivent faire des efforts inouïs pour conserver leur sérieux 
devant ce type prophétique. Cette petite malice caractérise 
admirablement l'esprit de l'école en cause, et il me parait 
inutile d'insister davantage. 

L'explication de l'énigme dont il s'agit n'est cependant 
pas difficile pour tous ceux qui se rappellent les condamna- 
tions générales prononcées contre le siècle dans les Pro- 
verbes, xv\, 1 i-i4) et tout particulièrement celle qui corn- 



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à.1 



358 MARS. AVRIL 1899. 

mence le Xèytop de Jénis dans Mathieq , xn , Sg. Quelques-uns 
des scribes et des pharisiens demandent un miracle, Jésus 
répond : uLa génération mauvaise et adaltère demande on 
signe , mais il ne lui sera donné d*autre signe que celui du 
prophète Jonati. L*apostrophe soulignée qui se présente dans 
la forme grecque : Ttvtà voptfpà xai (loixBiXif tire ton ori- 
gine du passage d'Osée relatif à la réconciliation du prophète 
avec sa femme momentanément abandonnée à cause de sa 
mauvaise conduite. En ce lieu (Osée , m , i ) , le texte hébreu, 
accepté par la Vulgate, offre : VT ngnK n^H 3nK l^b 1)7 
nÇNiD^ «Va encore (et) aime la femme qui est aimée d'un 
ami et qui est une prostituée ( Adhac vade et dilige mulierem 
dilectam amico et adalteram). La version grecque suppose au 
contraire la leçon riÇK^O^ 71 ^^*?^ ^^^ * ^^^ femme qui 
aime le mal et qui est une prostituée > : ywàBia iynré^av 
vovïfpàHal (iAOïx^A/y. Cette dernière leçon répond exactement 
à celle de Tapottrophe de Jésus. Mais, outre Tintérôt de con- 
cordance qui, Tauthenticité du passage admise, obligera à 
conclure que Jésus se servait aussi de la version des Septante , 
il est évident que la phrase en question n*est qu'une forte 
métaphore qu'il ne faut pas prendre a la lettre, et qui se 
pourrait, sans grande injustice, être appliquée à toutes les 
générations et à toutes les sociétés humaines du monde. Le 
simple bon sensreconmiande maintenant de comprendre dans 
un sens identique l'expression • femme de prostitution , et 
enfants de prostitution » du verset i , i . Cela signifie seule- 
ment que la famille que le prophète va se créer, fera partie 
de la génération stigmatisée en gros comme infidèle à Dieu; 
la phrase « car le pays se prostitue derrière Yahwé * exprime 
exactement le motif de cette épithète réprobatrice. La pro- 
phétesse et ses enfants , ainsi que tant d*autres familles hon- 
nêtes qui n'ont pas dû manquer au royaume dlsraêl ni aux 
contemporains de Jésus, étaient des fleurs poussées sur un 
fumier, et n'avaient que plus de mérite de rester vertueuses. 
Moins heureux qu'Osée qui voyait dans sa famille l'image 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 359 

momentanément avilie, maïê bientôt gêneuse de sa nation 
le prophète Jérémie , forcé au célibat par mie intuition divine 
(Jérémie , xvi , i-a ), fut toute sa vie eondanmé à rester dans 
un isolement absolu. De là la différence de leur caractère : 
Osée a des assauts de tendresse au milieu de ses plus dures 
admonestations ; Jérémie demeure toujours chagrin et casMut , 
et n*entrev(Ht un rayon d'espoir pour son peuple que très rare- 
ment et comme conséquence des Innombrables souffrances 
deTexil. 

J. Halbvy. 

OUVRAGES OFFERTS \ LA SOCléxi 
(Séance du i4 avrii iSgg.) 

Par rindia OflSce , The Journal of the Bombay branch of 
ihe Uoyal Asiatic Society, n' LIV. Vol. XX. Bombay, 1 898 ; 
in-8-. 

— Sélections of the records of the Government ofindia. Home 
Department, n*cccLxn; Home Department sériai, n° 26, 
Report on the revision of the code of régulations of European 
sckoob in the Bengal Presidency during the year i896. Cal- 
cutta, 1898; in-fol. 

— ItuUan Antiquary, November 1898. Bombay; in-4°. 

— Report of archœological work in Anuradhapura , 3 fasc., 
1888, 1890. Colombo, in-folio. 

— Archœological Report of Ceylon 1891-1896, Colombo; 
in-fol. 

— Notices of Sanskrit manuscripts, 2* séries, vol. Il, part i. 
Calcutta, 1898; in-8». 

— M. A. Stein , Detailed Report on a archœological Tour, 
with the Buner Fieldforce, Lahore, 1898; in-8*. 

— Archœology, Progress Report of the archœological sarwey 
of Western India, Bombay, 1898; in- 4*. 

Par la Société, Bulletin de la Société de géographie d'Alger, 
.Vet A'trim. 1898; in.8'. 



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360 MARS-AVRIL 1899. 

Par la Société , Comptes rendus des séances de la Société de 
géographie de Paris, janv.-févr. 1899; *'^"8'« 

— Royal Asiatic Society, Yearhook and Record. London , 
1899; in-8'. 

— Bibliothèqae de l'Ecole des hautes-études, lai* fasc. , 
1899; m-8'. 

— Institut égyptien, séance du a décembre. Le Caire, 
1898; m-8". 

— Bulletin de V Institut égyptien, 3 fasc. Le Caire, 1897 
et 1898; in^\ 

— Mémoires présentés à l'Institnt égyptien , tome III , fasc. m. 
Sur trois tables horaires coptes, par U. Bouriant. Le Caire, 

1898; in-4'. 

— Transactions and proceedings of the American Philological 
Association , vol. XXXIX , 1 898 , in-8'. 

— Journal asiatique, janY.-ïéy t. 1899. Paris; in-8*. 

— Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei, V, Vil. 
fasc. la, Indice. Roma, 1899; in-8°. 

— Journal of the A mei'ican Oriental Society, îio'** vol., fii"^! 
half. New-Haven, 1899; in-8". 

Par les éditeurs, Joiwnal des Savants, janv.-févr. 1899. 
Paris; in-4". 

— Revue critique, n*" 10-1 3. Paris, 1899; in-8°. 

— Ametican Journal of archœology, September-Octol>er 

1898. Nordwood Mass.; in-8". 

• — Revue archéologique, janvier -février 1899. Paris; 

— Toung-Pao, octobre et décembre. Leide, 1898; in-8". 

— Al'Zhiyâ, février-mars. Le Cdre, 1899; in-8*. 

— The Siuiscrit critical Journal, Januar> and Februar> 

1899. Woking; in-8". 

— Al-Machriq , Adbâr et Nisàn 1899. Beyrouth; in-8*. 

— Revue de l'histoire des religions, septembre-décembre 
1898. Paris; in-8'. 

— I^ Muséon, mars 1899. Lowvain; in-8'*. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 361 

Par les éditeurs , Catalogue de la Bibliothèque orientale de 
feu M, Charles Schefer. Paris , 1 899 ; in-S". 

— BoUettino, n* 3i8. Firenze, 1899; in-8". 

— Polybiblion, parties technique et littéraire , mars 1 899 ; 
in-8». 

— The Geographical Journal, april 1899. Loiidon; in-8'. 

— Les feuilles libres, avril 1899. ^g^®*"» '«-8°. 

— Revue biblique internationale , avril 1899. Paris; 111-8". 
Par Lady Meux, Laify Aïeux, manuscript n' 1. The Lioes 

of Mabâ' Sèyon and Gabra Krestos, the Ethiopie texts editcd 
with an English translation and a chapter of the illustrations 
of Ethiopie mss,, by E. A. Waliis Budge, with 9'i coloured 
plates and 33 illostrations. Londres, 1898; in-^"*. 

Par les auteurs : H. Cordier, Les études chinoises, 3* série 
( 1 895- 1 898 ). Leide , 1 898 ; in-8'. 

— Fr. Cumont, Textes et monuments figurés relatifs aux 
mystère de Mithra, publiés avec une introduction critique, 
tome I, Introduction (i" moitié). Bruxelles, 1899; in-4'. 

— Groff, Étude sur la sorcellerie, ou le râle que la Bible a 
joué chez les sorciers (extrait). Le Caire, 1897; în-4°. 

Le même. On the religions significance of sculpture and 
paintaing among the ancient Egyptiaiu, Cincinnati, 1899; 
in-8*. 

— Irving, Gi^mmaire persane en néo-syriaque, Ourmia; 
in.8*. 

— Salaheddin Bey, La Turquie à l'Exposition univei^selle 
de 1867. Paris; in-8". 

— A. de C. Motylinski, Les mansions lunaires des Arabes, 
Alger, 1899; in-8°. 

— C. de Mariez, Miscellanées chinois. Louvain, 1898; 
in-8'. 

Le même. Le chinois parlé au vf siècle avant J.-C, d'après 
i'Ili. Louvain, 1898; in-^°. 

— B. Lewis Rice , Mysore a Gazetteer compiledfor Govern- 
ment, Westminster, 1897; a volumes; in-4". 



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362 MARS-AVRIL 1890. 

Par les autenrs : J. de Morgan , Compte rendu sommaire des 
travaux archéologiques ewécaiês à Suse, du 3 novembre i891 
au 1*^ juin 1898. Paris; in-ia. 

— F. Nau f Les Plérophories de Jean , évéqae de Maioama, 
Paris, 1899, iii-8'. 

Le môme, Les jïis de Jouadah, fit de Réchah, et les îles 
Fortunées, Paris, 1899; m-8*. 

Le même, Le livre de l'ascension de V esprit sur la firme du 
ciel et de la terre, coxxn d^astroomnie , rédigé en 1279 P^ 
Grégoire Aboolfiu^dj: dit Bar Hêhrœus, texte syriaque. 
Paris, 1899; in-8". 

— M. Courant, Système de transcription en lettres latines 
du Dictionnaire de Kang-Hi. Leide, 1898; în-8'. 

Le même, Les études coréennes et japonaises , 1897; în-8". 
F. Welles WiUiams , The life and letters of Samuel Wil- 
liams. London , - 1 889 ; in-8'. 

— H. Chevalier, Cérémonial de Vachèeement des travaux 
deHoa Syeng (Corée). Leide, 1898; in-8'. 

J. Halévy, Revue sémitique, avril 1899. Paris; vsk^*. 



LES CURE-DENTS DU BUDDHA. 
1. Ijes cure-dents dans Hiouen-Tlis€uig, 

Hiouen-Thiang, dans ses mémoires, dit avoir vu dans 
rinde trois arbres provenant de cure - dents que le B«iddha 
avait jetés après s en être servi, et qui, ayant pris racine, 
avaient donné lieu à une puissante végétation. Comme les 
trois mentions sont assez courtes , je les reproduis textuelle- 
ment d*aprës Stan. Julien. 

1, p. Si (au pays de Kapiça). — Au bas d*une caverne mon- 
tagneuse qui est située au nord du Stûpa appelé Pilousàra, il y a 
une source où habite un dragon. Ce fut en cet endroit que Jou-laX 
(le Tathàgata) re<;ut de I*£sprit du riz cuit et qn*avec les O-Mmn 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 363 

il lava sa boache et se cura les dents avec une petite branche d osier. 
11 la planta ensuite en terre et elle prit racine. 11 en est résulté un 
bois touffu, qui subsiste encore aujourd'hui. Dans la suite, on éleva 
en cet endroit un couvent qu'on appela Pi-to-khin. 

I, page 39a (au pays de Vaiç&kha). — A côté du lieu où a été 
expliquée la loi, il y a un arbre extraordinaire qui est haut de six 
à sept pieds. Malgré une longue succession de printemps et d'au- 
tomnes , il reste constamment le même sans augmenter ni diminuer. 
Jadis Jou-laï, ayant fini de curer ses dents, jeta le petit morceau 
de branche dont il s'était servi. Cette branche prit racine et 
donna naissance à cet arbre qui est resté florissant jusqu'à ce 
jour. Les hérétiques et les brahmanes viennent à l'envi pour le 
couper et le détruire, mais il repousse aussitôt et reste le même 
qu'auparavant ^ 

n, page 49 (à Râjagrha). — Dans l'intérieur de l'enceinte située 
au sud-est, à environ cinquante pas des murs, il y a un arbre ex- 
traordinaire, haut de huit à neuf pieds, dont le tronc est double. 
Jadis Jon-laî (le Tathàgata) mâcha une petite branche de l'arbre 
Yang et la jeta à terre où die prit racine. Quoiqu'il se soit écoulé , 
depuis cette époque, bien des mois et des annéea, l'arbre n'aug* 
mente ni ne diminue. 

DanB une note relative au premier de eet épiiodes — mais 
à laquelle il renvoie à propos des autres, «—Julien dit, 
d*aprèft un ouvrage chinois, que, dans Tlnde, les oure-dents 
étaient faits de petites branches de Mimosa eatecku, en san- 
serit Khadira (que les Chinois transcrivent J^ie-fo-/o),et s*ap 
pelaient Dantn^kàstha , ce que les Chinois transcrivent Tan- 
tO'kitt'Sse-tcka et traduisent Tchi^mo • dent-bois » , calque du 
sanscrit Danta-kâstha. Il ajoute que , le mimosa eateeha n'exis- 
tant pas en Chine, on le remplace par Tosier {yang). W 
donne quelques détails sur le mode de curage des dents. Un 
cure-dent ne sert jamais qu'une fois ; on le Jette après s*en 
être servi. 

Hiouen-Thsang ne parie du mimosa catecku ni n'emploie 
Ua expressions Tchi-mo et Tan'Uhkia-sse-tfAa dans aucun des 

' Cet épltoda est citédantla VU de HÎ0iun-ThtaHg , p. ia3. 



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364 MABS-AVRIL 189Q. 

trois passages. Il dit seulement , chaque fois , que le Buddha 
se nettoya les dents avec une petite branche , et deux fois , 
que cette petite branche était de «IWer» (yang). 

Trois arbres seulement nés des cure-dents du Buddha, 
c'est assurément peu ; car il doit avoir usé plus de tix)is cure- 
dents dans les quarante-cinq années de sa carrièi^ boud- 
dhique. D'un autre côté, si chacun de ses cure-dents était 
devenu I arbre touffu décrit par le pèlerin chinois, v aui-ait- 
il eu assez de place pour cette sorte de végétation dans les 
contrées où il a vécu ? Les trois arbres dont parle Hiouen- 
Thsang doivent avoir poussé dans des circonstances extraor 
dinaires. Ces circonstances , il ne les fait pas connaître ; c'est 
une véritable lacune dans son récit. 



2. Un cure-dent dans l* Avadcmâ-Çataka sanscrit-tibétain, 

11 existe au moins un texte qui parle d'une frondaison 
semblable à celles que signale Hiouen-Thsang et en fournit 
l'explication ; c'est le récit 39 de l'Avadàna-Çataka. La scène 
se passait à Çràvasti ; il ne faut donc pas y voir un des cas 
notés par le pèlerin chinois. 

Il est question, dans ce texte, d'un cure-dent (danta-kd- 
stha) offert au Buddha qui le jette à terre. Le douta -kfUtha 
derient aussitôt un .\yagrodha touffu , et le donateur reçoit 
la promesse de devenir, après treize kalpas passés dans 
l'existence soit humaine, soit divine, le Pratyekabuddha 
Nirmaîa (sans tache). 

Le mot Dantakâstha revient quatre fois dans le texte , deux 
autres fois il est remplacé par son équivalent Dantadhâvanam 
(qui lave ou blanchit les dents); le mot khadira ne paraît 
nulle part. Il semble donc bien qu'il s'agisse de cure-dent. 
Mais c'est un jardinier qui offre l'objet au Buddlia , et les 
deux tenues qui nous occupent désignent aussi la plante dont 
se font les cure-dents. Aussi, après les avoir rendus par 
«cure -dent», j'ai finalement substitué à cette traduction 



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NOUVELLES ET MELANGES. 365 

celle de « mimosa catechu » ; car il me paraissait étrange de 
faire donner des cure-dents par un jardinier \ 

Notre texte nous montre le jardinier entrant dans Çrâva- 
sti le mimosa catechu à la main , sans dire à quelle intention. 
Un devin [naîmittika) , qui se trouvait à la porte de la ville, 
ayant déclaré que celui qui mangerait cette plante , ou s'en 
curerait les dents (?), mangerait des mets à cent saveurs, le 
jardinier, en raison de la grande valeur de cette plante , va 
loflrir au Buddha. Le prodige décrit plus haut se produit, 
et Anàthapindada , réalisant la prédiction du de\în , rassasie 
le Buddha de « mets à cent saveurs * », à la suite de la leçon 
laite au\ dieux et aux hommes à Tonibre du Nyagrodha qui 
vient de naitre. 

Le jardinier se proposait sans doute de vendre sa plante à 
quelqu'un qui en aurait fait des cure-dents. Mais le texte ne 
s'explique pas sur ce point. Le Buddha, avant de jeter la 
plante , se cura-t-il les dents ? ou peut-être y goùta-t-il à cause 
de ses vertus curatives ? Le texte sanscrit n'en parle pas , ma 
traduction non plus. Mais, en revoyant la traduction tihé- 
taine, je m'aperçois qu'elle en parle; car j'y trouve ces mots 
(auxquels je n'avais pas pris garde) : gsol-to || gsol-nas «... 
mangea; ayant mangé. . . » (en sanscrit bhaxitavân \\ hhaxa- 
yitvà)^ de sorte que ma traduction devrait être rectifiée comme 
suit : 

. . .Bhagavat. . .prit (la plante); après Tavoir prise, il en man- 
gea'; ayant mangé, il jeta à terre le mimosa catechu. . . . 

Est-ce le traducteur tibétain qui a ajouté ces deux mots 1^ 
ou avait-il un autre texte que le nôtre ? ou encore l'absence 
de ces deux mots dans le texte sanscrit est-elle simplement 

' Annales du Musée Guimet, l. WIII, p. io8-;o9. J'aurais dû mettre une 
note pour celte traduction. Je 1 aurais certainement mise si les passages 
précités de lliouen Thsang m étaient revenus à la mémoire; mais, même 
sans cela , une note était nécessaire. 

' Régal souvent cité dans les Avadànas, et qui nest j>as spécial à ce 
ppcil. 

Mil. 2'\ 



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l 



SM MARSAVRIL 1800. 

duo à une inadvertance de copiste? Je ne saurais le dire. 
La phrase sanscrite trahit un embarras qui était peut-être 
dans l'eaprit soit du copiste , soit de Tauteur de la rédaction 
santcrîte que nous avons. Quoi qii'H en soit, i^emploi répété 
du mot damUt-ké^fka (et de son synonyme éUuUa'dhâvana) 
constamment rendus avec la plus grande fidélité par le tibé* 
tain sthçià , et tout le contexte exigent la présence des mots 
hhuoitʻAn-'bka3cayitt>A, si bizarre que cette manducation 
puisse paraître , et semblent indiquer un cas analogue à ceux 
que note Hiouen*Thsang dans les passages ci'-dessus visés de 
ses Mémoires. 

3. Version chinoise de tAvadâna-Çataka. 

Cependant la version chinoise de TAvadàna-Çataka va 
bouleverser le résultat auquel nous sommes arrivé , en nous 
apportant d'importantes variantes dont il est impossible de 
ne pas tenir compte \ On sait que les versions chinoises ne 
sont pas, à proprement parier, des traductions, qu'elles ne 
serrent pas le texte de très près et se donnent toujours une 
assez grande liberté. Peut-être aussi puisent-eUes à différentes 
sources; car, plus on étudie la littérature bouddhique, et 
Ton peut en dire autant de la brahmanique, plus on s'aper- 
çoit que la même donnée est traitée de diverses manièresw 

Le titre seul de notre texte (qui, par suite d'une interver- 
sion, se trouve être le a 8* et non le 29*) nous annonce une 

' J*ai dit {AnnaUs du MusJe G«iW<, t. XVIII, p. xxiii)que la traduc- 
tioa èhiaoise de TAvadâna-Çataka «manque malhenrewie m aat à la eollee- 
tion ém Tripitaka ckinoii de notre BiUiotkèque nationale». C'était une 
erreur venant de ce que le caractère initial du titre a , dans rédttion de la 
bibliothèque nationale , une forme spéciale qui m'avait empêché de le re- 
connaître et aussi de ce que Touvrage avait été scindé , le premier fascicule 
ayant été relié comme un ouvrage complet , le second mis au rebut comme 
incomplet. Cdui-ci a été relié depuis, en même temps que d'autres «in- 
complets», et Touvrage se trouva ainsi reconstitué, mais disloqué, les cinq 
premiers chapitres portant le n* SqSS , les cinq derniers le n* 4686 dans le 
Nouveau Fonds chinois. 



^. ^ Digitizedby VjOOQIC 



NOUVELLES ET MÉLANGES. 367 

sérîeàse différence. 11 se traduit ainsi : ■ Un homme panvre , 
Pa-ii ', donne à Fo dn bois à brûler ». Ainsi la version chinoise 
donne un nom au héros du récit, ce que ne font pas les 
autres. Elle le désigne dès labord comme un homme pauvre , 
ne pouvant, par conséquent, faire des dons importants; et 
le don qu*il fait est du « bois mort » ou du bois ■ coupé pour 
faire du feu » ( tsiâo-mo) , ce qui nous met bien loin du Dânta- 
kâftha de la version sanscrîto-tibétaine. 

BJle dit positivememt que Pa-ti, désigné d'ailleurs comme 
un jardinier ou gardien de Jardin (Cheourwei)^ portait sur son 
dos ce Uiâo-mo à la vOle « pour le vendre ». A la porte de la 
ville, il rencontre un hoa-jin ■ homme transformé ». Hoa est 
le mot par lequel les Chinois désignent Tètre qui change de 
nature en transformant son corps ou en passant par la mort 
d*une condition à une autre ; il traduit ici le sanscrit nirmita 
• transformé ». Si Ton suppose un dérivé nairmitika qui parait 
possible , il en résulterait que ce terme aurait été confondu 
avec le mot naimittika « devin » du texte sanscrit. Du reste, 
la conhision peut très bien s'être, faite sur les mots nirmita et 
naimittika. Le hoa (transformé) chinois est bien le naimittika 
(tibétain Itas mkkmn) «connaisseur désignes» des versions 
sanscrite et tibétaine. 

Le hoa jin promet à l*homme pauvre de lui faire goûter 
, des mets et breuvages à cent saveurs , s*il veut bien faire de 
son bois mort Tusage qu'il lui indiquera. Pa-ti lui offre 
son bois; mais le hoa jin refuse et le conduit à Jetavana en 
présence du Buddha. Ebloui par la splendeur de cet être 
sans pareil, Pa-ti lui offre son tsido-mo. Le Buddha le prend 
et le plante en terre (tch'a-tcha ti tchong); le bob mort de- 
vient aussitôt un ni-ka-t'o (nyagrodha) à Tombre duquel le 
Buddha enseigne la loi à un milliard de dieux et d*hommes. 

*■ Parti aie ptrall être U- tnuMcriptîon très exacte d« sanscrit pati { Maître, 
LemaUre); mais, comnie /m a le sens de «arracher, extirper», et ti cdnl de 
«soulever avec une seule main, offrir un don» , il se pourrait que ce fût lo 
traduction d*au composé sanscrit (que je ne ciicrche (jos à déconvrir) «m 
rapport avee lacté accompli par le héros du récit. 

a4. 



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368 MARS-AVRIL 1899. 

L'honuiie pauvre, émerveillé, fait un ta-chi-youen (praui- 
dliàna) et obtient en retour la promesse d*être , après treize 
kalpas (kie) écoulés, le Pi-tche-fo ( pratyeka-buddha ) Li-keoa 
(scr. Nimiala, tib. Dri-ma-med) «sans tache». 

On voit que la version chinoise, tout en côtoyant con- 
stamment la version sanscrite, s en écarte notablement. Il 
n'y est nullement question de cure-dent ou de mimosa cate- 
chu , et la difficulté qui peut avoir été la cause de lomission 
signalée dans le manusciît sanscrit de la Bibliothèque na- 
tionale ne se présente pas. On n a pas à se demander si le 
Buddha mange ou ne mange pas , mâche ou ne mâche pas 
le J>ois qui lui est offert. C'est tout simplement un bois mort 
c|uelconque qu'il iiche dans le sol et qui revit immédiatement. 
Les mets et breuvages meiTeilleux, dont il avait d'aboixl été 
(|uestion , sont oubliés , et Anâthapindada n a pas à se mettre 
en frais pour régaler l'auteur du prodige. Ces mets extraor- 
dinaires semblent n'être plus que l'image symbolique du 
degré de perfection auquel il est parvenu. 

Comment expliquer ces différences? Est-ce le traducteur 
chinois qui a pris sur lui de modifier ainsi le récit ? Je ne le 
|)eiise pas, et, quelles que soient les libertés que prennent 
les traducteur chinois, je ne crois pas qu'on doive ici leur 
imputer ces altérations. 11 faut donc supposer l'existence 
d'une vereion indienne qui serait reproduite par la vemon 
clïinoise. Cette autre version est-elle postérieure à celle que 
donne notre manuscrit sanscrit , dirigée contre elle comme 
une critique indirecte ? Ou bien est-elle la version primitive 
que les auteurs de l'autre rédaction auraient prétendu amé- 
liorer ? Je ne me sens pas en mesure de me prononcer sur 
cette question. Mais il me semble qu'il y a entre les deux 
récits, le chinois et le sanscrit-tibétain , une opposition qui 
est l'indice d'une sorte de conflit. 

Je ne m'étendrai pas sur la diversité des rédactions dont 
les récits de l'Avadana-Çataka peuvent avoir été l'objet; et 
Je me borne à conclure des indications fournies par ce récit 
vingt-huitième du Tckwan-tsi-pe-youenhing (l'Avadâna-Çataka 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 309 

chinois) que lexameu minutieux de cette version est un 
complément indispensable de l'étude générale de Te n semble 
des légendes dont rAvadâna-Çataka est une importante frac- 
tion. 

L. Feer. 



LES TITRES ROYAUX CHEZ LES IXDO-SCYTHES. 

Trois titres royaux d'importation étrangère se rencontrent 
dans les documents épigraphiqucs de l'époque des rois indo- 
scythes ou kouchans de l'Inde ancienne. Ces titres sont : 
Devapuira, Shâhânaskâh et ShâhL On connaît leur sens éty- 
mologique. Le premier «fils des dieux», quoique en langue 
sanscnte , n'est cependant que la traduction et la représenta- 
tion du titre « fils du ciel » Tien-tzeu que portaient les Cliinois 
et tous les princes tartares de la Haute-Asie , Hioung-nou , 
Sien-pi, Jou-Jouen, Turcs, et que les Ta-Yue-tchi avaient 
apporté avec eux en Sogdiane , puis en Bactriane lors de la 
conquête de ces deux contrées (vers 160 à i3o avant J.-C). 
Dès leur arrivée dans l'Inde . aux environs de l'ère chrétienne 
ils traduisirent dans la langue du pays leur titre royal qui 
devait ressembler au Tengvi kvaiu des Hioung-nou ou au 
Tengriteg de la stèle de Kûltegin , car les Ta-Yue-tchi , comme 
les Siao-Yue-tchi leurs successeurs , étaient des peuples d'ori- 
gine turque. C'est ainsi que fut créé le composé devaputra qui 
resta le propre des rois indo-scytlies , et qu'aucun souverain 
indigène ne s'est arrogé. Les deux autres titres Shâhânashâh 
et Shâhi sont, comme l'on sait, d'origine iranienne. Si on 
ne les trouvait pas sur les monnaies et dans les inscriptions 
des Kouclians , dès le premier siècle de l'ère chrétienne , on 
n'aurait jamais pu croire que l'ancien protocole perse des 
Mihéménides khshâyatliiya khshâyathiyânàm , fût déjà réduit 
à la forme plus simple shâhânashâh. C'est en effet seulement 
deux siècles plus tard , sous Ardéchir I" Papckân que ce titre 



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370 MARS-AVRIL 1800. 

royal apparaît., et encore sous la forme huzvaresh malkàn 
malkâ, 

C*e8t Kanishka ' qui emploie le premier sur ses monnaies , 
Texpression de shâhânashâh, mais, dans ses incriptions lapi- 
daires, il n*a que le titre abrégé de shâhi: de même pour ses 
successeurs Huviskha et Vasushka. Ils ont remplacé Tépitliète 
complète shâhânashâh par les équivalents sanscrits maharaja 
râjâtirâja «grand roi, roi suprême», connus depuis long- 
temps. On rencontre en effet ces formules laudatives dès le^ 
plus anciennes monnaies bilingues des rois grecs de la Bac- 
triane. Dëmétrius qui n était qae BA2IAET2 , traduit ce titre 
par maharaja. Eucratidès son successeur (qui a régné de 190 
à i55 environ av. J.-C), est BA2IAET2 MEFAS, en indien 
maharaja mahâta , et sur quelques rares pièces , ràjâdirâja , qui 
correspond à la formule B A£IA£T2 BA2IAEÛN , bien qu*Eu- 
cratidès n* ait pas ce double titre dans la légende grecque. 

Le titre de « roi des rois » n'apparaitdans la numismatique 
que sous Mithridate 1*' des Parthes (171 à i38 av. J.-C.). 
Gomme on ne trouve pas cette expression chez les Sâeucides, 
dont le monnayage a pourtant servi de modèle aux Arsa- 
cides , il est vraisemblable que Mithridate Ta emprunté aux 
Akhéménides, dont il se crut le vrai successeur, bien que la 
dynastie fut éteinte depuis la bataille d*Arbeiles. Aucun des 
rois de la dynastie macédonienne en Bactrtane et dans llnde 
ne prit ce titre de BA2IA£T£ BASLIEÛN, mais il fut adopté 
à Tinstar des Arsacides par les rois Çaka du Pendjab , dont 
Ranjabula et Moes sont regardés comme les fondateurs , vers 
Tan 100 av. J.-C, et, après eux, par la dynastie indo-parthe 
de l'Arachosie et du bas Indus, qui fut détrônée par les Kou- 
chans vers Tan 5o de notre ère , et se réftigia alors dans le 
centre de Tlnde*. Tous ces princes s'intitulent, en grec, « roi 

' Dans les contes chinois qa*à traduits M. Sylvain Lévi (Journal asio' 
tique, décembre 1896, p. Â5a), Kanisblui a le titre de Tchen l'an abrégé 
de Tchintutana raja «roi du pays des Tchins», appelialion vague sous la- 
quelle on comprenait les Touraniens , dans Tlnde comme en Perse. 

* C'est probablement de cette époque que date Tavénement de la dy- 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 371 

des rois>, avec le correspondant indien ràjar^ et rdjé- 
diràja. 

C'est à eux que Htima Kadphisès empreinte sa pompeuse 
titulature. Par contre on est étonné de yoîr que Kadphisès I*' 
et Kadaphès n'ont pas même le simjde titre de BAXIA£T£ : 
ils s'appellent seulement Kogoalo, Komehan, ce qui ferait 
croire que Kozoalo ne serait pas un nom. propre, m«s plutôt 
l'expression d'une dignité; en tout cas, cette particularité 
peut avoir 8091 importance dans l'histoire encore si obscure 
des prenùers Indo-Scythes. Mais le titre de BACI A6VC BA- 
CIA6(â)N (lie) reparaît avec Kanishka sur les monnaies (or 
etcuiyre) de sa première époque; il^est à supposer^que ce 
fut après la conquête des royaumes çaka et indo-parthe. On 
sait qne le monnayage des Turushka est unilingue , et que 
les légendes jont en caractères grecs corron^s. Le ^ titre de 
t roi des rois > en grec disparait bientôt e l est remplacé sur 
les monnaies. d'or de la seconde période de Kanishka, par le 
protocole perse équivalent, shàhânashâh, qui devient la seule 
légende monétaire s'altérant de plus en plus au point d'être 
méconnaissable chez les successeurs. On en trouve des traces 
sur les monnaies des premiers Kshatrapas du Saurashtra , et 
de quelques autres petits princes;' chez les grands Kouchans 
postérieurs au contraire, qui rouaient au Kaboul, et sur 
POxus, et qui se trouvaient en contact avec les Sassanides, 
ce titre est soigneusement conservé ainsi qu'en tétnoignent 
les monnaies d'or de ces souverains frappées au'type sassa- 
nide , qui ont été récemment découvertes. 

Ce sont probablement ces mêmes monarques que Samudra 
Gupta, dans son inscription du pilier d'Aliahabad (vers 36o 
de J.-C), désigne sous le nom de Shâkânaskâki, et qui 

DAstic des Pallavas. Ce mot qui est le même que le pMwa ou pahhi de 
1» Pêne, montrerait que dés le premier siède de notr» ère la transforma* 
tion phonétique de parUutva s*était déjà opérée en Iran , quoique la forme 
ftarihicus reste longtemps la seule connue des auteurs latins. Je dois dire 
toutefois que M. Noeldeke pense que la forme pahïava en persan est d*nne 
époque plus récente ( ii* siècle). 



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372 MARS-AVRIL 1899. 

figurent à côté des Shâbi et des Devaputra dans la liste des 
rois alliés des Gupta. Quant au titre de Shâhi, il est égale- 
ment spécial aux souverains dWigine étrangère ; le mot est 
écrit en brahmi sur leurs monnaies : teb sont les Kida (on 
Kirda), Kushana Shâhi des m* et iv* siècles, dont les mon- 
naies sont frappées au type de Kanishka , et les Shâhi Jabuvla , 
Khinggila, Toramàna, Mihirakula, etc., des v* et vi* siècles, 
(monnaies au typesassanide). Ënfm, le titre de Shâhi reste 
employé par la dynastie turque de Kaboul jusqu^à la con- 
quête musulmane en 1027; le mot ne se trouve pas, il est 
vrai, sur les monnaies que nous possédons de ces princes, 
mais nous savons par Albirouni qu'ils se donnaient le titre 
de Shahiya (que Kalhana écrit Çâhi). Avec le dernier des- 
cendant des petits Yue-tchi disparait toute trace de domina- 
tion touranienne, pour faire place à Toccupation turque 
musulmane. 

Je reviens au titre de dewiputra. On ne Tavait constaté 
jusqu'ici que dans les inscriptions lapidaires des roisTurushka, 
mais sur aucunes monnaies de l'Inde. Or il existe au British 
Muséum des pièces barbares à légendes bilingues, écrites 
dWe part en caractères grecs très corrompus qui ne donnent 
aucun sens, et de l'autre en lettres kharoshthi dont l'en- 
semble , par la comparaison avec plusieurs exemplaires , forme 
la titulatnre : mahârâyasa râyarâyasa devapatrasa kuyula kara 

kaphsasa. Le mot devaputrasa est écrit r L J "7 7 » ^^ l'emploi 
de celte épithète sur une monnaie de Kadaphèsnous montre 
bien que ce roi était un Yue-tchi. Cunningham qui a publié 
ces monnaies en 1893, nomme ce souverain Kuyala kara 
kaphsa et en fait un personnage distinct de Kadphisès et des 
Kadaphès parce qu'il n'a ni le titre de zxooy ni ceu^t de 
Kushan et de Yavu que Ton voit d'ordinaire sur les pièces de 
ces princes; mais c'est un point qu'il est difficile d'établir 
quant a présent En tout cas le fait de l'emploi du titre deva- 
putra sur une série de monnaies antérieures à Kanishka est 
intéressant à signaler. Après Vasushka (nom touranien de 



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NOUVELLES ET MELANGES. 373 

Vasudeva) , dont le règne finit vers i5o de notre ère, le mot 
disparait pendant deux siècles et on ne le retrouve plus que 
dans Tinscription de Allahabad. Il est regrettable que Samudra 
Gupta ne nous ait pas laissé le nom du roi qu'il qualifie ainsi , 
comme il l'a fait pour d'autres souverains qu'il avait exter- 
minés. Il est possible que le conquérant ait eu en vue les rois 
kouchans postérieurs ses contemporains « qui régnaient en 
dehors de l'Inde , à Kaboul et jusqu'à l'Oxus, dont les mon- 
naies d'or ont été récenunent publiées. 

Un des successeurs de Samudra , le roi Kumàra s'intitule 
sur une de ses monnaies /^o/umVa « engendré par les de vas », 
expression qui est probablement empruntée aux Kouchans , 
mais qui a été altérée à dessein. Nous la trouvons deux ou trois 
siècles plus tard , vers l'an 600 , sur une monnaie bilingue , 
décrite bien des fois depuis Prinsep , frappée par un prince 
non encore identifié qui s'intitule Vàhi tigin, roi du Kho- 
râssàn et de l'Arya ( ou de l'Erân ) d'origine divine , devajanila , 
variante de devaputra, c'est la mention la plus récenle de ce 
titre royal. 

E. Drouin. 



BIBLIOGRAPHIE. 



1WnÛ0\^. Ai the press of thr Archbishop nf Cwiterbiny s Mission ; 
lirmi, 1898, in-13, p. a^o. 

Cette petite grammaire persane, écrite pour les Syriens 
d'Ourmia et du Kurdistan, est rédigée dans le dialecte néo- 
syriaque parlé par ces Syriens. L'auteur (le Révérend F. 
F. Iwing, de la Mission de Canterbury établie à Ourmia), 
s'est servi pour ce livre de la grammaire de Palmer, et du 
manuel du capitaine H. Wilberforce Clark; il a fait aussi 



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374 MARS-AVRIL 1899. 

quelques emprunts à la Gmmmaire peis/sine $le.B}ber»Ujn 
Kazimirski. 

Les Syriens de la Perse , qui doivent 4i<^[|uërir une certaine 
connaissance de la langue parlée dans le: pays qu*ils habitent , 
trouveront dans ce. manuel un guide à leur .portée, dune 
étude facile. Les- règles de la grammaire sont exposées avec 
darté ; la prononciation exacte des mots perstms'est indjbquée 
par une transcription syria^^. La grammaire est suivie de 
nombreux appendices , • utiles paur la conversation et . la 
correspondance : noms des jours, de la semaine, d^ qiois 
et des saisons; cycle turc des années exprimées par. des noms 
d*animaux; concordance des. années de THégire et de l'ère 
chrétienne; phrases usuelles; formules de'poUte8se,.<Ussées 
suivant le rang des peraonoes iMixqudles on s'adresse ; m^^dèles 
de lettres, contrats, certificats, comptes et partages; valeur 
des monnaies, poids «et meanres; enfin, un- lexique des mots 
néosyriaques avec, leurs équivalents en persan. 

Cet ouvrage , imprimé à Ourmia avec les types de la Mis- 
sion ang^sc , porte le modeste habit du livre scolaire. II. est 
peupix^able qu il se répande en Europe, si instructif qu'il 
soit même pour nos savants; le néosyriaque dans lecpiel il 
est écrit Tempèchera de franchir les frontières de la Perse. 
Cependant il était bon de le faire connaître , ne serait-ce que 
par sympathie pour les dignes missionnaires qui instruisent 
et protègent les humbles Syriens émigrés en Perse. 

R. DUVAL. 



Chàrâni, — Balance de la loi musulmane ou esprit delà législation 
islamique, et divergences de ses quatre rites jurisprudentiels ; 
traduit de Tarabe par le D' Perron. Alger, 1 898 , P. Fontana et C*. 

Longtemps on a cru, sur la foi de personnes mal infor- 
mées, que le droit musdman n'était quun reflet incohérent 
de la législation romaine. Aussi aceueillait^on avec un sou- 
rire de pitié les travaux que de rares orientalistes consacraient 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 375 

à faire conoaitre an public earopëen les dispositions que la 
loi mnsalmane avait formulées dans une série de digestes 
dont le pku ancien remonte au second siède de Thégire. 
Aujourd'hui que les traductions se sont multipliées, tous ceux 
qui ont quelque compétence en matière juridique recon- 
naissent que les légistes musulmans ont fait une œuvre sérieuse , 
pleine de vues élevées, et conforme dans son ensemble aux 
principes les plus rigoureux de Téquité, et tout cela avec 
une originalité propre au génie arabe. Certes il y a de nom- 
breux points communs entre le droit romain et le droit 
musulman, mais il serait étrange qu*il en fût autrement, et 
Ton ne conçoit pas bien qu'un contrat de vente , par exemple , 
ne donnât pas lieu à nombre de dispositions identiques en 
quelque lieu qn*il soit pratiqué ^ et quelles que soient la race 
ou la religion des contractants. 

En dehors de Imtérét qui s'attache aux conceptions théo- 
riques du droit musidman, il convient de rappeler le côté 
pratique de la question. La France surtout, qui a maintenant 
sons son autorité des millions de musulmans, a besoin de 
connaître dans son esprit et dans sa forme , toute cette légis- 
lation dont elle a à surveiller chaque jour l'application. C'est 
seulement quand elle en aura éludié le mécanisme à fond 
qu'elle pourra y introduire sans inconvénient tous les perfec- 
tionnements compatibles à la fois avec la religion islamique 
et avec nos propres institutions. Car^ s*il est un point que les 
traductions des ouvrages arabes nous montrent de mieux en 
mieux , c'est la possibilité de réformer le code musulman sans 
se heurter à des considérations religieuses, et sans contrevenir 
à des théories fondamentales de la loi. Il est fâcheux cpie 
Ion ait si longtemps négligé ces sortes d'études, car elles 
nous eussent évité bien des difficultés occasimmées par des 
mesures prises sans le moindre profit, ni pour nous, ni pour 
nos administrés indigènes, ou, pour être plus exact, au 
grand préjudice des uns et des autres. 

Toutefois ii est juste de reconnaître les efforts que fait le 
gouvernement général de l'Algérie pour obvier aux inconvé- 



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376 MAaS-AVRIL 1899. 

nients du système suivi jusqu'à ces dernières années. Le 
traité de Chàràni qu'il publie aujourd'hui appartient à une 
série de travaux du même genre dont l'impression se fait 
aux frais du Gouvernement, sous la haute direction de 
M. Berseville qui n'a ces<é d'encourager les membres de la 
conunission spéciale instituée à cet effet dans la réalisation 
du but désintéressé qu'ils poursuivent. 

L'ouvrage de Chàràni, qui a pour titre La Balance (El- 
Mizân)y a pour objet, ainsi que l'indique ce titre, de peser la 
valeur des prescriptions légèrement différentes qui se ren- 
contrent chez les auteurs des quatre codes malékite, hanafite , 
chaféite et hanbalite. Sur chaque point , où les quatre rites 
orthodoxes sont en désaccord, Chàràni explique, et surtout 
apprécie les raisons qui ont déterminé les imams à se pro- 
noncer d'une façon différente, et il les troui^e dans l'incerti- 
tude que présente l'interprétation de certains hadits. 11 résulte 
nettement de la lecture de cet ouvrage que la loi islamique , 
malgré ses bases essentiellement religieuses, le Coran et le 
Sonna, est une œuvre en réalité bien humaine et, comme 
telle, susceptible d'erreurs que d'autres honunes pourront 
rectifier, à la condition, bien entendu, qu'ils soient, eux 
aussi , profondément verses dans In connaissance des sources 
primordiales de la législation. D'ailleurs le seul fait qu'on 
restait orthodoxe en adoptant des décisions différentes, on 
même contradictoires sur un même sujet, était déjà une 
preuve irréfutable de la théorie indiquée ci-dessus. 

La traduction de La Balance est l'œuvre du regretté 
D' Perron , le premier traducteur de Sidi Khelil. Elle a laisse 
de côté une partie du texte jugée inutile , et les fragments 
très nombreux qu'elle reproduit ont été disposés dans un 
ordre autre que celui suivi par Chàràni. Mais , grâce au zèle 
éclairé de son savant éditeur, M. Luciani , les coupures sont 
partout indiquées en même temps que les pages du texte 
arabe imprimé , ce qui permet de contrôler sans peine les 
passages qui paraîtraient obscurs ou douteux. Pour ma part, 
j'aurais préféré une traduction complète, malgœ l'insigni- 



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NOUVELLES ET MELANGES. 377 

liance, justifiée sads doute aux yeux du D' Perron, des passages 
supprimés. La lecture en eut été rendue peut-être plus ardue , 
mais les Arabes sont si peu méthodiques dans la composition 
de leurs ouvrages , que bien souvent une idée neuve ou inté- 
ressante se trouve noyée dans un fatras de choses sans im- 
portance , qu*on juge inutiles dans leur ensemble , et qu*on 
supprime en bloc. Ces sorles de traductions ne sont pas faites 
pour le grand public; elles n*ofirent d*intérét que pour les 
travailleurs, de sorte qu*il n*y a pas à s'inquiéter, de leur 
aspect plus ou moins rébarbatif. Telle qu'elle est, cependant, 
la traduction de La Balance rendra les plus grands services , 
et il convient de féliciter chaudement tous ceux qui ont pris 
une part quelconque à ce travail important. 

0. HOUDAS. 



LAO-TXE'S TAO-TEH-KiNG , cbinese-english with Introduction, trans- 
lation and notes by D' Paul Carus; Chicago, 1898* Zk^ pages. 

C'est un beau livre que vient de donner au public le 
ÏY Carus, qui s'est révélé depuis peu comme un adepte de la 
sinologie ; on voit qu'il publie con amore son philosophe de 
prédilection. Le luxe typographique y est complet et appro- 
prié ; nous devons ajouter que le travail y est fait avec grand 
soin et une recherche constante de l'exactitude. 

C'est d'abord une introduction où l'auteur exphque , selon 
ses vues, les doctrines de son héros et rend compte de sa 
méthode et des études qu'il a faites pour accomplir sa tache. 
U s'est surtout attaché au livre de Stanislas Julien , très savant 
sans doute , mais que son docte auteur lui-même n'aurait pas 
tenu pour définitif. 

Après l'introduction vient le texte du Tao-ie-king précédé 
de la biographie de Lao-tze par Sze-ma-tsien ; suit un voca- 
bulaire complet de tous les mots dans l'ordre qu'ils ont dans 
le texte, avec la transcription et la signification générale. Ce 



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378 MARS-AVRIL 1899. 

lexique est suivi de la traduction et de notes justificatives et 
interprétatives. 

Nous donnons volontiers nos éloges, en général, aux con- 
naissances du D' Carus et à la manière dont il a exécuté son 
CEUvre. Mais il nous serait bien difficile de souscrire à la plu- 
part de ses opinions. 

Nous nous bornerons à quelques observations générales 
de nature à faire comprendre nos réserves. 

Pour bien saisir le principe fondamental du Taoïsme, il 
laut le rapprocher des systèmes brahmaniques. Le Tao est 
l'équivalent du tad indou; c'est Tètre infini, inconnaissable, 
et par conséquent indéfinissable et innommable, aussi long- 
temp qu'il reste renfermé en lui-même, mais qui peut être 
connu et recevoir un nom dès qu'il se manifeste au dehors, 
en produisant les êtres particuliers. Ce qui le fait sortir de 
son essence, c'est, d'après Lao-tze , le désir; d'après les brah- 
manes , le kâma , l'amour, ce qui revient au même. Ce désir 
ou amour est co^temel à i'eaaenoe (okm^r. C'est ce désir 
dont il est parlé au premier chapitre du Tao-U-kmf^, et nul- 
lement celui des hommes; cette dernière supposition rompt 
la chaîne des idées et introduit dans l'ensemble une notion 
toute disparate. 11 n'y est question que de la définition du 
Tao y le sens l'indique très clairement. « Ayant étemdi^nefit 
le désir», c'est une explication qui ne peut s'aj^liquer à 
l'être contingenta 

Le Too n'est ni la raison, ni la voie, ni la partie, ni au- 
cune notion abstraite * : c^est l'entité concrète par excellence, 
procréatrice de tous les êtres, le principe primordial de toute 
chose, d'où émanent le ciel et la terre et qui engendre toutes 
les créatures ', comme il est dit au premier chapitre. Il n'y 

' Chap. 1 , 3. «Dans son état éternel d*absence de désir, on voit , on per- 
çoit sa nature merveilleuse , mystique. En ce quHl a fétemel déaîr on roit 
son extérieur, son dehors, œ par quoi il est en contact arac les étr«a qu'il 
procrée. » TchtMg wu. yà i kUn kki mima; Ti^wng yût» y i kiâm kki kùuk, 

* Comment revient-on encore sur un fait aussi bien démontré? 

' riri» (a tchishih, wda wvk Icki mit «coeli terrœ priuci{Mum, omnium 
entium mater». 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 379 

aquun seul mot pour rendre Tao, c'est Tao lui-même; de 
même que le verbum évangélique ne peut être rendu que 
par le mot « verbe » ; nous n'avons pas de terme qui corres- 
ponde à Tao, C'est «le principe producteur et régulateur». 
Le terme négatif wuk n'est pas le « non-être » ou « le vide » , 
mais « l'immatériel, l'imperceptible ». 

Au chapitre v on ne peut pas traduire : « Le saint n'a pas 
de charité ; il regarde tous les hommes comme des chiens 
d'herbe » , car rien n'est plus contraire aux principes moraux 
de Lao-tze. Ce philosophe prêche partout la charité et dit 
même expressément au chapitre xlix : « Le saint , plein de 
sollicitude , étend son afiection , son cœur sur tout , et traite 
tous les hommes comme ses enfants > , ce qui , sans doute , 
n*est pas la mâme chose que « des chiens d'herbe ». 

La négation yèî n*est pas d'une généralité plus grande que 
pah, c'est la négative avec le verbe « être rsous^entendu; ainsi 
au chapitre lyfei ckang tao signifie, de l'aveu général, « n'est 
pas le tao éternel». 

Je n'en dirai pas davantage , mais je ne pouvais parier de 
ce livre sans présenter ces remarques qui témoignent seule- 
ment de divergences d'opinion, bien qu'essentielles pour 
l'intelligence du Taœsme. 

C. DE Harlez. 



RBCUEIL D'ARGHéOLOGlB ORIENTALE 
PAR M. CLERMONT-GANNEAU ', 

SOMMAIRE DBS MATlàRES CONTENUES DANS LE TOME I (1888] 

(avec 21 planches et nombreuses gravures dans le texte). 

Inscriptions grecques inédites du Haurân et des réglons adjacentes. 
— Le sceau de Obadyahou , fonctionnaire royal israélite. — Les 

' Paris, E. Leroux; prix des volumes 1 et II, a 5 francs; prix do vo- 
lume m, souscrit d'avauce et à recevoir par livraisons: ao francs. 



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380 MARS-AVRIL 1899, 

noms royaux nabatéens employés comme noms divins. — Le 
cippe nabatéen de D*meir et l'introduction en Syrie du calendrier 
romain combiné avec 1 ère des Séleucides. — Mouches et filets. 

— Deux nouvelles inscriptions phéniciennes de Sidon. — L'in- 
scription phénicienne de Ma'soub. — Une inscription phénicienne 
de Tyr. — Une nouvelle dédicace à Raal Marcod. — Un nouveau 
titulus funéraire de Joppé. — Le temple de Baal Marcod à 
Deir el-Qal'a , nouvelles inscriptions. — Antiquités et inscriptions 
inédites de Palmyre. — Mané, Thécel, Phares et le festin de 
Balthasar. — Segor, Gomorrhe et Sodome. — Le mot chiUek 
I sauver» en phénicien et dans Tarabe vulgaire. — Le sceau d'Ab- 
dhadad. — Inscription funéraire de Qalonié (environs de Jéru- 
salem ). — Pégase et isnf^vvfK. — ■ Reseph-Her. ou Hesouf-Ifouç et 
Apollon Ag)eus. — Quatre noms gréco-phéniciens : I. Alnlsasain 
et Ai)S(uomos. — II. Menahem et Mnasecis, — 111. Théron, — 
IV. Abdçed et Apsès, — La suppression des nasales dans récri- 
ture cypriote. — Explication d'un passage de l'inscription bi- 
lingue de Tamassos. — Une pierre milliaire arabe de Palestine 
du premier siècle de l'hégire. — Inscription du calife El-Mahdi 
relatant la construction de la mosquée d'Ascalon en Tan i55 de 
l'Hégire. — Explication d'un passage du traité conclu entre le 
sultan Qelâoiin et les Génois. — Le clichage des estampages. — 
Cœsar et le nom punique de l'éléphant. — Esculape et les chien» 
sacrés. — Une inlaille bilingue égvpto-araniéenne. — Inscription 
arabe de Bâniàs. — Les seigneurs de Bâniàs et de Soubeîbé. — 
Le pont de Beibars à Lidda. — Une borne milliaire à Jérusalem. 

— Sarcophage de Sidon représentant le mythe de Marsyas. — 
L'inscription hébraïque de l'acqueduc de Silo(\ — Sur une in- 
scription bilingue du Louvre, grecque et palmyrénienne. — Le 
pèlerinage de Nâseri Khosrau d'Acre à Tibériade : L Hattin. — 
II. Les casaux Rroet, Damor et Tatura. — IIL La légende de 
'Ain el-Raqâr et d'Adam lé laboureur. — IV. Nebi Sâleh et 
Nebi *Akk. — Erbed et ses tombeaux sacrés. — Légendes et tra- 
ditions locales de Palestine au moyen âge : 1. Le tombeau de la 
fille de Hoseîn à Tibériade. — IL Roumé et le tombeau de 
Juda. — III. Sarâqa et le sépulcre do Benjamin. — l\. Entre 
Laddjoùn et Sébasle. — V. La citerne de Joseph. — Sur quel- 
ques casaux de Terre sainte : I. Seingibis et Caphet. — II. Ar- 
thabcc, Calodie, Latine, etc. — Nazareth, le mont Se'ir et le 
Saut du Seigneur. - Deir Fâkhoûr, Relhabara et les tombeaux 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 3Si 

^ Mo*àdli ot àê Alxra 'Obakiè. — Mont Ginut et Tefl d-Djeier. 

— Additions «t Meiificttioi». 

somAimt im «AtfèRfls cojrr B W UM daiis l« to» n (1898) 
(avec planches et gravures]. 

1. Les épûiaéièfles de Im source sacrée d'Ëplicm à PdMiyre. — 
S 2. UnnooveÉUUioisdaiislocdendnerpalnryrénien. — S 3. Les 
ancdens mots êrAeê kyyaXMMtB et À>se&fk — S 4. Gemme re- 
présentant peatrétre le portrasti d*un satrape. -^ S 5. L'inscrip- 
tiott Btinéenne du sarcophage p4oléBialq«é du Mtfséc du Caire. 

— S 5. Le iMH» ând dt» noiM propres nciiatéeiis : os o(t ? — 
S 7. Inscription gréco-nabatéemie de Medaftw (Moàbitide). — 
S 8. Dédicac» do dioo «rafciqfoo (Djerai^). ^- S 9. Aut^ de 
Djerac^ dédié à Némésis. — S 10. Dédkaco ft Sévère Akiandre 
et è Jnlia li&muMi (Djeracb). — S II. Le protocole è tiéfftot (mv, 

— S 12. Inscription greoqne de ^église du SêHttt-S^mkre ( Jéru- 
salam). — S 13. Lycbnaria à inscriptions arabes. — S 14. La 
plante eC la vilie de Tayibèt d-ism, — S I^ L'inscription de 
TatabÀ Aaar. — S 1^ Une inscpiption relative à la légion X 
FNtensis Gordiana, è'Ammâii. —S 1*7. Tète de staine archei^e 
àê Mottekrift. — S 18» Un nonvoan caefaet isfuâite archaïque 
(Taiunoljoaiioa Mà'aae^^nlioa). -^ S 19. Sceau saasanide on nom 
deChafapoûr.inteadbuHgéaéraldeYezdegerdin. — S20. imerip- 
tioB romaine d*Abâa de LysenîM, — $ 21. Inscription romaine 
^HéUope&L — S 22. Sceau d*ffla»aç< fik de Ekhon'. — 
S iX Le lydHMtrioD ambe de DjendK -^ S 24. La nMMflfiqne de 
Medabn. — S 25* I^ géognqiàieniédiévdedekPidestine d*après 
des documenta am&esr — S 26. itt^ette aanom du dieu SÔsm. 
S 27. L'apolliéose de NéteiroB. -^ S 28w OsstMÎre d'Afrique, 
du4tia»oa juif?— S 20. Le dieu du SA. — S 30. Les mon- 
naies phénidecuies do Laoèicée de Chanentfr — S 51. Le nom 
palmyféttien de twML, — S 32. Le mol arabe cmèçia». — 
S 33. Le nom palmyréno-grec BdHao d'apiès nne inscription bi- 
liague.^ S 34. Ut fenmde divélieniie 4€ XY 0H TW et 
les lycbnatia cbnétiena. — S 36. BeîtHgge eH h» oasanx octroyés 
par GoMroy de Booîflon aux dkaaeine» de SanM-Sépaki>^ — 
S 36. Les jardin» et les inrigaÉiaiis de Mm. -^ S 37. L^inserip- 
lion plmyiénian» if i>3. — S 38. Madd ed-deir et h oasd de 
Mondisder. --« S 3^. Le coite de la démse f^eucothen dans la 

\iu, 35 



• «raiSRBIB BânOBALB. 



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382 MARS-AVRrL 1899. 

région de l^Hermon. — S 40. La seconde inscription de Bar- 
Rekoub. — S 41. L'autel nabatéen de Kanatha. — S 42.. Les 
archers palmyréniens à Coptos. — S 43. Le nom palmyrénien 
de BoUeha. — S 44. La grande inscription nabatéenne de Pétra. 
— S 45. L*abstinence du pain dans les rites syriens, païen et 
chrétien. — S 46. Le sépulcre de Rachel et le tumulus du roi 
Archelaûs. — S 47. La prise de Jérusalem par les Perses en 

, 6 1 4 J.-C. — S 48. La carte de la Palestine d'après la mosaïque 
de Mâdeba. — S 49. Épitaphes palmyréniennes d'Alep. — 
S 50. Localités arabes de Tépoque des Croisades. — S 51. Le 
culte de saint Mennas en Mauritanie. — S 52. De Hesbân à 
Kerak. — S 53. Jethro et le nom nabatéen Ouitro. — S 54. Les 
Nabatéens dans le pays de Moab : L L'inscription de Oumm er- 
Resâs. — II, m, IV : L'inscription de Mâdeba. — S 55. Ba- 
catba, ville épiscopale d*Arabie. — .S 56. Les Samaritains de 
Yabneh. -^ S 57. Le stratège nabatéen Nakebos. — S 58. La 
statue du roi nabatéen Rabel I à Pétra. — S 59. Ua reliquaire 

' des Croisades. — S 60. Les c cames* ou gîte^ d'étape des sultans 
mamlouks pendant les Croisades. — S 61. Nouvdles observations 
sur les gouverneurs romains d'Arabie. — S 62. L'ancien dieu 
arabe Qkaisir, — S 63. Inscription grecque de Sarephtha. — 
S 64. Le plan de l'église du Saint-Sépulcre dessiné par Arculphe 
au Yii* siècle. — S 65. Cachet israélite archaïque au nom d'Ich- 
mael çt de Pedftyahou. — S 66. Les tombeaux de David et des 

• rois de Juda et le .tunnd-aqueduc de Siloé. — S 67. Une nou- 
velle inscription phénicienne de Tyr. — S 68. L'ère d'Actium 
en Phénicie. . — S 69^ Gadara et la X* légion Fretensis. — 
S 70. La basilique de Constantin et la mosquée d'Omar à Jéru- 
salem. — S 71. L'inscription de Nebt Hâroûn et le tdharîh» 
ftinéraire des Nabatéens et des Arabes. — S 72. La statue du 
dieu Obodas , roi de Nabatène. — S 73. Les nouvelles inscrip- 
tions nabatéennos de Pétra : I. Inscription d'£l-Mer. — H. In- 
scription, n" 1 d'El-Madràs. — III. .Inscription de *Oneichou, 
épitrope de la reine ChouqaOat. — S 74. I. Sur qudques noms 
propres palmyréniens et nabatéens. — II. Flexion possihle des 
noms propres nabatéens terminés en ou. — S 75. Les mots phé- 
niciens chatt «année» et chanôt «années». — S 76. Nouvdles 
inscriptions grecques et romaines de Syrie. — S 77. Gadara 
X^c'Jofiovaïoi, — S 78. Une inscription inconnue du calife 'Abd 
el-Melik à la Sakhrà. — Additions et rectifications. 



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NOUVELLES ET MELANGES. 383 

SOMMÂIRS DBS MATIERES CONTENUES DANS LE TOME UI ( avec planches 

et gravures, en cours de publication; livraisons i à 9, oc- 
tobre 1898-février 1899). 

S 1. Le cippe phénicien du Rab Âbdmiskar. — S 2. La grande 
inscription phénicienne nouvellement découverte à Carthage. — 
S 3. Le mazrah et les cntiœ, collegia ou ordines carthaginois dans 
le Tarif du sacrifice de Marseille et dans les inscriptions néo- 
puniques de Maktar et d*Altiburos. — S 4. Deux nouveaux lych- 
naria grec et arabe. — S 5. Sur deux inscriptions funéraires de 
Palmyre. — S ô. La Nea, ou Téglise de la Vierge de Justinien 
à Jérusalem. — S 7. Inscriptions des croisades découvertes à la 
Khànkâh de Jérusdem. — S 8. Inscription araméenne de Cap- 
padoce. — S 9. Amphores à épigraphes grecques , et jarre à épi- 
graphe sémitique provenant d*un sépulcre phénicien. — S 10.. L'in- 
scription nabatéenne de Kanatha. — SU. Sur un poids en plomb 
à légendes grecques provenant de Syrie. — S 12, Le dieu Tamoûz 
et Melek Tàoûs. — S 13. Jéhovah et la déesse Qadech. — S 14. 
Le t puits» des Tombeaux des rois de Juda. — S 15. L'hémi- 
sphère, absida ou ciborinm du Martyrion de Constantin et de la 
Mosquée d'Omar. — S 16. Chroniques syriaques relatives à la 
Syrie arabe. — S 17. Notes sur le Haurân. — SIS. Notes sur 
le pays de Basan. — S 19. Les noms de la chauve-souris en sy- 
riaque et en hébreu. — S 20. Les dialectes arabes vulgaires de 
l'Afrique du Nord. — S 21. La stèle A de Neîrab. — - S 22. Le 
titre palmyrénien de kach(ck «sénateur». — S 23. La Sébastè 
d'après une nouvdle inscription grecque. — S 24. Le nom car- 
thaginois de Sophonibe. — S 25. Nouvdle inscription hébraïque 
et grecque de la limite de Gezer. — S 20. Le chapitre du Saint- 
S^ulcre et l'abbaye du Mont-Sion. — S 27. L'oiseau embléma- 
tique de Karak. — S 28. Le titre romain d'Odeinat, roi de Pal- 
myre. — S 29. Les berquils ou « réservoirs » des Croisés. — S 30. 
Les Phéniciens en Grèce (à suivre). 



Le gérant : 
RUBENS DUVAL. 



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ERNEST LEROUX, EDITEUR, 

RUE BONAPARTE, N* 38. 



RABELAIS, 

• AN/ITOMISTE ET PHYSIOLOGISTE, 

PAR LE D' A. LE DOUBLE, 

PROFESSEUR D*Alf ATONIE A L*ÉG0LE DE MEDECINE DE TOtRS. 

Avec une préface de M. Mathias Duval , membre de l'Académie de médecine. 

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LES ORIGINES BÉNÉDICTINES. 

SOBIACO MONT CASSIN MONTE-OLIVETO , 

PAR GUSTAVE CLAUSSE. 
Un beau volume in-8*, accompagné de 20 planches 10 fr. 



GHAIGNET (A.-E.), 

RBCTEOR HONORAIRE. 

Les problèmes et solulions touchant les premiers principes de Damascias , traduits pour la première 
fois en français. 3 volumes in-8' 36 fr. 

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SAINT PAUL ET SON OEUVRE, 

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L'ABBÉ F. NAU; 

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Les plérophories de Jean , évéque de Maioumay récits anecdotiqucs relatifs au v* siècli;, publiés 
d'après un manuscrit de l'an 876. In-8''. « t 2 fr. 00 

Les fils de Jonadab, fils de Réchah et les iles Fortunées (Histoire de Zozimc). Texle syriaque de 
Jacques d*Edesse, publié et traduit. In-8' 1 fr. 5u 

LE SCHISME ORIENTAL DU XI» SIECLE. 

PAR LOUIS BRÉHIER, 

DOCTKUR ES LETTRES. 

Un beaa Tolame in-S** 7 Ir. 3u 

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TABLE 

DES MATIERES CONTENUES DANS CE NUMÉRO.n 



Les premières invasions arabes clans l'Afrique du Nord (21-100 H. — 
051-718 J.-C.) [Suite.] (^L Caudel) * 189 

Le traité sur Tastrolabe-plan de Sévère Sabokl, écrit au vu* siècle 
d'après des sources grecques et publié pour la première fois d'après 
un ms. de Berlin par M. F. Xau. (Suite et fin.). . .« 238 

Spécimens de littérature moderne du Turkestan cJiinois. (M. Grenard.). 3o4 

Nouvelles et mélanges. — Séance du vendredi 10 mars 1899. Ouvrages 
offerts à la Société. — Séance du vendredi i4 avril 1899. A.nnexe au 
procès-verbal de la séance du i4 avril 1899. (M. J. Halévï). Ou- 
vrages offerts à la Société. — Les cure-dents du Buddba. (M. Feer.) 
Les titres royaux cbez les Indo-Scylbes. (M. E. Drooin.) 3^7 

Bibliographie. — Grammaire persane expliquer en syriaque (M. H. Do- 
val.) — Charâni. (M. O. Houdas). — Lao-tzc's tao-tch-king. 
(M. DE IIarlkz.) / '. 373 

Recueil d'archéologie orientale. (M. Clermont-Gannkau. ) 379 



Nota. Les personnes qui désirent devenir membres de la Société asiaùque 
doivent adresser leur demande au secrétaire ou à un membre du Conseil. 

MM. les membres de la Société s'adressent, pour l'acquittement de leur 
cotisation annuelle (3o francs par an), pour les cotisations à vie (4oo francs 
une fois payés), pour les réclamations qu'ils auraient à faire, pour les rensei- 
gnements et changements d'adresse, et pour l'achat des ouvrages publiés par 
la Société au prix fixé pour les membres, directement à M. Ernest Leroux, 
rue Bonaparte, n* 28. 

MM. les membres reçoivent le Journal asiatique directement de la Société 

Les personnes qui ne sont pas membres de la Société et qui désirent 
s'abonner au Journal asiatitiae doivent s'adresser : 

A Paris, à M. Ernest Leroux , libraire de la Société, rue Bonaparte, n" 28; 

A Londres, à MM. Williams et Norgate, n° i4, Henrietta street (Covent- 
Garden). 

Le prix de l'abonnement d'un an au Journal asiatique est : 

Pour Paris, 25 francs; pour les départements, 27 fr. 5o, et pour rétranger. 
3o francs. Le Journal paraît tous les deux mois. 



PARIS. — IMPRIMERIE NATIONALE. 






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-4= 

CXvC 



JOURNAL ASIAiTOM 

OU 

RECUEIL DE MÉMOIRES 

D'EXTRAITS ET DE NOTICES 

RELATIFS X L'HISTOIRE, X LA PHILOSOPHIE, AU\ LANGUES 
ET X LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX 

RÉDIGÉ 

PAR UM. BARBIER DE MBYNARD, A. BARTU 

R. BASSET, CHAYANNKS, CLERMONT-GANNEAU , FEER , HALÉVY 

C. DE UARLEZ, MASPERO 

OPPERT, RUBENS DUVAL, E. SENART, ETC. 

ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 



NEUVIÈME SÉRIE 

TOME XIII 

,\o 3 — MAI-JUIN 1899 



Tableau des jours de séance pour l'année 1899. 

Les séances out lieu le second vendredi du mots, à à heures et demie, 
au siège de la Société, rue de Seine, n* i. 


J4BTI».B. 


FiTnir». 


MAM. 


ATniL. 


■ Al. 


jom. 


JOILL.-AOfiT-ftrr.-OCT. 


«or. 


Die. 


13 


10 


10 


14 


12 


Séance 
géoéraU. 


Vacaact*. 


10 


15 


BibUothèque. 

La Bibliothèque de la Société, rue de Seine, n» i, est ouverte tous les 
samedis , de a heures à 6 heures. 



PARIS 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

LISnAIBB DB LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE, DB L«ÉC0LB DES LASGOBS ORIENTALES VIVANTRS 
DE L*ÉCOLE DU LODVRF. , DB LA «OCIÉTB DC L*0RIENT LATIN, ETC. 

RUE BONAPARTE, N* ^8 



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ERNEST LEROUX, EDITEUR, 

LIBRAIRE DB L\ SOCIÉTÉ ASIATIQUE, DE L'ECOLE DBS LANGUES ORIBlfTALBS TITARTES, ETC. 
RCE BONAPARTE, N" 28. 



OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 

Journal asiatique, publié depuis 1822. 

Abonnement annuel. Paris : 26 fr. — Départements : 27 fr. 5o. — 
Étranger : 3o fr. — Un mois : 3 fr. 5o. 

COLLECTION D'OUVRAGES ORIENTAUX. 

Voyages d'Ibn Batoutah, texte arabe et traduction, par MM. Defrêmery et 
Sanguinctti, 1873-1879 (nouveau tirage), 4 vol. in-8* 3o fr. 

Index alphabétique pour Ibn Batoutah, 1893 (2* tirage), in-8'*. . . a fr. 

Maçouoi. Les Prairies d'or, texte arabe et traduction, par M. Bca^ier de 
Mejnard (les trois premiers volumes en collaboration avec M. Pavet de 
Ccurteille), 1861-1877, 9 voL in-8'* 67 fr. 5o 

Maçoudi. Lb Livre de l'avertissement et de la retision, traduction par 
B, Ccwra de Vaux, 1 vol. in-8° 7 fr. 5o 



Chants populaires des Afghans, recueillis, publiés et traduits par Jeunes 
Darmesteter, Précédés d'une introduction sur la langue, l'histoire et la litté- 
rature des Afghans, 1890, 1 fort vol. in-8* 20 fr. 

Lb .^Iahâyastu , texte sanscrit publié pour la première fois, avec des introduc- 
tions et un commentaire, par M. Em. Senart. 

Tome l, 1882 , in-8" î5 fr. 

Tome II. 1890, in-8' 26 fr. 

Tome m, 1898, in-8"* 25 fr. 

Journal d'un voyage en Arabie (i883-i885), par Charles- Huher, 1 fort 
vol. in-8* illustré de clichés dans le texte et accompagné de planches et 
croquis 3o fr. 



Précis de jurisprudence musulmane, suivant le rite malékite, par Sidi KhaliL 
In-8'' 6 fr. 

r 

Géographie d'Abou'lféda , texte arabe, publié par Ueinaud et de Slane. 
In-r 24 fr. 

RAdjataranginI , ou Histoire des rois du Kachmir, publiée en sanscrit et 
traduite en français, par M. Trojer, 3 vol. in-8® ao fr. 



PUBLICATION ENCOURAGÉE PAR LA SOCIÉTÉ. 

Les Mémoires de Se-ma Tsien, traduits du chinois et annotés par Edouard 
Chavannes, professeur au Collège de France. 10 volumes in-8* (encours 
de publication). 

Tome I. 1 fort volume in-8**. ' 1 6 fr. 

Tome II. 1 fort volume in-8'' 20 fr. 

Tome III , première partie. în-8'* 10 fr. 

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1 C.rp ... ■ - * / 



JOURNAL ASIATlQ^ffe^-^^ 

MAI-JUIN 1899. 



LES 

PREMIÈRES INVASIONS ARARES 

DANS L'AFRIQUE DU NORD 

(21-100 H. — 651-718 J.-C.) 

PAR 

M. CAUDEL. 

(suite.) 



III 

Et, d'abord, où habitait-il ? 

La Djeziret-ePArab, T» île des Arabes », étale sa 
carrure massive entre deux continents: l'Afrique, 
dont la sépare le fossé profond de la mer Rouge; 
l'Asie, que le désert de Syrie et le golfe Persique 
font bien lointaine. Les vents contraires rendent la 
navigation de la mer Rouge souvent dangereuse; 
les solitudes du nord sont difficiles à franchir;* il 
faut bien connaître les pistes pour s'y risquer. Le 
golfe Persique est balayé de brises soudaines qui 
chavirent les barques et, encore aujourd'hui, le 



■ ■raiMAEtH BAtlUtALB* 



•T« 



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386 MAI-JUIN 1809. 

marin de Mascate n y aventure son frêle bâtiment 
qu'après avoir interrogé les quatre coins de ITiori- 
zon et consulté les augures ; au sud , TOcéan éploie 
à l'infini sa surface rutilante de soleil ; nul de ceux 
qui s'y aventurèrent n'en revint. Ces déserts deau 
ou de sable enferment un autre désert. La presqu'île 
est un plateau , bordé sur certains côtés de montagnes 
assez hautes, doucement incliné, en d'autres en- 
droits, vers la mer, bossue en son milieu de massifs 
montagneux allant, d'une façon générale, en pente 
du sud vers le nord , des hauteurs de TYemen et de 
l'Oman vers les plaines de Syrie et de Mésopotamie, 
comme pour déverser de ce côté la population qui 
l'occupe. Les hommes ont, en eflFet, suivi cette direc- 
tion et pris, dès longtemps, contact avec le monde 
extérieur, sans le beaucoup pénétrer et sans se lais- 
ser pénétrer par lui. 

Les rois de Hira et dd Ghassan ont fait la guerre 
aux souverains grecs et perses, ou se sont mis à 
leur solde. Les caravanes des Qoraïchites vont et 
viennent entre le centre de la péninsule et les villes 
de Syrie; mais, quand elles retournent chez elles, 
personne ne les suit, et le monde civilisé devine à 
peiné ce qu'il y a derrière le désert où dles s'en- 
foncent. Jadis, les Romains avaient tenté une ex- 
pédition qui, fatiguée de ne rencontrer que des 
sables et des rocs, battit en retraite. Dans son pays, 
TArabe est loin du monde; il ne craint pas les atta- 
ques de Textérieur et vit à Taise sur son domaine 
qui, s'il n'est pas riche, est vaste; aucun souverain 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 387 

étranger n a pu l'asservir ; nulle autre race n a mêlé 
son sang au sien ; il est bien lui-même et il est indé- 
pendant. 

Cette homogénéité de la race et la parfaite unité 
de caractère qui en résulte sollicitent la réflexion. 
Ce sont des faits uniques à l'époque et dans les con- 
trées qui nous occupent. Regardez à l'Orient, vers la 
Perse, ou à l'Occident, vers By^ance et les débris 
de son empire; longez le littoral de la Méditerranée, 
d'Alexandrie à Ceuta, et revenez par la côte euro- 
péenne; scrutes les vingt civilisations qui grouillent 
autour du bassin maritime d'où elles tirent leur vie : 
nulle part vous ne trouvez un peuple qui n ait été 
soumis, une nation qui n'ait été meurtrie. Une race 
qui n'ait été croisée , une législation qui n'ait connu 
l'influence étrangère, une foi qui n'ait été traversée 
de courants opposés. Partout c'est mélange, enche- 
vêtrement, contradictions ) et vous ne discernez que 
pensées fines peut-être, élevées parfois, mais tou- 
jours complexes, tourbillonnant dans des cerveaux 
bfttards. Tout autour de la mer, les hommes sem- 
blent des galets si longtemps roulés par les flots 
qu*ils ont perdu toute aspérité et que la vague la 
plus légère les fait glisser les ims sur les autres sans 
qu'ils s'opposent ou qu'ils s'arrêtent. Fixez-vous en 
un point du rivage et considérez les gens que vous 
y trouvez : vous serez bien empêché de dire d'où ils 
viennent et quels forent leurs pères. Vous ne le 
saurez qu'après avoir interrogé une histoire qui bé- 
gaye et appris que beaucoup d'autres hommes, 

26. 



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388 MAI-JUIN 1809. 

venus (railleurs, passèrent par ici et y laissèrent 
des leurs. Votre embarras grandira si vous étudiez 
les mœurs, car vous y trouverez des réminiscences 
de pays lointains et la trace profonde de mille 
influences étrangères. Les lois et les religions vous 
diront la même chose et vous vous étonnerez en 
constatant que ce peuple, venu du Nord et mêlé 
d'éléments hétérogènes, a reçu ses lois de l'Occident 
et sa religion de l'Orient, que ses codes lui viennent 
de Rome, sa philosophie d'Athènes, sa foi de Jéru- 
salem , qu'il plaide comme un Latin , raisonne comme 
un Grec et croit conune un Sémite. 

Au fond, ce citoyen qui n'est pas un Romain, ce 
philosophe qui n'est pas un Grec, ce religieux qui 
n'est pas un Juif, ne réunit pas les qualités et ne fond 
pas en un ensemble harmonique les cai'actères des 
trois races. 11 penche toujoiu's du côté où le sang 
crie le plus fort; il est plus rhéteur en Grèce, plus 
mystique en Syrie, plus pratique en Italie. Il sent 
bien ce qu'il y a d'emprunté et de convenu dans sa 
civilisation, et entend toujours, au fond de sa con- 
science nationale endormie, de vieilles traditions qui 
l'appellent et le reproche d'un passé qu'il a répudié. 
Cela le trouble; il cherche la vérité dans les dbcus- 
sions et les raisonnements , ou l'oubli dans le silence 
de la pensée. Il est mal à l'aise dans ses habits d'em- 
prunt, dont il se soucie peu et qu'il troquerait sans 
remords contre d'autres plus aisés. Il faudra plusieurs 
siècles pour filtrer le monde occidental , rendre au 
continent qui a connu Rome quelques vagues et 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 389 

étroites copies en plusieurs exemplaires de ce qu'il a 
perdu, et mettre un semblant de vie dans le cadre 
majestueux de Tancienne civilisation latino-grecque. 
Encore, bien souvent, ne sera-ce qu imitation et 
sentira-t-on la maladresse du barbare singeant les 
manières policées , ou la sottise de lliomme nouveau 
acharné à restituer de vieilles idées et des institu- 
tions mortes. 

Rome, écrasée, s'est vengée du vainqueur en lui 
léguant, par dérision, un héritage qui lembarras- 
sera longtemps. C'est un mal terrible dont le monde 
occidental du vu* siècle souflfre et pense périr. 
Il n y a plus accord entre les institutions et les 
sujets, entre les formules et les esprits, entre les 
dogmes et les croyances. Les gouvernements sont 
trop compliqués pour des hommes qui sont trop 
simples, et, pendant longtemps, tout Teffort des 
hommes tendis à saper à droite et à gauche, au 
hasard , à grands coups violents et bètes , dans un 
appareil administratif qui les effraye; et ils ne s arrê- 
teront que lorsqu'ils auront substitué à la merveil- 
leuse ordonnance antique le chaos féodal ou latonie 
de la Byzance des derniers jours. Les pensées sont 
trop vastes pour des esprits trop étroits, et, jusqu'à la 
Renaissance, les esprits chercheront le sens des lam- 
beaux de manuscrits épargnés par le feu , comme un 
enfant poursuit la solution d un rébus. Les dogmes 
sont trop élevés pour les croyances, qui sont trop 
naïves, et peu à peu la religion, ira en descendant 
dans une ombre toujovu*s plus épaisse, à travers les. 



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k. 



300 MAMUIN 1899. 

disputes, les schismes et les hérésies, jusqu'au ré- 
veil des deux réformes protestante et catholique. A 
rheure qui sonne pour nous , le désordre est à son 
comble, et les corps sociaux ont juste assez de vi- 
gueur pour végéter, repliés sur eux*mèmes, suant la 
fièvre qui les dévore. 

Considéras maintenant le peuple qui habite dans 
la péninsule arabique. Il n a pas subi d'invasion ; on 
ne lui a jamais imposé de loi ni prêché de foi; il 
vit, pense et croit cônune au premier jour. Sa vie 
est misérable, mais elle lui convient; il s y est fait, 
il la supporte aveo patience et même Tuime à tel 
point qu*U n en changera que malaisément. Son 
esprit est borné, peu cultivé, porté vers certains 
objets qu'il saisit bien et fermé à certaines idées 
qu'il ne comprend pas, accessible à beaucoup de 
passions, susceptible de sentiments très divers, peu 
sensible aux raisonnements, esprit vierge façonné 
par la vie que mène le corps, poussé tout d'un 
c6té, dans un seul sens, et grandi tout droit sans 
une déviation. Le corps est agile, l'esprit est vif; le 
premier répond vite A Timpulsion que communique 
le second et l'ensemble forme une machine rudi- 
mentaire, mais puissante, active, infatigable, qui 
n^attend qu'un signal pourpattir. Si, sans poursuivre 
notre étude, nous devions chercher quelque part 
l'explication du succès arabe, ne la trouverions- 
nous pas dans cet heureux équilibre des facultés 
physiques et mentales d'un peuple dont la vigueur 
ne s est point usée dans de grandes entreprises , dont 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 391 

Tesprit ne s'est point énervé, débandé en de multi- 
ples efforts disproportionnés et contraires? 

Les montagnes de TArabie ne recèlent pas de 
sources et leurs ravins ne conduisent à la mer que 
des torrents intermittents, gonflés par les pluies 
d*hiver et que dessèchent les premières ardeurs du 
printemps; sur les hauts plateaux, dans quelques 
cantons privilégiés, on rencontre des eaux vives per- 
pétuelles, autour desquelles poussent du gazon, des 
fleurs et quelques arbres fruitiers; mais ces coins 
sont peu nombreux et bien des Arabes ne les con* 
naissent que par ouï-dire. Le reste du pays n*est que 
tristesse et désolation. L ossature des rocs crève le 
sol de toutes parts et, là où cesse le roc, commence 
le sable; les herbes sont rares et maigres et le soleil 
d*été tarit toutes les sources et dessèche tous ]es par 
turages. En certains lieux, la nature, qui ailleurs 
n'était que revêche, devient horrible; dans les Ne- 
fonds, le sab^e de gros grains rouges semble «une 
mer de sang et de feu » ; dans le Hamma , c est le 
mirage qui flotte sans cesse devant les yeux; ailleurs 
le sol se creuse en abîmes circulaires entre lesquels 
la caravane ne s'engage qu^avec un guide expert; 
souvent, le sable lui-même disparait et la pierre, 
mise À nu . est si dure que les sabots des bétes de 
charge qui y passèrent durant des siècles n y lais- 
sèrent pas de ti*aces. -Dans les régions les plus favo- 
risées, la vie est difficile. Le peu d'arbres et d*eaux 
vives que l'Arabe ait vus sur les hauteurs du Djebel- 
Gumed le font rêver è des contrées où l'on peut 



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392 MAI-JUIN 1899. 

faire des journées de marche sous un perpétuel 
ombrage, et où les sources murmurent tout autour 
du voyageur. Ces contrées, il voudrait bien les voir 
et y vivre et, pour elles, il quittera sans regret son 
âpre rocher. L* Arabe nest point attaché au sol, il 
ne sait ce qu'est ia patrie et il se fixera là où il se 
trouvera bien. Nouveau caractère qu'il faut remar- 
quer. Les invasions ne reculeront pas et l'envahis- 
seur se fera tuer sur la place , plutôt que de rompre 
d'une semelle pour rentrer dans l'enfer d'où il est 
sorti. Son pays d'origine ne sera pour lui ni une 
base d'opérations, ni une réserve de munitions et 
de vivres. Il part avec armes et bagages pour ne 
jamais revenir que lors du pèlerinage, en croyant, 
qui vient adorer l'Etemel au lieu où il s'est révélé, 
pins qu'en citoyen qui rentre dans sa patrie. 

En montant vers le Nord, l'Arabe arrive à un 
carrefour d'où partent trois routes: l'une, celle du 
milieu, va tout droit au septentrion, vers la Syrie, 
l'Asie Mineure et, plus loin, l'Europe; la seconde, à 
gauche, tourne vers l'Occident et mène en Afrique; 
la troisième, à droite, conduit en Mésopotamie: 
c'est le chemin de l'Asie. Entre ces trois routes , il a 
le choix; mais, qu'il prenne l'une ou l'autre, jamais 
elles ne se rencontreront, car chacune d'elles court 
à ime extrémité de Thorizon et nul détour ne la ra- 
mène au point de départ. Voilà qui explique la dif- 
fusion rapide du peuple arabe et aussi la rapide dis- 
location de l'Empire qu'il fonda. Si l'autorité 
centrale, établie vers l'endroit où les trois voies bi- 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 393 

furqucnt, s énerve, les provinces situées aux extré- 
mités évoluent sur eiles-mêmes et tranchent le lieu 
factice qui les unissait aux autres parties de la mo- 
narchie. 

La nature avait fait au peuple de Mohammed 
une remarquable homogénéité ; elle le poussa hors 
de la péninsule et lui ouvrit sur le monde trois 
routes également larges et belles. Elle avait aussi 
puissamment contribué à former son caractère et 
son esprit. 

IV 

On saccorde aujourd'hui pour admettre que la 
nature influe beaucoup sur le caractère de Thomme , 
et que ce dernier se moule au sol qui le porte. Quand 
bien même cette idée serait contestable pour les ré- 
gions où, comme les nôtres, l'atmosphère clé- 
mente, la glèbe généreuse, le ciel tiède laissent à 
Tétrc humain tout son ressort et aiguillonnent son 
activité sans déformer son corps ni déprimer son 
cerveau , il faudrait la tenir pour vraie en ce qui 
concerne d autres contrées moins fortunées, où la 
nature est dure à Thomme et l'exaspère. L'Arabie 
est de celles-là. 

L'homme y est prisonnier entre le sable et le 
soleil. S'il lève les yeux vers le ciel , l'astre l'aveugle 
do ses rayons, et s'il les abaisse vers la tefre, sa ré- 
verbération lui brûle encore la vue; l'horizon lui- 
même est embr:isé. Il y a dans Téther un excédent 



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394 MAMUIN 1800. 

de lumière; les objets en sont saturés. Elle fait 
vibrer toutes les teintes et les monte au ton le 
plus aigu. Aucun corps ne i*absorbe» nul écran ne 
larrête; tout le long du jour elle resplendit et, 
pour échapper au cauchemar, Thomme n'a d'abri 
que celui qu'il élève. Sous la toile de la tente, 
il trouve un étroit carré d'ombre et s'y cantonne 
jusqu'à ce que la nuit vienne; elle tombe vite et 
sans transition. Lumière intense, ombre profonde : 
c'est toute l'âme arabe. 

Jamais de teintes dégradées et fondues qui, en 
caressant l'œil , chatouillent la pensée et font rêver 
à des tons plus délicats encore, A des transitions 
plus molles. La lumière cuisante refoule le regard 
en dedans. Sorti de son désert, l'Arabe a conservé 
cette vision intérieure qui nous étonnera toujours : 
son œil, noyé dans l'ombre des cils, qu'épaissit la 
cavité de l'orbite, s'immobilise et s'endort; les rayons 
visuels ne passent plus à travers la prunelle indiffé- 
rente et, seule, la douceur du regard dénonce la 
pensée intime qu'il contemple. Peu à peu, l'homme 
se refuse à la vision extérieure ; observer lui est une 
fatigue; suivre deux lignes parallèles, blanches de 
soleil , devient une souffrance; comparer deux objets 
lui est presque impossible. Il entrouvre seulement les 
paupières, risque à travers les cils un rapide clin 
d'œil et reçoit une impression subite, très vive. La 
nature envahit son entendement d'une attaque bru- 
tale, l'enlève d'assaut; elle ne l'enveloppe jamais 
d'une lente et persuasive caresse, mais le saisit tout 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 395 

entier. Il ne distingue pas les détails des choses , 
mais seulement le trait principal , qui efiace tous les 
autres, la teinte fondamentale, qui absorbe le reste; 
chez lui, vision, conception, intuition sont brus- 
ques. 

Chacune d'elles refoule davantage Tàme sur elle- 
même. Tout ce qui est extérieur à Tàme la choque 
et Tefiraye; elle ne trouve de calme et de repos 
qu'en elle-même; partant, elle ramène tout A elle 
et se fait le centre de l'univers. Nulle n'est plus 
concentrée et plus personnelle; nulle n'est moins 
capable de comprendre le renoncement et de mé- 
diter le sacrifice. Toutes ses forces suffisent à peine 
à ]a défendre contre les chocs du dehors. Comment 
pourrait-elle songer à fortifier les autres et où trou- 
verait-elle l'excès de vigueur nécessaire pour conce- 
voir l'abnégation? 

Sa sensibilité est constamment froissée par le 
monde extérieur; elle ne se livre à lui qu'à demi et 
à regret, et se dérobe vite, car la sensation tourne 
rapidement à la souffrance; mais elle a beau faire, 
l'extérieur la domine et s'impose. 

Aussi bien n'est-il pas toujours farouche et re- 
poussant; s'il se présente sous un heureux aspect, 
l'âme s'entr'ouvre et l'admire; elle n'est pas fermée 
complètement au sentiment de la nature. « Ne 
croyes*vous pas que Ips cieux et la terre, dit le 
Qoran, s*unissent pour publier les louanges de 
rÉtemel? Les oiseaux, dans les bois, les célèbrent ù 
leur manière. Tous les êtres créés connaissent l'hom- 



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396 MAI-JUIN 1899. 

mage qu'ils lui doivent ... Ne voyez-vous pas comme 
il agite légèrement les nuages , comme il les pousse 
dans les airs, les rassemble, les entasse? Alors la 
pluie tombe de leur sein entr*ouvert^ ... » 

Mais ces rayonnements sont rares ot courts; le 
plus souvent, Tâme tourne sur elle-même, dans un 
clair obscur qui la repose de Téclatante lumière du 
dehors; elle se nourrit de sa propre substance et 
rumine de Tombre. 

Une sensibilité à la fois si vive et si soupçonneuse 
sert une intelligence spéciale des choses. Nous sen- 
tons, nous autres, constamment et pleinement; nos 
yeux restent grands ouverts sui* la nature, et tous 
nos sens recueillent avec avidité les impressions du 
monde extérieur. Nous les comparons, les analysons 
sans trêve ni relâche, et, d'observation en compa- 
raison, d'analyse en synthèse, nous arrivons, en 
éliminant ce qui nous embarrasse et en ajoutant ce 
qui nous complaît, à composer un tableau, à repro- 
duire un ensemble dont nous imaginons une bonne 
part, à construire un système du monde dans lequel 
tout est mesuré et combiné, tout s'emboîte et tout 
s'enchaîne. Notre intelligence est avide d'ordre, 
notre sensibilité l'alimente d'impressions précises 
qu'elle colore de nuances délicates. 

L'intelligence arabe est toute différente. Supposez 
un écran, tantôt inondé de lumière, tantôt plongé 

« Qortn.XXrV. 41-43. 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 397 

dans lobscurité. La lumière, très vive, dévore les 
ombres, mêle les contours, brouille les plans, étale 
sur la surAice lisse une Ceinte presque uniforme, 
éclatante, triomphante et brutale, qui fatigue et fait 
désirer lobscurité. ^illumination a été brusque; 
elle s*éteint soudainement et, à distance, il semble 
quun peu de cette ombre soit passée sur la lu- 
mière. L'analyse que peut tenter un esprit éclairé 
de la sorte, par à-coups, est imparfaite, ses com- 
paraisons sont fragmenjaires, les mesures qu*il 
prend sont approximatives; il na eu ni le temps 
ni la curiosité de fixer les objets; il ne saisit que 
leur silhouette, et ne va pas chercher, derrière celle- 
ci, leur vraie nature. Cette intelligence ne discute 
pas volontiers; elle accepte les impressions que sa 
.sensibilité lui transmet, sans tenter de les ordonner 
ni de les expliquer. Ces impressions sont profondes, 
impérieuses et simples ; aussi nulle intelligence n a- 
t-elle mieux su concevoir Tabsolu , l'infini, Tunité. 
Développée en sens inverse de la nôtre, elle doit 
faire effort pour tirer dun ensemble la complexité, 
comme la nôtre se surmène pour, de la com- 
plexité, déduire funité. Elle commence par voir 
simple, tandis que la nôtre voit composé; elle oh 
serve un point central, irradié en nébuleuse, tandis 
que la nôtre circonscrit l'objet avant d'en étudier la 
nature; elle court d'abord au fait principal, sans 
souci ni du temps ni de l'espace, tandis que la nôtre 
ne l'atteint qu'en suivant la série des faits secon- 
daires qui l'ont préparé. 



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ags MAI-JUIN 1809. 

N'allés pai rechercher la raison de cette tournure 
d esprit dans une faculté spéciale d abstraction ; nul 
homme sut moins que TArabe détacher, dun tout, 
la partie, la quah'té de lobjet, lessence de la nature. 
Pour abstraire, il faut observer profondément; 
TArabe n observe quà la légère, d'un œil rapide, très 
clairvoyant, mais très mobile. S'il veut peindre un 
état qu'il devine sans lavoir vu, c'est aux images 
concrètes qu'il fait appeL Veut-il décrire l'égarement 
des infidèles : «Dieu, dital, a imprimé son sceau 
sur leurs cœurs; leurs oreilles et leurs yeax sont cou- 
verts d'un voile Kw Veut -il nous représenter le 
réveil des pécheurs au jour du jugement, il nous les 
représente «se levant, tremhlarUtf de leurs cer- 
cBeib^ » ; et quant aux justes « leurs fronts paraîtront 
rayonnants de gloire, leurs regards seront tournés 
vers le Seigneur. Le visage des méchants sera couvert 
des ombres de la tristesse' ». S'il conseille la justice, 
il dit : « Remplissez le boisseau, pesez avec justice^... 
Pesez avec une balance juste ^.» L'image concrète 
vient toujours soutenir la pensée vacillante et comme 
embarrassée d'elle-mème« 

Peu de seus Imaginatif. 

Une telle proposition semble paradoxale. Les 
Orientaux passèrent toujours chez nous, i juste 



» Qoran^II, 5-6. 
« Qorwi, XXXIV, 5o. 
» Qoran,LXXV. a2-a5. 
* Qoran,XI, 85. 
» Qoran, XXVI, 176. 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 309 

titre, pour avoir une grande imagination. Les fables 
qu*ils ont inventées ne ceasent pas de nous divertir; 
leur poésie, un peu boursouflée et mignarde, mais 
souvent puissante et toujours gracieuse , nous émeut ; 
leurs mythes, profonds ou frivoles, ont surpris la 
foi de nos pères et nous charment encore aujour- 
d'hui. Les Orientaux sont gens d*imagination, les 
Arabes sonl des Orientaux , lea Arabes doivent avoir 
de Timagination : le syllogisme s'impose. Lliisto^ 
rien, perdu dans les récits prolixes ou confus des 
annalistes, fiché de ne pouvoir, dans la contradic- 
tion des faits, découvrir une trame régulière, inscrit 
au compte de Timagination ce qui rembarrasse. 
G*est aussi simple que peu conforme aux règles de 
la critique. Les annalistes arabes se défendent mal 
contre l'accosation; notre auteur moderne, qui a de 
la lecture, ne manque pas de leur opposer les Mille 
,et am Naits. AUet croire des gens dont le seul ou- 
vrage qui soit vraiment répandu ches nous est un 
pur produit d'imagination I L'argument est décisif; 
on s'incline devant lui, et le lecteur reste convaincu 
que TArabe est un Imaginatif, et que les annalistes 
ont vigoureusement mis à profit cette faculté en 
composant leurs oeuvres. 

Mais les Orientalistes savent que les Mille et une 
Nuits ne sont pas une oeuvre arabe , et voilà l'argu- 
ment à terre. Avec lui s'évanouissent les conclu- 
sions qu'on en tirait. Nous pouvons sans crainte 
affirmer que, chez ceux qui nous occupent, le sens 
Imaginatif est restreint, presque atrophié. Us ont 



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400 MAI-JUIN 1899. 

bien l'imagination reproductrice autant que quicon- 
que, ce semble; ils possèdent peu d'imagination 
créatrice. 

Llmagination reproductrice réveille et fait vibrer 
dans notre mémoire une sensation passée; Timagi- 
nation créatrice ^ en en suscitant une autre, et en 
Tunissant à la précédente dans un rythme commun, 
tire de lensemble une harmonie dont Técho agite 
d'autres ondes qui vont en s'élargissant. Leur am- 
pleur n'avait jamais frappé nos sens, car jamais elle 
ne s'était déployée dans la nature; notre esprit seul 
la conçoit, la goûte, la reproduit à plaisir et la déve- 
loppe autant qu'il peut. C'est l'œuvre du musicien 
qui, des bruits discordants de la nature, tire des 
accords rythmés et consonnants. 

L'imagination créatrice évoque, à côté du monde 
réel, un monde possible, plus beau, meilleur, qui 
flotte à mi-hauteur, presque à portée de la main,, 
et qu elle pense toujours saisir. La faculté de sup- 
poser et de souhaiter le meilleur est la condition 
du progrès social; celui qui ne la possède pas a bien 
peu de chances de l'atteindre jamais. 

L'imagination créatrice, mise en mouvement, ne 
s'arrête plus. Elle a supposé des choses possibles : 
elle va rêver des impossibilités , entasser les hypo- 
thèses, échafauder l'invraisemblable sur l'irréel et 
prendre d'assaut l'idéal. Toujours déçue dans sa re- 
cherche, mais jamais lassée, elle rencontre l'art qui 
la soutient et la console. La faculté de concevoir, de 
désirer et d'esqtiisser, sous une forme quelconque , 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 401 

l'idéal, est la condition du progrès mental. Celui qui 
ne la possède pas ne pourra ni évoluer, ni renou- 
veler ses destinées. 

L'Arabe n'a jamais eu de mythes; jamais il n a su 
faire parier la nature, animer l'inanimé, prêter à ce 
qui l'entourait ses pensées et son langage, faire dia- 
loguer l'herbe avec l'arbuste. Gomme tous les primi- 
tifs, il a cherché ses dieux dans les choses, mais les 
choses divinisées sont restées inertes entre ses mains. 
11 entassa à la Mekke, dans la demeure qu'Abraham 
avait construite, plus de trois cents débris informes de 
bois ou de pierre, et attendit qu'ils pariassent et ma- 
nifestassent leur puissance. Il attendait encore, sans 
curiosité ni impatience, quand Mohammed détruisit 
ce grossier panthéon. 

L'Arabe ne composa pas de fables : il ne sut pas 
grouper les traits de caractère épars dans vingt per- 
sonnes, pour en tirer un type unique, achevé, par- 
fait. Il ne sut pas déterminer, dans les lignes si- 
nueuses que décrivent les actions des hommes, la 
ligne médiane qu'il faudrait suivre et qui mène sû- 
rement à la vérité. 

n ne connut pas plus l'art que la philosophie. U 
enchevêtra des traits rectilignes , secs et froids , ins- 
pirés peut-êlre par le réseau polygonal des gerçures 
du sol, qu'on voit en certaines régions du désert, et 
voilà tout ce qu'il put faire en dessin. Sa peinture 
(ut une marqueterie de teintes plates et criardes; il 
ne connut pas la musique : son étonnement fut 
grand quand il entendit les accords que les artistes 



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402 MAI-JUIN 1899. 

grecs tiraient de leurs instruments et il ne fut jamais 
tenté de les imiter. Sa poésie est enfantine : elle 
décrit un objet, im animal, un homme, avec un 
souci du détail qui nuit à Timpression d ensemble ; 
elle expose le sentiment, la passion , sans les analyser, 
et reste prisonnière du temps et de lespace sans 
chercher à leur échapper. 

La métaphore est brillante et toujours concrète : 

La charmante nomade qui repose sous une tente agitée 
du souffle diàzéphir est semblable à la tendre gazelle ou à la 
perle, objet des vœux du plongeur; lorsqu'elle s'avance, on 
dirait une nuée éclatante \ 

Souvent elle est poussée si loin qu elle nous étonne ; 
la traduction trahit la pensée en rendant, dans une 
avalanche de mots, ce que TArabe disait en une 
courte phrase : 

La fatigue des combats, dit quelque partDjerir, a exténué 
nos coursiers, dont les flancs sont repliés sur eux-mêmes 
comme les étoiles que le marchand du Hadramaut renferme 
dans ses ballots. 

Elle déborde sur la prose rythmée; le Qoran est 
composé dans cette prose : 

La vie mondaine ressemble à la pluie cpe nous faisons 
tomber des nuages pour féconder les plantes. E^es brillent 
un instant , mais , tout d'un coup desséchées , elles deviennent 
le Jouet des vents •. — Celui qui exerce Taumône par os- 
tentation et qui ne croit pas en Dieu et au jour dernier est 

* Farazdaq. 

• Qoran XVin, 43. 



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LES PREMIËRES INVASIONS ARABES. 403 

semblable au rocher recouvert d'une légère couche de terre. 
Une pluie abondante survient et ne laisse que sa dureté \ 

— Les œuvres de Tlnfidèle ressemblent à la vapeur qui s'é- 
lève dans le désert; le voyageur altéré y court chercher de 
Teau et, lorsqu'il s'en est approché, l'illusion a disparu*. — 
Les dieux que vous adorez ne sauraient, dans leur puissance, 
disposer de la pellicule qui enveloppe le noyau de la datte '. 

— Au moment de la mort, dit Ghazxàli, l'âme (du juste) sort 
de son enveloppe , comme une goutte d'eau s'échappe d'une 
outre. Mais , quant au méchant , il est plus difficile de faire 
sortir son esprit que d'extraire un dou de la laine mouillée *. 

Souvent cet esprit s*éiève jusqu'à l'hyperbole et 
y puise une puissance nouvelle pour décrire l'infini 
qu'il conçoit si bien : « Dis : si la mer se changeait 
en encre pour écrire les paroles de Dieu, la mer 
tarirait avant les paroles de Dieu, quand même 
nous y ajouterions une autre mer pareille en éten- 
due*. » — « Si tous les arbres de la terre se trans- 
formaient en keïams (plumes pour écrire) et que 
Dieu ajoutât à la mer sept autres mers d'encre, cela 
ne suffirait pas pour écrire toutes les paroles de 
Dieu^» 

Toujours revient l'image concrète et toujours 
s'enfle l'hyperbole, sans que l'esprit puisse se déta- 
cher du spectacle de la matière et rendre, autre- 

> Qoran H, 265. 
« Qoran XXIV, 39. 

* Qoran XXXV, i4. 

* Ghazzldi, Ad-dourra aljakkira, p. 5 de la trad. 

* Qoran XVIII, 109. 

* Qoran XXXI, 36. 



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404 MAI-JUIN 1899. 

ment que par une comparaison prodigieuse d'invrai- 
semblance, imfmi qui! contemple. 



Mais poursuivons l'étude de cette intelligence et 
voyons comment, précisément, elle fonctionne. 

Dans un ensemble, elle saisira d'abord le fait prin- 
cipal , s'y cramponnera , et jugera le reste d'après lui , 
au lieu de chercher son explication dans le reste. 

Nous autres considérons de prime abord le fait 
important; mais, l'observation à peine terminée, 
nous nous mettons en quête de la raison ou des 
raisons de ce fait. Quelque probant, absorbant, 
impérieux qu'il soit, nous lui voulons des causes 
et n'avons de cesse que quand dles sont trou- 
vées. Ces raisons , nous ne les découvrons que par 
raisonnement^ et nous raisonnons toujours, c'est-à- 
dire que nous classons les faits , non par rang d'im- 
portance, mais par ordre chronologique : le fait an- 
térieur doit forcément déterminer le fait postérieur, 
et la question principale n'arrive qu'à son tour, déjà 
éclaircie par tout ce qui l'a précédée. Ce qui suit 
achève de la rendre nette et l'explique peut-être; si 
cela ne suffit pas, nous cherchons ailleurs, dans la 
série d'observations et de raisonnements anciens, la 
clef de l'énigme actuelle. 

rabe a fixé d'abord le fait important; il s'y 
rien ne l'en détournera plus , qu'une nouvelle 
ision qui effacera la présente. Ce fait, il le 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 405 

met en tête de son développement et, derrière lui, 
ii range les autres d après l'intérêt qu'il leur porte ou 
d'après l'intensité du choc qu'il en a reçu. C'est un 
classement définitif; par suite, pas de développement 
logique ni d'explication satisfaisante. Peu importe 
ce qui fut avant ou ce qui sera après; le fait est là, 
en pleine lumière, au milieu de l'ombre qui lui fait 
repoussoir; c'est bien l'impression brutale, l'idée 
simple et impérieuse dont je pariais tout à l'heure. 

Prenons des exemples. On trouve souvent, dans 
les annalistes, la phrase suivante «Mât ou qâl. . . » 
traduction littérale : « fl mourut, et il dit. . . », tra- 
duction incompréhensible qu'il faut rendre ainsi : 
«En mourant, (un tel) dit. . . » Vous comprenez 
maintenant le travail psychique de l'Arabe. Un tel 
est mort , voilà le fait considérable qu'il faut aussitôt 
noter : «11 mourut. . . » En mourant, un tel pro- 
nonça qudques paroles bien senties, qui valent la 
peine d'être rapportées, mais qui, après tout, ne 
sont que secondaires; nous les notons en second 
lieu : « ... et il dit ». 

Je trouve dans Ibn al Athir (Kamil, page 67 du 
texte arabe) la phrase suivante : « La population lui 
(à ^Abd Allah ibn.Sa'ad) demanda la paix moyen- 
nant une rançon , et à la condition qu'ils (les Arabes) 
nenireraient pas dans ce pays et n'y pénétreraient 
pas. . .,etc». C'est encore le même raisonnement; 
l'auteur a fixé d'abord l'idée qui le frappait le plus : 
moyennant le payement d'une rançon , ses compa- 
triotes n'entreront plus dans l'Ifriqiah; puis il a songé 



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k 



406 MAI-JOIN 1800. 

à la façon dont ils envahissaient le pays, à leurs 
rapides incursions qui s'enfonçaient jusqu'au coeur 
de la province, et il a ajouté qu'ils ne péi^r&roit^ pas 
et cda sous*entend : jamais. 

L'aspect de cet esprit nous fait déjà prévoir le 
langage qu'il emploiera. Des idées simples, puis- 
santes , obsédantes , s'enveloppent de formules brèves , 
impératives ; ces idées ne se pénètrent pas ; elles vivent 
côte à côte, dans la conscience au repos, sans s'éclai- 
rer mutuellement, et se présentent à l'entendement, 
à tour de rôle, toujours de face, sans reflet de l'une 
sur l'autre. A chaque concept, il faut un nom; à 
chaque idée, il faut une formule. De là une abon- 
dance de mots, un foisonnement de qualificatifs que 
nos langues ne connaissent pas. Cette richesse peut, 
il est vrai, s'expliquer, en partie, par l'ongine du 
vocabulaire arabe islamique , composé de termes em- 
pruntés à toutes les tribus qui , aux temps de l'igno- 
rance, avaient chacune leur idiome particulier. Ex- 
plication insuffisante : les mots qui font double 
emploi gisent au fond des dictionnaires et n'en sor- 
tent pas; laissez*les de côté, et vous avez encore un 
vocabulaire d'une richesse inouïe. 

C'est que le mot est irréductible, qu'il ne se plie 
pas volontiers aux fantaisies de la pensée, et que la 
pensée ne cherche pas, derrière le mot commun, 
l'acception détournée que telle circonstance exige; 
c'est que le mot ne veut dire qu'une chose et que , 
pour désigner un autre objet, même très voisin, 



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LES PREMIÈBES INVASIONS ARABES. 407 

presque semblable, il faut forger un autre mot; et 
cette spécification va si loin que le pluriel veut une 
forme spéciale , différente du singulier non seulement 
par l'addition d*un affixe, mais par la brisure de la 
racine même, qui prend un aspect nouveau, sonne 
autrement à loreille et, par toute son allure, dénote 
qu elle indique quelque chose de tout k fait différent 
de Tobjet considéré isolément. 

Les qualificatifs sont aussi nombreux et, presque 
à un degré égal, absolus. Tout au plus, par une mo- 
dification interne de la racine, par ime brisure sem- 
blable à celle qu'exige le pluriel , se prétent-ils à Tidée 
d'augmentation ou de diminution ; mais les points 
extrêmes de leur translation ne sont pas éloignés et, 
dès que l'essence qualitative change, ils refiisent le 
service. 

C'est encore la même chose pour le verbe : la ra- 
cine verbale veut se suffire à elle-même ; elle demande 
rarement à des auxiliaires l'inflexion nécessaire 
pour modifier son sens; elle s*étire dans des formes 
précises, toujours les mêmes pour le même ordre 
d'idées, se colore dans des modes, se nuance dans 
des temps, et parvient à elle seule à exprimer le sens 
qu'elle désire. Mais, là aussi, malgré la diversité des 
flexions , les points extrêmes sont encore bien proches 
et la racine , en se travaillant , n évoque toujours qu un 
concept dont les modifications, prévues d'avance, 
sont limitées. Le verbe se tourmente en vain : il ne 
peut, pas plus que le mot, exprimer autre chose 
que ce qu'il indiquait clairement et précisément au 



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\L 



408 MAI-JUIN 1899. 

premier abord. Par suite, une grande abondance de 
verbes. 

La richesse du vocabulaire ne supplée pas à la 
rigidité de la phrase : une copule, le verbe, le sujet, 
lattribut, le complément; une copule, verbe, sujet 
et complément, ainsi de suite à Tinfini; le discours 
arabe coupe Tidée en petits morceaux, la phrase 
coupe le discours en petites tranches ; les incidentes 
sont rares, les subordonnées courtes et maladroites; 
la pensée revient, par une pente naturelle, à la forme 
afiBrmative, impérieuse, du discours direct. Pas de 
nuances , pas de réticences, cela est ou cela n est pas. 
Le concept, rapide et absolu, est frappé dans une 
formule rigide. Si TArabe doute, il le dira plus loin, 
dans une autre phrase très courte , ou bien il aura eu 
soin de prévenir auparavant : « Un tel a dit cela » , à 
vous déjuger s'il a raison * . 

Cette phrase est le cauchemar de ceux d'entre 

^ • Jamais langue ne doima révélation {dos complète d*im carac- 
tère très primitif et très entier, et ce caractère est en opposition avec 
le caractère aryen. Point (Fanalyse , point de nuances; une prédomi- 
nance extrême de la sensation dans les idées, marquée par la puis- 
sance de lonomatopée, par lemploi le plus soutenu et, dirai-je, le 
plus physique , des métaphores dont l'acception abstraite ou idéale 
n'arrive jamais à se dégager de la matière. Avec cda une puissance 
de concentration extraordinaire , une sorte d'abstraction matérielle 
ou intuitive qui ne ressemble pas à la généralisation réfléchie 
d'où sort le raisonnement; une simplicité brute dans la liaison des 
idées, attachées, non coordonnées à l'aide de coiyonctions conti- 
nuelles, toujours les mêmes; enGn la constante et énergique préoc- 
cupation de la personnalité, le fanatisme du moi si éloigné de la 
sympathie aryenne pour autrui et pour la nature. • ( l\enouvier, 
Introd, à la pliil. analjrt, de Ckistoire, p. 436.) 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 409 

nous qui veulent parier la langue. Nous cherchons 
toujours, en pariant ou en écrivant, à rendre notre 
pensée dans tous ses détails, avec tous ses antécé- 
dentes et ses aboutissements; nous la voulons claire, 
complète et mesurée; pour la saisir, nous la pre- 
nons de loin et décrivons autour d elle des cercles 
concentriques sans cesse rétrécis, jusquau moment 
où nous la serrons de si près, quelle ne peut 
échapper. En arabe, ce travail est impossible et nos 
esprits s'épuisent à la recherche de mot^, de tour- 
nures, de nuances qui n existent pas. On a, depuis 
longtemps, observé que les étrangers qui manient 
le plus facilement la langue sont des hommes de 
petite instruction et d'esprit peu cultivé, qui ne 
vont pas chercher loin leurs idées et disent les mots 
comme ils les attrapent. Ds s'en tirent en n'em- 
ployant pas les mots qu'ils connaissent mal, et 
peuvent toujours dire ce qu'ils veulent, avec un vo- 
cabulaire raréfié, dans un idiome dont la phrase 
rappelle, par sa simplicité, le patois français des 
nègres de nos colonies. 

Observez maintenant que l'arabe est la langue 
religieuse, que quiconque se convertit la doit con- 
naître , au moins assez pour dire ses prières , et que sa 
forme vulgaire est si simple que tout homme peut la 
manier, et vous comprendriez quel merveilleux in- 
strument l'Arabe eut à sa disposition pour assimiler 
les races conquises. 

Tel est l'esprit arabe : aigu, véhément, rigide, il 



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410 MAI.JUIN 1800. 

saisit dun rapide coup d*œil laspect entier des 
choses, né^ige le détail, tout ce qui enveloppe, 
assouplit , nuance la silhouette principale. L ombre 
qui environne lobjet de son attention Tinquiète peu, 
les causes qui Font fait naitre lui sont indifférentes, 
ce qui en résultera plus tard le laisse froid. Il reçoit 
une secousse plus ou moins violente, sa volonté 
répond plus ou moins vivement. De réflexion , fort 
pea ; d abstraction , moins que rien ; d'imagination , 
pas Tombre; mais une prodigieuse faculté, qui de- 
vient presque un sens psychique spécial, de con- 
cevoir, derrière Téclat de la sensation actuelle, une 
succession d autres semblables. Action et réaction, 
tout est là : de même qu'une glace placée en face 
dune autre réfléchit indéfiniment sa propre image, 
lesprit arabe, en face du monde, conçoit, sans (a* 
tigue et sans relâche , Tunîté , labsolu , Tinfini ^ 

' cSi Ion compare les Aryens et les Sémites, •• on reconnaît 
bientôt chez les uns un esprit plus abandonné vis-à-vis de la nature , 
plus expansif et sympathique vis-à-vis des hommes. On trouve chex 
les autres plus de concentration et de personnalité. L* Aryen a èoU" 
vent manifesté dans toutes ses branches une vraie tendaoce au re- 
noncement de soi-même et au dévouement à la chose publique; il a 
le sentiment de TUniversd et il s'y subordonne, quand le Sémite 
dominé par dos sensations énergiquement individu^es , se fait centre 
de tout. L'homme de l'expansion a, à la fois, plus d'impétuosité 
et est capable au besoin de plus de discipline , mais ces qualités se 
nuisent mutuellement et d'ailleurs chacune à son revers; la disci- 
pline peut conduire à la perte de la liberté comme à l'envahissement 
de celle d'autrui , et l'ardeur sympathique se change volontiers en 
humeur conquérante et absorbante, v (Renouvier, Introd, n la phiL 
analyt, de l'hist, p. 44 1*) 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 411 



VI 



La nature ne suffit pas à expliquer une race et 
un esprit. Elle a pu fortement incliner f arbrisseau 
humain dans un sens ou dans Tautre , le nourrir de 
sucs généreux, ou dessécher et émacicr ses fibres: 
Tarbrisseau n en monte pas moins , et garde sa struc- 
ture primitive. L'homme est partout un homme et il 
conserve son caractère, que les éléments ont peut- 
être modifié, mais n ont jamais transformé. 

Le caractère arabe est, pour nous, après Tesprit, 
un nouveau sujet d'étonnement. Lui aussi est poussé 
tout droit; lui non plus ne connaît pas les nuances : 
il se développe par détentes brusques, comme Tesprit 
pense par éclairs subits; il se rue droit devant lui 
ou tombe à plat, sans un frisson, comme lesprit 
court au bout de Tidée, ou se refuse à elle pour 
dormir. 

La passion n a pas de mesure; elle se déchaîne au 
hasard, et ne trouve d obstacle que dans une passion 
contraire , qui la maîtrise sans l'éteindre. Elle se soucie 
peu du corps, le mène et le surmène, l'entraîne aux 
pires aventures , et reste encore entière , indomptable , 
quand l'enveloppe humaine , usée , refuse le service et 
tombe. C'est elle qui guide, à travers un désert réputé 
infranchissable, Khaled et ses hommes; c^est elle qui 
éveille la jalousie du Prophète au sujet de sa femme 
Aïcha qui, égarée un soir de marche, est rentrée 
à la nuit close sous l'escorte d'un guerrier; c'est elle 



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412 MAI.JUIN 1899. 

encore qui fait enterrer vives, à leur naissance, les 
filles quon ne peut nourrir et quon ne veut pas 
vendre. Montée à son plus haut degré, elle ébranle 
tous les nerfs et les porte à la vibration suprême qui 
trouble l'harmonie des facultés, obscurcit la raison 
et détraque tout Têtre , et Ion a les trois khaoaaridj : 
*Abd er Rah'mân ibn Moldjem , el Borak ibn *Abd 
Allah, et ^\mr ibn Bekr, fanatiques parmi les fana- 
tiques, jureurs de serments atroces, qui parcourent 
des centaines dé milles pour aller poignarder en 
pleine mosquée, sans espoir d'échapper ensuite à la 
vengeance de leurs fidèles, les trois hommes dont 
ils jugent la mort nécessaire au salut de l'Islam ^ 

Le caractère que toutes ces passions pétrissent et 
tourmentent est celui d'un guerrier familier avec 
toutes les ruses et toutes les perfidies de la lutte, 
brave et cruel, implacable, avec, parfois, des accès 
subits de générosité, orgueilleux et insouciant, mais 
surtout instable et insubordonné. 

La vie dans le désert est une lutte perpétuelle 
contre les éléments et contre les hommes. 11 faut dé- 
fendre le troupeau et le tenir constamment rassemblé , 
courir au loin après les bêtes égarées qui vaguent 
peut-être sur le terrain de parcours de la tribu voi- 
sine, et défendre à celle-ci l'accès de son propre ter- 
ritoire: vie de fatigues et de dangers, de guet-apens 
et de razzias, dont les plus longues heures se passent 
à cheval, et qu'on ne peut comparer, dans notre 

* Voir, N. Desvergers, 269. 



b 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 413 

monde moderne, qu'à lexistence que mènent les 
cow'boys au Far West américain. Lebid fait dire à 
son guerrier : « Je veille sans cesse à la défense de 
ma tribu; un agile coiu^sier porte mes armes. Lors 
même que j*ai mis pied à terre, sa bride passée 
autour de mes reins me tient lieu de ceinture. Je m'é- 
lance au haut d'une colline pour épier les mouve- 
ments de l'ennemf. Ils sont là : un intervalle étroit 
me sépare de leur troupe, et la poussière qui s'élève 
autour de moi touche à leurs étendards. Ce poste 
dangereux , je le garde jusqu'à ce que le soleil , dans 
sa course, atteigne la nuit obscure, et qu'elle couvre 
de ses voiles épais les lieux par où nos ennemis 
pourraient nous attaquer avec avantage. Je guide 
alors mon cheval vers la plaine. ..je hâte sa course... 
la selle s'agite sur ses reins, l'eau coule sur son poi- 
trail, les sangles sont baignées de la sueur écumante 
dont il est couvert. » — A un pareil métier, le corps se 
trempe et les sens s*aiguisent. C'est de l'entraînement 
militaire au premier chef, et tous les hommes sont 
exercés de la sorte; l'émulation les stimule. Quand 
l'ennemi approche, tous doivent prendre les armes. 
Mohammed, dès l'âge de quatorze ans, accompagnait 
un de ses oncles dans la guerre que firent les Qo- 
raïchites aux Benou-Haouazira. Les circonstances 
veulent que sans plan préconçu, sans ordre métho- 
dique, les tribus soient admirablement organisées et 
entraînées pour la gueiTe, 

Le guerrier est très brave, d'une bravoure indivi- 
duelle qui le pousse sur l'ennemi sans souci d'être ou 



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414 MAI-JUIN 1899. 

non soutenu par son voisin , sans mesures prises ni 
calculs stratégiques ; il aime les combats singidiers 
ipii le mettent en vue, et rarement une bataille s en- 
gage sans qu'on duel de oe genre ne Tait précédée. 
Le soldat ne mesure pas son sung; le soin de sa 
propre vie ne le préoccupe pas; il compte pour rien 
celle de ladversaire; il est très cruel, non pas tant 
par froide mécbanceté et barbarie calculée que par 
emportement ou insouciance. Vainqueur, il n épargne 
pas , parce qu*il sait que , vaincu , il n'eût pas été épar* 
gné , et sa propre cruauté ne Témeut pas plus que ne 
l'aurait étonné celle de son ennemi. 'Âmr, fils de 
Mondhir, roi de Hira , pour venger la mort de son 
père Sa ad, tué par un des Benou Temim , jette cent 
de ces derniers dans un brasier. Sergius, gouverneur 
de Gésarée, pris par les soldats d'Abou ^Obaïdah, 
est enfermé vivant dans une peau de chameau qui, 
en se resserrant sous l'ardeur du soleil, Tétouffe au 
milieu des plus cruelles souffrances. Mohammed ibn 
Abou Bekr, gouverneur de l'Egypte et partisan d'Ali, 
battu par 'Amr et prisonnier de Mo^aouiah ibn Kho- 
daidj , un des généraux qui prirent part à la conquête 
de rifriqiah, est enfermé, sur l'ordre de ce dernier, 
dans la peau d'un âne, et brûlé vif. « Lorsqu'Ali fut 
enterré, on. fit comparaître *Abd er-Rah'màn ibn 
Moldjem . • . (qui l'avait tué avec un poignard empoi- 
sonné). Mohammed ibn el-Hanefiyah , el-H'asan et el* 
H'osaïn , fils de la victime , et son neveu Abd Allah ibn 
Dja'far réclamèrent le droit de satisfaire eux-mêmes 
leur vengeance sur l'assassin. ^Abd Allah lui coupa les 



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LES PREMIÈRES INVASIONS ARABES. 415 

mains et les pieds; il ne broncha pas et ne prononça 
pas une parole. *Âbd ÂUah lui creva encore les yeux; 
'Âbd er-Rah'mân lui dit : « Mets donc du kohol aux 
yeux d'Ali, qui pleurent sur ses joues.» Alors on 
se mit en devoir de lui couper la langue; il frémit 
et, à lobservation qu'on lui en fit, répondit: «Ce 
« n'est pas le supplice qui m'émeut, mais je crains 
« de rester dans le monde sans pouvoir prononcer le 
nom du Seigneur '. » 

Abou'l *Abbas es' S'affâh, le premier des Abbas- 
sides, rassemble dans un banquet, à Damas, quatre- 
vingt-^lix Omlades, les fait tuer sous ses yeux à coups 
de fouet et soupe sur leurs corps recouverts de tapis. 
Koufah voit tour à tour exposées sm- sa porte la tête 
de el Hosaïn devant ^Obaîd Allah ibn Ziad, la tête 
de X)baïd Allah devant Mokhtar, la tète de Mokhtar 
devant Mos^ab, et celle de Mos*ab devant *Abd el 
M elik. — Le vainqueur veut la victoire complète et ne 
la voit que dans l'anéantissement du vaincu. Pas de 
demi-mesures qui laissent la tâche inachevée, pas de 
transactions qui permettent plus tard à l'adversaire 
de relever la tête, pas de partage, pas de pitié. Le 
vaincu n'a d'espoir que dans la vitesse de son cheval 
qui , au soir de la bataille , constitue , avec ses habits 
et ses armes, tout son avoir. La fièvre de meurtre 
saisit toute l'armée; les femmes l'excitent encore. On 
vit, au combat d'Ohod, les femmes des Qoraïchites 
se faire des bracelets et des colliers avec les nez et 
les oreilles des morts , et Hind , femmie d' Abou Sofiân , 
* AJboul Mahasin* p. i36. 



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4iô MAI-JUIN 1899. 

arracher le foie de Hamza et le dévorer. Le Prophète 
lutta vainement contre ces passions; lui-même, du 
moins, leur obéit rarement ; après Bedr, il fit mettre 
à mort un prisonnier; cest le seul fait de ce genre 
qu on puisse lui imputer. 

Ces honunes sont implacables et ne connaissent 
pas le pardon. Lorsque Âsoued, roi de Hira, songeait 
à faire grâce aux chefs de larmée de Ghassan , qu'il 
avait faits prisonniers, Abou Âdina, dans une pièce 
de vers, lui disait : t L'indulgence est une vertu, mais 
non entre des égaux; quiconque ose dire le contraire 
est un menteur. Tu as fait périr *Amr et tu voudrais 
sauver Yezid! Le dessein que tu as conçu seiait une 
source féconde de calamités. Garde-toi de lâcher une 
vipère après lui avoir coupé la queue; si tu es sage, 
qu'un même sort enveloppe et la queue et la tête ! 
Ils ont tiré 1 epëe , que Tépée les coupe en morceaux ! 
Si tu leiu* pardonnes , on ne verra pas dans ta conduite 
un acte de clémence, mais un trait de pusillanimité. » 
Le meurtre appelle le meurtre, et Thistoire des tribus 
roule un fleuve de sang toujours plus large. 

De telles colères ne frappent que les puissants. 
Devant les faibles, elles tombent et font place à 
une générosité chevaleresque qui ne calcule pas plus 
que la rage ne raisonnait. Khobaib , musulman fait 
prisonnier à Ohod , « avait été acheté par les enfants 
de Harits ben *Amer, qu'il avait tué au combat de 
Bedr. On Tenchaina sous la tente, ob il dut attendre 
quelque temps la mort, afin que toute la famille fût 
rassemblée pour se repaître du spectacle de son 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABKS. 417 

supplice. Un jour qu'il se trouvait seul avec une des 
filles de Harits, jeune femme mariée depuis peu 
d'années, il en obtint pour quelques instants un de 
ces couteaux affilés dont les Arabes se servent pour 
se raser les cbeveux et la barbe. A peine Tavait-il 
entre les mains, que lenfant de cette jeune femme 
entre étourdiment sous la tente et court vers le pri- 
sonnier qui le prend dans ses bras. La mère pousse 
un cri de douleur : Khobaïb avait désormais un otage ; 
mais lui caresse Tenfant et le renvoie vers sa mère en 
lui disant : « Groyez-ivous donc quun musulman sache 
se venger sur des enfants ousur des femmes? * ». 

11 fut mis à mort quelques jours après. 

L'homme des tribus prise avant tout la sincérité 
et la loyauté: il est fidèle à la parole donnée; la per- 
fidie l'indigne, la compassion pour les deshérités 
l'enthousiasme. Dans une telle nature et dans une 
telle société, l'homme n'a pour proléger sa tête que 
le frêle tissu de la tente et , pour couvrir sa poitrine , 
que l'armature légère de son bouclier. L'hospitalité et 
la franchise deviennent pour lui des vertus premières. 
Le guerrier de Lebid parie ainsi : « Si l'étranger vient 
chercher un asile auprès de moi, il se croit transporté 
tout à coup au milieu de la fertile vallée de Tébala. 
La mère de famille réduite à la misère établit sa 
demeure entre les cordes qui soutiennent ma tente ; 
quand les vents de l'hiver se combattent dans la 
plaine, ses enfants, assis à mon foyer, y trouvent 

* N. Des vergers, p. 164. 



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418 MAI-JUIN 1890. 

une abondante nourriture. » — Vous voyez qu'il nlié- 
5ite pas à se vanter. Il est en effet très orgueilleux. Sa 
raœ, son nom, $es hauts faits, Tédat de ses armes, 
ia beauté de son cheval sont pour lui des objets de 
constante et indomptable fierté. Pour la race et pour 
le nom, il luttera sans trêve ni merci et, malgré son 
besoin inné dmdépendance, s'unira à ses parents, 
aiarchera avec sa tribu, sans souci de ses intérêts ou 
de êM penchants personnels. Pour maintenir sa re- 
nommée militaire , il courra à de nouvelles aventures , 
provoquera les plus braves, sans calculer la portée 
de ses actes. U émouss^ra son sabre pour montrer 
que la trempe en élait fine, et crèvera son dieval 
pour prouver qu'il était bon. 

fl aime comme il hait, de toute la puissance de 
son être, sans réflexion et sans mesure, et son 
amour s éteint aussi vite que sa haine s'apaise, pour 
se porter vers un antre objet qui, à peine étreint, 
ne lui est plus de rien. Il a pour la femme une pas- 
sion vive que notre race ne connaît pas et qui a 
détruit la sienne; amour âpre, brutal parfois, 
toujours profond, jamais durable, qui, comme les 
autres sentiments, bouleverse sa nature, la pousse 
hors d'elle-même, lui fait accomplir des prodiges 
ou labêtit sans retour; passion égmste qui ne cher 
che que sa propre satisfaction et ne se soucie pas 
d'émouvoir l'âme voisine, ni même de la connaître. 
Et voilà qui nous découvre clairement le grand 
mal dont cet esprit se meurt. Toujours replié sur 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 419 

lui-même et dédaigneux des autres , il frôle sans les 
interroger les pensées de ceux qui Tentourent et se 
méfie des plus proches et des plus tendres. S'il est 
un cœur auquel le cœur puisse parler, une pensée à 
laquelle puisse se confier la pensée, ce sont le cœur 
et la pensée de la femme qui , à chaque heure du jour, 
voit, au côté de f homme, la vie sourire ou menacer, 
le bien prospérer, les enfants grandir et les ans pas- 
ser. Ménagère et conseillère, elle entretient le foyer 
que lliomme défend, relève les courages abattus, 
adoucit, égayé, rassure fâme inquiète et abrupte de 
l*hoaune. La femme arabe ne fait rien de tout cela, 
et n est pas la femme. L'époux en a plusieurs qu'il 
choyé quand eUes sont jeunes, dédaigne ou rudoyé 
quand elles sont vieilles et qui , d'enfants gâtées de- 
viennmit servantes, le jour où, à son réveil, il leur 
voit un pli fâcheux à la lèvre, le teint fané ou l'œil 
terne. Le maître reste seul, livré à lui-même, en face 
des autres hommes privés , eux aussi , du doux contre- 
poids que fait, dans la société, le monde féminin. 
Aussi demeura-t-il incomplet et usa-t-il son sang. 
Toiyours à la recherche de nouvelles épouses, il fit, 
à peine sorti de l'Arabie , entrer dans son harem des 
fenmies de tous les pays et créa un peuple de bâtards , 
Arabes par la langue et par la religion , mais étran- 
gers aux idées de leurs pères et, comme tous les 
sangs mêlés, héritiers des défauts des races dont ils 
étaient issus. Voilà qui fera peut-être comprendre 
l'affaiblissement rapide de la nation et son irrémé- 
diable impuissance. 

a8. 



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420 MAI-JUIN 1800. 

La passion de TArabe est toujours inconstante, 
et cette inconstance est peut-être le fond de son ca- 
ractère. La vie pastorale entretient le pei'pétuel sau- 
tillement de la pensée et la fébrile activité du corps. 
Coips et pensée sont instables. « Le plus bel endroit 
du monde est la selle d*un coursier fougueux », a dit 
le poète Moutenebbi; et les voilà partis au hasard 
de leur course, sans plan arrêté, sans rien qui les 
retienne à ce qu^ils quittent, ni qui les attire où ils 
vont. Ds n'ont pas le souci du lendemain. Rien, ni 
dans leurs actes, ni dans leurs pensées, né dénonce, 
la préoccupation de l'avenir. L'avenir, c'est le passé 
qu'on voudrait revivre en l'améliorant; sa concep- 
tion nécessite une liaison d'idées, un enchaînement 
d'observations poursuivies en aspirations précises , que 
l'esprit arabe — nous le savons de reste — est peu 
capable de combiner.On a voulu voir dans le fameux 
In Challah la marcpie d'un fatalisme absolu; c'est 
bien plutôt l'indifférence d'une pensée toute au pré- 
sent, qui, de l'avenir, ne veut rien pressentir, et at- 
tend que l'occasion naisse pour agir. L'insouciance 
de ces gens est encore la même aujourd'hui; ils ne 
songent pas à amasser en prévision des mauvais jours , 
mangent leur blé en herbe et se trouvent, quand 
la bise vient, fort dépourvus, sans capital de ré- 
serve qui leur permette d'attendre des temps meil- 
leurs. 

Ils sont peut-être encore plus insubordonnés qu'in- 
souciants. Du reste, tout cela se tient, car l'homme 
qui n a rien à perdre suit la première impulsion sans 



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LES PREMIERES INVASIONS ARABES. 421 

songer à lavenir, change facilement d'idée et tourne au 
premier vent. L'insubordination arabe n'a pas besoin 
d'être diimontrée. Il suffit d'avoir lu les fastes de 
la nation pour être fixé sur elle. L'histoire des 
Arabes est une longue révolte, sourde ou ouverte, 
grondante ou apaisée; elle couve toujours et éclate 
souvent sans but, sans moyens sérieux, sans consé- 
quences appréciables, comme le coup de simoun qui 
s'élève, rugit, retombe et n'a broyé la dune que pour 
la changer de place. 

Mais en voilà assez sur le caractère arabe. A par- 
ler de lui , on se laisse gagner à ses défauts , et Ton se 
surprend à tourner en cercle dans un sujet inépui- 
sable qui n'a pas d'aboutissement. Il est, en somme, 
profondément individualiste, et le Prophète de la na- 
tion a marqué ce trait avec soin. « Suivez la lumière 
ou les ténèbres, c'est pour vous que vous travaillez. 
Vous ne porterez point le fardeau d'autrui ^ » — « Crai- 
gnez le jour où une âme ne satisfera point pour une 
autre, où il n'y aura ni intercession, ni compensa- 
tion, ni secours à attendre^. » 

«Chacun aura pour soi ses œuvres, personne ne 
portera le fardeau d'autrui^. » Cet individualisme 
outrancier contraste vivement avec l'absence du senti- 
ment de la liberté individuelle. Peut-être cela lien t-il 

> Qoran, XVII. 16. 
• Qoran, H, 45. 
^ Qoriii, VI. i63. 



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422 MAI-JUIN 1899. 

à ce que l'homme se détache facilement du monde 
et s'absorbe volontiers en Dieu; l'avenir qu'il con- 
çoit si malaisément sur cette terre lui apparaît très 
clair dans l'au-delà, et la religion absorbe toutes ses 
facultés pensantes. 



[La suite au prochain cakier.) 



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LES SANCTUAIBES DO DJEBEL NEFOUSA. 493 



LES 
SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA, 



PAR 



M. RENÉ BASSET, 



COIUIKSPOIIDAIIT DB UIMSTITIIT, 
DIRBCTSUR DB L*BCOLB AUPilUBUliB DBS LETTRES D*AL6RR. 



L'histoire de T Afrique septentrionale, transformée par la 
publication de VHiitoire des Berbères de M. de ^ane, a subi 
une modification analogue par la mise en lumière d*écrits 
historiques composés par les Abadhites *. Jusque-là , on n*avait « 
pour ce qui regarde les guerres , les changements de dynas- 
ties, les traités de paix et la description du pap, que les 
récits des écrivains orthodoxes. Ceux-ci ont présenté d'une 
façon inexacte et incomplète le mouvement des esprits qui 
agita le nord de TAfrique Jusqu'au moment oà Torthodoxie 
triompha , sauf sur quelques points comme le Djebel Nefousa , 
Djerba et le Miab , qui devinrent les asiles de Thétérodoxie 
et restèrent constamment en rapport avec les communautés 
de TEst, dans TOman et à Zanzibar. Les origines et les vicis- 
situdes d'un mouvement rdigieux et politique qui aboutit 

' Malgré ropinion d'ibo KhaHikân , d*El Beladaori , etc. , qui ont adopté 
la lecture ^jj^\ » j*ai cru préférable de m*en tenir i celle que la tradition 
a conservée ches les Kbaredjites jusque de nos jours et qui est confirmée 
par un passage d*El Berràdi, Kitàb et Ejaomâlur, p. i55 : ^^ ^Ml <X^ 
ïy^J] ix? ^l^i M JU«JJI jOn 4MI ^^ ^). Cù aussi de Moly- 
linsli, Gnerara depuis sa fondation, Alger, i885, in-8\ p. a, n. 3. 



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424 MAI-JUIN 189Q. 

à fonder un empire comme cdui des Rostemides de Tibaret 
— il comprit an moment, outre cette ville et ses environs, 
rOued Rir\ Ouargla, le Nefzaoua, Gafsa, Gabès, Djerba, 
le Djebel Nefonsa, Tripoli et Sort, — ne peuvent être étu- 
diées que dans les écrits de la secte abadhite, et Ton ne sau- 
rait plus fair^ aujourd'hui Thistoire politique, civile et reli- 
gieuse de r Afrique septentrionale, sans avoir recours à ces 
auteurs, pas plus qu*on ne traiterait des guerres de religion 
au xvi' siècle en s*en tenant uniquement aux écrivains catho- 
liques. On s'en convaincra en comparant les données fournies 
par les historiens abadhites avec les tentatives, fort méri- 
toires du reste, faites pour reconstituer Thistoire des Roste- 
mides avec les seides sources sunnites par MM. de Goeje, 
Foumd et Mercier. 

Après M. H. Duveyrier, qui rapporta de son voyage au 
Sahara un manuscrit d*Ëch Chemmâkhi, Thonneur d*avoir 
signalé Timpoiiance des écrits abadhites * revient à M. Mas- 
queray. La Chroniqae d*Abou Zakarya, dont il publia une 
traduction, œuvre imparfaite sans doute et qui se ressent sur 
plusieurs points de l'inexpérience de Fauteur, fournit des 
renseignement^ importants sur Thistoire de Timàmat, de la 
dynastie des Rostemides et du commencement de cdle des 
Fatimites ^ La valeur de cette chronique , dont il serait dési- 
rable de voir publier le texte, s'était répandue jusqu*en 
Orient; c'est d'elle que l'auteur anonyme du Kechfel Ghom- 



' L article que M. Percy Badger.a consacré aux Abadhites dans un 
appendice de sa traduction de la chronique de Salil ibn Razik ( History 
of the imâms and Seyyids of Oman, Londres, 1871, in-3*, p. 384*389) 
est composé d*après les écrivains orthodoxes; d'ailleurs il ne traite que 
des Abadhites orientaux et s applique surtout à réfuter les erreurs de Pal- 
grave. Le mémoire de M. Brûnnow (Die Charidsckilen unUr dtn cnten 
Omayyaden, Leiden, i884« in-8*) ne parle pas des Kharcdjites d'Occi- 
dent. 

* Chronititte d'Abou Zakarya, Alger, 1898, in-8*. En ce qui concerne 
le Mxab, cf. la bibliographie .que j'ai donnée dans mon Étade sur 
la Zénatia du Mtah ^ île Ouargla et de l'Oued Hir; Paris, 1893, in-8% 
p. xi-xv. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 425 

mah, qui a servi de base à l'histoire des imàiOs de l'Oman, 
traduite par Percy Badger, a tiré ce qa*il dit des Abadhites 
de TAfriqae septentrionale \ Un ouvrage capital pour la con- 
naissance de la littérature historique des Kharedjites est celui 
de M. de Motylinski : Les livres de la secte abadhite * ; outre 
les textes imprimés ou traduits, comme ceux d*Ël Berràdi, 
d*Ex:h Chemmàkhi et d'Abou Zakaryâ , il nous fait connaître 
en détail les ouvrages inédits d'ibn Saghir, d*Ed Derdjini, 
un fragment de Thistoire de Djerbah et le tableau de la litté- 
rature abadhite, tant en Orient quen Occident, tel que 
Texpose £1 Berràdi , dans un écrit qui date du ix* siède de 
rhégire. Un autre service non moins grand, dû à cet érudit, 
est la publication d une description du Djebel Nefousa , qu*il 
fit rédiger en berbère par un indigène de cette contrée', 
contribution précieuse pour la linguistique et la géographie , 
et dont M. de Motylinski vient de publier la transcription 
avec une traduction soigneusement annotée *. 

Les Abadhites eux-mêmes, principalement les Mzabites 
d'Algérie, ont favorisé ce mouvement d'études en publiant, 
outre un certain nombre de traités religieux ou juridiques, 
deux ouvrages historiques : le Kitâb el Djaouâker, d'Abou'l 
Qâsim el Berràdi , très important pour les débuts de la secte 
kharedjite et les premiers Rostemides*, et le dictionnaire 
biographique d'Ech Chemmàkhi *. 

Ce dernier ouvrage se termine par une série d'appendices 



' Cf. Sacbau , Ueber eine arahitehe Chronîk aas Zamtibar, dans les Mittkei- 
hmgen des Semmart fir orientaUtchê Sprachen , i'* année, faac. ii; Berlin, 
1898, in-8% p. 1-19, 3* année, fasc ir, 1899, p. ^7-82. 

* Alger, i885, in-8'. 

' Relation en temazirt du Djebel Nefousa, par Brahim Ou Slimano 
Chemmàkhi; Alger, i885, petit in-À*. 

* Le Djebel Nejousa, Paris, 1898-1899, 3 fasc. in-8*. 

* Le Qaire, i3o3, in-8*. Cf. sur ce personnage A. de Motylinski, Le* 
livret de la secte abadhite, p. 33-36. 

* Kitâb es Siar, le Qaire, i3oi, tn-8*. Cf., sur Ech Chemm&khi, Mas- 
qocray. Chronique d*Abou Zakarya, p. 3 a 5*390 ; de Motylinski, Les livres 
de la secte abadhite, p. 37-61. 



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42Ô MAI-JUIN 1899. 

d*oà J'ai extrait le texte que Je commente ici. Cest une liste, 
probablement rédigée an xvi* siècle, des endroits vénérés do 
Djebel Nrfonsa; nne sorte de gnide des ptierins qm s*y 
rendent ponr visiter les oratoires, les sanetoaires, les mos- 
quées et les lienx consacrés par le souvenir dW saint ; or les 
hétérodoxes en comptent au moins autant qne les orthodoxes 
et les mirades sont tout à fait semblables. H rappdle, par sa 
composition, les listes composées au commencement du 
moyen âge ponr les pMerins chrétiens qqi allaient visiter la 
Palestine : ï Itinéraire de Bardeaux à Jérusalem, le De locis 
sanctis de Panla et d*Eustochium; la Relation d*Arculphe; 
V Itinéraire de Willibald, etc. On remarquera que, dans 
cette énumération, un certain nombre d*endroits portent 
encore le nom d*église [SL^^); il s'agit évidemment d'an- 
ciennes églises transformées en mosquées et où une explo- 
ration archéologique aurait chance de faire des trouvailles : 
la tradition rapporte d'ailleurs que les Nefousa étaient chré- 
tiens et aidèrent à la défense de Tripoli contre l'invasion 
musulmane. Je me suis efforcé de remédier à la sécheresse 
de rénumération en rassemblant dans le commentaire les 
renseignements historiques, géographiques et légendaires 
que m*ont fournis, outre les historiens orthodoxes, les écri- 
vains abadhites dont je viens de mentionner les œuvres, en 
particidier Ech Chemmâkhi ; je tiens aussi à signaler ce que 
je dois aux excellents travaux de M. de Motylinski, qu*on 
trouvera cités presque à chaque page. La chronologie de 
l'histoire des Rostemides et des gouverneurs du Djebel 
Nefousa étant encore obscure, j'ai cru utile de donner un 
tableau synchronique des principaux événements, en prenant 
pour point de comparaison la chronologie des gouverneurs 
et des souverains de l'Ifriqyah , et en adoptant pour ces der- 
niers les dates établies par Foumel. 

Aiger-Mastapha, 27 janvier 1899. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 427 

IMÂMS DU NEFOUSA. TIHARET. 



GOUVERNEURS 
DE L*IPRIQTAH 



Habib b. 'Abd br 
RaçmIn, redjeb i38- 
moharrem i^o (dé- 
cembre 755 , janvier 
756-mai, juin 767). 

i4o. Tué par ie 
chef des Ouarfadj- 
djouma , maître de 
QaîrouAn. 

Intérim. 



MOÇAMMED IBN EL 

Ach'ath, 1 44-1 48 
(761-762, 765-766). 



El Aghlab BSN Sa- 
LiM, i48-i5o (766- 
766, 767-768). 

Intérim d*El Mo- 
kbâriq. 

*OllAR IBN HbZAR- 
MARD, 151-154(768- 
769.770-771). 



Abou'l Khatt^b, 
i4o-i44 (757-758, 
761-765). 

Safar i4i (juin- 
juillet 758). H s'em- 
pare de QaûrouAn sur 
les Ouarfadjdjouma. 

i4a (759-760). 
n bat à Maghmedas 
le gouverneur de 
rÉgypte Mohammed 
ibn d Ach^ath. 



Safar i44 (mai- 
juin 261). Il est 
vaincu et tué à Ta- 
oorgha par Moham- 
med ibn el Ach'ath. 

Abou Hâtbm bl 
Mblsouzi, 1 44-1 55 
(761-761.771-772). 

Prise de Tripoli 
par les Abadhites. 



i54 (770-770- 
Abou Hâtem,aîdéde 



144. Fondation de 
Tahert par *Abd er 
Rahmân ben Rostem. 



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428 



GOUVERNEURS 
DE L*IPRIQYAH. 



MAI-JUIN 1899. 



IMÂMS DU NEFOUSA. 



TIHARBT. 



YeZID BSN HÂTEll , 
164-170 (770-771, 
786-787). 



'Abd er Rahmân ben 
Rosiem , d*Abou Qor 
rah etc. assiège *Oiilar 
à Tobnah. 

Siège de Qaîrouân 
où 'Omar est tué, 
1 3 de dxoul hidjdjah 
i54 («3 novembre 
770- 

i55 (77Ï-77»)- 
Victoire d*Abou Hâ- 
tem à Magbmadas 
sur l'avant-garde de 
Yeiid , îi 7 rebi* i" 1 55 
(a mars 77a). 

Défaite et mort 
d'Abou Hâtem à 
Djenbi. 

L'imÂmat passe 
aux Rostemides de 
Tibaret. Le Nefousa 
est administré par 
des gouverneurs nom- 
més ou approuvés par 



GOUVERNEURS 
DR I/IFRIQYAH. 



GOUVERNEURS 
DU NEFOUSA. 



imAms de TIHARET. 



Es Sam 9 b. Abou*l 
KhattAb, gouverneur 



'Abd er Ra^mIn 
BEN RosTEii, imâm, 
160-168 (776-777, 
784-786) (var. 161 • 
161). 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 429 

imAms de tiharet. 



GOUVERNEURS 
DE L*IFRIQYAH. 



GOUVERNEURS 
DU NEFOUSA. 



du Nefousa et de Tri- 
poli. 



DaOUD BEN YbZID, 

170-171 (787- ). 

RaOUAÇ B. HÂTIM , 

171-174 (787-79«)- 



Nasr BBif Habib, 

174-177 (790-793, 

79^)- 

El Fadul bbi« Ra- 
ODAç, 177-1 78 (793- 
79^» 794-795). 

HaRThImAH BB!f 

A'yAn, 179-183)795- 

79^» 799-Soo)» 

Mohammed ibn 
MoqItil, 1 83-1 84 
(799-800 ,[800-801). 



Le Djebel Nefousa 
envoie des secours k 
rimâm. 



*Abd EL OuahbIb , 
imâm, 168-308 
(784-785,823-824). 
Var.'AbddOuAreth. 



171 (787). Traité 
de paix entre 'Abd d 
OuahhÂb et Raouab. 

Scbisme des Nek- 
karites. 

Tentative d*assas- 
sinat sur rimâm. 

TroaUes dans Ti- 
baret. 

Guerres des Oua- 
çilites et des Mo*ta- 
idites contre l'imÂm. 



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430 



DYNASTIE 
AGHLAAITB. 



MAI-JUIN 1800. 

GOUVUUIBDRS 
DU NBF0U8A. 



IMAMS DE TIHAAET. 



'""AHIM BBlf El 
LB, 18^*196 
801, 811-813). 



196. Les Hoouâra 
et les Nefoosa, com- 
mandés par lyÂdh 
ben Ouahhftb, pren- 
nent Tripoli ; mais 
cette ville leur est 
enlevée par Abou 1 
'Abbâs *Abd Allah. 



Séjour de sept ans 
de rimâm à Ignaoun 
dans le Djebel Ne- 
fousa. 



ou*l*AbbjU'Abd 
1, 196-101 
813.816-817). 



A U mort d*£s 
Samh, son fils KJba- 
lef est élu par les 
Nefousa , sauf appro- 
bation de rimâm , 
qoi la refuse. 
Abod'l Hâsan Ayoub. 

Résistance de Kha- 
lef. 



Abou 'Obeîdah 

'AbD EL HaMID EL 

Djenaouni. 
LDBT Allah I , Révolte de Khalef. 
ia3 (816-817, 
J38). 



i96.*AbddOuab- 
hâb assiège Abou'l 
*Abbâs dans Tripoli. 

Traité entre Aboul 
*Abbâs et *Abd d 
Ouahhâb. 



221. Khalef est 



Assassinat de Mei- 
moun , fils de Timâm , 
par les Nekkarites. 



El Aplaç b. 'Abd 
EL Odahhâb , imâm . 
ao8-25o (8a3-8!id. 
871-873). 



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LES SANCTUAIRES DU DJËHEL NEFOUSA. 431 

IMÂN8 DE TIHARET. 



DYNASTIE 
AfiBLABITE. 



OOOVIIINBIJRS 
DU NBPOUSA. 



Aboo 'Iqâl ml 

AghLAB, 393 -ItÔ 

(837-838. 8do-84i). 

ABO0*L*AMUf Mo- 

VAMMBD, 996-943 

(840-841. 856-857). 



battu à Idref par 
Abou 'Obeîdah et se 
retire à Temti. 



Abou Ibbabim Af- 
MBD, 943-949 (856- 
867, 863-864). 

ZiADBT Allah II, 
9 49-958 (863-864, 
864-865). 



Mo^AMMBD EL 

GhabIbiq, 95o-94i 

(864-865,874-875). 

Abou Isçaq Ibba- 
Hm, 961-989 (874- 
875» 901-909). 



El *Abb1s ben Atoub. 



(Règne 60 ans 
d*après Abou Zaka- 
rya, 5o ans d'après 
Ibn Sagbir.) 



339(853-854).Ei 
Aflab brûle El 'Abba- 
syah , fondée par 
Abou'l *Abbâs près de 
Tiharet» et reçoit de 
Mohammed l**, sou- 
verain omayade d'Es- 
pagne, la somme de 
100,000 dirbems. 



El Aflah envoie 
Mohammed ibn *Arfa 
en ambassade au 
Soudan. 

Abou Bebb bbn 
£lA?la9,958(87i- 
879) (var. 95o). 

n fait tuer Ibn 
*Ar£Bi, ce qui amène 
une guerre civile dans 
Tiharet. Abou Bekr 
est détrôné et ses par- 
tisans le remplacent 
par ton frère. 



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432 



DYNASTIE 
AGHLABITB. 



MAI-JUIN 1899. 

GOUVERNEURS 

DU NEF0U8A. IMAtMS DE TIHARET. 



Abovl 'AbbAs 



Abou Dzarr Abân. 
Gouverne 7 mois. 

Abou Mineur 
EltIs. 

Guerre contre le 
fils de Khalef. 

Celui-ci est vaincu 
à Rimou et se retire 
a Djerbah ; il est livré 
à Abou Mansour et 
mutilé. 



a66 (879-880). 
Abou Mansour Elyâs 
bat à Qaçr Hatim £1 
*Abbâs, fils d^Ahmed 
ben Touloun. 

El Aplaç BEN El 
*AbbAs. 



283 (896-897). 
Bataille de Manou« 
gagnée sur les Aba- 
dhites par Aboul 
'Abbâs ben Ibrahim. 

A la suite de cette 
bataille, El Aflah est 
déposé et remplacé 
par son cousin « qui 
gouverne 3 mois. 

Aflah est rétabli. 



Abou*l YaqzhAn 
M09AMMBD BBN El 

Apla^. 

Mohammed ben 
Metâlàh prétend k 
TimÂmat avec l'aide 
des Hooaara; les Lo- 
ouata et les Nefousa 
appuient Aboul Yaq- 
xhân. 

Guerre civile de 
sept ans , pendant 
lesquds Ibn Mesâlah 
occupe Tiharet, re- 
prise enfin par Abou*l 
YaqxhÂn. 



Abou Hâtbm You- 

SOF BBlt MoHAMMSO, 

381 (894-895). 

Guerre civile : You- 
sof est chassé de Ti- 
baret et remplacé 
par Ya'qoub. 



Abou Hâtbm You- 
soF est rétabli. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 



433 



DTNASTIB 
AGHLABITE. 



GODVERKEUnS 
DU NEFOUSA. 



IMAMS DE TIHAUET. 



Ibrahim, 389-390 
(901-903.903-903). 
ZiADBT Allah m, 
390-397 (903-903, 
909-910). 



Abou ZakaryA 
Yaçya El IrdjAici. 



394 (906-907). 

Ya'QOUB BEN AfLAÇ 

est rétabli. 



DYNASTIE FATIMITE. 



GOUVERNEURS 
DU NEFOUSA. 



IMÂMS DE TIHARET. 



'Obbîd Allah lb 
Mahdi, 397-333 
(909-910,933-934). 



3io (933-933). 
Première ejipédition 
de 'Ali ben Sdmân 
ed Da*i , général fati- 
mite; il est vaincu. 

Abou Zakaryâ est 
tué près de Tirekt. 

3ii (933-934). 
Prise et destruction 
d'El Djazirab par Ali 
ben SelmÂn. 



396 (908-909). 
Le dâ'i 'Abd AUab 
détruit la domination 
des Rostemides à Ti- 
haret. SuiVant les 
uns , Ya'qoub est tué ; 
suivant d*autres, il 
se retire à Ouargla 
où il vit avec son fils 
Abou Solaîmân. 



39 



laralMMll» BAtlUBALI. 



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4M MAI^JUIN 1890. 

( Ech Chemmâkhi , Kitâb es Siar, p. 698 ) 

^^^i^Lg jl J^^'â^^ |i;-»^t pt<>^. e^J^g i Uwuy i jljJ^I 
Jua.4 ^«XjiâV^ JuU v^l A^^^^li «Kdà^XI s^^y^- cui^ j 
c:>^b ^t os>;3^ (j)^^ v^^^t^ i ^5^1^55 Jl^t yU^U 
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LES SANCTUAIRKS DU DJEEUEL NEFOUSA. 435 

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43C MAI-JUIN 1899. 

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1. L'oratoire de Tidjin, soas Vinvocation de Ya^iya 
ben Sojyân. 

D après Ëch Ghemmâkhi [Kitâb es Siar, p. 1196- 
298), Abou Zakarya Yahya el Lalouti en Nefousi 
était un homme instruit et vertueux. Lorsqu'il fît le 
pèlerinage de la Mecque, il lui arriva des aventures 
merveilleuses, racontées tout au long par son bio- 
graphe. On rapporte, comme preuve de sa sobriété, 
qu un jour des cheïkhs ayant passé la nuit chez lui, 
il leur servit beaucoup de viande sans couscous et 
s excusa auprès deux. Une autre fois, en pareille 
circonstance, il leur servit uniquement du couscous 
et de rhuile sans s excuser. On lui en demanda la 
raison. Il répondit : « Avec du couscous on n a pas à 
s excuser. » Il eut , entre autres disciples , le cheîkh 



Correction de 



^. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 437 

Abou *Abd Allah Mohammed ben Djellidâsen , com- 
temporain de Timâm rostemide El Aflah, ce qui 
permet de placer lexistence de Yahya vers la fin du 
II* siècle de lliégire (viii*-ix* siècle de notre ère). 

2. Un oratoire au-dessus de Labat. 

Ce nom se trouve écrit tantôt oJ^ , tantôt c:»y ^ : 
il désigne un moudiriah de Tripolitaine et aussi son 
chef-lieu, qui est situé au sommet dun rocher; il 
possède une garnison turke et compte environ 
1 ,6oo maisons de Berbèjres abadhites , dont quelques- 
unes sont creusées sous terre. Au milieu se trouve un 
quartier comprenant 3,ooo magasins où sont ser- 
rées les marchandises et les provisions des habitants. 
Chacun a la clef de son magasina On y voit trois 
mosquées : la grande mosquée, qui sert aux habi- 
tants du haut quartier; la mosquée neuve, en avant 
de la mosquée des ^Azzaba et la mosquée de Sidi 
Khalifah (Brahim en Nefousi, Relation du Djebel 
Piefousa, p. k'ô-k^; de Motylinski , Le Djebel Ne- 
foasa, p. 107). 

Un certain nombre de personnages importants de 
la secte abadhite sont originaires de Lalout : le cheïkh 
Abou Zakaryâ Yahya el Lalouti (cf. n° 1); Abou 
^Abd AUali Mohammed Djellidâsen el Lalouti en 
Nefousi, qui était un puits de science et gouverna 
cette ville sous rimâin El Aflah (Ech Cheinmâkhi, 

* Cette coutume existe aussi chez les Chaouias de i'Aourâs , et ie 
dépAt se nomme Guéla'a, de Tarabe JUJL}. Cf. G. Mercier, Le Chaonia 
de l'Anrès, Paris, 1896, in•8^ p. 9, note 3. 



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438 MAI-JUIN 1899. 

Kitàb es Si(u\ p. 298, Sag). — Abou Ahmed et 
Mohammed ben Basir, dont le premier récita en 
une nuit la prière de toute une année (Ech Chem» 
mâkhi, Kitàb es Siar, p. 296). — Abour Rebi* So- 
leïmân ben Haroun el Laiouti , tué à Tâge de a 7 ans 
par les Benou Tidjin ((j^^*, var. (jjAf^) (Ech Chem- 
mâkhi, Kitâb es Siar, p. 299). — 0mm Sohnoun, 
une des femmes les plus vertueuses du Djebel, que 
les cheikhs venaient visiter par déférence (Ech 
Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 298-299). 

3. L'oratoire d'Abou ^Amir à Anir [Iner) et sa 
mosquée. 

On trouve pour l'orthographe de ce nom^l et 
^ : Iner est aujourd'hui un qsar du moudiriah de 
Fosato, peuplé moitié d'Arabes et moitié de Ber- 
bères; il compte cinquante familles abadhites. Il est 
situé à l'ouest deTemezda. La mosquée existe encore: 
elle est entourée d oliviers (Brahim en Nefousi, Rela- 
tion du Djebel Nejousa, p. t-i«; de Motylinski , Le Dje- 
bel Nefousa, p. 94). 

Abou ^'\mir et Tesrârî était un des douze cheikhs 
connus pour voir leurs prières exaucées. H avait 
épousé \mat el Ouahid deTendemira, femme ver- 
tueuse et pieuse qui avait la plus vive aversion pour 
le mariage. Sa mère convoqua douze cheïkhs pour 
combattre ses idées; la jeune fille céda k condition 
tjuon lui permettrait d'épouser celui d'entre eux 
qu'elle voudrait et elle choisit Abou *Amir. Ech 
Chemmâkhi [Kitâb es Siar, p. 209-211) rapporte. 



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LES SANCTUAIRES DD DJEBEL NEFOUSA. 439 

danft la biographie de son mari, qu^elle vit deux 
fbii Satan dans }a même journée. Elle portait une 
diarge de bois sur sa tAte et ie diable lui souffla 
cette pensée : « Abou ^Âmir mange avec sa femme et 
ils ont mis ta part dans une marptiite. • Elle jeta le 
fagot pour y ajouter du bois quand elle reconnut 
que c'était Satan. Q sortit de la charge de bois sous 
la forme dW chat qui criait. En arrivant à la mai« 
son , elle trouva que tout s'était passé comme le démon 
le lui avait insinué; elle changea de couleur. Âboii 
^Amir reconnut que cela venait du diable ; il la prit 
par la manche et dit : « Ennemi de Dieu, sors d*un 
corps pur. » De nouveau il sortit de sa manche sous 
rappar^nee d'un chat qui criait et s en alla par la 
porte de la maison. Ses deux neveux, fils de sa soeur 
mariée à Tasaselt, rendirent de grands servires à 'la 
secte ! Abou Meïmoun et Abou Hamzah Louaba; 
laur oncle Abou ^Amir prédit leur destinée peu après 
leur naissance. 

Iner produisit aussi deux autres verlMeux person- 
nages î Abou Soleïmân el Ineri (voir n" /j8) et une 
femme pieuse nommée Châkirah, disciple d*Omm 
Yatya. Grâce à elle, le» copies du Kitâb el Khalil es 
Sâlik, dont un exemplaire existait chez un fabricant 
de Masîn, se répandirent dans le Djebel Nefousa 
(Ech Chemmâkhi. Kitâb es Siar, p, ^ik-^ib). 

tl. L'oratoire de ^Asim es Sedraii à Tisema, dans le 
Tighit, en face du cimetière. 

Tighit est situé au sud-est de Lalout. 



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Eb.. 



440 MAI-JUIN 1899. 

*Asim es Sedrati était un des «porteurs de la 
science», délégué par Abou ^Obeïdah Moslem. 
Lorsque les Ouarfadjdjoumah, commandés par 
*Asim ben Djemil, puis par son successeur *Abd el 
Malik ibn Abi'l Djadan, se furent emparés de Qaï- 
rouân, en i/lo de l'hégire (757-758), ils y com- 
mirent mille excès, massacrant et torturant les Qo- 
raïchites qui s y trouvaient, logeant leurs chevaux 
dans la grande mosquée. Les Abadhites, conduits 
par Timâm Aboul Khattâb, vinrent de Tripoli com- 
battre pour la défense de la religion, menacée par 
la barbarie des Ouarfadjdjouma. *Asim es Sedrati 
faisait partie de cette armée -et, suivant Ibn er Ra- 
qiq, commandait un corps de 6,000 hommes. Pen- 
dant le si^e de Qaïrouân il fut empoisonné, au dire 
d'Abou Zakaryâ, par un melon vendu par les 
assiégés. Tan i4 1 de lliégire (758-759). Mais, sui- 
vant Ibn es Sellâm, il aurait péri avec Abou Hâtem, 
successeur d' Aboul Khattâb, lors de la défaite des 
Abadhites du Djebel Nefousa par le gouverneur de 
rifriqyah, Yezid ben Hâtem, le 27 de rebi* i" i55 
(7 mars 772)^ 

^ Cf. Abou Zakarya« Ckronùfuê, tr. Masqueray, p. ag-So; Ech 
Chemmâkhi, Kitàb es Siar, p. i28-i3o, i^i; Ibn Khaldoun, Kitàk 
el Iber, Bouiaq« laS^ de Thég., 7 voi. in-8% t. VI, p. 113; Ibid., 
Histoire de l'Afrique et de la Sicile, éd. et trad. Desvergen, Paris, 
i84i« in-8^ p. 19 du texte, 54 de ia trad.; Histoire des Berbères, 
trad. de Slane, t. I, Alger, i85a, in-8% p. aig-aao; En Nouaîri, 
ap, de Slane, op, land.,Ap. p. 373*, Ibn 'Adzari , //ûtotrr de t Afrique 
et de V Espagne, éd. Dozy, Leyde, 1 848-1 85 1, 9 vd. in-8% t. I, 
p. 59-60; Ibn el Athir, Kâmil, éd. du Qaire, t. V, p. i5o-iSi; 
Foumel, Les Berbères, Paris, 1875-1881, a vol. in 8*, t. I,p.35o. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 441 

5. Iloratoire d'Aboa Ghalboan à Tematlet, en face 
de la mosquée, du côté de J^ Ouest 

Abou Ghalboun en Nefousi était un homme pieux. 
Ech Chemroâkhi se contente de dire qu il récitait le 
Qorân avec sa fiUe , qui habitait de i autre côté de 
Toued, et qu'il fut témoin de rlikuxûnation de la 
nuit d'El Qadr, tellement que, de loin, il distingua 
un chacal mieux qu'il ne l'aurait fait en plein jour 
{Kitâb es SiaVy p. 3oo). 

6. L'oratoire de Mâdemân el Hartâli. 

Ce nom est écrit tantôt (jU^U, tantôt ^Ujs^. Ce 
personnage était contemporain de l'imam rostemide 
de Tiharet, *Abd el Ouahhâb, fils et successeur de 
*Abd er Rahmân ibn Rostem (seconde moitié du 
II* siècle de l'hégir^ vni'-ix* siècle de notre ère). Ce 
prince lui avait confié les fonctions de qâdhi qu'il 
exerçait dans le Djebel Nefousa. Pour l'éprouver, il 
lui envoya deux lettres : dans la première, il le desti- 
tuait; dans la seconde, qui ne devait lui être remise 
que s'il obéissait à celle-ci, il le rétablissait dans sa 
charge. Après avoir lu la première, Mâdemân se con- 
tenta de dire : « Que Dieu fasse miséricorde à l'imâm 
qui a reconnu ma faiblesse et mon incapacité à rem- 
plir cette charge, et m'a écrit pour me destituer. » 
Quand on lui eut remis la seconde lettre, il reprit : 
« Que Dieu fasse miséricorde à l'imâm ; il a reconnu 

35 1, 354*356. La traduction fragmentaire d*Ibn el Âthir, publiée 
par la Revue africaine, se borne à reproduire (n** 2 35-a36, p. 3o3 
3o3) une partie des sources citées par Foumel. 



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L 



442 MAI-JUIN 1890. 

que personne ne pouvait me faire quitter ces fonc- 
tions. » (Ech Chenimâkhi, Kitâhes &ar, p. 19 5- 

.96.) 

7. A Onriiiy dans le Oaâii Temzin, 

Le qvsar de Tin Temein (en nefousi t'ewzin, (^j^ 
«orge») est situé dans le moudiriah de Lalont; il 
possède un vaste bois d'oliviers et une mosquée au 
sommet d une montagne. La rivière dont il est ques- 
tion ici est sans doute celle qui sépare le qsar de Tin 
n Temzin de celui de Tendemira et qui descend 
vers la Djefara pour se déverser à Tidji (Brahim en 
Nefousi, Relation du Djebel Nefonsa^ p. ¥*)fi\ de Mo- 
tylinski, Le Djebel Nefousa, p. io3-io4). C'est le 
Tamsin de la carte de Petermann. 

• 

8. Tourit n Nabert. 

9. La caverne de Tenabntin, 

10. Tefiri n Faoain, 

Au-dessus du qsar de Termisa , dans \é moudi- 
riah de Forsatâ , il existe encore un point abondant 
en eau, du nom de Tefiri (Braliim en Nefousi, Rela- 
tion da Djebel Nefoasa, p. iv; de Motylinski , Le 
Djebel Nefousa, p. 86). 

11. La mosquée de TagheremL 

En dialecte du Nefousa, le mot tareremt est le 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NKFOUSA. 443 

diminutif d'ar'erem « bourg , viUe , qsar ». La racine 
y'R'RM a fourni également au mzabite : arerem, 
j^l, piur. irermaoan, {j^^f^.; en ahaggar et en 
taïtoq : arerem, DO: , piur. iretinan, DOl ; î\ Ghat : 
araram, 30:; en aouelimmiden : arerem, DO!. 
En zénaga , le r est remplacé par un i ^ \/ IR M 
irmi) i^jj « village », plur. arnioan, (^^l. 

12. La caverne du paUs à' Mi, 

L'auteur désigne sans doute l'endroit appelé Tin 
IsU, qui fait partie du moudiriah de Forsatâ où habi- 
taient ie$ B, Ourtizlan , et dont il est question dans 
la vie du cheikh Ma^ad' (Kch Chemniàkhi, Kitâb ^s 
Siar^ p. 622), d'Aboul 'Vbbâs Ahimed el Oulili 
[ibid., p. 426), d'Aboul *Abbâs [ibid,, p. 452-453), 
d'Abou Wqoub Yousof ben Nefâth (ibid., p. 466). 

13. Voratoire d'Omm Yakya à Djelimet, 

Cette 0mm Yahya eut pour disciple Ghâkirah 
d'Iner(cf. n«3). 

1 4. L'oratoire au milieu du ouâdi. 

15. L'oratoire de Temesdjidiouin (les mosquées î 
^^«>iwi^) à Kabaou. 

Kabaou est situé dans le district d^El Harabah, 
moudiriah de Lalout, à l'ouest de Forsatâ. C'est 
aujourd'hui le plus considérable et le plus riche des 
qsour de ce moudiriah; les habitants ont la réputa- 

* Cf. mes Etudes mr les dialectes berbères, Paris, 189^, p. 46. 



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444 MAIJUIN 1899. 

tion dliommes instruits et cest parmi eux qu on 
choisit le qâdhi de la province. li est situé au som- 
met d une montagne et entouré de ravins plantés 
d oliviers et de figuiers; en face est une mosquée 
souterraine appelée Qechqdch. Le qsar compte 5oo 
maisons; les borgnes y sont très nombreux et le 
nombre des hommes y dépasse celui des femmes 
(Brahim en Nefousi, Relation da Djebel Nefoasa, 
p. rô; de Motylinski , Le Djebel Nefonsa, p. io5). 
Ech Chemmâkhi [Kitâb es Siar, p. 286-287) men- 
tionne un cheïkh du nom d*Abou Mohammed Isliten 
El Kabâoui que l'on consulta sur diverses questions 
et qui (ut disciple d'Abou Haroun Mousa el Djela- 
limi (cf. Kitâb es Siar, p. 3o7-3o8). 

16. L'église de Forsatâ. 

Forsatâ est situé dans le moudiriah de Lalout. 
On voit encore aujourdliui une mosquée, peut-être 
Téglise dont il est question ici, au milieu des ruines 
de lancien qsar, et en avant, vers le sud, le qsar 
actuel avec la mosquée de ^Ammi Yahya. Il ren- 
ferme un quartier spécial, analogue à la Gnclêta des 
Ghaouias de TAourâs, dans lequel les habitants dé- 
posent, sous la surveillance dun gardien, le blé, 
lorge, le beurre fondu, la laine et ce qu'ils pos- 
sèdent. La population est d'origine berbère et encore 
abadhite; ce qsar est séparé de celui de Tidji par une 
grande rivière plantée de palmiers (cf. Brahim en 
Nefousi, Relation du Djebel Nefousa, p. r»*; de Moty- 
linski, Le Djebel Nefoasa, p. io4-io5). 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NËFOUSA. 

Cet endroit a joui autrefois d'une grande ré 
tion et donné naissance à un certain nombre de 
sonnages célèbres : Abou D'err Saddouq El 
sataï, un des disciples d'Abou Mirdâs (voir ri 
(Ech Ghemmàkhi, Kitâb es Siar, p, 21 3-2 
Aboul Qâsim Younès ei Forsataï en Nefousi, 
était en relations avec Abou Mohammed Sa^ad 
Younès de Tidji (voir n** 1 9) périt à Manou en 
de lliégire. Son fils Abou Yahya et lui arriver 
un haut degré de science et de piété; tous c 
pour leurs affaires commerciales, voyagèrent da 
Soudan où ils reçurent une leçon d'un roi du 
Celui-ci étant souffrant et affiiibli par la crainte 
mort, Aboul Qâsem lui paria de Dieu, de ses 
lités, du paradis, de l'enfer, des promesses ei 
menaces divines. Mais le nègre le traita de mei 
et lui dit : « Si tu étais persuadé de tout ce qi 
racontes, tu ne serais pas venu jusqu'à nous, 
recherche des biens de ce monde. » Néanmoins 
convertit et recouvra la santé. Nous voyons pa 
exemple et par un autre, que rapporte aussi 
Chemmâkhi, qu'au m* siècle de l'hégire, des 
munications régidières et des transactions com 
ciales existaient entre le Djebel Nefousa et le Sou 
Un autre fait nous montre que des relations exist 
entre Abadhites de l'Est et Abadhites de l'Oues 
fils d'Abou'l Qàsem, Abou Yahya, avait étu< 
Charous auprès d'Ibn Matous et d'Abou Har 
Il fit le pèlerinage avec son père et sa mère, 
une autre fois seul. A cette occasion, lorsqu'i 



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446 MAWUIN 1809. 

fini les tournées autour de la Kal)ah, un homme 
le prit par la main , le tira de la foule et Tinterrogea 
sur le khalife *Ali. «C'était, dit Abou Yatiya, qui 
croyait sans doute avoir affaire à un orthodoxe, le 
chevalier des Musulmans, Texterminateur des infi- 
dèles , le ooQsin de l'Envoyé du Maître des Mondes. 
Il avait des mérites. — ^ Ses défauts sont plus nombreux 
que ses mérites», dit l'autre; puis il le questionna 
sur les cheïkhs du Djebel Nefousa , comme quelqu'un 
qui aurait grandi avec eux. «Il me demanda, con- 
tinue Abou Yahya, des nouvelles d'Abou Ma*rouf. 
— Il est mort, — C'est une perte qui ne sera pas 
réparée jusqu'au jour du jugement. » Puis il me ra- 
mena à mes compagnons (Ech Chemmàkhi, Kitâb 
es Siar, p. Sio-^Sia). 

17. Les trois monaments funèbres cMribaés à Aboa 
Mirdâs, 

Abou Mirdés Mohâsir es Sedrati était un des 
cheïkhs les plus illustres et en même temps des plus 
détachés du monde. Il dépensa toute sa fortune pour 
les pauvres, dit le recueil de biographies du Djebel 
Nefousa {Siar Nefousa), qui cite plusieurs traits de 
sa charité. U avait à Kahf une mosquée où il ado-- 
raitDieu et où l'on montrait encore, au temps d'Ech 
Chemmôkhi, Tempreinte de son pied. U était si 
scrupuleux qu'ayant vu un jour une femme étrangère 
le visage découvert, il jeûna pendant une année en 
expiation de cette indiscrétion involontaire. D était 
très estimé de l'imam rostemide *Abd el Ouabhàb 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 447 

auquel il s attacha « ainsi qu'à Ayoub ben El ^Âbbâs, 
après le retour du Rostemide à Tiharet, à Abou 
*Obeïdah *Abd el Hamid (voir n'» 6 1) et à El 'Abbâs 
ben Ayoub. Son mariage eut lieu dans des condi- 
tions particulières. Il consulta à ce sujet un de se^ 
amis et le pria de chercher une femme qui convînt 
à un homme comme lui. L ami parcourut tout le 
Djebel Nefousa et n'en trouva quune; encore elle 
était folle. 11 la demanda en mariage, elle consentit; 
Abou Mirdâs l'accepta, malgré sa folie, parce qu'elle 
Tavait choisi. Après le mariage, sa maladie disparut, 
elle devint une des femmes les plus vertueuses , les 
plus belles, lès plus accomplies du Djebel Nefousa. 
Ceci se passait à l'époque du séjour de *Abd el Ouah- 
hâb le Rostemide dans le pays. Abou Mirdâs rac- 
compagnait chaque vendredi à la mosquée. Un jour 
il y manqua; Timâm demanda après Itd, on lui ré- 
pondit : «Il s*est marié. — Abou Mirdâs, dit-il ^ a 
goûté à ce à quoi ont goûté les gens (^t^^j! ^jjti 
^\ii\ oatà Lt). » Sa biographie a été écrite par Abou 1 
*Abbâs Ahmed ben Sa^'d ed Derdjini , dans le Kitâb 
tabaqât el Machâikh (cf. de Motylinski, Les livres de 
la secte abadhite, p. 3i). Cf. aussi Abou Zakai'ya, 
Chromque, traduct. Masqueray, p. i5o-i5i; Ech 
Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. i 72-1 -78. 

18. Trois (oratoires) à Forsatâ. 

19. La mosquée de Sad ben Yoanès à Yimsiouin. 
Sa^ad ben \ ounès était originaire de Tidji. Son 



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448 MÂI.JUIN 1899. 

père Abou Younès Ouasin ben Sa*ïd , gouverneur de 
Qantrarah, envoya ses deux fds Sa*d et Nefôth étu- 
dier près de rimâm de Tiharet, El Aflah. Celui-ci, à 
la mort de leur père, nomma Sa*d gouverneur de 
Qantrarah. Mécontent, Nefâth accusa Timâm de 
relâchement, incriminant son goût pour la chasse, 
laccusant de porter des vêtements de soie et de prier 
les éperons aux pieds. Craignant la vengeance de 
Timl^, il se retira dans le Djebel Nefousa, où Sa^d 
le fit surveiller; alors il partit pour l'Orient où ses 
aventures, la façon dont il confondit les doctrines 
abbasides, la ruse par laqudle il parvint à se pro- 
curer une copie du Diwân de Djabir ben Zaïd, qui 
formait la charge de neuf chameaux, sont le sujet 
de récits légendaires chez les Abadhites. SaM se 
montra opposé à lexpédition qui se termina par la 
bataille de Manou, où furent écrasés les Abadhites 
du Djebel Nefousa, en 288 de Thégire (896-897)^ 

* En 383 de Thég. (896-897). Ibrahim ben Abmed TAghlabite. 
souverain de Tlfriqyah sous la suzeraineté des Abbasides, voulut 
conquérir TEgypte, à ce moment à peu près indépendante, sous 
Tautorité des Toulounides. Il quitta Raqqadah le a 3 de safar (9 avril 
896) et, lorsqu*il eut dépassé Gabès, il rencontra à Manou Tarmée 
des Nefousa, qui voulait lui barrer le passage, au milieu de rebi*i*' 
(commencement de mai S96). Ils furent vaincus, une partie d'entre 
eux jetés à la mer et massacrés, si bien que les eaux étaient rouges 
de sang. Le gouverneur du Nefousa était El Aflah ben El *Abbâs, qui 
avait, dit-on , déconseillé l'expédition. Il prit la fuite au milieu de la 
bataille , pendant que les Abadhites se faisaient tuer autour de leur 
drapeau. Sur ao,ooo qu ils étaient, 13,000 succombèrent, desquels 
^,000 hommes du Djebel Nefousa et parmi eux 4oo cheikhs, entre 
autres Matous, Chelbah, Djona, Meyâl, Ma'bed; ^o furent îtAXs 
prisonniers; ils furent égorgés de sang-froid ainsi que les autres 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 449 

(cf. Abou Zakarya, Chronique, p. 17 4-1 85; Ech 
Chemmâkhi, Kitâh es Siar, p. 2 1 4-2 1 5). Sa^ad ben 
Younès serait aussi i auteur d'un livre mentionné par 
El Berrâdi dans sa Risâlahf mais celui-ci ajoute que 
personne ne la jamais vu (de Motylinski, Les livres 
de la secte abadhite, p. 1 A). 

20. La mosqaée d'Aboa MoJiammed Khafib. 

Abou Mohammed Khasib ben Ibrahim et Times- 
mosi était célèbre par son désintéressement et sa 
piété; lui seid pouvait réduire au silence Abou *Abd 
Allah Mohammed ben Djenoim, le vainqueur de 
tous les cheikhs dans les controverses. On raconte 
que lorsqu'il allait étudier à Lalout sous la direction 
d'Abou r Rebi* Solaïmân b. Haroun , il passa à Ter- 
moumat, près d'un maître d'école qui lui demanda : 
«Où vas-tu? — A Lalout, pour étudier. — Que 
cette recherche est bonne! Le monde n'est que 
ténèbres; la science est son guide; deux génuflexions 
d'un savant valent mieux que l'adoration d'un igno- 

captifs par Ibrahim , dont la cruauté est afCrmée aussi bien par les 
historiens sunnites que par les Abadhites. Cf. Ech ChemmAkhi, 
Kitàb es Siar, p. 368-273; Abou Zakarya« Chronique, p. 194-302 
(c*est par erreur que ce chroniqueur dit qu*lbrahim ben Ahmed 
venait de TOrient et était envoyé par le khalife El Motaouakkel; la 
bataille eut lieu sous El Mo*tadhid et Ibrahim venait de TOuest) ; 
Ibn Khaldoun, Histoire de t Afrique et de la Sicile, éd. et Ir. Des- 
vergers, p. 56-67 du texte, p. i3o-i3i de la trad.; En Nouaîri, 
ap. Desvergers, op. laud., p. i3i, note i45; Ibn 'Adzari, Histoire 
de r Afrique et de t Espagne, t. I, p. ia3; Fournel, Les Berbères, 
t. 1, p. 575-576. Les historiens sunnites ne nomment pas l'endroit 
où eut lieu la bataille. 

Mil. 3o 



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450 MAI.JUIN 1800. 

rant pendant soixante ans. L adoration d un ignorant 
ressemble à la marche d un âne de moulin , il tourne 
et ne fait rien d'extraordinaire. » Sur la fin de sa vie, 
il tomba dans la misère et envoya im messager faire 
appel A la générosité des cheikhs qui habitaient 
Djâdou. Il fut rencontré par Abou 'Ahd Allah Mo- 
hammed ben Djenoim , son rival, qui lui remit vingt 
et un dinars qu'il avait sur lui et l'avertit de s'adres- 
ser à lui seul en cas de besoin. Son tombeau fut 
le théâtre de mirades dont furent témoins deux 
hommes de Tamlouchaït (Ëch Ghemmâkhi, Kitâb 
es Siar, p. 3 1 3-3 1 5 ). 

21. Les sept monuments fanéraires à Tintemzin. 
O^y^ c3» var. (^.jJo (j)a3. 

Le nom de ce qsar (cf. n*" y) signifie «celle de 
l'orge». On le trouve sous la forme themzin {^yS, 
en Zouaoua, à Bougie, chez les B. Halima, à l'Ouar- 
senis, en Haraoua et chez les B. Menacer; la forme 
temzin {j^yi, existe au Mzab et en Chelfa'a; tîmzin 
(jouf , à Ouargla, dans les Qsovir, au Djerid, en Ahag- 
gar et en Azger lttD+; temzen ^JH, à Syouah; 
timezzin (jj^y?, au Touat; toumzin (jJïîV^, à Tarou- 
dant; tamozen ^jJi, dans le Guanche de Lanzerote 
et de Fortaventura; tim£z'in l#D+, en Taïtoq, et 
t'amzin {j^jJ^^ au Djebel Nefousa. En Zouaoua, 
thimzin bour'ioul JjySyf (^wy^ « orge d'âne » désigne 
une sorte de graminée, le hordeam murinam. 

C'est sans doute de cet endroit qu'était originaire 
Abou Younès Ouasim en Nefousi et Temzini, qui 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 451 

reçut de l'imâm le gouvernement de Qantrârah. Il se 
fit remarquer par sa justice et sa bonne administra- 
tion (Ech Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 1 95). 

22. A Tamloachait la mosquée de Toaxenzert. 

Tamlouchaït est un q^ar du moudiriah de Laiout 
qui a produit un grand nombre de cheïkhs renom- 
més : Abou Haroun et Tamlouchaïti, disciple d'Abou 
Mohammed Khasib ben Ibrahim et Timesmoçi (cf. 
n** 30) et son fils Abour Rebi^ étaient originaires de 
ce qsar (Ech Ghemmàkhi, Kitâb es Siar, p. 3oi- 
307); — • Abou Ya^qoub ei Badoui, renommé pour 
sa piété, et que les cheïkhs choisissaient toujours 
pour faire la prière, habitait Tamlouchaït (Ech 
Ghemmàkhi, Kitâb es Siar, p. Boy); — Abou Mo- 
hammed Isa ben Mohammed el Melouchaï, dont 
les prières étaient toujours exaucées. Le Kitâb es Siar 
rapporte qu'il fut nourri par miracle et sauvé d'im 
lion pendant un voyage en Ifriqyah (op. laad., 
p. 3a5-3i6); — Abou Mousa *Isa ben Zera^ah en 
Nefousi el Melouchaï : quand il était malade, la santé 
lui revenait aux heures de la prière, pour qu'il pût 
s'en acquitter (Ech Ghemmàkhi, Kitâb es Siar, 
p. 3 16); — Abou Mohammed ^Atyat Allah el Me- 
louchaï, dont les songes sont célèbres et mentionnés 
dans les livres : en rêve, il vit le Prophète (Ech 
Ghemmàkhi, Kitâb es Siar, p. 3 1 6); — Une femme 
nommée Zeïdit, fille de *Abd Allah el Melouchâyah, 
qui, se trouvant un jour avec d'autres femmes occu- 
pées à filer de la laine, blâma ses compagnes qui 

3o. 



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452 MAI-JUIN 1809. 

s'étaient mises à chanter et leur rappela le jugement 
dernier, le tombeau et la mort, en langage berbère 
mesuré et doux, iipL^^ ^ jJ il^^^l^ p^ (Edi 
Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 3 17); — Aboul 
Qâsem et Tamiouchaïti, si pieux qu'il mourut en 
faisant des prosternations (Ech Ghemmâkhi, Kitâb 
es Siar, p. 33 2); — Abou Nasr Fath Allah ben 
Nouh el Melouchaï, qui vivait à la fin du vi* siècle 
de rhégire, était renommé comme savant et comme 
prédicateur; il étudia près de son oncle maternel 
Abou Yahya Zakaryâ ben Ibrahim , dont il fit Toraison 
fimèbre. On voit encore dans le Djebel Nefousa, à 
louest de Tendemira, moudiriah de Lalout, la mos- 
quée d'Abou Nasr (Brahim en Nefousi, Relation da 
Djebel Nefousa, p. »*i*'; de Motylinski, Le Djebel Ne- 
foasa, p. io3). Il composa plusieurs poèmes : une 
qasidah rimée en noun [en noanya) sur les principes 
de la religion , commentée par Isma^ïl ben Mousa de 
Djeital (cf. n* 54); une qasidah en ra [errâyia) aur la 
prière, elle na pas été commentée; une autre qasi- 
dah en noun , destinée à réfuter les partisans de la 
création du Qorân, et d'autres pièces de vers ren- 
fermant des exhortations. Ces ouvrages sont men- 
tionnés dans la liste d'El Berrâdi (de Motylinski, 
Les livres de la secte abadhite, p. 1 3 ) , qui cite encore 
la Risâlat el Mostarchid, du même auteur. Quand il 
avait à juger entre deux parties, il tendait entre elles 
et lui un rideau depuis la porte pour éviter toute 
partialité (Ech Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 584 
589; de Motylinski, Le Djebel Nefoiisa, p. io3. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 453 

note 2); — Younès Aboun Nedjâ et Temlouchaïti , 
chef d'un cercle spirituel; il parcourait matin et soir 
le Djebel Nefousa avec ses disciples, prêchant, inter- 
disant et permettant; une seule fois, en sept ans, il 
revint dans son pays. Pendant un séjour d'un an 
qu'il fit à Ifren , les habitants le mirent à l'épreuve 
dans un jugement dont il se tira avec honneur (Ech 
Chemmâkhi, Kitâb esSiar, p. 555-556). 

23. La mosquée de ^Ammi ^Isa. 

24. On se dirige vers la mosquée de Djar irerman. 

25. A Voratoire d'Afenfan. 

26. Aux sept monaments funéraires de Mamed ben 
Yânes. 

27. L'oratoire d'Abou ^Amir, à Tesrâr. 
Cf. sur Âbou *Amir le n** 3. 

28. L'oratoire de Tammalet dans le Oaâdi Formata. 

29. Les sept monuments funéraires à Timesmos. 
Les ruines de Timesmos existent encore dans le 

Djebel Nefousa, moudiriah de Lalout. 

30. On se rend à l'oratoire et à la grotte d'Abou 
Khaïa. 

li s'agit sans doute d'Abou Khalil ed Dercheli qui 



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454 MAI*JUIN 1899. 

enseignait à Derchel et eut deux disciples célèbres : 
Abou D err Abàn ben Ouasim el Ouighoui , qui fat 
gouverneur du Djebel Nefousa, et Ibn Mounisah 
(Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. a 1 6-2 18). 

31. A t église d'El Djezirah. 

C'est cette ville contre laquelle les Ketâmah, 
c est-à-dire les Fatimites, dirigèrent leurs attaques 
alors qu'Abou Zakaryâ Yahya el Irdjâni était gou- 
verneur du Djebel Nefousa. Cet événement arriva 
en Tan 3io de Thégire (922-923). *Obeïd Allah 
envoya une armée commandée par *Ali ben Selmân 
ed Dâ*i, lequel fat repoussé et dut s'enfair à Tripoli. 
A l'aide de nouveaux renforts envoyés par le Mahdi 
^Obeïd Allah , il reprit loffensive et vint assiéger les 
Abadhites dans la ville de Djazirah (la Nefousa d'Ibn 
*Adzari). Abou Zakaryâ Yahya fut tué aux environs 
de Tirekt, et, malgré sa résistance, la ville fut em- 
portée de vive force le 1 7 de cha^bân 3 1 a (3o no- 
vembre 923). La citadelle fat rasée, les femmes 
et les enfants emmenés en captivité (Ech Chem- 
mâkhi, Kitâb es Siar, p. 2 43; Ibn ^Adiari, Histoire 
de l'Afrique et de l'Espagne , t. I, p. 1 92 , qui appelle 
Abou Battah «le chef du Nefousa»; Wùstenfeld, 
Geschichte der Fatimiden-Chalifen, p. 6i-6a^; Four- 
nel, Les Berbères, t. U, p. i&4*i/i5; Mercier, His- 
toire de l'Afrique septentrionale'^, t. I, p. 327). Les 
fortifications de la ville farent relevées plus tard 

> Gôttingen, 1881, in-8'. 

« Paris, 1888-1891, 3 vol. in-8^ 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 455 

pour la mettre en état de se défendre contre les 
entreprises de Ya^iya ibn Ghanya, le Mayorquin 
(Ech Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. SAy); mais cette 
précaution ne paraît pas avoir empêché TAimora- 
vide de s emparer du Djebel Nefousa et d y faire re- 
connaître son autorité, car nous voyons qu'entre 60 1 
de ITiégire (i5io/i-i2o5) et 6o3 (laoô-iaoy), le 
khalife almohade En Nâser envoya son frère, le sid 
Âbou Ishaq à la poursuite de ses ennemis chassés de 
rifriqyah; il poussa au delà de Tripoli, passa au fd 
de Tépée les tribus des B. Demmer, des Matmata et 
du Djebel Nefousa, et ramena de Souaïqah des B. 
Matkoud les chefs de cette peuplade qu'il présenta à 
Tunis à En Nâser (Ibn Khaldoun , Kitâb el "Iber, t. VT , 
p. aû8; Histoire des Berbères, t. II, p. 222 ; Ez Zer- 
kechi, Tarikh ed daoulatain^, p. i2-i3). En 606 
( I a 09- 1 2 1 o ) , le Djebel Nefousa fut le théâtre d'une 
sauvante bataille entre Abou Mohammed b. Hafsida 
et Yahya ibn Ghanyah : celui-ci ayant été vaincu, 
les Nefousa qu'il tenait sous sa domination se sou- 
levèrent et rejetèrent son autorité (Ibn Khaldoun, 
Kitâb eClber, t. VI, p. 196, 279; Histoire des Ber- 
bères , t. Il , p. 1 o 1 , 2 90 ; Mercier, Histoire de ïAfrufae 
septentrionale, t. II, p. 233). 

32. A Charoas, l'oratoire qui est devant le buisson 
d'épines. 

Suivant El Bekri , c'était au xi* siècle la métropole 

^ Tunis, 1389 deThég., iii-8\ Reeaeil de notices » Constàntine, 
t XXIX, p. 22. 



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456 MAl-JUIN 1899. 

du Djebel Nefousa, renseignement confirmé par Ech 
Chemmâkhi {Kitâb es Siar, p. 278); c'était une belle 
ville, grande et très peuplée, à cinq journées de 
marche de Tripoli. Il n existait à cette époque aucune 
djâmi dans cette ville, non plus que dans les boui^ 
voisins , car, d'après les renseignements erronés d'El 
Bekri, les Abadbites n avaient jamais pu s accorder 
sur le choix dun imâm (El Bekri, Description de 
r Afrique septentrionale , texte arabe, p. 9 ^ ; traduction 
française^, p. a 5-2 6). Charous est cependant cité 
par Ibn Haouqal {Viœ et regna^, P- ^7) comme siège 
dun minbar. De même El Edrisi [Description de 
H Afrique et de VEspagne'^, p. 1 o5 du texte, 1 aS-i ai 
de la traduction) fait de Charous une des deux villes 
du Djebel Nefousa possédant un minbar, il parie 
avec éloge de ses eaux coiu*antes, de son raisin et de 
son pain. L'auteur anonyme [Description de l'Afrique^, 
p. 2 1) appelle à tort cette ville Sarous; tout ce qu'il 
dit à ce propos sur le Djebel Nefousa n'est qu'un 
assemblage de calomnies propagées par les ennemis 
des Abadhites. Il avait dû cependant exister un cer- 
tain relâchement dans les moeurs, car Ech Chem- 
mâkhi nous parie d'un salon i boire [y^ cr^) qui 
existait dans la banlieue ((jâ2tf>), à six milles de Cha- 
rous, la mère des cités (cj^JUt J) du Djebel Nefousa. 

* Éd. de Slane« Alger, 1867, ''*"^** 

* Paris, 1859, "*-^*' 

^ Éd. de Goeje, Leyde, 1878, in-8". 

* Éd. et trad. Doxy et de Goeje. Leyde. 1866, iii-8'. 

* Éd. A. von Kremer, Vienne, 1862, in-8'. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 457 

Abou 'Amr Meïmoun, informé de ce scandale, alla 
briser les vases à boire et refusa àoo dinars que les 
amateurs de vin lui offraient pour qu*il fermât les 
yeux (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. a 7 3). Il est 
probable que la tentative avait dû réussir avec 
dautres. Ses habitants avaient la réputation de ne 
pas mentir (Ech Chemmâkhi, op. laud.f p. 226), 
mais, ils n'étaient pas toujours très hospitaliers, 
témoin Taventure d'Abou Yahya ben Aboul Qâsem 
el Forsatâi qui, étant venu à Charous pour y habiter, 
ne trouva pas à se loger malgré la grandeur de la 
ville (Ech Chemmâkhi, Kiidb es Siar, p. 3 10). De 
nos jours, Charous nest plus quune grande ruine, 
près de la rivière de Berresof, dans le moudiriah 
de Forsato; on y voit encore la mosquée d'Abou 
MaVouf (Brahim en Nefousi, Relation du Djebel Ne- 
foasa, p. »*"; de Motylinski, Le Djebel Nefoasa, 
p. 100 et note a). 

C'était la résidence du célèbre Matous ben Hâroun , 
qui la quitta de crainte d'éprouver quelque dommage 
lors de la guerre qu elle soutint contre Tendemira 
(Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. a 60). Quelque 
temps après, il siu'git des hostilités qui durèrent 
sept ans, sous le gouvernement d'Abouch Cha*tha 
ibn el Baghtouryah, entre cette ville et Ouighou, au 
iv* siècle de Thégire (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, 
p. 327). — De cette ville étaient originaires Abou 
*Abd Allah Mo^iammed ben Djenaoun ech Charousi, 
renommé pour son mérite et aussi pour son avidité 
'Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 3a3-3a5);^ — 



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458 MAI-JUIN 1890. 

Abou Solaïmân Yahya ben Matous ech Charousi en 
Nefousi , qui avait été instruit par son père et gou- 
verna Gharous : sa science et le mérite de ses déci- 
sions juridiques le rendirent célèbre dans le pays 
(Ech Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 2-76, 3 29). 

33. L'oratoire d'Adjrab en Tab. 

34. L'oratoire au-dessus de la roche. 

35. L'oratoire da col cjui est au-dessus de la chaussée 
des Oulâd Ouaghlân. 

De nos jours, le mot Aghlân est le nom indigène 
par lequel on désigne les Mzabites. 

36. Moratoire de Nesdja. 

37. La pierre de Tasiliten. 

38. La mosquée d'Adjelmâm à Oairou. 

Cette mosquée existait déjà avant le xvi* siècle; 
une partie des cheïkhs de la ville s y réunissait autour 
d'un cheïkh de Charous (Ech Chemmâkhi, Kitâb es 
Sieur f p. 3a6). Ouighou est un qsar situé dans le 
moudiriah de Lalout et qui porte aujourd'hui le nom 
de Qsar des At Mahmoud; il est au sommet d'une 
montagne, compte environ iSo maisons peuplées 
moitié de Berbères , moitié d'Arabes , et possède une 
grande mosquée (Brahim en Nefousi, Relation da 
Djebel Nefousay p. t*'»^; de Motylinski, Le Djebel Ne- 
fousa, p. 106 et note 1). 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 459 

De Ouighou étaient originaires Mahdi en Nefousi 
el Ouighoui, dont la biographie a été écrite par Ed 
Derdjini dans ie Kitâb et Tabaqât (de Motylinski, 
Les livres de la secte ahadhite, p. 3 1). Il était de ceux 
dont la science et la' vertu émerveillèrent rimâm 
rostemide Wbd ei Ouahhâb , lorsqu'il se rendit à Ti- 
haret avec plusieurs cheïkhs du Djebel Nefousa, au 
moment où la guerre avait éclaté entre les Abadhites 
de cette ville et les Ouasiliens qui avaient adopté les 
doctrines des Motazélites. Mahdi prit part à la lutte 
comme habile controversiste , mais toutes ses qua- 
lités de dialecticien ne lempêchèrent pas d'avoir 
avec son cousin Faradj une contestation dont l'émir 
*Abd el Ouahhâb fut pris pour juge. En 196 de l'hé- 
gire (811-812), les Hoouâra et les Nefousa, pro- 
fitant de la révolte de la garnison de Tripoli contre 
le gouverneur aghlabite *Abd Allah ben Ibrahim ben 
El Aghlab, s'emparèrent de cette ville, sous la con- 
duite d'un chef qu'Ibn Khaldoun appelle lyàdh ben 
Ouahb, et la détruisirent de fond en comble. Mais 
*Abd Allah revint avec des forces plus considérables 
qui écrasèrent les Berbères et reprit Tripoli qu'il 
fortifia. A la nouvelle de ia défaite des Abadhites, 
Timâm *Abd el Ouahhâb vint de Tiharet mettre le 
siège devant la ville, qui fut vaillamment défendue. 
Le siège traîna en longueur, peut-^étre par la tra- 
hison de quelques-uns des Abadhites de la suite de 
l'imam. Mahdi, qui avait pris les armes, fut tué 
dans une sortie où les assiégés eurent le dessus. Des 
prodiges signalèrent sa mort : un oiseau paria pour 



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460 MAI.JUIN 1899. 

lannoncer à ses compagnons. De plus, sa tête cou- 
pée par les ennemis conserva sa connaissance : quand 
on disait à côté d'elle « les Musulmans (les Abadhites) 
sont en fuite», on voyait son visage exprimer du 
dépit et se contracter; mais si l'on disait « ce sont les 
Noirs (les *Abbasides) qui fuient», elle manifestait 
sa joie (Ech Ghemmâkbi, Kitâb es Siar, p. 1 70-1 7 a ; 
Abou Zakarya, Chronique, p. 87-89, 96-100, io3- 
io4, 116-121, 126-127; Ibn Khaldoun, Kitâb el 
^Iber, t. VI, p. 121, 1 4 1 ; Histoire de l'Afrique et de 
la Sicile, p. 35-36 du texte, 93-94 de la traduction; 
Histoire des Berbères, 1. 1, p. 243 , 277 ; Ibn al Athir, 
Kâmïl, t. VI, p. 109; Fournel, Les Berbères, t. I, 
p. 460-47 1 ; Mercier, Histoire de l'Afrique septentrio-- 
nale, t. I, p. 270). — Abou MaVouf Omar^ ben 
Djouàd el Ouighoui, cité comme une autorité dans 
les questions difficiles; il était contemporain d'Abou 
Mansour Elyâs et fut le maître d'un célèbre juris- 
consulte (Ech Ghemmâkbi, Kitâb es Siar, p. 263- 
265). — Abou Yousof Hadjdjadj el Ouighoui, 
homme vertueux marié à deux femmes entre les- 
quelles il montra toujours la plus grande équité. 
Ech Ghemmâkbi cite quelques traits de sa bonté 
envers sa servante {Kitâb es Siar, p. 218-219). — 
Deux hommes du nom d'Abou *Abd Allah, tous 
deux gouverneurs de Ouighou; sous le second, 
éclata tme guerre qui dura sept ans entre les habi- 



* n est appdé Ouidrân par Ed Derdjini. Cf. de Motylinski, Les 
livrêî de la secte ahadhite, p. 3i. 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 461 

tants de ce qsar et ceux de Charous (Ech Chem- 
mâkhi, Kitâb es Siar, p. 3 2 6-3 a 7). 

39. La mosquée de Toanin in Derchel. 

Derchel est située près de Ouigbou. Ech Chem- 
màkhi [Kitâb es Siar, p. lyo) nomme cette mos- 
quée jo^à ^l (jjaJL:^, et raconte qu'il s'y tenait des 
séances où figuraient entre autres le mufti Abou 
Nasr et Temesmosi et Nifâth b. Nasr, qui se plaisait 
à proposer des questions que les autres ne compre- 
naient pas, jusqu'au moment où il fut battu par 
Mahdi eiOuighoui en Nefousi (cf. n° 38) et^Amrous. 
Dans un autre passage [KxiAh es Siar y p. a 16), il 
l'appelle Derchel, J^i^à. C'est de là qu'était origi- 
naire Abou Khalil Sâl ed Dercheli, maître d'Abou 
Dzarr Abân qui devint plus tard gouverneur du Dje- 
bel Nefousa. Cet Abou Khalil avait un grand renom 
de science. Son fils ayant été tué, on lui amena le 
meurtrier en intercédant pour lui, mais il le tua 
et justifia sa conduite (Ech Chemmâkhi, Kitâb es 
Siar, p. 2 1 i-!2i3). De Derkel était aussi originaire 
Abou Sâlih Yasin ed Derkeli en Nefousi, disciple 
d'Abou Khalil Sâl, connu comme controversiste 
(Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. a 78-2 76). 

40. La mosquée d'Abân à Oaiglwu. 

La biographie d'Abou Dzarr Abân ben Ouasim 
el Ouighoui a été donnée par Ed Derdjini, Kitâb et 
Tabaqât (cf. de Motylinski, Les livres de la secte aba- 
dhite, p. 3i). Il fut gouverneur du Nefousa ppur le 



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4Ô2 MAI-JUIN 1899. 

compte de rimâm rostemide de Tiharet, El Âflah, 
fils de 'AÉd el Ouahhâb. Il était favorisé du don des 
miracles. Ainsi un chacal l'ayant mordu dans son 
jardin, il invoqua Dieu contre lui; immédiatement 
après, ranimai enfla et crevai II était déjà grand 
quand il commença à s adonner à Tétude : ce fut 
par dépit de voir les gens qui venaient le visiter 
pendant une maladie s inquiéter à peine de hii et 
causer longuement avec son frère Sftlih. Une fois 
rétabli, il se remit avec ardeur à Tétude; il passait la 
journée à son travail à Ouighou et, la nuit, descen- 
dait à Derchel suivre les leçons d'Abou Khaiil ed 
Dercheli (cf. n** ag). LeKitâh esSiar rapporte divers 
exemples de son application. Il eut des difficultés 
avec Abou *Obeïdah , gouverneur du Djebel Nefousa , 
ou, suivant d autres, avec son successeur El *Abbâs 
ben Ayoub. A la suite d une dispute où on lui avait 
donné tort, il entra chez lui, en sortit avec ses 
armes et fixa El *Abbâs : « Pourquoi me regardes-tu, 
demanda celui-ci ? — Es-tu un rayon de soleil pour 
que je ne te regarde pas, répliqua Abou Dzarr. — 
De qui as-tu reçu cette opinion? dit El *Abbâs. — 
De celui qui nous a imposé ton gouvernement (c'est-à- 

^ Cf. Taxiome c:»Lt IfJlSl ^^y j»^ l^ ^^ iUy^^^ *UaJt pH^ 
(Tachkupru-Zâdeh« ChaqàJUf en No'rnânyah, en marge du Ouafajàt 
el Ayant d*Ibn Khdlikân; Boulaq, 1399 de Thég., a vol. m-4°. 
t. I, p. 133) et le commentaire qu*en a donné Es Soyouti, (Anis d 
Djalis, Gonstantmo|de, i3i 1 de Thég., in-8*, p. 1 13). G£ aussi un 
passage des Mille et une Nuits (éd. du Caire, h vol. in- 8% i3o9 de 
rhégire, t. 1, p. 3ia) : ^ j c^Ua-M çyJL^ iU^jw* Si»Jj\ i^ Ju&iJ ^ 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 403 

dire de rimâtn El Aflah). » Les assistants se rangèrent 
alors à son avis. Quand il fut nommé gouverneur 
du Djebel Nefousa en remplacement d*El ^Abbâs, il 
demanda à Dieu de ne pas exercer ces fonctions plus 
de sept jours, sinon plus de sept mois, sinon plus 
de sept ans. Il resta en charge moins de sept mois 
(Ech Chemmâkhi , Kitâb es Siar, p. a 1 5-2 1 8). 

41. L'oratoire de Ghazâlah. 

C'était une esclave noire, venue du Soudan, qui 
se convertit dès quelle entendit réciter le Qorân. 
Chaque nuit, après son travail de la journée, elle 
faisait vingt milles et plus pour assister aux réunions 
pieuses chez *Abd Allah Mohammed ben el Kheir 
à Tin Ourziref. Déjà, au temps d'Ech Chemmâkhi, 
son oratoire, situé dans une caverne, était célèbre 
(Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 218). 

42. La mosquée de Toaoaft. 

Peut-être faut-il voir dans ce mot le nom des 
B. Itououeft, célèbre tribu berbère. 

43. Une roche dans le vallon de Beggâlah. 

Le qsar de BeggMah existe encore de nos jours 
dans le Djebel Nefousa, moudiriah de Lalout, au 
sud de Djeridjin. Une moitié de la population est 
arabe, l'autre berbère : ce qsar renferme 1 10 mai- 
sons et une mosquée; ses habitants possèdent des 
oliviers et du bétail (Brahim en Nefousi, Relation du 



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464 MAI-JUIN 1899. 

Djebel Nefoasa, p. H'; de Motylinski, Le Djebel Ne- 
foma, p. loa). 

44. L église de BoghtouraJi. 

On trouve la forme i^J^ à côté de la forme 
Ij^^Uju (Ëch Chemmàkhi, Kitâb es Siar, p. 235-236). 
3e cet endroit étaient originaires : Aboul Qàsem 
>edrat ben El Hasin el Boghtouri en Nefousi, con- 
emporain d'Abou Mohâsir el Ifatmâni (voir n' 47) 
ivec qui il était lié. Il étudia à Ouighou auprès 
TAbou Dzarr Abân. On cite de lui un trait de fana- 
isme. Un homme de Temenkert étant venu Tin- 
riter, il partit avec lui. En route, ils rencontrèrent 
m juif à qui le Temenksrti rendit son salut. Abou 1 
Jàsem lui adressa des reproches et le quitta. Sur la 
in de sa vie, il se remaria à une méchante femme 
[ui exerça sa patience. Il mourut, dit-on, à i5o ans 
^t aurait eu 120 ans à Tépoque de la bataille de 
^anou à laquelle son fils assista (Ech Chemmâkhi, 
ïitâb es Siar, p. 201, 235-236). — Abou *Abd 
Ulah el Boghtouri , homme de bien , savant et crai- 
imnt Dieu; les biographes ne citent de lui qu'une 
inecdote insignifiante, sur une querelle qu'il eût 
ivec sa femme à propos d'un esclave vendu par lui 
Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 328). — Abou 
ifa^qoub el Boghtouri, homme d'une générosité 
iprouvée. Un jour, revenant de la mosquée en temps 
le famine , il trouva à sa porte vingt-cinq hommes 
le Demmer, à chacun desquels il distribua une poi- 
gnée de farine mélangée d'eau. L'un d'eux, devenu 



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LES SANCTUAIRES DU DJEBEL NEFOUSA. 465 

plus tard gouverneur de Gabès, disait n avoir janrais 
rien mangé de plus exquis que cette poignée de 
farine. « Si .\bou Ya*qoub acceptait de moi la fortune , 
ajoutait-il, je Tenrichirais, lui et sa postérité. » Etant 
tombé malade chez Abou Mousa Isa ben Zora*ah et 
Temlouchaïti, il se fit transporter chez lui; sa fin et 
sa place en paradis lui furent annoncées par une 
femme d'Ouighou, Asyah, qui était venue le voir 
(Ech Ghemmàkbi, Kitâb es Siar, p. 33o-33i). — 
Moqrim ben Mohammed El Boghtouri, célèbre pour 
sa science, écrivit la biographie des cheikhs qui 
l'avaient précédé dans le Djebel Nefousa ; il est aussi 
fauteur d'ouvrages de droit. Son ouvrage historique 
fut terminé dans les derniers jours de rebi' i^ ^99 
(janvier iqo3) à Djenaoun. Il avait été le disciple 
d'Abou Yahya Taoufiq el Djenaouni (Ech Chem- 
mâkhi, Kitâb es Siar, p. 548). 

45. L'oratoire d'Aboa Bekr el Ghafsoufi. 

C'était un homme pieux, mais on cite de lui un 
trait de casuistique assez curieux. Quand il attachait 
son âne près d'vme récolte, il tournait la tête de 
l'animai du côté opposé. Si on lui disait ensuite : 
« Ton âne va endommager la récolte » , il répondait : 
« J'ai tourné sa tête dé fautre côté ; par la permission 
de Dieu, il ne se tournera pas vers la récolte » (Ech 
Chemmâkhi, Kitâb es Siar, p.33a). 

46. L'oratoire d'Aboa ^Othmân ed Dadjdji Ou 
Idrah. 

Dadjdji, ou plus exactement Daggi, est situé 
xiii. 3i 

mraiiiuaK iiTiettLt. 



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406 MAI-JUIN 1899. 

dans le iiioudiriah de Lalout, au fond dune gorge 
et au pied d'une montagne au sommet de laquelle 
il existe encore de grandes iniines, une mosquée et 
un moulin k huile. Le qsar, habité par des Maie- 
kites, ne compte plus aujourd'hui que dix maisons 
(Brahini en Nefousi, Relation du Djebel Nefoasa, 
p. r-ri; de Motylinski , Le Djebel Nef oiusa, p. loi). 
L'oratoire d'Abou 'Olhmàn était déjà connu au temps 
d'Ech Chemmakhi (Kitcib es Siar, p. 209). Sa vie fut 
écrite par Ed Derdjini dans le Kitdb et fabcufât (cf. 
de Motylinfki, Les livres de la secte abadhite^ p. ai), 
et reproduite par Ech Chemmakhi [Kitâb es Siar, 
p. a 05-209). Il était doué du don des miracles : son 
aventure avec un chacal, qui lui donna une leçon 
de générosité, est racontée par le Siar berbère du 
Djebel Nefousa, d'où elle a passé chez Ed Derdjini 
et, de là, chez Ech Chemmakhi; elle a été traduite 
en français d'après le texte berbère par M. de Moty- 
iinski [Le Djebel Nefousa, p. joi, note 2). On ra- 
conte aussi que , le pays étant en proie à la sécheresse , 
Ahou ^Othmân possédait un verger dont les branches 
se flétrirent et les feuilles et les fruits tombèrent. Sa 
femme dit à son fils : Va trouver ton père et dis-luî 
de demander à Dieu d'arroser notre verger. » Quand 
le cheïkh vit l'enfant s'avancer vers Im' , il lui dit avant 
cpie l'autre n'eût parlé : « Ta mère t'a envoyé pour 
que je demande à Dieu d'arroser notre verger. — 
Oui , répondit-il. Alors Abou *Othmân pria le Très- 
Haut qui envoya sur son verger un nuage qui l'ar- 
rosa : il prospéra et reverdit. 11 est vrai que ce miracle 



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LES SANCTUATKES DU DJEBEL NEFOUSA. 107 

ne dura pas. Une nuit qu'Abou 'Othman était A prier 
dans son oratoire, de^ roleurs arrivèi*eilt et le frap- 
pèrent simultanément , mais leurs coups n^atteignirent 
qu eux-mêmes et le lendemain oh les trouva morts* 
Quand il partit en pèlerinage, il abandonna son 
troupeau dans la montagne et^ à son retour, il le 
trouva intact, sans que les voleurs ou les chacalft y 
eussent causé.du dommage. 8a sainteté ne le préser- 
vait pas de la colère : h la suite d'une légère dispute 
avec des femmes, il invoqua Dieu contre elles ; igg 
se noyèrent dans un torrent; il n'en échappa qu'une* 
Les obeïkhs blâmèrent Abou *Otbmân qui , en puni- 
tion, jeûna pendant un an. 11 était contemporain de 
Témir rostemide El Aflah et était très Ué avec le cheïkh 
Aboul Mohâser (voir nM7), qu'il visitait souvent. 
Sa fdle Menzou eut aussi des aventures extraordi- 
naires. 11 mourut étouffé soUs un éboulement, dans 
une caverne où il allait chercher de 1 argile j suivant 
d autres, on le trouva mort sur le chemin tandis qu'il 
allait porter à manger aux moissonneurs ; il avait écrit 
son testament sur la poussière, mais le vent effaça les 
lettres. 

Daggi donna naissance aussi ô Ghibath en Nefousi 
qui portait le drapeau des Abadhites à la bataille de 
Manou (a83), où succomba l'élite des cheïkhs du 
Djebel Nefousa (Ech Chemniâkhi, Kitâb es Siar, 
p. 266-2G7). 

47. Les trois mosquées d'Abou Mohâser, 

La vie d'Abou Mohâser Mousa el Ifatmàni ben 

3i. 



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468 MAI-JUIN 1899. 

DjaYar Es Sedrati est donnée par Ed Derdjini dans 
le Kitâb et Tabaifât (cf. de Motylinski, Les livres de 
la secte abadhite, p. 198-aoa), et reproduite par 
Ech Ghemmâkhi [Kitâb es Siar, p. 1 98-aoa ). C'était 
un personnage très dévot et très scrupuleux, comme 
le montre la discussion qu'il eut avec son ami *Amrous 
ben Fath à propos de Tablution avec le sable en place 
d eau , un jour qu'ils étaient dans le 4ésert. On ra- 
conte quil fit sept fois le pèlerinage, monté sur la 
même ânesse. A chaque départ et à chaque retour il 
priait dans un oratoire, et sa monture répondait à 
son invocation par un braiment. Un jour qu'il par- 
tait pour la Mekke , il trouva sur sa route une gazelle 
qui venait de mettre bas et qui allaitait son faon. 
Elle s'enfuit à sa vue, mais il lui dit : «Reviens, 
pauvre bête, je suis Mousa ben DjaYar. » La gazelle 
revint et il ajouta : « Tu as mis bas sur le chemin et 
les gens pourraient te nuire. » Alors il prit le faon , le 
poita à quelque distance de la route et le lui laissa. 
On cite de lui d'autres traits qui rappellent saint 
François d'Assise, et son intimité avec les animaux, 
dont il était compris plus que des gens. Sa générosité 
envers tous, hommes et bêtes, était proverbiale. 

48. L'église de Tin Betin. 

Tin Betin est mentionné dans la vie d'Abou Za- 
karyâ Yahya ben Abou'l Kheir el Djenaouni (Elch 
Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. 536). 

49. L'oratoire d' Abou'l Hasan el Abdilâni. 



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LES SANCTUAiRES DU DJEBEL NEFOUSA. 409 

On trouve, à côté de ^*>ot , la forme ^^Oy' (Ech 
Ghemmâkhi, Kitâb es Siar, p. a/4 1). 

50. L'église d'Arerem en Imân devant Abdilân, 
Dans le Kitâb es Siar d'Ech Ghemmâkhi , ce nom 

est écrit ^U^l ^yé\ et ^^Uj^l (p. 178, a5i, aSu). 
La première variante a pour elle lautorité de Yahya 
ben Aboul 7zz. C'est là que se réfugièrent deux 
cheikhs célèbres du Nefousa , plus pieux que coura- 
geux, Abou Zakaryâ et Taoukiti (voir n" 67 ) et Abou 
Mohâser (voir n* 4 7 ) , qui avaient accompagné Timam 
El ^\bbâs dans une expédition contre les B. Ifren. 
L'éclat des épées , dirent-ils , les avait fait déserter : 
ijf^] ^ Jc^\ ^ U*a.^ Ul (Ech Ghemmâkhi, Kitâh 
es Siar, p. 198-199). 

5 1 . Tidji n Msabilen. 

52. L'oratoire de Zoufjhah n Irdjân. 

Zoughah el Irdjânyah était une sainte née dans le 
bourg d'Irdjân , d où étaient originaires les person- 
nages suivants : le qâdhi Abou Zakaryâ Yahya el 
Irdjâni, qui fiit gouverneur du Djebel Nefousa. 
11 était célèbre pour son désintéressement. A la nais- 
sance dun fds, les Juifs lui ayant offert un présent 
de quarante dinars, il le refusa. Ils ie quittèrent, 
étonnés de trouver un pays dont le gouverneur ne 
convoitait pas les richesses des gens. A deux reprises, 
il eut à repousser les attaques des Ketâmah du pre- 
mier khalife fatimite, le Mahdi ^Obeïd Allah (voir 



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470 Mil-JUIN 189 . 

p. 3 1 ) , et fut tué près de Tirekt par un dei riens , 
originaire, dit-on, de Tin Bekr; mais il ne voulut 
pas le nommer pour épargner à son fils le fardeau 
de la vengeance (Ech Chemmâkhi, Kitâb es Siar, 
p. Q 4 3- a 4 4); — Aboul Kheir el Irdjâni, oontem- 
porain de rimâm ' Abd el Ouahhâb , fut en contro- 
verse à Forsatâ avec Abou Mohammed el Kabftoui 
et Abou Yaljya el Foria|aï (Rch Chemmâkhi, Kitâb 
es Siar, p. i63). 

( La suite au prochain cahier. ) 



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STX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGRREBIN. 471 

SIX CHANSONS ARABES 
EN DIALECTE MAGHRÉBIN, 

PïBLléES, TRADUITES ET ANNOTEES 
PAR 

M, C. SONNECK. 



Je suis heureux de pouvoir placer sous les yeux des lecteurs 
du Journal asiatique quelques extraits d un important recueil 
do poésies populaires arabes en dialecte maghrébin que je 
compte , s'il plaît a Dieu , publier prochainement. 

Les Arabes du Maghreb, descendants de ces guerriers 
dont chacun était un poète , gardiens des traditions de leurs 
aïeux , ont hérité de leur âme poétique et de leur tempéra- 
ment versificateur : tout est pom* eux matière a rimer; leura 
productions sont innombrables. 

Sans entrer ici dan» ime étude détaillée des différents 
genres de la poésie arabe africaine , je puis dire cependant 
qu'on y constate , comme dans la population , deux divisions 
principales : d'une part, les œuvres des citadins, imitation 
de celles des Maures bannis d'Espagne; d'autre part, les 
chants des Bédouins , procédant des poètes de TArabie clas- 
sique. Cette dernière catégorie est de beaucoup la plus inté- 
ressante : alors que les pastiches des Maures africains, en- 
fermés dans le cercle étroit de leurs modèles, tombent vite 
dans la monotonie, ou voit au contraii'e le Bédouin pro- 
clamer la grandeur de Dieu et la gloire de son Prophète, 
célébrer les vertus des saints de Tlslam, chanter ses amours 



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Ik 



'472 MAI-JUIN 189g. 

et les exploits de sa tribu , s'enthousiasmer au souvenir d'une 
chasse ou d'un combat, décrire en connaisseur les beautés 
de sa dame ou celles de son cheval, peindre en maître les 
tableaux de la nature et, maniant avec aisance la satire et 
l'épigramme, tantôt grave, tantôt badin, toujours poète, 
rendre avec variété et souvent avec un grand bonheur d'ex- 
pression tous les sentiments de son àme mobile. Aussi est-ce 
à cette branche que j'ai fait la plus large part. 

Les limites dans lesquelles j'ai dû me renfermer, sous 
peine d'abuser de l'hospitalité qui m'est offerte , ne me per- 
mettant pas d'exposer dans cet article tous les résultats de 
mes recherche^, — ils feront l'objet d'études d'ensemble, — 
je n'ai intixnluit dans les notes des morceaux donnés ici que 
les éclaircissements les plus indispensables et quelques ren- 
seignements sur les faits intéressants à divers titres que j'y 
ai relevés. 

J'ai , dans la traduction, serré le texte d'aussi près que je 
l'ai pu; c'est un mot-à-mot auquel je n'ai fait cpie quelques 
additions pour préciser ou compléter certaines idées. Ce 
procédé , auquel on peut reprocher un peu de sécheresse , a 
par contre l'avantage de montrer la pensée de l'auteur 
dépouillée de tout enjolivement trompeur et de permettre 
une appréciation plus exacte des sentiments qu'il a voulu 
exprimer : c'est le but d'une traduction d'étude. 

Ces six textes sont d'origines diverses. J'ai dû renoncer, 
faute d'espace , à en donner la transcription , mais j'ai signalé 
dans les notes les particularités phonétiques qui m'ont paru 
les plus curieuses et j'indique dans les deux paragraphes 
ci -dessous les modifications et altérations que subissent con- 
sonnes et voyelles dans les différentes régions du Maghreb. 

Le système de transcription auquel je me suis arrêté est 
relui de la (Commission scientifique de l'Algérie, auquel j'ai 
apporté les améliorations imaginées par M. Sauva ire pour sa 
traduction de la Description de Damas \ 

"* Journal asiatitfue , mars-avril 189^), p. tt.S/i. 



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Sï\ CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 473 

. A. Consonnes. 

p. Le sou légèrement guttural du hamza dispar 
le langage ; il n'y a donc pas lieu de le transcrire : 

i" Il se confond avec celui de la voyelle dont cet 
est affectée : y»î amr; JLi. = jLi. sâl; î^s = 1^5 qrd; ^^ 
k^! ibat; 

2* Quand le hamza doit porter un djezm en vert 
orthographe régulière , il se change en une lettre lai 
logue a la voyelle que porte la consonne qui le p 

I . Valif, lettre de prolongation , vaut â : j^l^ yâh 

Valif prosthéticpe est généralement rendu pa 

eu ou œ très brefs) : l^oJi ^li> dâr ëddonya. Je le ren 

quefois par â bref avec les gutturales : /JLiœl aatj^. 

11 ne se prononce pas et conséquemment ne se 1 

pas : 

1** Quand il vient après une lettre faible : ^,>U.Ji3 
(1er ; Luit bl anâ Imaallem ; 

a** Quand îl appartient à l'article qui détermine 
commençant par un hamza : JU^^i jî^Lw = Jl•^^ iU 
lârmàl, 

Ks» est à peu près partout prononcé t. Les pop 
citadines d'origine mauresque l'articulent très fréqu< 
is (le trait qui souligne un groupe de lettres indiqu< 
groupe ne représente qu'un seul caractère arabe ) : g^J 
Pour cette prononciation spéciale , le o redoublé sei 
par Un: Jj^ Jiaitsa; kiS^\ ètUàhnyya. 

^. Cette lettre se confond presque toujours dans 
gage avec le c» ; elle se transcrira donc au moyen des 



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474 MAI-JUIN 18Q0. 

signes: jLi^w»., = Jlx-^ ^tel; l^ydl = IjyJI e«5re^a. Chez quel- 
ques tribus du Sud qui ont gardé une pri^nonciation pure 
le son du v±» s'obtient en poussant la langue sur les dents 
entr'ouvertes ; je le rends dans ce cas par t : t^Jlx5 taHèh, En- 
fin, en Tunisie et dans le Sud Oranais on le pronoooe quel- 
quefois /; cette prononciation est jugée fautive : pjemma. 

^ a plusieurs valeurs. Dans les villes et dans Touest on le 
prononce 4/ ; J^ J^éméL Redoublé , il sera rendu par ddj : 
it^ qêmèddja, Ches les gens du sud, dans l'Algérie orientale 
et en Tunisie il sonne j et, devenu chuintont, est considéré 
comme lettre solaire ; Jçr jèmél; Jlw# ëjjëmil. Au Maroc , il 
équivaut à notre g dur dans un certain nombre de mots que 
Tusage fait connaître : jl^ magâz; ^.j^ gens. Ekifin les 
Tunisiens et leurs voisins de la province de ConstanUne le 
changent quelquefois en z j^JJ/l Jla 'ahëted; )p^ c^^)^^ ^^'~ 
zoaâz IfÂrtoâ, 

s d. Même observation que pour le o et le e»; le ^ et \v 
S sont souvent confondus. Les nomades et les Marocains 
disent et écrivent i^^ pour *-^6, c^^^ pour *^3, etc. Les 
citadins ont une légère tendance à le prononcer dz par un 
procédé analogue à celui qui est employé pour l'articulation 
du su; mai» Téqui valence dz est beaucoup trop forte et d est 
plus près que dz de la vraie prononciation. 

; ^• 
)^- 

^ s, sans que jamais cette lettre puisse prendre le son z, 
comme cela a lieu en français : o^\ Qsed; ^»^ mQAf^. 

% ch. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 475 

^^s,s guttural, ne prenant jamais le son z. Employé très 
souvent pour le ^ : ^j»l; = ^I;; ^J>-«» = ;!>-«. 

j9 ei]ô d, ({guttural et emphatique. La simiJitude de pro- 
nonciation de ces deux lettres permet de les rendre par un 
signe unique; elles sont d'ailleurs, même dans Técriture, 
très fréquemment employées Tune pour Tautre. La même ten- 
dance à l'emphase qui lait permuter le ^y, avec le ^, fait 
aussi qu'on rencontre souvent le ^j, etle lè tenant lieu d'un ^ 
ou d'un S : ($^iLf= ^^^ ^ ; fjiy^ » yj>Â.; ^UàJL6 » ^\ùj^; 

L> |, t emphatique et guttural. Est fréquemment employé 
pom* le is» : j^iLu.^= j^lxiMy-» 

à . Les signes les plus employés pour figurer le à sont gh 
et r. Cette nécessité de recourir à plusieurs équivalents a 
sa cause dans les altérations que produit dans son articula- 
tion le voisinage de certaines lettres , et particulièrement du 
râ. C'est l'oreille qui dicte le choix : ainsi dans deux mots 
provenant dune même racine, màghreb est plus près deoyu 
que màrreh , tandis que rërh pour i^^ est plus fidèle que oWrè. 
H convient d'ajouter aux deux signes indiqués plus hautle q» 
équivalent du ^5, car c'est le son que les nomades donnent 
le plus souvent au â : ⣠qènem; ^U^ boâqâr. 

^ q chez les citadins; g toujours dur chez les Bédouins. 
11 garde cependant chez ceux-ci sa valeur q dans un certain 
nomhre de mots enseignés par l'usage : ï^ qahoua; ^L» 
qâdy, etc. 

J k. 

J/. 

j. m. N'a jamais le son nasal. 

(^ n. N'a jamais le son nasal. 



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MAI-JUIN 1899. 

h. 

Bref, ou; long, ou. Redoublé, ww : J^ ou sel; i^U qâ- 
vJh« sowweb. 

. Bref, y; long, f, <^ alifbref, a. 

B. Voyelles. 

s ^t^' ne se prononce a ou â qu*avec Jes gutturales 
icore ce principe n*est-il pas absolu. Sa valeur la plus 
Taie est e ou è (^eii ou œ très brefs). 

î kèsra est rarement prononcé i, il incline presque tou- 
i vers le même son e et ses variantes que \efatha, 

5 dàmma, qui représente notre diphtongue au (assom- 
et brève ) , est transcrit soit o soit 6. U se change souvent 

ss voyelles longues obtenues au moyen des lettres de 
ïngation sont figurées de la même manière que ces 

Bs : Ll. 4 ; ^,^ ^; yL oL 

B seul ianonin employé dans le langage , celui du fnlha , 
)rime en et quelquefois «//. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHIIEBIN. 477 

I (*) 
wAki »t^t (^jS^ Js!^ ^t (j^ ^ A«wl ^^ ^jl ^^^ 

Ju^ 1^1 aJ cUA^i dUoAâ,» 2;^^^ ^4^ A<^l <r^^ iCLa^ 



^ »; ^ ^^ ^ (5) »>' O *j 

L-jj^ Art. 4 vii-AJUt" ^ ^ U# 



) •»i!7 



3 



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i 



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478 MAIJUIN 180g. 

1 ,<_^ U]l-^À,JLJ' ^ 






1^* wM«U) <^^l 



JJ 









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ik 



»vK^t >uyuu]t ^ «X^ J^ l-^^j^ 



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SIX CHANSONS ARABES ExN DIALECTK MAGHREBIN. 479 
•*^^HHi^ (Ji3J-4-T? *>^-4-^ ^ j«J^ ^ i5 

j^ — !?l *■ — Jt ^iV ^ -V -^ • 16 

l ^ > ■ - -^ ^ Ij s A à i 18 

' V-«V-^V-^-^ cM (cT^ U-b^ *9 

w 

' ^J ^ ^ i£iy—i H J-l b 20 

I — ^j .C .Lx-^ ov-ï^ ^^L^ (j^ M>, (j ^ > 2 1 



^?-^*^^-^ 



A-jj Jwi ^ pUim ^.^Aj e:,.>s* ^ 



i3 



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480 MAI-JUIN 1899. 



J^ y Là-Û a ^yX-ii-g dLXjb 



ai 



Argument. — On raconte quun jeune homme 
nommé *Alv ben Boû Fâyd, s'étant épris dune 
femme, pria son père de la demander en mariage. 
Celui-ci refusa. Irrité, *Alv se procura un fusil, y 
inscrivit son nom et se mit à chasser. Son père lui 
ayant fait réclamer cette arme , il répondit : 

1 . Vous m'envoyez demander le fusil sur lequel 
est mon nom; je ne le donnerai, mon père, que de 
mauvais gré. 

2. D'où vient que vous en usez ainsi? Vous me 
faites dire : « Apporte ton fusil que nous le mettions 
en gage. » Que Dieu vous pardonne ! Je vous laisse 
dans votre pays et, à cause de vous, je le jure par 
Dieu, je ny veux plus revenir! 

4. Votre conduite n*est pas sensée : nos ennemis 
m'insultent, ô mon père. Je pense que vous voulez 
abandonner votre maison et votre jardin ^ ; pourrai-je 
ensuite recouvrer mon arme ? 

' V. 5. Les Më!iâin]^cl possèdent les deux importantes oasis de 
Serniân et de Sabryya, qui leur servent d'entrepôts. 



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SIX CHANSOiNS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 481 

6. Je ne serai pas amoindri pour n'être plus avec 
vous : vous n êtes plus mon père et je ne suis plus 
votre fils chéri. Je crois, mon père, que vous vieil- 
lissez et que vos dents tombent. Ils ne vous serviront 
pas les gens que vous fréquentez; 

8. ils ne vous serviront pas vos amis; il ne vous 
servira pas le père qui vous a engendré ; elle ne vous 
servira pas dans Tadversité la noblesse de vos proches ! 
Dieu veuille vous faciliter les voies nombreuses que 
vous devrez parcourir ! 

Son oncle Tayant menacé de mort, il répondit : 

10. Eloigne-toi du voisinage de celui qui n'est 
pas venu à toi dans l'embarras; quitte-le. Mon oncle 
me mande aujourd'hui sur un billet que, s'il avait 
entre les mains la feuille de ma destinée, il l'efface- 
rait. 

12. S'il l'avait entre les mains, cette feuille, dis- 
lui, [messager], qu'il l'efface ouvertement, sans se 
cacher. Vous ne pourrez sans l'aide de Dieu sup- 
porter la séparation. Quant aux méchants ^ nous 
les épargnerons. 

14. Le canon de ce fusil est rouillé; sa platine 
est sans force et ne joue plus quand il est armé. 
Malheur à l'homme qui abandonne son enfant! Pour 

* V. i3. i^t^ J^I, que j'ai traduit par «les méchants», si- 
gnifie proprement ■ ceux qui renvoient déçu l'hôte qui se présente à 
leur tente». 



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48S MAI-JUIN 18Q9. 

la moindre des choses il ma dit : t Allons ! donne 
ce iusii.» 

16. Je pars pow le d^erl. J'irai chez les Ouiâd 
*Azyz ^ et je vivrai de coups de main. Dites cependant 
à la belle à la chevelure tressée que je disparais pour 
la tribu, mais que je reviendrai pour elle; 

18. que je disparais, mais que je reviendrai pour 
elle, et que tant que je vivrai, je ne ToubKerai pas. 
Je le jure par la tête de celle qui pour *Aly a été 
soupçonnée, la coupe de Tamour que je lui ai in- 
spiré Ta vainsne , 

20. la coupe de Tamour la enivrée. O Dieu qui 
m*as créé, donne-lui la force de supporter mon ab- 
sence. Ah! qu'il est doulourexix pour moi le moment 
où je songe à elle. Son amour s'est fixé dans mon 
cœur et l'a embrasé. 

22. Mon cœur est triste; l'amour l'a broyé; il a 
laissé mes entrailles réduites en poussière, au point 
que je me consume dans les veilles et que je ne 
goûte jamais le sommeil, au point que je suis de- 
venu comme un oiseau dont les ailes sont brisées, 

2 4. comme un oiseau qui bat vainement des ailes 1 
Ainsi mon esprit n est point guéri et n'éprouve pas 
de soulagement. Les yeux de lairaée sont brillants 

^ Les Oalâd 'Az^i sont une fraction importante de la grande tribu 
des HAniâmma. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 483 

et lumineux. Un seul mot d elle enverrait ses amis à 
la mort ! 

^*) Cette pièce provient de la tribu tripolitaine des Mëhà- 
mvd. 

Les Mëhamjd sont des Ckerfâ nomades dont les terres de 
parcoors sont sitnées dans la partie nord-oaest du pachalyk 
de Tripoli ( vilayet du Djebel, qaymaqamlyk du Hoûd), dans 
la vaste plaine dite de la Djefàra, non loin de la frontière 
tunisienne. Ces bédouins doivent à leur qualité de descendants 
du Prophète une influence qui s*exerce sur toutes les popu- 
lations de la région; c'est parmi eu3C que l'administration 
turque choisit les moteçarrif du vilayet. 

lieur genre de vie , qui n'a pour ainsi dire pas changé de- 
puis qu'ils ont quitté la péninsule Arabique, et la noblesse 
de leur origine, qui leur fait un devoir de conserver pieuse- 
ment tout ce qui peut rappeler leur passé , ont puissamment 
contribué au maintien de leurs mœurs et de leur langue , et 
leurs productions poétiques ont gardé qudque chose du carac- 
tère solennel, sentencieux et sauvage de celles de leurs an- 
cêtres préisiamiques. Nerveux et concis, parfois jusqu'à la 
sécheresse , leurs vers se bornent à escpiisser l'idée à exprimer, 
laissant à l'auditeur le soin de la compléter, tâche aisée quand 
il connaît les circonstances qui ont inspiré le poète, mais ir- 
rénlisable pour l'étranger qui ignore ces particularités. 

On n'a de renseignements ni sur l'auteur de cette chanson , 
ni sur l'époque à laquelle elle a été composée. L'argument 
en arabe régulier placé en tête , sans doute ajouté après coup , 
a été reproduit tel qu'il figure sur l'album duquel elle a été 
extraite. 

NOTES DU TEXTE. 

V. 1. ^1 J^ '<»^<* ['^W ^ prononce *allf. L*élision de Tartide 
déterminant un mot qui commence par une lettre iunairç est 
constante après la préposition 'ala : *a/A<îrf = t^ J^ . 

32. 



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^ -I 



484 MAI-JUIN 1899. 

Ifwl est une forme emphatique de ^\ et non un piuriei , comme 
une orthographe commune pourrait le faire supposer. 

Valif qui termine la rime e-st purement orthographique : le hà 
est bref; car, contrairement à ce qui a lieu en poésie régulière, la 
syllabe finale d*un hémistiche ou d'un vers n*est pas obligatoirement 
longue. 

Prononcez joût^ pour joûdty : permutation du (2di en td et in- 
sertion de la première de ces lettres dans la seconde ( ^««^ J.£ù\ 

V. 3. Les copistes de chansons font un véritable abus de Valif 
(Tunion, Je n*ai laissé subsister que ceux qui sont absolument indis- 
pensables à la figuration de la prononciation. Je ne puis examiner 
ici tous les rôles de Valif dans le langage ; cette étude m'entraînerait 
trop loin. 

V. 5. I^én sêb^l devient méssbfl par la permutation du noûn en 
s^ (voir la note du v. i )• 

V. 7. Le ta pronominal se change en ta (voir la note du v. 1 ci- 
dessus) et il faut lire ou tt^h, 

V. 10. Dans toutes les rimes en » (pour ï) je ne transcris pas 
le hâ dont l'articulation presque impercq)tible est suffisamment 
marquée par l'arrêt brusque sur l'a bref. 

Ce qui vient d'être dit au sujet du 9 remplaçant le ï s'applique 
entièrement au » pronom affîxe de la 3* personne du masculin sin- 
gulier : v*>«aL?, qui se prononcerait bâ *dho chez des citadins, devient 
ici bâ *dâ. 

V. i3. Cette syllabe kom fausse la rime de la pièce, qui est kà 
pour le quatrième hémistiche des robay ou doû 6e^t qui la com- 
posent. La correction est des plus simples : il suffit de considérer 
ahl comme un pluriel , ce qui justifie l'emploi du pronom féminin 
singulier. 

V. a a. Jj^= Kbettf, pour les raisons données plus haut. 

j-^ yyùy pour j-|j fjiù^ est formé des deux verbes ^j»^^ et j«b 
f. qui signifient «fouler aux pieds, écraser, broyer». C*est un 
vestige de la vieille langue arabe, qui employait cette juxtaposition 
de mots synonymes et de même désinence pour donner plus d*éner- 
gie à l'expression : ]ô^ &J Jâh.^ • jo^ ja^^^ i |>^«* • 

V. a 3. Le Ad du pronom personnel se change en kà dans la pro^ 
nonciation pour les raisons déjà indiquées. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 485 

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486 MAI-JUIN 1899. 

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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 487 
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488 MAI-JUIN 1890. 

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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 489 

Cantique en Thonneur de Laila *Aycha el Mân- 
noûbyya. 

1. Un feu ardent brûle au fond de mon cœur; 
Tamour s^est emparé de moi et je suis son otage et 
son captif. Mon âme $ est arrachée de mon corps et 
le sonmieil se refuse cruellement à ma paupière. 
Celle qui en est la cause est cette belle aux yeux 
noirs, cette autre Redâh^, *Aycha la sainte, dont je 
je suis séparé, *Aycha, dont le nom est « or pur »^. 
Pourquoi? Pourquoi? El Mânnoûbyya! 

5. Pourquoi ces rigueurs, ma bien-aimée! Pour 

* V. ô. Er Redâk et aassi Er Reddâk et même Er Roûdâh est 
un personnage de roman. C*est le nom d^une princesse zenatyenne , 
de qui un chevalier Ahmed , chef de Tannée helâlyenne qui enva- 
hissait le Bfaghreb, se serait épris en entendant louer sa beauté et 
dont il aurait fini par conquérir la main à la suite d'aventures 
qni rappellent celles de *Antar s*eifbrcant de mériter *Abla. Ce nom 
est devenu en Maghreb le synonyme de < très jolie femme > , et Ton 
dit couramment : ^UyiS^iLS^U ou ^\ù^ jlS^. 

* V. 3. *Aycha, dont le nom est nOr pur». Ahmed Khoûdja s'est 
inspiré pour composer son cantique d'une petite biographie de la 
sainte femme dont il chante les louanges. Cet opuscule a pour 
titre : iL^^^JUt JLû^U Jl»3 aML^ é^^U)\ Sk^ «.x^^I «^U» ^ 
^^.ir*^ ^<iÂA ^^ <s*^)- I^^ passages suivants qui en sont extraits 
montrent comment Lalla 'Aycha a reçu ce deuxième nom : oJti 

^^.rfjJaJl J jLî, Ji^ilJI^^UJI 0^ i^J^^oss!; UI 

M^A^ *U>ill3 wJài oJl J JU, 4Jsi ç^ ^^y (£^>^ a tt-*;> dJ 



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490 MAIJUIN 1899. 

ton amour, je suis alnreuvë de dédains; pour ton 
amour, belle aux noirs regards, je dépéris alors que 
tu conserves le port du chenet Le feu qui me dé- 
vore sest attaché à mon âme et mon esprit est dé- 
chiré par les épreuves. toi qui te montres rebelle 
à mes désirs, belle à Tœil noir, si tu es irritée contre 
moi, je ferai publiquement amende honorable, je 
t'apporterai sans tarder loffrande, symbole de mon 
hommage; j'aurai garde de m en dispenser. 

10. Instruis-moi, compatis à ma peine. Ne m as- 
tu pas dit : « Je t'apporterai promptement la bonne 
nouvelle »^P Viens 1 que dans le soinmeil mes yeux te 
voient t avancer vers moi, beauté aux noires pru- 
nelles. Je me consume dans lattente de ton image , 
je suis à bout. Pourquoi? Pourquoi? El Mânnoû- 
byyal 

1 d. Depuis longtemps j'espère te voir et toujours 
s'éloigne le terme de mon attente. Mes nuits s'écou- 
lent dans des cris de détresse; tel un naufragé dans 
la mer aux flots en courroux. Pour toi je suis devenu 
fou d'amour, épris de ta démarche pleine de no- 
blesse, et je me vois seul dépérir parmi ceux de mon 
temps. beauté intraitable! belle aux yeux aga- 

^ V. 6. (^tj, qui signiBe proprement c chêne zéent, est em- 
ployé dans ia poésie populaire avec le sens général d'« arbre droit 
et flexible •: cyprès, peuplier, etc. G*est l'image orientale bien 
connue, l'équivalent du u>^(i^«M» ou oo^^^^r persan. 

* V. lo. j»pU yjLli JJ (^jû, litt. : «Je t'apporterai la nouvelle 
k cheval 1, c'est4-dire tvite, rapidement!. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 491 

çants, je suis dans le plus pitoyable état. Puisque 
tu me repousses et que tu renies ta promesse , sans 
hésiter je t'appellerai devant Dieu. 

19. Si tu ne daignes pas jeter tes regards sur 
moi, cest demain, belle parée de vêtements somp- 
tueux, que je ferai entendre ma plainte à FEnvoyë 
de Dieu, qui a clos la série des prophètes; car tu 
m'as dit : « Je le tirerai de la m^ où sont plongés les 
naufragés ». Je suis serviteur de ton sanctuaire, beauté 
aux yeux noirs. Pourquoi? Pourquoi? El Mânnoû- 
byya! 

23. Laisse -toi fléchir et appelle ton serviteur, 
habitante de la cité verte ^ ; je ferai amende hono- 
rable et je viendrai à toi, cruelle aux lourds ban- 
deaux noirs. Nous avons, dans les Menâqeb^, en- 
tendu le récit de tes belles actions : d*un cuivre vil 
tu tiras de largent pur quand tu sortis, reine de ton 
époque, pour te rendre auprès des hommes qu'illu- 
minait l'éclat de la piété*. Le malheiu*eux, éprouvé 

^ V. 3 5. El K/iàdra tia Verte» , est encore le suraom de Tunis. 

* V. 55. El Ménâqeb «les Miracles». Cest le titre de Topuscule 
dont il est parlé à la note a. V. 3, p. àSg, 

^ V. 35. Ce vers et les suivants» jusqu*à la un de la strophe, 
font allusion à Tun des miracles les plus connus de Lalla *Aycha. 
Se rendant un jour à une réunion d*honimes pieux, die fut ren- 
contrée par un libertin qui , séduit par son incomparable beauté , la 
suivit en lui tenant un langage désbonnéte. Elle le conduisit ainsi 
jusqu'au lieu de la réunion où il entra avec die. Indignés, les 
dévots personnages qui composaient l'assistance voulurent lui faire 
un mauvais parti; mais 'Aycha, prenant sa défense, leur dit : «Gel 



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492 MAI-JUIN 1899. 

par Tamour, te rencontra et t'aborda. En recevant 
la grâce, cet amant, dont le dessein avait la perfidie 
pour base, fut favorisé et sauvée Ainsi, vénérable 
assistance^, il avait été de toute éternité prédestiné. 
Ils te consultèrent, dame de tes semblables, et tu 
répondis : « C'est un amant sincère, versez-lui le vin 
[de Tamour divin] ». Par toi il parvint aux degrés 
les plus élevés de la perfection : Notre-Seigneur tout- 
puissant t avait donné le pouvoir de faire ce pro- 
dige. 

31. Ce sont là tes mérites, ô citadine à qui le 
Souverain Maître a accordé une incontestable puis- 
sance, beauté aux yeux enchanteurs, *Aycha, notre 
reine. 

32. Sj Ahmed khoùdja , chef des poètes de Té- 
poque , a dit : « J ai ciselé ces paroles , qui sont de ma 

homme nous aime; ii faut le récompenser de son amour. Je vous 
propose de lui conférer le rang qu'occupait celui de nos amis que 
la mort nous a enlevé •. Ainsi fut fait. Cet homme pervers, subite- 
ment converti, ne cessa depuis lors de donner des exemples de 
piété et devint un saint dont le renom s'accrut par plusieurs mi- 
racles. 

* V. 27. Il y a ici un jeu de mots sur JJLm qui signifie ttiré 
d'affaire, sauvé», mais a, dans la terminologie soûfy te, un sens par- 
ticulier-: le Sâlek t qui marche dans la voie qui mène vers Dieu » est 
le religieux qui, à la suite de ses prières et de ses macérations, est 
favorisé d'extases, de visions, d'entretiens avec le Prophète et les 
saints personnages de Tlslam. 

' V. a 8. On nomme hàdra la réunion des membres d*ane con- 
frérie religieuse présidée par le chef de Tordre, et, par extension, 
une réunion de Kliouân, 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 493 

composition, Tan mil et cent. Toi qui écoutes ces 
strophes ^ ajoute à ces nombres après quatre-vingt- 
dix le chiffre huit^. J'adresse mon salut à tous ceux 
qui sont ici réunis , et celui qui me défiera , je l'abreu- 
verai d'amertume». Pourquoi? Pourquoi? Kl Mân- 
noûbyya ! 

f*^ Lalia *Aycha el Mànnoùbyya , à la louange de qui est 
composé ce cantique, naquit près d'El Mânnoûba (la Ma- 
nouba), petite bourgade à deux lieues environ à l'ouest de 
Tunis, dans le dernier quart du vi* siècle de Thégire, et 
mourut le a 1 redjeb 665 ( 1 7 avril 1267), entre 76 et 80 ans. 
Elle est enterrée à Tunis, en dehors et à quelque distance 
de la porte d*El Fellàq (aujourd'hui Bâb el Fèllàh) , sur une 
éminence qui domine la sebkha de Sëddjoùmy. Son tombeau 
est très frécpienté, surtout par les femmes, qui viennent sol- 
Uciter son intercession pour faire cesser leur stérUité. 

Lalla *Aycha se fit remarquer dès son extrême jeunesse 
par sa piété rigoureuse et sa morale intransigeante ; célèbre 
par ses quatre-vingts miracles , elle a inspiré de nombreuses 
médha qui se chantent aux réunions tenues dans son sanc- 
tuaire. 

Les poètes populaires se décernent volontiers les épithètes 
les plus élogieuses. L auteur de ce cantique, Tunisien qui 
>ivait à la fin du siècle dernier, s'intitule « chef des poètes 
de l'époque». Rarement titre ne fut moins mérité. Le nord 
de la Tunisie, de l'aveu même des indigènes, a toujours 
compté peu de poètes comparativement au sud de la Ré- 
gence , et leur talent n'a jamais pu être mis en parallèle avec 

^ V. 33. La iûotJ^, pi. jaSt^, est une sorte d*antienne. Dans 
les strophes qui portent ce nom , le maître chante le premier hé- 
mistiche et le chœur le second. 

' V. 34* L'année 1198 s étend du a6 novembre 1783 au i4 no- 
vembre 1784* 



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f^'- 



404 



MAI-JUIN 1899. 



celui des bardes bédouins. La composition d*Âhmed Khoùdja 
en est une preuve. Elle se fait remarquer par une grande 
pauvreté de langue et de nombreuses répétitions. Quoique 
la répétition ne soit pas considérée par les écrivains arabes 
comme un défaut grave , celles que Ton relève ici ne doivent 
cependant pas être toutes mises à la charge de Tauteur : les 
chanteurs et les copistes y ont contribué pour leur part. 
Quand la mémoire leur fait défaut ou quand le sens de 
quelque mot leur échappe ils remplacent les passages oubliés 
ou incompris par des expressions empruntées, tantôt à la 
pièce elle-même , tantôt à un morceau étranger et s*adaptant 
plus ou moins bien au contexte. Ainsi s expliquent les re- 
dites, les coq-à-1 ane, les vers qui ne riment pas, etc. 

Les couplets de ce cantique se divisent en v^ ^^ 'i^P' 
Ces titres ne sont autre chose que des indications pour les 
chanteurs. Le rekâb est le solo du maître. Dans la tourjda, 
le maître chante seul le premier hémistiche du vers , le se- 
cond étant dit deux fois par les »ljuL^ ou accompagnateurs. 
Le dernier vers de la touryda se nomme iUl^; c*ttst un re- 
frain chanté par le chœur, el Khënxâmsa, pi. de o»^* 

NOTES DU TEXTE. 



^ ■ 






V. a. OmmoII jLfi est prononcé *ahesed, altération tunisienne de la 
prononciation du . 

V. 3. Ce vers finit par un ^ alors que les autres riment en j»; 
H est toléré de faire rimer accidenteliement — H^^^ihJJ — deux 
lettres antdogues. 

V. 5. ti5\^\ est pour ioUill par suite de la chute du hamzcu 

V. i8. C90uà^, ^Mett est pour ôj>gl^, par une double altération: 
le r ^'^t changé en ^ suivant l'usage tunisien et le ^ s'est adouci 
QD s sous rinfluence de la sifflante ^ . 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 495 

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496 MAI-JUIN 1899. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHBEBIN. 407 

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'4«8 MAI-JUIN 1890. 

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33. 



DIX CH^NSOMS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 400 

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SIX, CHANSONS ARABES EN DIALFXTE MAGHREBIN. 501 

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501 MAI-JUIN 1899. 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHR 



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50/1 MAI-JUIN 1899. 

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SIX CHANSONS ARABES|kEN|l)IALECTE MAGHREBIN. 505 

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506 MAI-JUIN 1899. 

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108 



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SIX CHANSONS AIVABKS EN DIALKCTE MAGHREBIN. 507 
SA*YD ET HYZYTA. 

I . Consolez-moi, nobles amis : la reine des belles 
repose sous les pierres du tombeau. Un feu ardent 
me dévore; je suis à bout, ô sort cruel ! ^ Mon cœur 
ji suivi la svelte H^zyya. 

3. Hélas! nous étions heureux naguère, comme 
au printemps les fleurs des prairies ; que la vie avait 
pour nous de douceurs ! Comme Tombre d'un fan- 
tôme, cette jeune gazelle a dispani, ravie par un 
inévitable et impérieux destin. 

5. Quand elle marchait sans détourner ses re- 
gards, ma bien-aimée rendait fous les sages; tel iv 
bey du camp. Un large poignard est passé dans sa 
ceinture. 11 est entouré de soldats et suivi de cava- 
liers et chacun sVmpresse à sa rencontre porteur 
d'un présent. Armé dun sabre de Tlnde, dun seul 
mouvement de sa main il partage ime barre de fei* 
ou fend un dur rocher. Que d'hommes il a tués chez 
les tribus rebelles ! Orgueilleux et superbe , il s'avance 
comme pour défier . . . 

9. C'est assez glorifier le bey. Dis-nous, chan- 
teur, dans une chanson nouvelle , les louanges de la 
fille d'Ahmed ben el-Bey. 

10. Consolez-moi, nobles amis : la reine des 

* V. a. ^ L» ^ signifie littéralement : •J'ai ce que j'ai». 



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h. 



508 MAI-JUIN 1899. 

belles repose sous les pierres du tombeau. Un feu 
ardent me dévore ; je suis à bout, ô sort cruel ! Mon 
cœur a suivi la svelte Hyzyya. 

12. Elle laisse flotter sa chevelure, qui se dé- 
roule, exhalant de suaves parfums. Ses sourcils sont 
arqués comme deux noân^ tracés sur un message. 
Ton œil est comme la balle rapide enfermée dans 
la cartouche dun lusil européen, qui, aux mains 
des guerriers, atteint sûrement le but. Ta joue est 
la rose épanouie du matin et le brillant œillet et le 
sang qui larrose lui donne Téclat du soleil. Tes dents 
ont la blancheur de Tivoire et dans ta bouche étin- 
celante la salive a la douceur du lait de nos brebis 
ou du miel apprécié des gourmets. Voyez ce cou 
plus blanc que le cœur du palmier, cet étui de cristal 
entouré de colliers d'or ! Ta poitrine est de marbre; 
ses deux jumeaux, que caressaient mes mains, sont 
comme ces pommes dont le parfum rend la santé 
au malade. Ton corps a la blancheur et le poli du 
papier; on le dirait de coton ou de fine toile de lin 
ou encore de la neige qui tombe dans une nuit 
obscure. Hyzyya laisse pendre sa ceinture qui indine 
vers la terre et dont les tortis entremêlés retombent 
sur son flanc repli par repli. Regardez ces jambes 
qui semblent se quereller avec les khêlkhâl^; écoutez 

' V. 13. Lft comparaison de l'arc régulier des sourcils à deiu 
noàn tracés par un calligraphe habile est un des clichés de la poésie 
populaire. 

* V. îio. A cause du bruit que font ces bijoux en s*agitant, dans 
la onarche, autour des chevilles. 



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SIX CHANSONS AKABES EN DIALECTE MAGHR 

le cliquetis des anneaux accouplés surmo 
brodecpin. . . 

2 1 . Nous campions à Bâzer ' . Je salua 
matin cette belle et nous goûtions en paix 1 
d'ici -bas. Je portais chaque matin mes i 
ma gazelle et j'obéissais à mon sort, plu 
que si j'eusse possédé tous les biens et to 
sors de la terre : la richesse ne vaut pas le 
des Ijh^ëlkhâll Quand je franchissais la mo 
rencontrais Hyzyya. Elle marchait au i 
prairies, se balançant avec grâce et faisan 
seskhëlkhâl. Ma raison s'égarait , mon cœur ( 
se troublaient . . . 

25. Après un été passé dans le Tell, 
descendîmes ma chère âme et moi vers le 

26. Les litières sont fermées, la poudr 
mon cheval gris me mène vers Hyzyya. C 
route le palanquin de la coquette et nou 
le soir nos tentes à Azàl; Sydy-1-Ahsën 
nous et aussi Ez-Zërgâ. Puis on se dirige 
Sa'yd, El-Mëtkeoûk et Mëdoukâl aux p 
l'on arrive dans la soirée. On charge de 
tin, au lever de la brise. S^dy Méhamn 
gîte, fait l'ornement de cette terre paisifa 



' V. ai. Bàzer, vaste plaine au sud-est de Sétif 
Constantine). Les nomades de Biskra viennent y pas; 
même temps s'y approvisionner de graîns. 



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k 



510 MAI-JUIxN ISdtt. 

les litières se rendent à El-Mëkhèràf. Mon chevai 
gris, comparable à un aigle, m'emporte dans sa 
course. Je m achemine vers Ben Seryér avec la belle 
aux bras tatoués. Quand on a traversé Toued [Dje- 
dy ] , on franchit la hànya ^ et on passe la nuit à Roûs- 
èl-touâl, près des sables. Ben Djëllàl est Tétape de la 
marche suivante. L ayant qpitté, on campa à El- 
Bèsbàs et enfin à El-Hërvmek avec ma bien-aimée 

34. A combien de fêtes prîmes-nous part ! Lancé 
dans la carrière^, mon cheval gris, comparable à un 
fantôme, disparaissait totalement avec moi. Hyzyya, 
grande comme la hampe dun étendard, me regar- 
dait, montrant dans son sourire les perles de sa 
bouche. Elle parlait par allusions, me faisant ainsi 
comprendre ce qu elle voulait me dire. La fille de 
IJàmyda était alors comparable à Tétoile du matin 
ou à un palmier qui , dans un jardin , est seul grand 
et droit au milieu de ses semblables. Le vent Ta dé- 
raciné; il Ta arraché pendant qu'il s'inclinait. Je ne 
m'attendais pas à le voir tomber, cet arbre que je 
pensais devoir être toujours protégé. Je croyab que 
le Dieu souverainement bon lui donnerait congé de 



' V. Si. On appdle hànya uu plateau renfermé dans une boude 
de rivière. Dans les cours d'eau du Sud ces plateaux sont générale- 
ment couverts de végétation arboi*escente. Dans le Tell on les nomme 
ouéldja i^. 

* V. 34. o»I«>j« pour iût^^ (de jm>y «fouler aux pieds, piétiner» 
signifie «champ de bataille, arène». 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. Stll 

vivre; mais le Seigneur mon Maître la fait pencher 
vers la terre ! . . . 



39. Je reprends mon récit. Campés sur TOued 
Itel, nous ne formions quun seul douar. C*est là, 
ami, que la reine des jouvencelles* me dit adieu. 
C'est dans cette nuit quelle paya sa dette à la mort; 
c est là que la belle aux noirs regards goûta le tré- 
pas et quitta le monde. Elle se serrait contre ma poi- 
trine et rendit Tâme sur mon sein. Mes yeux inon- 
dèrent mes joues de leurs larmes et je pensai devenir 
fou : j'errai dans la campagne, ne laissant ni ravin, 
ni montagne, ni colline. Elle me ravit mon âme, la 
belle aux yeux noirs , la descendante d une race il- 
lustre; elle accrut encore les brûlures de mon cœur. 

44. On lenveloppa d!un linceul la fdle de l'homme 
au rang élevé; ma fièvre empira, ébranlant mon cer- 
veau. On la plaça sur un brancard celle qui séparait 
de magnifiques pendants d'oreilles. Je demeurai stu- 
pide, indifférent à tout ce qui m'entourait. On l'em- 
porta dans un palanquin, dans son palanquin co- 
quet, cette dame de beauté, cause de mes chagrins, 
dont la taille était comme la hampe d'un drapeau. 
Sa litière est ornée de dessins bigarrés, brillants 
comme l'étoile du matin, colorés comme l'arc-en- 
ciel qui resplendit, quand vient le soir, au milieu 
des nuages; elle est tendue de soie et tapissée de 

' V. ^9. J>^ est une altéralion de «x^l. 



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512 MAI-JUIN 18Q9. 

damas broché. Et je suis, moi, comme un enfant, 
réduit au désespoir par Hyzyya. Que de tourments 
j'ai endurés pour celle dont le profil était si pur! 
Elle ne reparaîtra plus dans cette demeure d'ici-bas. 
Elle est morte du trépas des martyrs, la belle aux 
paupières teintées de koheall 

50. On l'emporta vers un pays nommé [Sydy] 
khâled et elle se trouva le soir sous les dalles du 
sépulcre, celle dont les bras étaient ornés de ta- 
touages : ses yeux de gazelle avaient pour jamais 
disparu à ma vue. ô fossoyeur, ménage la gazelle du 
désert; ne laisse point tomber de pierres sur Hyzyya ! 
Je t'en adjure par le Saint Livre, par les lettres qui 
forment le nom du Dispensateur de tout bien, ne 
fais point tomber de terre sur la dame au miroir' ! 

54. S'il fallait la disputer à des rivaux, je fon- 
drais résolument sur trois troupes de guerriers; je 
l'enlèverais par la force des armes à une tribu en- 
nemie et, dussé-je le jurer par la tête de cette beauté 
aux yeux noirs, je ne compterais pas mes adver- 
saires, lussent- ils cent! Si elle devait rester au plus 
fort, je jure qu'elle ne me serait pas ravie : j'attaque- 
rais au nom de Hyzyya des cavaliers sans nombre ^ 

' V. 53. Le poète énuinère successivement toutes les parties de 
la parure et de la toilette de Hyzyya. Le miroir dont il s*agit ici se 
porte suspendu au cou par un cordon de soie. Cest une petite glace 
ronde enfermée dans une monture de cuir rouge rehaussée de bro- 
deries d'or ou d'argent. 

* V. 56. y*o j à0^ ou ^ymjtm^ désigne une armée puissante « une 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHKKBIN. 513 

Si elle devait être la récompense du vainqueur vous 
entendriez le récit de mes exploits : je l'enlèverais de 
haute lutte aux yeux des assistants. S'il fallait la mé- 
riter dans des rencontres tumultueuses, je combat- 
trais des années pour elle, je la conquerrais au prix 
de persévérants efforts, car je suis un vaillant. Mais 
puisque telle est la volonté du Compatissant Maître 
des Mondes, je ne puis détourner de moi cette cala- 
mité. Patience ! Patience ! J'attends le moment de 
te rejoindre; je pense à toi, ma bien-aimée, à toi 
seule ! • . . 

6 1 . Nobles amis , mon cheval gris me tuait quand 
il s'élançait. Après mon amie, lui aussi est parti et 
ma quitté. Mon coursier, parmi ces collines, l'em- 
portait sur les autres chevaux et, quand il se trou- 
\ait mêlé au tumulte de la guerre, on le voyait en 
tête du peloton. Quels prodiges n'accomplissait-il 
pas dans l'arène guerrière ! 11 se montrait au premier 
rang de ses semblables , car sa mère était une fine 

troupe nombreuse de cavaliers. Les Arabes algériens se servent du 
second de ces mots pour rendre Texpression française Chasieurs 
[et Afrique]^ qui répond au sens exprimé par le mol )y^y^ et pré- 
sente en outre une certaine analogie de son. On sait que quand ils 
nous empruntent des termes ils les dénaturent pour les rapprocher 
de vocables appartenant à leur langue. Cest ainsi qu'ils transcrivent 
notre mot iiardv (particulièrement forestier) par .>*S, plur. ^'>y^. 
Or ùJi signiGe • singe » et désigne aussi dans les massifs monta- 
gneux du Grand Atlas un rongeur de la taille et du tempérament 
de la marmotte. De sorte qu en semblant employer une expression 
française ils peuvent nans inconvénient donner libr<* cours n leur 
«'sprit caustique. 

Mil. .'Wi 



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514 MAI-JUIN 189Q. 

ravale I Combien il e)U)eliaU dans les joutes entre les 
douars à la suite de la tribu en nfiarche; je tour- 
noyais avec lui insouciant de nia destinée. 

65. Un mois plus tard je perdais ce cheval : trente 
jours après Hyzyya, cette noble bote mourut et resta 
dans un précipice. Il ne survécut pas à ma bien- 
aimée; tous deux sont partis, me faisant d'éternels 
adieux. douleur! les rênes de mon cheval gris 
sont tombées de mes mains. En me laissant derrière 
eux Dieu a fait de ma vie une mort; pour eux je me 
meurs. cruel malheur! Je pleure de cette sépara- 
tion comme peut pleurer un amant. Mon cœur brûle 
chacjue jour davantage et mon bonheur a fiii ^ O mes 
jeux ! pourquoi tant de larmes? Sans doute les plai- 
sirs du monde vous raviront. Ne me ferez-vous point 
grâce ? Mon âme voit grandir ses tourments : la belle 
aux cils noirs qui faisait la joie de mon cœm* repose 
sous la terre. Je pleure, et ma tête blanchit, pour 
la beauté aux dents de perles ^. Mes yeux ne peuvent 
supporter la séparation de leur amie. 

73. Le Soleil qui nous éclaire monte au zénith, 
puis gagne TOccident; il disparait après avoir atteint 
au milieu du jour le sommet de la voûte céleste. La 
Lune, qui apparaît et brille en ramadan, voit venir 
rbeure du coucher et dit adieu au monde. J emploie 

* V. 69. Lîtt. : fEUe a troublé mon eau». 
^ V. 7t. v^' r^r*^ *V^^ '^ ^^* dents canines petite» et arron- 
dies». C'est une beautt* chez les Arabes. 



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Sl\ CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 51^ 

ces comparaisons pour la reine du siècle, la fille 
d'AI)med, descendante dune jrace illustre, fille de 
Pouâouda ^ 

76. Telle est la volonté de Dieu, mon Maître 
Tout-Puissant. Le Seigneur a manifesté sa volonté 
et a emporté HJzyya. Donne-moi la patience, mon 
Dieu ! Mon cœur meurt de son mal , l'amour de 
Hyzyya me Ta ravi quand elle a quitté la terre. 

• 

78. Elle vaut deux cents chevaux de race; 
ajoutes-y cent juments toutes bêtes de selle ^. Elle 
vaut un troupeau de mille chameaux; elle vaut un 
bois de palmiers dans les Zybân. Elle vaut tout le 
pays du Djeryd, ce qui est proche et ce qui est au 
loin; elle vaut le pays des Nègres, le jjaoussa et ses 
habitants. Elle vaut les Arabes du Tell et ceux du 
Sahara et tous les campenjents des tribus , aussi loin 
que puissent atteindre les caravanes voyageant par 
tous les chemins. Elle vaut ceux qui mènent la vie 
nomade et parcourent les deux continents; elle vaut 
ceux qui, sédentaires, sont devenus citadins. Elle 
vaut des trésors de richesses , la belle aux beaux yeux , 
et si tu trouves que c'est peu, ajoutes-y les gens des 
villes. Elle vaut les troupeaux des tribus et Tor tra- 

* V. 75. Douàouda dans i'Est, Djouàd dans l'Ouest, sont deux 
expressions qui désignent ies familles de noblesse militaire. 

* Voir dans I4 XXI* Orientale ^Laiiara) un mon\emenl ana- 
logue : 



Certes, le vieax Orner, pacha de Xégrepoiit, 
Pour die eût tout doiiiié . . * 



3i. 



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516 MAI-JUIN 1899. 

vaille par les orfèvres; elle vaut les palmiers du DrA* 
et le pays des Châouyya. Elle vaut les richesses con- 
tenues dans les océans, dans les campagnes et dans 
les villes, au delà du Djebel *Amoûr et jusqu'à 
Ghàrdâya. Elle vaut, elle vaut le Mzâb et les plaines 
du Zâb, n'en déplaise aux gens des (joubha\ et aux 
saints hommes amis de Dieu. Elle vaut les chevaux 
recouverts de riches caparaçons et Tétoile qui brille 
quand arrive la nuit. C'est peu ! c'est peu ! pour ma 
bien-aimée, Tunique remède à mes maux. Dieu 
Majestueux, pardonne au pauvre malheureux; paj'- 
donne, mon Seigneur et mon Maître, à celui qui 
gémit à tes pieds ! 

89. Vingt-trois ans! c'était Tàge de celle qui se 
parait d'une écharpe de soie 2; mon amour l'a sui- 
vie, il ne revivra jamais dans mon cœur. Consolez- 
moi, Musulmans, mes frères, de la perte de la ga- 
zelle des gazelles qui habite le séjour ténébreux, 
l'étemelle demeure! Consolez-moi, mes jeunes amis, 
d'avoir perdu celle qu on eût dit un faucon sur son 
aire! elle n'a laissé d'elle que son nom, donné au 
campement où elle s'éteignit. Consolez -moi, ô 
hommes ! j'ai perdu la belle aux khèlkhâl d'ai^ent 
pm'; on l'a recouverte d'un voile de pierre reposant 
sur des fondations bien bâties. Amis, consolez-moi 

* V. 86. Ijcs gens des ifoubba (pour qôbba) sont les niaraboub 
et les saints personnages sur les toml)eaux desquels la pîétè des 
Musulmans a élevé des coupoles. 

* V. 89. j.^ «écliarpe, cei* ture de soiet (Sud). 



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SIX CHANSONS ARABES EN DIALECTE MAGHREBIN. 517 

de sa perte! c était la cavale de Dyâb^ : elle, n'avait 
jamais obéi à un autre cavalier que moi. 

94. J avais de ma main tatoué de dessins qua- 
drillés la poitrine de cette beauté vêtue d une (ine tu- 
nique et aussi les poignets de ma chère àme. Bleus 
comme le col du ramier, leurs traits ne se heuitaient 
pas; parfaitement tracés, quoique sans qâlàm, ils 
étaient lœuvre de mes mains. Je les avais dessinés 
entre ses seins, leur donnant d'heureuse» propor- 
tions et sur les bracelets de ses poignets j avais écrit 
mon nom. Et même sur sa jambe j'avais figuré une 
palme; que ma main Tavait bien faite! Ce sont \k 
les jeux du sort ! 

98. Sa*yd, toujours épris de toi, ne te reverra 
plus; le seul souvenir de ton nom lui ravit le senti- 
ment. 

99. Pardonne-moi, Dieu Compatissant; par- 
donne aussi à tous [les assistants]. Sa^j^ est triste; 
il pleure celle qui lui était chère comme son âme. 
Pardonne, Seigneur, à cet amant, pardonne à \}y 
zyya; réunis-les dans le sommeil, Toi qui es le Très- 
Haut. Pardonne à fauteur qui a composé ce poème 
et en a disposé les vers : c'est deux Affm, un //a, 
un Dâl [MoHaM{M)eD] qui a rapporté ce récit. 

102. Toi qui connais f avenir, donne la rési- 

^ V. 93. Dvâb bcn Rânem , personnage important du roman des 
BenvHelâl. 



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518 MAl-JUlN 1899. 

gnation à ce fou d'itmour. Je pi élire colnine Un exilé; 
mes larmes apitoieraient tnes entieniis ! Je Repoussé 
la nourriture que ma bouche trouve insipide et le 
sommeil lui-même est refusé à tna paupière. Entre 
la mort de ma bien-aimée et la composition de cette 
pièce, trois jours sëulemeht s'éfeoulèrettt *. Elle ttie 
quitta, me disant ddiëu, et ne revint point vers 
tnoi. 

105. Cette chanson, ô vous qui m'ëcoiites, i^ été 
achevée en ian mil et deux cents; côrapléteÉ-en la 
date en y ajoutant quatre- Vingt-dix, aavqiieb vous 
joindrez les cinq qui restent (i 296). 

106. Cette chanson d'Ould es Seryr nous Tavons 
composée, par manière de souVenir, le mois de TAyd 
el-Kebyr, qui est le mois des chansons, à [SJdj] 
KJhâled ben Sinân. Un tel (Mohammed) ben Guj- 
[oûn a dit de celle que naguère vous vîtes encore 
vivante : Mon cœur a suivi la svelte Hyzyya. 

^*^ L'auteur de cette qcsyda est uq trouvère de Sydy Kljà 
led (cercle de Biskra) iionuné Mohammed ben Guytoûn, 
célèbre dans tout le Sud et sur les Ilauts-Piateaux de la pro- 
vince de Constantin^. Quoiqu'il ait k peine dëpASsé là cin- 
quantaine, Beti Guytoùn a déjà fourni une longue carrière 

' V. 104. L'auteur explique la ronti-adiction apparente entre ce 
vers et le vers 65 en disant que la tfrx^ià k été composée en deu\ 
fois : la partie relative à Hyzyya, trois jours après son trépas; 
Tàulré, consacrée au cheval, àpi-ès \û rtirirt de cet animal, qui 
suivit d'un mois celle de la jeune femme. 



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SIX CHANSONS ARAflÈS EN blALECtE MAGHREBIN. 510 

poétique, n ctdtlva longtemps le genre hezel, erotique et 
léger, mais le délaissa ces dernières annéèà pour S*adonner au 
Kèlàm et djédd, qui traite de sujets élevés, graves et surtout 
religieux. 

La pièce que je donne ici est une des plus connues de son 
œuvre. Il la composa à la fm de 1878 sur la demande du 
jeune Sa jd ; car Sa jd et Uy^jyj* ne sont pas des personnages 
fictifs. Tous deux appartenaient à de grandes familles de la 
région , et Sayd , encore vivant et jeune encore , occupe dans 
son pays des fonctions administratives. 

On retrouve dans ce morceau touâ les éléments de la qe- 
tfdà classique : ititotëtion aux amis, souvenir des amdurs 
passées, pottt^it de Tâttiafitë, deserî()tibn du cheval, tableau 
de la tribu en marche , pflyàâge , etc. L*auleitr y a même in- 
séré des fragments qiii sémhléilt tenir davantage de Téldge 
funèbre (»l3u). Certains passageà ont une véritable valeur 
poétique et peuvent supporter la comparaison avec les chants 
des vieux poètes de la bonne époque. 

On remarquera que chaque vers est divisé en quatre par- 
ties, dont les trois premières riment ensemble, avec rime va- 
riable pour chaque distique. Ce procédé semble propre à la 
poésie populaire. 

NOTES DO TEXTE. 

V. 1. Ràjrè et totl féMinili téfàa (vers 39) sbnt mis indifféi^m- 
thedt Tun pour Tautre. (Test d*aillt*urs une règle de grammaire que 
tertains adjectifs d'apparence masculine peuvent être employés pour 
déterminer un substantif féminiil quand la lirtlpidité do sens rend 
toute confusion impossible. 

V. 3. Anà se change très fréquemment en nâ, 

V. ii. La permutation du dj^m en zâ est à tel point passée dans 
Tusage dans les régions où je lai signalée que «x^^^ est devenu 
•XAjJl , qui ne donnerait pas ici de sens satisfaisant ; j'ai rétabli 
x§4^ dans le texte. 

V. 7. On sait qu'il est permis de faire rimer un ouaou ei un jà 



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520 MAI-JUIN 1899. 

ilo prolongatiou stTvaiU de ridf; l'emploi de *>>â4JI avec J<<JU et 
Osîû^ est donc correct. 

V. 8. Fântâzyya [ espagnol /oiitasia) signifie «oslenlalion , parade, 
présomption, vanité, orgueil, arrogances, etc. £,{;lLuL3 ^9^ pour- 
rait se traduire par «il fait des embarras». Mais jamais Ic^ Arabes 
ne s'en servent pour désigner les jeux hippiques accompagnés de 
de feu que les Européens appellent fant<ui<L. Ce n'est pas 

[e exemple d'une expression mal comprise et employée avec 

s faux. 

9. J^*X3, qu'il faut prononcer êddellàl» est pour JJjc;. Le 
ii-( se cbange en dâl par raison d'euphonie et Yalif d'union a 
Ole de permettre d'articuler ces deux dâl, dont le premier, 

les règles de la lecture , doit porter un djrtm. 11 n'est pa.s 
[ans des cas semblables, de voir introduire après cet clij le 

l'article, qui n'a là rien à faire; le verbe se présente alors 
apparence d'un nom et JJoo devient JJoJ) (ici V(dif ajoutv 
es deux loin esi motivé par la nécessité d'obtenir une conson- 
Avec mal et iejihèbâl). Les albums des chanteurs arabes ont, 
(ait, une orthographe spéciale, presque toujours très défec- 
, avec laquelle il faut se familiariser si l'on veut comprendre 
tes populaires. 

\. hliêllà^l est un pluriel usuel de UiêUihàL 

18. *s>ltJL est pour ïl^JL. Dans le langage, le ï des noms 
ant de racines défectueuses redevient un ta ordinaire; ainsi 
t cvL&i, qodàt^ pour HL&i, qodâ; csl^;, zekât, pour ^^y 
»X*o, sàlâi, pour i^^to, sàlâ, 

[)3. JUJ, lissa ^ est une contraction de JU^I, pluriel de 
«base, fondement, fondations», que l'on trouve aussi et 
plus fi*équemment sous la forme ^LJ pour ^Lw^I , l'article 
fait, corps avec le substantif. 



[La suite an prochain cahier.) 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 521 



NOUVELLES ET MELANGES. 



SÉANCE DU VENDREDI 12 MAI 1899. 

La séance est ouverte à 4 heures et demie , sous la prési- 
dence de M. Barbier de Meynard. 

Etaient présents : 

MM. Maspero et Senart, vice-présidents; M" de Vogiié, 
Duval, J.-B. Chabot, Mayer- Lambert, J. Halévy, Nau, 
M. Schwab, AU Kemal, M. Courant, Clément Huart, De- 
courdemanche , de Charencey, Clermont-Ganneau , Fossey, 
Halphen , Pierre Lefèvre-Pontalis , Barré de Lancy, membres; 
Orouin , secrétaire adjoint. 

Le procès-verbal de la séance d'avril est lu et la rédaction 
en est adoptée. 

Sont élus membres de la Société : 

MM. Léon Gautier, professeur à la Medersa d*Alger, de- 
meurant à Alger, rue Marengo n" 1 3 , présenté 
par MM. Basset et Houdas; 

Edmond Doutté, professeur à la Medersa de Tlem- 
cen, présenté par MM. Basset et Houdas; 

G. W. Thatcher, professeur au • Mansfield Col- 
lège » à Oxford, présenté par MM. Margoliouth et 
R. Duval; 

La Pahlic Library, directeurs : MM. Lemcke et Bûch- 
ner, à New- York , présentée par MM. Ernest Le- 
roux et Drouin. 

Sont oiïorts à la Société : 

Par M. R. Duval, son Histoire delà littérature syriaque qui 



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522 MAl-JUliN 1899. 

vient de paraître dans le Recueil des aiiciennes littératdres 
chrélieniies , Paris t ^^99» in-i8; librairie Victor LecofFre; 

Par M. Tabbë Nau, le premier rolume de la Sainte BiMe 
polyglotte, contenant ie texte hébreu, le texte grfec des Sep- 
tante, le texte latin de la Vulgate et la traduction française 
de Tabbé Glaire, avec une introduction et des notes par 
labbé F. Vigouroux; in-8", Paris, A. Royer, 1898. 

M. labbé Nau fait l'éloge de cette puolication et en si- 
gnale Tintérêt pour la vulgarisation des études orientales; 

Par M. Maurice Courant, deux mémoires dont il est l'au- 
teur : Notes sur l'enseignement de la langue chinoise (extrait 
delà Revue internationale de l'enseignement , t. XXX VII, 1899), 
et la Presse périodiifUii jâpOftàîse (ettrait du Jotlhial asiatique, 
décembre 1898); 

Par M. Viïhelm Thomsen, professeur à l*Universiié de 
Copenhague, le premier fast;icule de ses Études lyciennes; 
in-8*, Copenhague , 1 89g ; 

Par M. Karl Piehl, professeur à rUtiivërèité d*llpàôla, le 
Diàtiohnaire du papyrus Harrisi h' i; in-8', Vienne ) 1882, 
et le premier fascicule du tome III de la revue le Sphinee» 
embrassant le domaine entier de Tégyptologie ; in-8'*, Up- 
sala, 1898. 

Des remercienlerits sont adressés âui donateurs. 

M. le Président annonce à la Société qu'il vient de rece- 
voir de M. Delphin la re vision du texte arabe de Sidi Klialii 
avec de nombreuses annotations et variantes qui permettront 
de donner une édition définitive de ce traité de jurispru- 
dence musulmane. La réimpression de cet important ouvrage 
commencera prochainement à l'Imprimerie nationale. 

Le bibliothécaire est autorisé à envoyer à M. Finot direc- 
teur de la mifièion archéologique d'Indo-Chine » à Saigon, 
les ouvrages suivants publiés par la Société asiatique : Maha- 
vastu, 3 vol.; J. Darmesteter, Chants des Afghans; Huber, 
Voyage en Arabie; Les Voyages de Ibii BatoUtùh, tradttëiion 
de MM. Defrëtnèry et Sanguinetti, 4 vrf. et l'index, et le 



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NOUVELLES ET MÉLAlNGES. 583 

Journal asiatique, tomes I à XJI de la série en cours iBgS- 
1898 avec la suite. Cet envoi sera joint à d'autres dons 
provenant du Ministère de l'instruction publique , de l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres et de l'École des 
langues orientales. 

Le conseil de la Société asiatique autorise égalemefit 

l'échar ^ ' ' '-' ' 1-1.-..- - j ^L. 

lologie 

M. 
métho( 

M. 
méenn 

M. î 
danse < 

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Par 

'899- 

and F< 

Decen" 
in-8\ 

Par 
1898. 

iasc. I- 



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524 MAI-JUIN 1899. 

Par la Société : Journal of thc Royal Asiaiic Socielv, 
April 1899. London; in-8°. 

— Bulletin archéologique du Comité des travaujr historiques , 
année 1898, !î' livr. Paris; in-8*. 

Bulletin de la Société de géographie, 1" trim. 1899. 

n-S\ 

Comptes rendus des séances de la Société de géographie, 

899. Paris; in -8** 

Revue des études juives, janvier -mars 1899. Paris; 

Acte.i du Congres des américanistes.Pavh, 1897, V sec 

i98;in-8\ 

'^eitschrijï der deutschen morgenlàndischen Gesellschafi , 

id, I Heft. Leipzig; in-8\ 

Recueil des historiens des croisades, publié par les soins 

adémie des inscriptions et belles-lettres. Historiens 

IX, t. IV. Paris, 1898; in-fol. 

le Gouvernement général de l'Algérie : Les mansions 
r des Arabes, texte et traduction, par M. de Moty- 
Alger, 1899: in-S". 

les éditeur : Revue critique, n"* 16, 17, 18. Paris, 

in-8^ 

Bollettino, n** 319, 320. Firenze, 1899; in-8". 

Musée impérial ottoman, Monuments égyptiens (notice 

ire). Constantinople, i898;in-i2. 

Musée impérial ottoman , Bronzes et bijoux, Constan- 

, 1898; in-iu. 

Actes du Xr Congrès international des Orientalistes. 

1897, 4' section 1898; in-8". 

Recueil de matériaux concernant le Caucase (en russe), 

cxv. Tiflis, i898;in-8°. 

The Geographical Journal, May 1899. London; in-8". 

Collection J. Fallinge, Objets d'art japonais et chinois. 

1899; in-8-. 



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NOUVELLES ET MELANGES. 525 

Par les éditeurs : Hie American Journal of philolofjy, De- 
ceinber 1898. Baltimore; in-8*. 

— The Anieiican Joaimal of Semitic languarjes and litcra- 
tares (Hebraica), Chicago (lU.), April 1899; ^""S''. 

— Polyhiblion, pai*ties tecli nique et littéraire, avril 1899; 
in-8-. 

— Revae africaine , n° l'Siy i"trim. 1899; in-8". 

— Al'Machriq, Nisan el lyar 1899. Beyrouth; in-8". 

— Al-Zhiyà, avril i et 11. 1^ Caire, 1899; i""^'** 

— L'Orient chrétien, n* 1, 1899. ^^^ï"**? in-8''. 

— Journal des Savants, niai*s et avril 1899. Paris; in-V. 

— X!l' Congrès international des Orient aliste < , hull. n° 2. 
Paris , 1 899 ; in-8*. 

Par les auteurs : J. Bouvier, L'ère de Marathos de Phénicie 
(extrait). 1899; in-8". 

— P. Cheikho, Biographie de Barhebrœus (en arahe). 
Beyrouth, 1899; in-8'. 

— Le même, Divan d'Al-Hirniq, sœur de Tarafa. Bey- 
routh, 1899; in-8'. 

— A. Haffner, Kitdb ad-Déât, par Al-Asmal (extrait). 
Beyrouth, 1898; in-8''. 

— Le même. Le livre des plantes et des arbres, par Al- 
Asma'i (extrait). Beyrouth, 1898; in-8'. 

— Sir W. Muir, The caliphate, its rise, décline and fulL 
London; in-8*. 

— B. Duval, La littérature syriaque, Paris, 1899; in-8*. 

— Vilh. Thomsen , Etudes lyciennes. Copenhague , 1 899 ; 
in-8'. 

— Bomesh Doit, Mahabharata, the epic of ancient India, 
condensed into English verse. London , 1 899 ; in-8'. 

— L. Schermann, Orientalische Bibliographie, XII, i, 
Berlin, 1899; in-8'. 

— (t. a. Grierson , Kaçmiraçabdâmrta , Kaçmiri Grammar, 
written in the Sanscrit langaage by Içvara-Kaula, edited with 
notes and additions. Part 11 , Conjagation. Calcutta , 1 898 ; in-4". 



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59é MAI-JUIN 1899. 

Par les auteurs i Karl Piahl, le Sphinv, revue critique 
embrassant le domaine entier de rëgypiologie ; vol. III, 
fasc. ï. Upsala, 1899; in-8°. 

— Le mêine, Dictionnaire du papyrus Harrii, n' i, publié 
par Biret. 

— F. Vigouroux, La sainte Bible polyglotte, contenant k 
texte hébreu original, le texte grec des Septante, le texte latin 
de la Valgate et la traduction française de M, l'abbé Glaire , 
avec les différences de l'hébreu , des Septante et de Us Vulgate , 
des introdactiens, des notes, des cartes ^ des UluMtrmHons, T. I, 
le Pentateu^ue, faic. i et u, 1898-1899. Paris; iR-8". 

— Charencey, Noms des points de l'espace dans divers dia- 
lectes améiicains (extrait), 1899; in-A". 



JNOTES D'ÉPIGRAPHIE liM)lEi>NE. 

VII 

DEUX ÉPIGRAPHES DU SVÂT, 

PAR 

M. É. SENART. 



Ou sait que M. A. E. Caddy a, en 1896, opërë dans la 
vaiiée du Svât des recherches et des fouilles, notamment an 
stûpa de Lauriân Tangai. Des sculptures nombreuses et in- 
téressantes ont récompensé sa peine, qui, pour la plupart, 
ont été incorporées à Tlndian Muséum de Calcutta. C'est à 
mon ami le D' James Burgess , Tancien directeur de VArchÊPo- 
logical Surrey, dont les précieuses [mblications sur les an- 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 527 

tiquitëft dfi Tlude occidentale n'ont plus besoin d'éloge , que 
je dois la communication récente , en une épreuve photogra- 
phique , d'une inscription de cette provenance qu'il m'a au- 
torisé à publier. 

Elle est inscrite sur la plinthe d'une statue de Buddha 
mutilée ; la photographie qui m'en a été communiquée est à 
trop petite échelle pour permettre d'apprécier sérieusement 
l'œuvre, d'en juger le mérite et d'y noter aucun caractère 
paKiculier de style. Au-dessus de cette plinthe, et sous les 
pieds du personnage représenté debout, règne un soubas- 
sement; on y reconnaît, encadré entre deux pilastres du style 
habituel , une de ces scènes d'adoration si fréquemment ré- 
pétées au Nord -Ouest. Un personnage central est entouré 
de quatre adorateurs : deux à sa droite portent la robe reli- 
gieuse, deux à sa gauche paraissent des laïques. D'après le 
renseignement que me fournit M. Burgess, la surface inscrite 
mesurerait 1 6 pouces et demi sur 5 pouces et demi , soit en- 
viron o m. ^1 sur cm. >4. 

M. Foucher, qui a fait dans le Svât une tournée archéolo- 
gique en 1897, a bien voulu compléter les indications de 
M. Burgess par une note que je suis aise de pouvoir trans- 
crire ici : 

L'ioscriplion dont il s'agit a été découverte par M. AI. E. Caddy, 
au cours des fouilles qu'il a exécutées au printemps de 1896» jwur 
le compte du Gouvernement du Bengale, dans le tanijai ou «val» 
de Lauriyin, sur le versant nord de ]a passe de Shahkote, dans la 
vallée du Svât. 

Cette passe était , jusqu'en ces derniers temps, avant que les An- 
glais eussent choisi le col de Malakand pour y faire passer la route 
stratégique du Chitral , l'un des passages les plus faciles et les plus 
fréquentés entre le district de Pcshawar et la vallée du Svât. Il 
semble qu'il en était anciennement de même entre le Gandhâra et 
rUdyâna , si Ton en juge du moins par les vestiges de deux vieilles 
routes et le nombre des ruines du voisinage '. 

' Cf. Maj. Deane, NoU on Udydna and Gandhâra, dans J. R, A, 5., 
1S96, p. 671. 



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528 MAI-JUIN 1899. 

[jc site de l^auriyân (ou peut-être Râiyan?) est le plus \oisiii «le 
l'ouverture s4'ptentrionaic de la passe, à quelque dislance au sud- 
est du gros l)oui*^ d*Aladand, près du hameau de Piyalàna. I^es 
fouilles, fort bien conduites, ont mis au jour le soubassement cam* 
d'un siapa d'environ lo mètres de colé et une profusion de statue<i 
et de bas-reliefs plus ou moins bien conservés, mais pour la plu- 
part d'un excellent tru>ail. Ces sculptures ont été transportées au 
MustHî de Calcullû, et entre autres la grande statue décapitée et 
par ailleurs fort mutibn; du Bouddha qui porte Tinscription. 

Cette statue, sans la léle, est encore haute de 2 mètres. Entre 
la base sculptée, qui représente à Tordinaire Tadoration d'un Bo- 
dbisatt\a par quatre lidèles, et le prolongement taillé en biseau qui 
en s'insérant dans le piédestal assurait la stabilité de ia statue, se 
trouve ménagé un espace lisse et rectangulaire sur lequel sont 
gravées les deux lignes de l'inscription. 

La photographie de Tépigraphc est très bonne, ii ne 
semble pas que l'examen direct du monument put ajouter 
beaucoup aux ressources qu'elles nous o£Rre pour le déchiffre- 
ment. Je dois ajouter que, en m'entretenant pour la pre- 
mière fois de l'inscription dont il m'envoyait un tracé, 
M. Burgess on avait déjà correctement interprété la date. 

Voici comment je transcris : 

fi] Sa 3i8 ( nic.io.4.4) prulbavadasa di 27 (30.4.3) budha- 
ghosasa danam 

[i) saghorumasa sadarabbatisa 

Les seuls mots qui offrent quelque difficulté sont danam 
saghorumasa. Dana est clair; mais le signe qui suit et qui 
affecte la forme ^ ne m'est pas connu d'ailleurs. Cependant, 
si Ton compare la forme et l'orientation du caractère ^ 
= mu, on éprouvera, je pense, peu d'hésitation à l'entendre 
comme = m final ou comme anusvâra, ce qui revient a peu 
près au même , la forme régvdière de l'anusvAra dans le klia- 

' Cf. fiiiscriptioo du «Lion de Mathurû», dans/. /{. 4. .V.., i8ç)Â,p..ii5, 
qui porte, A II, 1. 9, ihuvo en sagharamo en. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 529 

rosthi étant directement dérivé de l''^. Je ne vois pas qu au- 
cune antre interprétation soit possible. Il semble que le bas 
des lettres d, n soit accompagné d*un crochet qui se ratta- 
cherait plutôt encore au d qu'à Vn, Ne lui pouvant découvrir 
aucune raison d*étre , j*imagine que ce n*est rien qu^une iné- 
*^té de la pierre; en plusieurs endroits, par exemple au- 
dessus du s de badhaghosasa , au pied du d de prothavadasa , 
elle pamit accuser ainsi la présence de signes qui , cepen- 
dant, sont certainement illusoires. 

Je serais tenté de recourir au même expédient pour l'expli- 
cation du mot qui suit. Saghoramasa ou, si Ton complète 
Tannsvâra, samghoramasa , ne donne, autant que je puis voir, 
aucun sens satisfaisant. Le génitif qui vient après se rapporte 
sûrement, comme épithète, khudhaghosasa; on attend pour 
celui-ci la même fonction ; il faudrait alors , soit qu'il dési- 
gnât (en lisant sam) quelque dignitaire ou fonctionnaire du 
samgha, soit (en lisant sa) qu'il associât au donateur une 
autre personne; mais je ne sais rien faire de ïo{n)rama, ni 
du ghomma qui nous resterait à ainsi interpréter. 

A ne considérer que la charpente du mot, on ne peut 
guère manquer de songer d abord au terme familier de sarii- 
ghàràma , c'est-à-dire le « compound » , comme on dirait dans 
l'Inde actuelle , où habite le samgha , où est élevé le cou- 
vent ou vihàra '. Le ^f^ parait bien sur la gauche porter le 
trait oblique qui exprime Vo ; cependant , comme ce trait est 
surmonté d'une ligne à peu près parallèle mais ondulée, 
presque aussi marquée bien qu'elle ne puisse avoir de signi- 
fication intentionnelle, il est permis peut-être de se de- 
mander si tous ces traits ne sont pas , les uns et les autres, 
également accidentels; on arriverait ainsi à la lecture sam- 
gha ramasa pour samgharamasa , et, si l'on prenait que l'a a 
été produit par l'influence labialisante de l'm, on aurait 

' Justement la phrase du Thûpavamsa a laquelle Bornoof (Lofiu, 
|>. Vi6) ratlacho sou interprétation du mot samtfhârâma , avait pour 
objet de rappeler le don d'un samtjhâràma fait |>ar le Bodhisattva au 
leni|H( d*un buddha Priyudunîin. 

xni. 35 



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â 



530 MAI-JUIN 1809. 

finalement danam samgharatnasa , d*où cette trductiod : 
N 1 an 3 1 8, le 37 de prauçthâpada , don de (ce) aamgfaârâroa 
|)ar Buddbaghosa avec sa femme et son frère ». 

On imagine que je n'ai pas Tintention de donner pour 
certaine une traduction qui suppose une rectification assez 
forte de la graphie apparente et une bizarrerie du vocalisme 
qui, sans mancpier d'analogies , na pas, à ma connaissance, 
de parallèle absolu. Je ne dois pas dissimuler deux autres 
difHcultés : lobjet de la donation serait au génitif; or il est , 
dans les formules habituelles, simplement présenté au no- 
minatif, comme apposition de dâna ou dànainakhau D auti*e 
part , Tinsertion de ce génitif entre le génitif budhaghosasa 
et Tadjectif sadarabhadsa qui s'y rapporte , n'est pas très na- 
turelle. 11 faut avouer cependant que la mention des per- 
sonnes associées dans sa bonne œuvre au donateur principal 
est ainsi en général, dans les ex-voto, rejetée après dânam, 
à la Bn de l'épigraphe ; et les mots danam, samgharamasa ont 
pu être sentis comme un ensemble , à la manière d'un com- 
posé sariigkaramadanam^. Aucune de ces objections n'est 
donc en elle-même insurmontable ; la réunion ne laisse pas 
((ue d'eu être préoccupante, et je ne propose cette analyse 
(fue sous d'expresses réserves. 

Ce qui est certain , c*est que nous sommes en présence 
d'une donation faite par un certain Buddbaghosa, sa femme 
et son frère, en l'an 3 18. 

(Jette date est la plus élevée descelles qui aient été jusqu'ici 
l'élevées sur des monuments du Nord -Ouest à caractères 
kharoçihï; elle a, de ce fait, ramené mon attention sur Tiu- 
scription de Hastnagar. Une reproduction imparfaite de I'/m 
dian Antiquary m avait induit jadis à douter que le monu- 

' Il serait même facile d'imaginer un autre expédient qui supprimc- 
rait le génitif ëomgharamoêa; il consisterait à prendre tamykarmma pour 
une transposition fautive inmgharamn et tasttdarmbhatiê» comme âmstm. 
dârabhràttik. Mois je ne ne rappdle pns de cas où le poMenif »m toit 
introduit dans des formules de ce genre. 



Ik;: 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 531 

ment portÀt réellement un chiffre de eentaineB. La publication 
définitive faite depuis par M. Vincent Smith dans le Joartud 
de h Société asiaticfaê da Bengale ( 1889, pi. X) a donné â ia 
discussion une base solide. 

L*inscription exprime bien des centaines. Mais combien ? 
Le général Cnnningham avait d'abord lu le chiffre 37^; cette 
date a depuis été enregistrée sans contestation , notamment 
par le regretté Bûhler. JTai, dés le début, proposé pour les 
dizaines la rectification 80 (au lieu de 70) qu*a acceptée 
M. Barth. J*avoue que je ne comprends pas bien comment 
on pourrait la contester; mais je ne comprends pas davantage 
comment, en présence de la photographie de M. Vincent 
Smith, on a pu se tenir satisfait de la transcription 200. 
C'est assurément 3oo qu*il faut lire 11 est de toute évidence 
({ue le premier des trois traits ne saurait représenter la haste 
de r«dont le crochet supérieur est bien trop poussé vers la 
droite. Là comme ici , nous avons 3oo et , en supposant que 
des deux parts la date se réfëre à une ère commune , notre 
épigraphe est antérieure de 66 ans à celle de Haçtnagar. 

La même vallée du Svât qui a rendu notre inscription 
de 3 18 en a livré une autre dont la date paratt antérieure 
de deux cents ans et dont la comparaison ne saurait être ici 
négligée. 

J'en dois justement À M. Burgess une photographie dont 
il m'a également permis de faire tel usage qu'il me semble- 
rait bon. L'inscription a bien été transcrite et discutée par 
Bûhler \ et c'est même cette circonstance qui avait fait né- 
gliger par M. Foucher de me donner communication du 
cliché qu'il en possède; mais aucun fac-similé n'en a été 
publié , que je sache : c'est une lacune qu'il importait , on 
va le voir, de combler. Le terrain de i'épigraphie kharosthî 
est encore trop peu assuré , trop semé d'incertitudes et d'im- 
prévu pour que l'expérience la plus consommée , le savoir le 
plus magistral assurent contre toute méprise. 

' fflener Zeiisckr. fur die Kuitde des Morgenlandes , \ y p. 55 et suiv., 
article reproduit par IVnrfion Anti(j., de mai 1896, p. i4i. 

35. 



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1 



532 MAI-JUIN 1899. 

La lecture qu^avait admise Bûhler réclame une double 
correction. 

La neuvième lettre de la ligne initiale est certainement 
identique à la première. C*est un d et non un n : c'est do 
cfu^il faut lire. Quant au dernier caractère de la dernière 
ligne , ce n*est pas un dh ; le trait du haut ne serait pas si 
oblique et tout le signe serait plus vertical et moins large ; c'est 
le chiffre ao. Et, aussi bien, à lire sadha pour les deux der- 
nières lettres , il fallait admettre que s était substitué à s pa- 
latal ; ce ne serait pas impossible ; la confiision n*est pourtant 
pas commune dans les inscriptions kharoçthî. J'ajoute qu'il 
n'y a a priori absolument aucune raison de penser que Vf 
ait été accompagné de la voyelle a ; la pierre en s* effritant 
a perdu tout le bas du caractère à partir du milieu de la 
haste. La lecture rectifiée du neuvième caractère do sup- 
prime le prétexte qu'avait Bûhler pour admettre que l'alphabet 
de cette inscription ait employé deux signes différents pour 
Il et pour n, La nasale n'apparaît ici que sous la forme ^ 
Il est bien vrai que, dans les quatre cas où elle revient, le 
sanscrit aurait ïn cérébral; il est partant fort possible que 
le scribe ait eu l'intention de l'employer; mais l'n, réguliè- 
rement dental, de danam^ dans notre inscription de 3i8, 
affecte une forme extrêmement analogue; il est donc pru- 
dent de suspendre notre jugement. Cette réserve établie, 
je répète que ma transcription ne diffère de celle de Bûhler 
que sur les deux points indiqués. 

Je dois cependant ajouter une remarque ; Bûhler estimait 
que tkai était séparé de la suite , no[do)rena par un ■ inter- 
valle considérable ■ ; il en concluait que c'était un mot indé- 
pendant. Si l'on compare l'écartement qui existe entre les 
caractères re et na de doreiia, qui appartiennent incontesta- 
blement au même mot, tout scrupule de ce genre se dbsi- 
pera immédiatement. Convient-il d'attacher plus d'impor- 
tance au vide laissé entre datia et patrena ? J'en doute fort , 
à considérer celui qui sépare les caractères pu et ka de pa- 
kurani. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 533 

Je transcris donc : 

(i) datia putrena thaidorena puka 

(2) rani karavita sarvasapana puyae 

[3] vasa^^) ii3 (ic. 10. 3.) éravanasa 30 

et je traduis : 

« Théodore , fils de Dati , a fait faire cette pièce d'ean en 
i*honneur de tous les serpents Tan 1 13 , le ao de sravana. > 

Personne, je pense, nMiésitera a reconnaître avec moi, 
dans ce thaidora, un Tliéodoros. Une transcription thiudora 
serait plus exacte; nous avons sur des monnaies, thiaphUa 
pour Theophilos '*\ Mais, pour Philoxenos, les médailles 
donnent indifféremment ^^^ philusena et philasena, Thaidora a 
pu d*autant plus facilement se substituer à un Thiadora plus 
régulier, que les deux voyelles ne sont séparées par aucune 
consonne. On ne saurait se promettre ici la précision d*une 
transcription scientifique. Les quelques emprunts faits au 
grec par la littérature de Tlndc ne seraient pas pour encou- 
rager des exigences si rigoureuses. 

A ce fils de nom hellénique , on attend un père de nom 
hellénique. Dans Dad, Bûhler avait déjà senti la couleur 
étrangère. Le mot nous reporte plutôt à Tanalogie du persan 
Datis qu*à aucun nom purement grec. Il n'y aurait après 
tout rien de bien étonnant à trouver dans cette région un 
mélange dans I1 même famille de noms grecs et de noms 
gréco-perses ^*^ Ce qui est certain , c'est que la lecture rectifiée 

'*' Je ne vois aucune trace dV souscrit. La ligne qui apparaît sous Vt 
est placée trop bas; elle résulte certainement d'un défaut de la pierre qui 
s'est effritée. 

"I Gordner, Catalogue, p. 167. 

w Ibid., p. 56. 

'^> Comme il arrive de presque tout*» les difficultés qui ne reçoivent 
pas une solution rigoureusement démontrable, ce datiaputra éveillerai 
aisément dans IVsprit des conjectures variées. C'est ainsi qu'il fait penser 
d'abord à <iatta ou dattjkaputlra , c'est4-dirc «fils adoptif*. Mais encor 



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534 MAI^JUIN 1899. 

de cette dédicace nous met — et c'est, si je ne me trompe, 
la première fois — en présence d*un nom purement grec , 
appartenant non à un dynaste, mais à un simple particulier- 
C*est une curiosité intéresssante. 

Pour ce qui est de la rectification que je propose dans la 
lecture des deux derniers caractères, elle na pas, je pense, 
besoin d*étre justifiée longuement. J en ai déjà noté les rai- 
sons directes, positives; j ajoute qu*il serait contraire à toutes 
les analogies connues , que le quantième fût omis après Tin- 
dication du mois; le nom du mois est d'ailleurs dans les 
autres épigraphes, invariablement consigné au génitif , conwie 
notre lecture le rétablit ici. 

L'interprétation du chiffre <|ui marque la centaine ne pa- 
rait pas douteuse. 11 affecte pourtant une forme assez dif- 
férente de celle que lui donne notre épigraphe de Lauriâo 
Tangai. On en trouvera d'autres variantes encore , plus ou 
moins accusées, dans les trois autres inscriptions kharoç^ 
jusqu'ici connues qui notent des centaines, celles de Gon- 
dopharès à Takht i-Bahi^'\ l'inscription de Pandjtar^^^ dont 
nous n'avons malheureusement pas de bonne reproduction , 
et l'inscription de Hastnagar. 

Cette dernière , on s'en souvient , appartient an même siècle 
que la nôtre; elle lui est postérieure de 66 ans. 

Elles sont malheureusement trop courtes l'une et l'autre 
pour que la comparaison paléographique puisse être bien 
féconde. Tout ce que j'oserai dire, c'est que, autant que j'en 
puis juger, la forme des caractères est de part et d'autre très 
analogue , qu'il n y a en effet ^uUe difficulté à les tenir pour 
quasi-contemporaines ; elles sont donc très vraisemblablement 
datées d'une ère commune. 

Il est regrettable que les photographies accessibles pour 

atlendrait-oQ le nom propre du pèreP Le plus sage est de nous en tenir 
jusqu'à nouvd ordre à Vinterprétalion la plus simple. 

f': Notes d'épigr. înd. n* 3. 

w J. R, A,S,,\\, pi. X. fig. 3 (d'après J. A, S, B,, planche de la 
p. 70A). 



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NOUVELLES ET MÉLAiNGES. 535 

nous de& detu aculptureB qu'elles accompagnent ne four- 
nissent pas une base suffisante à l'examen des particularités 
techniques; mais, pour tout dire, notre connaissance de lart 
du Gandhâra est encore trop générale, les notions sur la 
date et sm* le faire des œuvres, sont encore trop incertaines, 
pour qu*un pareil e}(amen pût être bien décisif. Jusqu'à 
nouvel ordre, et en dépit des difficultés qu en présente in- 
terprétation, les dates épigrapbiques nous promettent plus 
de lumière que lo style des œuvres qu'elles accompagnent Et 
c'est pourquoi il serait si intéressant de déterminer quelle ère 
ou quelles ères ont employées les épigraphes en caractères 
kbaroslhi. On sait combien la question est délicate, obscure et 
controversée. Le moment ne semble pas venu de la reprendre. 
Les données de fait qui précèdent me suggèrent cepen- 
dant une observation par laquelle je veux conclure cette 
note. Notre point de repère le mieux établi parait bien jus- 
qu'ici être l'époque de Gondopharès. C'est vers le milieu du 
i" siècle après J.-C. que tous les indices, numismatiques 
et autres , s'accordent à placer son règne , lequel était dan» 
sa a8* année, en l'an io3 de Tère. Une date très voisine 
serait très concevable pour la donation de notre Théo- 
dore (datée de 118); à une époque où les caractères grecs 
étaient encore de mode sur les monnaies il n'est pas surpre- 
nant que des noms grecs aient été en usage. La même pé*. 
riode est également plausible pour l'épigraphe de Pandjtar 

— datée de laa — et pour l'allusion qu'eUe contient à un 
• roi Koushan ». En somme ces trois monuments s'acconmio* 
dent aisément de l'ère -— quelle qu'en ait été le créateur 

— que l'on fait commencer quelque part dans le second 
quart du i" siècle avant J.-C. 

Mais que dire de nos deux inscriptions de 3 18 et de 384 ^ 
n y a toute apparence que la donation de Théodore pro* 
vient de la même vallée du Svât d'où provient certainement 
celle de 3 18. C'est une raison de penser, jnsqu*À preuve 
contraire, que Tune et Tautre se règlent sur la même ère; 
une considération analogue indiquerait d*autre part que 



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530 MAI-JUIN 1899. 

l'inscription de Hastnagar se rérëre au même comput que 
répigraphe de Takbt i Bahi qui appartient au régne de Gon- 
dopharès. A priori donc » et jusqu*à nouvel ordre , le parti le 
plus sûr, le plus naturel, est d*admettre une ère unique, 
conunune à toutes les inscriptions kharosthï, et commen- 
çant dans le second quart du i*' siècle avant notre ère ^^K 

11 est clair que cette conclusion ramènerait a une époque 
plus basse que, pour ma part , je n y inclinais jusqu'ici , — au 
moins jusque vers le milieu du iv* siècle, — et l'exécution de 
certaines sculptures qui , à première vue , ne paraissent pas 
de facture inférieure, et l'usage habituel de l'alphabet kha- 
rosthî. Il est certain aussi que , malgré qudques différences 
dans le détail, il serait malaisé, au premier abord, de soup 
çonner entre l'alphabet de Takht i Bahi et celui de Lauriân 
Tongai un écart de près de 3oo ans. Mais qui oserait aflir- 
mer que cet écart tôit inadmissible ? Et si cette thèse devait 
commander quelques re louches dans la série des variantes 
de l'alphabet kharosthî telle que l'a établie Bûhler, com- 
ment s'étonner qu'une première classification , en une ma- 
tière qui laisse forcement quelcpie place aux impressions sub- 
jectives, fût susceptible de corrections? Le niveau artistique 
que marque le monnayage des Guptas dans l'Inde intérieure 
est encore assez élevé ; il présente plus d'une trace de l'influ- 
ence occidentale; rien donc d'étonnant qu'au tv* siècle dans 
les régions plus hellénisées du nord-ouest, il eût survécu une 
habileté technique telle que la supposent le relief de Hûst- 
nagar et la statue de Lauriân Tangai. 

Je ne prétends rien affirmer. Mais il importe à mon avis , 
de ne se départir que sur des indices vraiment sérieux sinon 



''J M. S. Lèvi admet, ou s en souvieul, que celle ère esl celle même 
qu'aurait fondée Kaniska ( Notes sur les Indo-Scytket , p. 76 et auir.) ; 
l*hypothèse qui faisait concorder Fère sâka de ^S ap. J.-C., avecrabhi^eka 
de re roi devrait être obandounèj», et son règne remonté de ^eiquc 
1 3o ans. Sans méconnaître certaine» difficultés , je dois avouer que plu- 
sieurs de ses arguments me semblent g^ves et que, à mon siens, il pour- 
rait hien avoir hiison. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 537 

absolument démonstratifs, des déductions les plus simples 
et les moins artificielles, de n admettre les ères multiples 
qu*à bon escient. 



AU SUJET D*UN DBS SURNOMS DU MOIS DE REDJBB. 

Une note, placée à la page 16 du cahier de janvier-février 
1899, du Journal asiatique, a attiré mon attention sur une 
épithète que nombre d'actes et de jugements arabes accolent 
au nom du mois de redjeb , et dont les grands lexicographes 
arabes ne font point mention. Je veux parler du mot i^Mo^t 1 
auquel M. Derenbourg a, par conjecture, substitué le parti- 
cipe »^jll*' 

Cette épithète de w^o^l qu'on rencontre maintes fois dans 
des textes rédigés en pays barbaresques , est également 
connue, en Egypte et paraîtrait avoir été usitée ailleurs, 
puisque la notice du ms. Schefer, dans lacfuelle il se trouve, 
a été écrite à Sàwa. Tous les musulmans instruits» à qui Ton 
demande lorigine de cette expression , se contentent de dire 
qu'elle est une altération de m^)* 

En réalité on se trouve ici en présence d'une de ces pro- 
nonciations dialectales qui ont disparu , pour la plupart , le 
jour où l'idiome du Hedjaz est devenu langue sacrée et clas- 
sique. On sait, en effet, que la tribu de Mazin ((^)U) rem- 
plaçait souvent dans' les mots le ^ par un «^ et vice versa. Ou 
donne comme exemple de cette particularité phonétique la 
phrase : L^i ol^ qui correspond à : 'yù*ii\ is»U « le chameau 
est mort ». Rien donc d'étonnant à ce que 2^1 soit devenu 
4.w«^t« de même que «^^^ s'est transformé en ^^ ainsi 
qu'on le constate également dans quelques cas plus rares tou- 
^ois, et 4.^.10^1 ^^ pour z^l ^.^^ serait en parallélisme 
complet avec la phrase citée ci-dessus. 

' La Dole lie M. Dcrciibonrg o%i ainsi ronçiir : l.ii par foiij<Tlnro. 
Ms. wOÉ.i)! , peiil-élre pour *,^>^l • 



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538 MAl.JUIW 1899. 

Mais si z«^) a pu se transformer en c^)^\ t l'inverse à éga- 
lement pu se produire et cette seconde hypothèse est même 
plus vraisemblable que la première ; car si Ton conçoit sans 
peine que le mot de redjeb ait pu être qualifié de «>liJt « Tiso- 
le » parce que ce mois ne fait pas suite aux autres mois sacrés 
qui eux, au «contraire, forment un groupe compact dans le 
calendrier arabe, il est plus malaisé d'expliquer le qualifi- 
catif JM*^! • le sourd ». Sans doute on n*a pas manqué de dire 
que le mois de redjeb est « sourd » en ce sens que , pendant 
toute sa durée, on n entendait ni le bruit des armes, ni ce- 
lui des combats ou encore que personne ne répondait aux 
appels à la guerre et faisait la sourde oreille ; pour justifier 
cette façon de s exprimer, on compare la locution «>yU{ «,<^^ 
à celle de : i^ti J4-^ c une nuit dormante » qui signifie une 
nuit pendant laquelle on dort 

Au lieu de cette explication assez singulière, il serait 
bien plus simple de voir dans «r^^o^t une forme Jj^I donnant 
le sens de t très froid » en la tirant dn mot i*-».-^ * o^ encore 
celui de t très pluvieux » en la rattachant à l'idée primitive 
de la racine. On aurait ainsi une qualification vraiment ap- 
propriée au nom d'un mois , et il en serait de ce mot comme 
de certains autres que l'on considère comme des altérations 
d'une forme plus pure, alors qu'en réalité ce sont eux qui 
ont été altérés et qui nous rappellent les plus anciennes 
formes de la langue. Il est bien certain qu'en fi*ançais , par 
exemple, la personne peu instruite qui dit : un ckaircatier, 
emploie une forme qui se rapproche plus de l'orthographe 
ancienne que celle qui prononce ce mot charcutier^ bien 
qu'aujourd'hui cette dernière prononciation soit la seule 
correcte. 

0. HOVDAS. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 539 

BIBLIOGRAPHIE. 

ANNONCES BIBLI0GHAPHIQUI8. 

M. de Morgan a publié un compte rendu soainiaii*e des 
travaux archéologiques exécutés en Suslane pendant sa pre- 
mière campagne de fouilles, du 3 novembre 1897 au 
1" juin 1898 (Paris, E. Leroux). La plus importante décou- 
verte est celle d'un obélisque de granit portant sur les quatre 
faces une très longue inscription comprenant 76 lignes hori- 
zontales dont Tensemble donne près de dix mille signes 
cunéiformes. M. de Morgan a trouvé en outre environ 
810 bricpies avec inscriptions , deux galets couverts de sym- 
boles et de caractères et une grande stèle dont Théliogravure 
accompagne la brochure ; elle représente une scène de guerre 
qui se rapproche d'autres scènes connues pour être du temps 
(le Naram Sin. Les fouilles ont continué tout l'hiver de 1899. 

M. H. Derenbourg a rendu compte dans le Journal des 
Savants (nov. 1898) d'un magnifique ouvrage que viennent 
de publier MM. D.-H. Mûller et J. von Schlosser (Wieu, 
A. Holder) et qui est la reproduction avec planches en cou- 
leurs d'un manuscrit hébreu du xiii' siècle. Ce manuscrit, 
qui est actuellement à la bibliothèque de Serayevo (Bosnie), 
est une Haggâdâk et contient une série de miniatures repré- 
sentant diverses scènes de la vie religieuse et de l'histoire 
juive. C'est le plus ancien monument qui ait survécu au nau- 
trage de la miniature espagnole, telle qu'elle semble avoir 
été pratiquée au xiii* siècle par les juifs de Tolède ou de 
Barcelone. 

M. J. Marquart a consacré deux mémoires à l'étude des 
inscriptions en vieux-turc de Sibérie. Ses recherches portant 



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540 MAI-JUIN 1899. 

principalement sur la chronologie des inscriptions, Tidenti- 
fication des noms de lieux et de tribus et sur les diverses 
écritures de TAsie mentionnées dans le FiluisL M. Marquart 
s'occupe accessoirement des Manichéens, des Ouïgours et 
des rapports qu*ont eus les Turcs occidentaux avec les Perses 
et les Byzantins. Le premier de ces mémoires a paru à Leip- 
zig (chez Weicher), sous le titre de : Chronologie der cUttûrki 
sclien Inschriften , 1898; le deuxième, intitulé : Historiscke 
Glossen zu den alttârkisclwn Itischriften , a été pubh'é dans le 
troisième cahier du Wiener Zeitschrift f, d. Kiinde des Mor- 
genlandes (t. XII, 1898). 

Parmi les ouvrages que le (iouvemement anglais des 
Indes a envoyés récemment a la Société asiatique, il y a 
iieu de signaler un fort volume intitulé : Notes on the lan- 
guage ofthe South Andaman group of Tribe, Calcutta, 1898, 
par M. Portman , gouverneur de 1 archipel des îles Andaman , 
en résidence à Port Blair. Les indigènes de ces îles n ont 
pas d'écriture et leur race est bien près de s'éteindre; la 
langue se divise en plusieurs dialectes très difTérents les uns 
des autres, et' qui sont parlés par douze tribus réparties en 
deux groupes, celui des habitants des côtes et le groupe 
des habitants des jungles. Le travail de M. Portman porte 
sur le dialecte Akabeada qui est le plus riche. L'ouvrage 
contient 890 pages de grammaire et de syntaxe , et près de 
deux cents pages de vocabulaire comparatif, renfermant 
deux mille cinq cents mots. On sait que Tarchipel s'étend 
sur une longueur de près de soixante-quinze lieues, et qu'il 
est voisin de la Birmanie et de Siam ; aussi la langue paraît- 
elle appartenir au groupe transgangétique avec mélange de 
mots océaniens. 

Sous le titre de Inscriptions hébraïques en France, 
M. M. Schwab a publié dans le Bulletin archéologique du Mi- 
nistère (1897) une étude sommaire sur plusieurs inscrip- 
tions juives qu'il a pu se procurer et qui sont disséminées 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 511 

soit à Paris, soit dans les musées de province. Les plus 
importantes se trouvent à Narbonne, Yssoudun (Indre) et 
à Paris, mais les plus anciennes sont les inscriptions de 
Narbonne en 689 et d'Aiies (vu* siècle); la plus récente est 
de Tan 1567. L'ensemble des monuments ëpigraphiqucs 
connus jusqu'à ce jour s'élève à i4o. La plupaii. de ces 
textes avaient déjà été publiés; le mérite de M. Schwab est 
d*avoir signalé les ouvrages et revisé un bon nombre de 
lectures. 

Dans le même domaine sémitique, M. Witton Davies a 
étudié et expliqué les termes de magie dans la Bible, les 
écrits postbibliques, en assyrien, en arabe et en égyptien. 
L'ouvrage est intitulé : Magic Divination and Denwnology 
(in- 18, London, J. Qarke, 1898). 

• M. J. Perruchon a formulé quelques critiques sur le Ma- 
nuel de langue abyssine de M. Mondon-Vidailhet qui, du reste 
vient de donner une nouvelle édition de cet ouvrage. Dans 
le Maseon de 1 898 , M. Perruchon a commencé un travail 
comparatif entre Tambarique et Téthiopien. M. Basset a pu- 
blié le texte arabe du Faiak cl ^^lôa^Aa (conquête de FAbys- 
sinie), par Chebab eddin Ahmed. Une traduction française 
de cette Chronique par A. d'Abbadie et Paulitschke vient de 
paraître ( Paris , A. Picard ). 

Mohammed-Bey Osman Galal (né au Caire en 1829) est 
Tauteur de la traduction de plusieurs tragédies de Racine et 
de Corneille en arabe vulgaire d'Egypte. Il a traduit égale- 
ment quelques comédies de Molière savoir : îsshah Matluf 
« le Tartuffe » , Madrasit ul azwâg « TEcole des Maris » , Ma- 
drasit innisâ «TEcole des Femmes». Riiâyet issaqalâ «les 
Fâcheux» et Innisâ ul 'Alimat «les Femmes savantes». 
M. Friedrich Kern vient de publier cette dernière comédie 
en transcription latine avec traduction allemande (Leip- 
zig, 1898). 

Le premier fascicule du tome VII de la Revue sémitique. 



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542 MAI. JUIN 180Q. 

dirigée par M. J. Haiévy, vient de pai-aitre, [janvier 1899] 
(a]x)nneinent annuel, 30 francs; Paiîs, Ë. Leroux). Il con- 
tient notamment un article de M. Haiévy sur quelques 
points de Thistoire ancienne de 1*1 nde à propos de lorigine 
criture et de la littérature védique. Il y a lieu de signa- 
cet égard la seconde édition du livre du jy G. Bûhler 
ie origin of the Indian Brûhma alphabet (Strasbourg, 
aer, 1898). 

glossaire de M. Stanley A. Cook , A Glossary of the Ara- 
inscriptions (Cambridge and London, Clay and son, 
). contient le vocabulaire à peu près complet de la langue 
iscriptions araméennes connues jusqu'à ce jour. C*est 
ontribution très utile à lliistoire de ce dialecte sémitique 
peuple qui a joué un rôle important en Mésopotamie 
Tautre côté du Tigre. 

dehors de la grammaire de M. Noeideke , il existe peu 
El vaux sur le mandéen. M. Pognon a fait paraître au 
lencement de 1898 une série d'inscriptions magiques 
)upes, en langue mandéenne avec traduction française 
-similé. La deuxième partie de ce travail vient de pa- 
'. (Paiis, Welter). Elle contient le texte syriaque du 
e des scholies » de Théodore bar Khouni (viii* siècle], 
nant des détails intéressants sur les Kantiens, les Man- 
\ et sur différentes sectes religieuses, notamment les 
chéens. M. Pognon pense que les ouvrages de Manès 
it écrits en mandéen, ce qui est peu probable. Eln 
:as, TEvangile et les livres canoniques furent de bonne 
\ traduits en persan (ainsi que nous Tapprend Masoudi) 
st sous cette forme que la doctrine se répandit rapi- 
nt dans Tlran , en Asie centrale et dans la Haute-Asie, 
rage de M. Pognon doit se terminer par la publication 
'es textes et d'un glossaire. 

tre confrère M. de la Vallée Poussin , pitifesseur à TUni- 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 543 

varsité de Gand, a publié à Londres, chez Luzac (ivol. 
in-4'', 1898), un travail important sur le bouddhisme, suivi 
du texte sanscrit de VAdikarmapradipa, ouvrage tantriqae, 
et d'un autre texte qui est le commentaire partiel de la Bo- 
dhicary avatar atika. 

Dans son introduction, Tauteur développe cette théorie 
que le bouddhisme n est pas très différent du brahmanisme 
et qu'il existait dans la pensée hindoue avant la naissance 
de Gautama ; il ajoute que le mahâydtta ou « tantrisme > né- 
gligé jusqu'ici a une importance dans Thistoirt* de révolu- 
tion bouddhique. 

La tribu des Lolo qui habite la province de Yun-nan sur 
les confins de 1* Indo-Chine, a été lobjet de deux puUications 
récentes , Tune est de M. Paul Boell et est intitulée Contri- 
httlion à l'étude de la langue du Lolo , avec un essai de gram- 
maire et un vocabulaire des trois principaux dialectes ( Paris , 
Ë. Leroux, 1899 )* ^ seconde publication émane de M. Paul 
Vial missionnaire an Yun-nan : *Les Lolos, histoire, religion , 
mœurs, langue , écriture ■ , avec fac-similé de Técriture hiéro- 
glyphique de ces peuples (Shang-haï, 1898, collège de Zi- 
ka-waï). 11 y a lieu de rappeler à cet égard que M. Pierre 
Lefévre-Pontalis avait déjà publié dans le Journal asiatique 
en 189a et 1896, une série d'articles sur les Populations du 
Nord de Tlndo-Chine parmi lesquelles figurent les Lolos. 

Les volâmes contenant les Mémoires de la Mission Pavie , 
(Ëxf^ration du nord de Tlndo Chine, 1881-1890) vont 
bientôt être mis en distribution. Noos poavons signaler dès 
a présent, le volume consacré à Tépigraphie : il contient 
trente et une inscriptions recueillies au Siam et au Laos. 
Sauf deux, ces textes sont tous en ancienne langue fAaî( sia- 
mois) et en caractères dévenâgaris archaïques dits de Sakhâ- 
daya. Ces caractères, usités jusqu'au xvi* siècle, ont précédé 
l'alphabet actuel cpii a été formé siu* le pâli-birman. Les 
inscriptions ont été traduites en fran<^is par le P. Schmitt : 



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544 MAI-JUIN 1899. 

elles sont historiques , religieuses , astrologiques et datées de 
Tune des trois ères autrefois usitées au Siam. La plus an- 
cienne est de i2o5 caka ( i283 de J.-C). La plupart de ces 
inscriptions ont été reproduites dans le premier volume du 
Siam ancien de M. Le Foumereau (in-4', Paris, i8g5). 

M. Hubens I)uval a publié, dans le liecneil des ancieiuies 
liiiératures chrétiennes, une histoire de la Littérature syt^iaque 
(i vol. in- 18, Paris; V. Lecoffre, 1899), *^^^ ^^^ ^^^ 
de TAsie antérieure. On sait l'importance qu'occupe cette 
littérature dans Thistoire de TEg^se orientale dont elle con- 
stitue une des principales sources. L ouvrage est divisé en 
deux parties : dans la première, Tauteur donne une vue 
d'ensemble des œuvres littéraires; la seconde renferme de 
courtes notices sur les auteurs syriaques d'après Tordre chro- 
nologique. En dehors du mémoire de W. Wright, c'est le 
premier ouvrage de littérature syriaque, écrit du moins en 
français. Le livre de notre confrère est une œuvre scien- 
tifique et en même temps de vulgarisation destinée à la fois 
aux Orientalistes et aux ecclésiastiques qui s'intéressent à 
l'histoire des origines. 

Le P. A.-J. Delattre, de Louvain, a donné au dernier 
Congrès de bibliographie un mémoire sur les Progrès de Vas- 
sytiologic depuis dix ans, 1888-1898, faisant suite a un pre- 
mier travail qui a paru sous le titre de L* Assyriologie depuis 
onze ans, 1878-1889. Ces deux mémoires renferment oii 
résumé très instructif et très intéressant des travaux des as- 
syrioiogues pendant près d'un quart de siècle. 

Ë. Drouin. 



B^ 



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NOUVELLES ET MELANGES. 5i5 

La SAi.yTE Bible polyglotte contenant le texte hébreu original, 
le texte grec des Septante, le texte latin de la Vulgate et la tra- 
duction française de M. Tabbé Glaire avec les difTérence-s de l'hé- 
breu , des Septante et de la Vulgate , des introductions , des notes 
des cartes et des illustrations par F. Vigouroux, prêtre de Sainl- 
Sulpice'. 



1. 



But et importance d'utie Polyglotte manuelle. 



11 sçmble admis que les études bibliques et, en général, 
les études sémitiques sont moins cultivées en France qu'a 
Tétranger. La faute n'en est certes pas à nos professeurs, 
car notre état-major professoral ne le cède à aucun autre en 
Europe et a fourni des initiateurs à presque toutes les 
sciences , mais bien à ce que ces chefs se trouvent trop sou- 
vent sans soldats puisque Tesprit d'utilitarisme pousse toute 
la jeunesse vers le» études rétribuées , et aussi à ce que leur 
parole écrite ne trouve pas en France d*écho qui la renforce. 
Heureux encore si poui/ concfuérir la popularité inaccessible 
par ailleurs, quelques-uns ne s'abaissent à composer des ro- 
mans sar des sujets orientaux et n'attirent sur dos travaux 
l'épithëte injurieuse de « frivolité française >» ^ 

Il parait donc essentiel de créer dans le pays un écho 
pour tous les travaux d'orientalisme , de préparer des appré- 

* Le fascicule ii conlionl TExode el le Lévilique, broch.gr. in-8% de lu 
|>agc 273 à la page 6iio du tome I. — Prix net du premier volume, com- 
prenant 3 fascicules qui forment un millier de pages : 5 francs (port en 
sus), choB Roger el Chornovii, libr. Alit. , rue des Grands- \ugustins, 
n* 7, Paris. 

' «L'nd dies muss als ein crschreckendes Zeichen der Zeit bcLrachlel 
werden dasifmntôsische Frivolitàt and deuUche fVutcnschafi ûber dcm frisch 
gegrobenen Grabe des Erlôsers eine brûderlichc Hand sich reichen.R 
Const. Tischendorf , Wann wurden unsere Evangetien verfastt, p. S; bro- 
chure in-8", Leipzig, i865. — Ajoutons cependant au texte de M. Tischcn- 
dorf qu*il existe aussi des romans composés avec grand appareil scienti- 
fique , car nous appdons roman toute production où rimagination dépasse 
les faits. Ces derniers nont guère |du8 d'importance que les autres, mais 
fatiguent beaucoup |Jus les lecteurs. 

XIII. iiO 



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546 MAI-JUIN 1899. 

ciateurs qui se diviseront nécessaireuient en dé('enseui*s et en 
contradicteurs , de rompre enfin le silence de mort qui nous 
ëtreint. 

Et Tisolenient de nos orientalistes ne date pas d*hier. 
En 1753, un médecin français, Astruc, publiait ses Conjec- 
tures sur les mémoires originaux dont il paraît que Moyse s'est 
servi pour composer le livre de la Genèse \ Il appuyait ses con- 
jectures, déjà vraisemblables a priori : 1" sur les répétitions 
que l'on trouve dans la Genèse; 2" sur l'emploi alternatif 
des deux noms de Dieu , Jéhovah et Elohim , emploi alterna- 
tif qui cesse , dit-il , après le second chapitre de TExode , dès 
que Moyse raconte ce qu'il a vu; 3" sur les antichronisuies 
ou renversement de l'ordre chronologique que Ton trouve 
dans la Genèse. — Cet ouvrage ne produisit chez nous aucun 
résultat intellectuel appréciable, et cependant, c'est de lui 
que devait vivre durant plus d'un siècle toute la critique biblique 
à l'étranger. De là procèdent directement , en particulier, les 
Bibles multicolores imprimées et peintes à l'étranger, qui 
désignent ainsi par le rouge, le bleu ou le jaune, les mé- 
moires originaux c[ue l'éditeur croit pouvoir discerner. Et cet 

* Volume in- la de \-5a6 pages, publié sans nom d auteur à Bruxelles, 
u\ec l'épigraphe : Avia Pieridum peragro îoca, nuUius ante trita solo. 

Cet ouvrage comprend : i** des réflexions préliminaires p. 1-36 : «Que 
Mo^fse n*a composé la Genèse que sur des mémoires plus anciens;. . . que 
Moyse, en composant la Genèse, na fait que partager par morceaux les 
mémoires anciens quil avait, et a inséré ces morceaux en entier, etc.;.. . 
qu en la décomposant ainsi ( la Genèse } il se trouve des vuides ou lacunes 
dans les mémoires de la même espèce réunis ensemble , et pourquoi » ; — 
3* le texte de la Genèse et des deux premiers chapitres de TExodc dis- 
posé sur deux colonnes suivant sa provenance supposée, p. a5-a8i; — 
3" des remarques siur la distribution de la Genèse en différents mémoires, 
p. 281-^96 : « De Tusagc des lettres et de Tart d'écrire...; qu'ils étaient 
connus longtemps avant Moyse... Du nom de Jehovah donné à Dieu.. 
S'il a été connu des patriarches . . . Des différents mémoires . . . Qu'il 
parait quon peut y en distinguer jusqua douxc. . . Des auteurs , de ces 
différents mémoires . . . Que , quoique ces mémoires soient écrits en hé- 
breu, cda n'empêche pas que Moyse n'ait pu les emprunter des nations 
voisines... Quatre avantages de l'opinion nouvdle sur la composition de 
In Genèse, etc.» 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 547 

éditeur n*a pas grand mérite à cela , cai^ Âsti^uc ne s*était pas 
borné a émettre incidemment un'e idée de génie : il avait 
imprimé sm* deux colonnes parallèles les textes élohistes et 
jéhovistes; avait indiqué, à la fm de son ouvrage, que Ton 
pouvait distinguer jusqu*à douze mémoires , et avait prévu , 
autant qu'il le pouvait , toutes les objections. 

Il sufiBsait après cda de supposer plus ou moins de mé- 
moires, de faire passer quelques textes du mémoire A dans 
le mémoire B ou réciproquement, d'essayer une extension 
de cette décomposition au reste du Pentateuque, d'imaginer 
que, parmi ces mémoires originaux, quelques-ims étaient 
plus originaux , tandis que les autres s'y étaient ajoutés plus 
ou moins tard. On pouvait trouver cela avec un peu d'ima- 
gination, quelque science et une certaine connaissance de 
la tbéorie des combinaisons mathématiques. — Celle-ci nous 
enseigne en elTet que douze personnes peuvent se placer de 
/i79,oo 1,600 manières différentes autour d'une table de 
douze couverts. Elle apprenait donc aux critiques attablés 
autour du Pentateuque , combien d'arrangements différents 
ils pouvaient former avec la douzaine d'idées neuves que 
venait de leur jeter Astruc. 

Mais , me dira t-on , si la plupart de ces travaux ont été 
inutiles , pourquoi regretter qu'ils n'aient pas été faits dans 
notre pays ? — Parce que , à notre avis , un travail fait avec 
science et réflexion est toujours incomplet, souvent faussé 
par un parti pris, mais jamais complètement inutile. 11 ren- 
fermera au moins des détails qui feront mieux comprendie 
certains mots ou certains passages , rendront compte de cer- 
taines anomalies , supprimeront quelques diflicultés et servi- 
ront à quelque autre pour mieux faire. Renoncer à la critique 
et aux discussions à cause des erreurs qu'elles entraînent 
serait renoncer à fabriquer le fer, ce métal indispensable, 
sous prétexte que sa préparation produit des montagnes de 
scories. 

Nous regrettons donc que le texte hébreu de la Bible n'ait 
pas été plus répandu en France au temps d' Astruc , et que cet 

36. 



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k 



548 MAi-JUIN 1899. 

auteur n ait pas trouve îinmédiatenient de nombi*eux défen- 
seurs et contradicteui*s pour assurer à notre pays le bénéfice 
de sa découveiHe : car, il en est en science comme en poli- 
tique , il ne suffit pas qu'un explorateur de génie disposant de 
ressources limitées nous donne le droit du premier occu- 
pant; il faut que des hommes prévoyants aient préparé toute 
une armée qui marche à sa suite et le soutienne, sinon 
rétranger le supplante par la force*. 

Préparer cette armée sera , croyons-nous, l'un des résultats 
delà Bible polyglotte manuelle, car elle a mis en circulation, 
pendant cette année scolaire , deux mille textes des premiers 
livres du Pentateuque, avec l'hébreu, le grec, le latin et le 
français en regard. Cet ouvrage sera donc bientôt en la pos- 
session de dix mille lecteurs, et il est impossible, à mon 
avis., qu'ils lisent le français sans essayer de lire aussi l'hébreu 
et le grec de la page voisine , idée qu'ils n'ont pas mainte- 
nant parce qu'il faut se procurer et ouvrir des livres diffé- 
rents; sur ces dix mille iecteui*s, il s'en trouvera certainement 
de plus curietix qui voudront agrandir leurs connaissances 
dans le champ des langues sémitiques et avoir la def des hié- 
roglyphes et des cunéiformes gravés dans les notes au bas 
des pages. Ainsi se formera peu à peu le corps de bataille 
qui nous manque maintenant et que les étrange» semblent 
posséder, grâce, sans doute, aux polyglottes manuelles que 
l'Angleterre a depuis l'an i83i , et l'Allemagne depuis i847* 

Ajoutons que pour rendre l'ouvrage accessible à toutes les 
bourses, l'éditeur a fixé à cinq francs pour les souscripteurs 
le prix net du volume. Le premier renfermera tout le Penta- 
teuque *. 

' Nous avons pris Aslruc comme exemple, mais nous n'avions que l'em- 
barras du choix , car Richard Simon ne fut pas plus compris au xvii' sifcle 
qu'Astruc au xviii* et de nos jours nous avons des initiateurs à toutes les 
sciences qui ont des disciples, surtout, semble-t-il, à l'étranger, faute 
d'une préparation secondaire qui mette un grand nombre de Français à 
même de les comprendre et plus tard de les suivre. 

^ La Bible i>olyglolte complète (Ancien et Nouveau Testament) compreu* 
dra huit volumes. 



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NOUVELLES ET MÉLANGES. 5V.) 



IL Plan de la Polyglotte de M. Vigouroux, 

La disposition de Fouvrage est indiquée dans le titre cité 
en tête de cet article. Chaque p'ige est partagée en deux 
colonnes. On a donc les quatre textes simultanément sous 
les yeux» Ajoutons que le texte grec est celui de Pëdition Six- 
tine donnée à Rome en l'année 1887 et reproduisant scrupu- 
leusement (à quelques détails près relevés par M. Nestlé) le 
manuscrit du Vatican , qui est du i\' siècle. On doit quelque- 
fois , pour établir la concordance avec l'hébreu , insérer 
quelques versets empruntés à la Polyglotte de Complute, 
mais ces insertions sont signalées au lecteur et placées entre 
crochets. Au bas des colonnes , on donne les principales va- 
riantes empruntées pour Tinstant aux éditions d'Aide et do 
Complute et au manuscrit d'Alexandrie. On a l'intention, 
du reste, d'apporter grand soin dans le second volume à 
cette question des variantes laissée au dévouement du collabo- 
rateur. — L'éditeur est prêt aussi à tous les sacrifices pour 
assurer non seulement la diffusion , mais aussi la valeur in- 
trinsèque de son œuvre. Il donnera les livres deutéro-cano- 
niques qui manquent dans la Polyglotte allemande , ainsi que 
le texte hébreu de l'Ecclésiastique. 

La présente publication a déjà été l'objet d'attaques pas- 
sionnées. On lui a reproché , pour essayer de jeter le trouble 
dans les âmes simples, de donner un texte hébvea protestant , 
ce qui n'a pas laissé que de nous étonner, nous qui ne con- 
naissons qu'un texte hébreu , le texte fixé par les Massorètes 
et reproduit, à des différences insignifiantes près, dans toutes 
les éditions. On lui a reproché aussi de ne pas reproduire 
pour le grec l'édition Sixtine, alors qu'une simple compa- 
raison aurait convaincu du contraire '. On a été jusqu'à faire 

' A quelques améliorations prés. Ainsi l'édition Sixtine primitive n*a 
pas la division en versets, n'emploie les lettres majuscales qu an commen- 
cement des chapitres, ne connaît pas le point en haut, ne change pa^ 
laccent grave en aigu devant une virgule. On na pas reproduit, bien 



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550 MAI-JUIN 1899. 

un crime à réditeur d'avoir fixé à deux francs le prix du 
premier fascicule qui forme ie tiers du premier volume dont 
le prix est de cinq francs. L'honorable critique , qui semble 
avoir un faible pour les fractions périodiques, aurait donc 
voulu voir fixer le prix à | «= 1,6666 . . . '. 

Ces chicanes font soupçonner une cause sérieuse que Ton 
ne veut pas alléguer. 11 paraît, en effet, que l'on songeait à 
publier plus tard à l'étranger une Polyglotte à laquelle on 
aurait sans doute voulu réserver le titre de seule Polyglotte 
catholique ; ce serait un élément de réclame de plus. L'un 
des critiques a bien indiqué le véritable caractère de la po- 
lémique , en intitulant l'un de ses malveillants articles : Eine 
franz'izische Concarrenz «une concurrence française»*. Ce 
nous est un motif de plus pour souhaiter vie et succès à 
notre Polyglotte. 

III. Errata, 

Il reste quelques fautes, comme dans tous les ouvrages 
qui se publient*; nous avons signalé toutes celles que nous 

entendu , ces imperfections. Le texte grec de l^édition Stier et TheiJe était , 
au commencement, celui de rédilion Sixtiue, à quelques détails prés; 
on a donc pu le reproduire avec le cliché du texte hébreu, en y chan- 
geant scrupuleusement toutefois les détails qui s'écartaient de Tédition 
Sixtine; mais, dès le fascicule 11, presque tout le grec a dà être recom- 
posé. 

' Que ne doit-il pas dire du Nouveau Laivusse illustré , pour lequel 1rs 
souscripteurs ont versé 80 francs, tandis qu*ib nonl reçu que deux vo- 
lumes d*une valeur totale de ko francs. Chez M. Roger du moins, on no 
paye qu'à la réception du fascicule ou du volume. 

' Dans les HiMtoritch-poUtische Blàiter de Munich. Cité par M. Vigou- 
roux , journal rr/nirerj , 4 novembre 1898. 

* Ainsi , dans le premier volume de la Polyglotte allemande de Stier et 
Theile, qui existe déjà depuis 18^17 ^^ ^'^ csi k sa cinquième édition , nous 
avons relevé une cinquantaine de petites fautes. Nous devons dire qu'elles 
n'existent, à quelques exceptions près, que dans les variantes et que le 
texte est maintenant d'une correction remarquable. Signalons seulement : 
Ex. IX, 16, ixjer^p] lire iax,^V' Nombres xxv, a, tièèXeâv] lire tlSAXotv. 
XXXV, 6, ^ênftùaaivrt] lire ^veô^tunt. Oetit. xiii. 6, twv] lire aov. 



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NOUVELLES ET MÉLAiNGES. 551 

avons remarquées à Téditeur, qui les donnera en Errata et 
les fera disparaiti^e de la prochaine édition. Citons, en at- 
tendant, les plus importantes * : 

Fascicule L — Genèse, xix, 33 et 35, aôrfiv] lire aiSrdv; — 
xxxm , 1 8 , Six/ftA»v] lire 2D«/fi«v ; — Ibid, , mapevéSaXà] lire «ape- 
piXeiS9\ — XL, 9, note, Diododore] lire Diodore: — XLI, i, sup- 
primer Tow; — ai, ûf| lire à; — XLii, 29, aux variantes, 39, oufiô] 
lire 29, A: avu€; — xlvi, 11, KotclÔ] lire Kàô; — 29, 'wXsiovt] 
lire wiopi; — xlix, 21, Nc^aAe/] lire Ne^ôoA/; — 27, itaid^êt] 
Slèù^fft', — L, 5, aux variantes, reXevdrtvait] lire TeAevrfjfo'ai ; — 
11, aux variantes, éêov] lire tèop; — 20, èiftaxé^STcu] lire èictoKé' 

Fascicule IL — Exode, 11, 18, èraxvPifg] lire irax&vaTe; — 
3 2 aux variantes MaiO^it] lire Mvucij; — m, i5 et 16 aux variantes 
Cfu5p] lireOfiâiv; — 20, X*'iP^] ""^ X**iP*» — ^'» *♦ «''▼ou] lire 
«vToCf; — vn, i4, jSa^apvToi] lire ^eSdpnwt; — ao, après aCroîs 
ajouter nriptoi; — viii, 3 , nal tU toOs] lire kol] èisï toùj; — 8, ^- 
(7ov(7i] lire ^aù^t\ — 28, e/foirôe] lire t6^aBe\ — ix, 16, ^x^*'] 
lire îaxj^v\ — 26, >?] lire ii\ — x, 7, Mat. , . ,ÈSaité<TlétXop] lire 
éalat. , , ,Èiaifàa1etXov; — 16, xaréairevffs] lire xarioTcevèe; — 
19 , note, agtiées] lire aptées; — xn, 5 , au lieu de o§ lire inaalof; 
— 10, «hroAc^ffre] lire dncXti^etat; — XYi, 8, xaff Cftéip] lire moO* 
•httùh; — 35, aux variantes, aprds : (pr. loco) ajouter to fidppa; — 
\x, Tordre des versets est 1^, i5, i3; — xxy, ao, après iaoprat 
ajouter ol; — xxvi, 3 , aux variantes itépa$] lire Mpat. 

F. Nau. 

' La typographie Pirmin-Didot donne tous set soins à cette publication, 
qui lui fera , croyons-nous , grand honneur. Notons en pafsant un défaut 
des caractères grecs qui lui ont été imposés : les 9, «», ^, iy et v te cas- 
sent facilement ; les deux premières lettres donnent alors des o et dei a. 



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552 MAl-JMN 1890. 

DIK LIEDEH DUR MÔSCIIE ISD NONNSN COTAMO BLDDUO*S, aUS den 

Theragâthâ iind Thcngâthâ zuni rrstcn Mal ûbersetzt von Karl 
Eiigen Ncuniann. Berlin, Emsl Hofmann and C*. în-8*, VIII, 
391 pages, 1899. 

*!)n attendant que la Pâli text Society, en publiant la soite 
Majjhima-nikàya, lui fournisse les moyens de continuer 
raduction de cette vaste compilation , M. Neumann , décidé 
litier le grand public d'Allemagne à la connaissance de 
seignement du Buddha , lui offre celle d*un recueil moins 
idu, le Thera- et le Theri-gàthâ, deux sections jumelles 
Khadâhaka-nikâya , qu on pourrait appeler : les confessions 
professions de foi des membres mâles et femelles de la 
imunauté bouddhique; car ils y expriment leurs senti- 
its, leurs réflexions, le résultat de leurs efforts pour 
indreala perfection, quelquefois avec des allusions à leur 
oire individuelle, le tout plus ou moins longuement , dans 
vers monologues , quelquefois dialogues. 
)n sait que la Pâli text Society a publié le texte de ce 
ble recueil en i883, avec le concours de MM. Hermann 
enberg (pour le Thera-gâthâ) et Richard Pischel (pour le' 
r(-gâthâ). n est divisé comme le Jâtaka en nipâtas, c est- 
ire en sections dont les éléments vont en croissant, la 
[nière étant composée de textes dune seule stance; la 
xième de textes de deux stances, et ainsi de suite. Il y 
1 de ces nipâtas dans le premier recueil et ao dans le 
»nd; mais le total des gàthâs aussi bien que celui des 
tonnages qui les prononcent est bien plus considérable 
s le Thera- c[ue dans le Therî-gâthâ, Car nous avons ado 
*as disant ensemble 1,379 g^^^s contre 66 theris nen 
int que 530. Malgré les concessions faites par le Buddha 
lexe faible , c'est l'élément masculin qui est la base de la 
été bouddhique. 

iC lecteur connaît le système de M. Neumann, qui ne 
t aucun compte de la littérature du Nord, et a pour prin- 
I de traduire tons les termes bouddhiques sans exception. 



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NOUVKLLES KT MELANGES. 553 

Aussi, a part les nomis des Theras et des Therts auxquels les 
stances sont attribuées, et dont les noms sont le seid titre de 
chaque article , aucun terme indien ne se rencontre dans sa 
traduction , qui est en vers; car il s'attache à en faire autant 
que possible un calque du texte. Je donne ici, conune spé- 
cimen, la gàthâ 5 16 du premier recueil qui est hérissée de 
termes bouddhiques : 

Pubhe nwÂS€un jânànii 

NuD webs ich was ich jeher war 

DibbacaJikhwn visodhitam 

Das Auge klirt sich himmlisch aiif; 

.4raAd dakkhineyyo mki 

ErhabcD bia ich , heilig « hehr ; 

Vippamatto nirûpadhi 

bin abgeschieden « aasgeschâlt. 

Je ue reviendrai pas sur les observations que j*ai déjà pré- 
sentées à propos de ce système de traduction. On pourrait 
montrer que le traducteur n*atteint pas toujours Tespèce de 
littéralisme c[u*il ambitionne. 

Si la traduction est faite pour le commun des lecteurs, les 
notes s'adressent à tous, savants et non savants; on y trouve 
des discussions sur les leçons et le sens du texte , des rappro- 
chements intéressants et instructifs avec d'autres passages du 
recueil ou d'autres recueils , même avec d'autres littératures. 
— L'ouvrage se termine par un index des noms des theras , 
des theris et d autres personnages et des noms de lieux. 

Dans sa Vorrede, M. Neumann affirme de nouveau ses 
convictions bouddhiques. Selon lui, c'est le Buddha qui a 
enseigné « la philosophie de la sainteté » : il nous apprend 
que Richard Wagner pensait à peu près de même. 

L. FeeR. 



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554 MAI-JUIN 1899. 

NOTICE NiCROLOGIQUE. 

L'Université Harward , de Cambridge en Massachusets 
(Etats-Unis), et Torientalisme américain viennent de faire 
une perte sensible en la personne de M. Henry Clarke Warren , 
ancien trésorier, et ancien directeur de la Société orientale 
américaine , décédé à Cambridge au commencement de cette 
année. Un accident de voiture , dont il avait été victime dans 
son enfance , Tayant condamné à une vie sédentaire , il s'était 
livré à Tétude. Le sanscrit Tattira d'abord; de là il passa à 
Tétude du pâli dans laquelle il se confina. On sait qu'il 
publia en 1896, sous le titre Baddhism in translations ^ ^ un 
fort volume qui atteste une lecture étendue. 11 avait entrepris 
sur le Visuddhi-magga un vaste travail comprenant : 1* ime 
édition du texte pâli ; 2* une traduction anglaise ; 3* le recen- 
sement et l'identification des citations des textes canoniques 
et des commentaires qui se trouvent dans cet ouvrage. — La 
première partie seulement est à peu près en état de paraître ; 
les deux autres sont inachevées. On exprime cependant Tes- 
poir cpie l'ensemble pourra faire Tobjet d'une publication 
posthume. 

L. Fbbr. 

RECUEIL D'ARCHEOLOGIE ORIENTALE 



SOMMAIRI DBS MATliRBS OOIfTBinnM DAlfS LB TOMB Ht ( «vec plaoches 

et gravures), en cours de publication; livraisons 10 à i3, 
mars-avril 1899. 

$ 30. Les Phéniciens en Grèce (fin), — S 31. Sceau phénicien au 
nom de Milik-ya*zor. — S 32. Sceau israélite au nom d^Abigaîl , 

' Voir le Journal asiatique, janv.-fty. 1897, p. i65. — La date 1876, 
donnée pour rapparition da volume, est une faute; il dut lire 1896. 

* Paris, E. Leroux^ prix des volumes I et II, a 5 francs; prix du vo- 
lume III, souscrit d'avance et à recevoir par livraisons: ao francs. 



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iNOUVELLES ET MELANGES. 555 

femme de 'Asayahou. — S 33. Notes d*épigraphie palmyré- 
nienne. — S 34. Tanil et Perséphone-Artémis. — S 35. Quatre 
nouveaux sceaux à légendes sémitiques. — S 36. La famille royale 
de Palmyre, d'après une nouvelle inscription. — S 37. Hëbron 
et Diocletianoupolis. — S 38. Le mois de Qinian-Juillet du ca- 
lendrier palmyrénien. — S Sg. Une «éponge américaine» du 
VI* siècle avant notre èr (à suivre). 



LA CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN. 

La Société asiatique avait autrefois décidé de se charger 
de la publication de la Chronic[ue de Michel le Syrien , sur 
la demande de M'' Rahmani (voir Journ, as,, IX* sér. , t. III 
[janv.-févr. iSgd], p. i35). Ce prélat n'ayant pas donné 
suite à son projet, nous apprenons avec plaisir que notre 
confrère M. J.-B. Chabot vient d'entreprendre cette impor- 
tante publication avec le concours et sous le patronage de 
l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres. Le premier vo- 
lume, comprenant le texte syriaque et la traduction fran- 
çaise des six premiers Livres de la Chronique, paraîtra 
prochainement à la librairie Ernest Leroux. 

R. D. 



NOTE ADDITIONNELLE À L'ARTICLE DE M. SENART. 
(Voir ci-dessus, p. Sao. ) 

D'une communication de M. Caddy, reçue par M. Fou- 
cher depuis que cette note est imprimée , il ressort que l'in- 
scription datée de ii 3 « a été découverte par le colonel 
Maisey à Karkhai , dans le Kaladara Nadi , juste à l'ouest de 
Dargai». Ce Dargai est celui qui est au pied du Malakand, 
sur le versant sud. 



Le gérant : 
RUBENS DUVAL. 



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TABLE DES MATIERES 

COiNTENUES DANS LE TOME XHI, IX*^ SERIE. 



MÉMOIRES ET TR^UCTIONS. 

Nàbiga Dhobyânî inédit, d'après le ms. arabe 65 de la collec- 
tion Scheier (Hartwig Direxbourg) 5 

Le Traité for l'astrolabe plan de Sévère Sabokt (F. Nal).. . 56 

Les premières invasions arabe» dans l'Afrique du Nord ( 3 1 - 1 oo 
de l'hégire — 661-718 de J.-C.) (Caudkl) 102 

l^s premières invasions arabes dans i'Afiûque du Noixl ( -j 1 - 

100 de l'hégire — 661-718 de J.-C.) (Caudel.) [6'ai/f].. 189 

Le Traité sur Tastrolable plan de Sévère Sabokt (F. -N\u) 
[Suite] 238 

Spécimens de la littérature moderne du Turkestan chinois 
(F. Grbnard] 3o4 

Les premières invasions arabes dans l'Afrique du Nord (31- 
100 de l'hégire — 661-718 de J.-C.) (Caudbl.) [Suite.], 385 

Les sanctuaires du Djebel Nefousa (René Basset.) 4^3 

Six chansons arabes en dialecte maghrébin (C. Sonnbck).. . 471 

NOUVELLES ET MÉLANGES. 

Procès-verbal de la séance du i3 janvier 1899 i56 

Annexe au procès-verbal : Les mots Lapana , Hamdth , Hadrak 
(J. Halévï) id8 

Notice Hur le prince indien Sucel Siugh (L. Fkkr) 161 

Ouvrages offerts à la Société i6'i 



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558 MAI-JUIN 1899. 

Procès-verbal de la séance du lo février 1899 166 

Annexe au procès-verbal : Recherches sur la langue aïno (De 
Charbncey) 168 

Ouvrages offerts à la Société 1 70 

Note sur une version turque du «Livre de Sendabab» (J.-A. 
Dbcourdbmanchb) 173 

L œuvre d*Abd Bergaigne et Tlndo-Chine française (A. Lbmire). 1 77 

Bibliographie : Recueil de consultations juridiques rdatives a 
la condition des «Ouaqf», publié par les soins du Protectorat (O. 
HouD\s). — Le K^i-King», traduit d'après les interprètes chinois 
avec la version mandchoue, parC. de Harlez (L. Feer). — Index 

(Ed. C HAVANRBS) 

rocè^-verbal de la séance du 10 mars 1899 347 

OuvTages offerts à la Société 3^9 

roi'ès-verbal de la séance du 1 4 avril 1899 35 1 

Annexe au procès-verbal : La date du Déluge d après les textes 
principaux. Le mariage d'Osée ( J. Halbvt ) 353 

Ouvrages offerts à la Société 359 

Les cure-dents du Buddha ( L. Feer) 36a 

Les titres royaux ches les Indo-Scythes (E. Drolim) 36çi 

Bibiic^aphie : «Petite grammaire persane» , at the press of tho. 
Vrchbishop of Canterbury s Mission, Urmi (R. Doval). — «Chà- 
ràni», Balance de la loi musulmane, etc., traduit de Tarabe par 
le D' Perron (O. Houdas). — Lao-Tie's «cTao-tch-king»,... trans- 
lation and notes by D' Paul Carus (C. de Harlbz). — Recueil 
d'archéologie orientale: Sommaire des matières contenues dans 
les tomes 1, II et III (Clbrmomt-Gannead). 

rocès-verbal de la séance da 1 7 mai 1 899 5ai 

Ouvrages offerts à la Société SsS 

Notes d*épigraphie indienne (VII) : Deux épigraphes du Svrat 

(Ë. Serart) 5^6 

Au sujet d'un des surnoms du mois de Redjeb (O. Houdas).. . 537 

Bibliographie : Annonces biblioffraphiqucs (£. Drouin). — La 
sainte Bible poly^otte »... par 1 abbé F. Vigouroux ( F. Nal ). 
— Die Liofler der Mônche und Nonnen Gotamo Buddho's , . . . 
von Karl Eugcn Neumann (L. Febr). — Notice nécrologique 
(L. Feer). — Recueil d'archéologie orientale : Sommaire des 
matières contenues dans le tome III (CLERyoxT-GAXNEAi). — La 
chronique de Michel le Syrien (R. D.). 



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ER!\KST LEROIX, EDITEUR, 

nUE BONAPARTE, n" 28. 



PUBLICATIONS 



L'ECOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES. 



QUATRIEME SERIE. 

1. CATALOGDE DE LA BIBUOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES, 
publié par E. Lasibrbcht, secrétaire de l'Ecole. Tome I. Linguistique : 1. Philologie. — H. Langue 
arabe. In-8% p. Mi-6a '4 1 5 IV. 

II-VII. CATALOGUE DE LA BIBUOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES. 
Tomes II a VII (eu prô|>aration). 

VII MX. LES POPULATIONS FINNOISES DES BASSINS DE LA VOLGA ET DE LA KAMA, [Kir 
Jean Suirnov. Études d'ethnographie historique, revues et traduites du russe par Paul Botcr. — 
Première partie : Groupe de la Volga, ou groupe bulgare. I. Les Tchérémisses. II. Les Mordves. 
In.8° i5 fr. 

— Le m/^me. Seconde partie : GroujM? delà Kama, ou groupe» permien. ï. Les Votiaks. 11. Les 
Permiens. ln-8' (sous presse.) 

X~XI. OUMARA DU TÉUEN (xii" siècle), sa vie et sou œuvre. Tome 1. Autobiographie et récits 
sur les visirs d'Egypte. — Choix de poésies. Texte arabe j)ublié par Hartwig DERKNBOLm;. 
In-8° l 'i fr. 

XII-XIII. DOCUMENTS ARABES RELATIFS A L'HISTOIRE DU SOUDAN. I. (Tarikh ee-Soudan.) 
Histoire du Soudan , ]iar Abderrahman ben Abdallah £t-Tonboukti . Texte arabe et traduolion 
française, par 0. Holdas, avec la collaboration de M. Benoit, ^ève diplômé de l'Ecole d«*s 
langues orientales vivantes. I. Texte arabe. In-8° iT» fr. 

— Traduction française. In-8* ( sous presse) 

— Tome II. In-8"' (sous presse) 

XIV-XV. DESCRIPTION DES ILES DE L'ARCHIPEL GREC, |Kir CriRiSTOPUB Bi otidelmonti. V<'rsioit 
grecque par un Anonyme, publiée avec une traduction française et un commentaire |>ar Ému h 
I.EGRAKD. Première partie, ornée de 5 2 cartes géographiques. Gr. in-8' 20 fr. 

— Le même. Seconde partie. In-S" (sous presse) 

XVI. LE UVRB DE LA CRÉATION ET DE L'HISTOIRE D'ABOU aSÉID AHMED BEN SAHL EL- 
BALKHI. Texte arabe publié et traduit d'après le manuscrit de Constantinople , par Cl. Huaut. 
Tome I. In-S" 20 fr, 

XVII-WIII. Le même ouvrage. Tomes 11, III. In-S"* (en préparation).. . .• 

MXXX. DOCUMENTS ARABES RELATIFS A L'HISTOIRE DU SOUDAN (Tedskiret en Nisian a 
Akhbâr Moloak es-SoodAn.) Texte arabe édité par 0. IIoudas, avec la collaboration de M. £om. 
Benois T. In-8° I .T fr. 

— Le même. Traduction française. In-S" (en préparation ) 

CINQUIÈME SÉRIE. 
I-II. DICTIONNAIRE ANNAMITE-FRANÇAIS, |>ar M. Bo^et. 2 vol. in-8' (sous presse) 

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TABLE 



DES MATIERES CONTENUES DAXS CE NUMKRO. 






l(j><»XJ ï^^'*» preiiiRTcs invasions aral>es dans l'Afrique du Nord (21-100 H. — 

{^\. CaIi DEL. ) 385 

iN'efousa. ( M. René Basset.) 'ia3 

ftlecle maghrébin, publiées, traduites et anno- 

471 

Séance du 12 mai 1899. Ouvrages offerts à 

52 1 

ne. Vil. Deux épigraphes du Svât. (M. K. Sb- 
n des surnoms du mois de Redjeb. (O. Hoo- 
526 

3S bibliographiques. (M. E. Drouin.) — La 
(M. F. Nau. ) — Die lieder der Mônche und 
>'s. (L. Feer.) — Notice nécrologique. (M. L. 
•rhéologie orientale. [Sommaire du tome 111.] 
.) — Note additionnelle. (M. Sknakt. ) 5^9 

ues dans le tome \lll, IX* série 557 



ui désirent dexenir membres de la Société asiatique 
inde au secrétaire ou à un membre du Conseil, 
a Société s'adressent, pour l'acquittement de leur 
mes par an), pour les cotisations à vie (4oo francs 
'éclamations qu'ils auraient à faire, pour les rensei- 
d'adresse, et pour l'achat des ouvrages publiés par 
iv les membres, directement à M. Ernest Leroux. 

vent le Joiu-nal asmtir/uc directement de la Société, 
sont pas membres de la Société et qui désirent 
iffoc doixent s'adresser : 

îhoux, libraire de la Société, rue Bonaparte, n" 28; 
.LiAMS et .NoRGATE, n° 1^ Heurietta street (Covent- 

t d'un an au Journal asiatûine est : 

mur les départements, 27 fV. 5o, et pour l'étranger. 

lît^ous les deux mois. 



- IMPRIMERIE NATIONALE. 




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